Petite fille de crise (ou crisse de petite fille)

Je suis la mauvaise herbe. De celle qu’on arrache avec rage parce qu’elle dérange. Qu’on extermine à grand coups de pesticides parce que si jamais, si jamais elle se répandait ce serait l’horreur, l’horreur d’avoir des champs remplis de fleurs. Je suis vermine. Je suis famine.

Je suis une fleur. Je sens bon, belle selon les goûts, piquée le nez au ciel, m’épanouis au chaud soleil, me ferme quand arrive la noirceur. Je suis forte et fragile, bien adaptée à l’environnement. Je berce au vent, subis les tempêtes, repousse les rampants, accueille les butinants. Je répands mes graines, telles des idées folles. Qui mourront, qui fleuriront dans une autre vie, qui seront perdues à tout jamais ou emportées dans le souffle chaud d’un enfant. Je suis la mère de mille autres. Je suis jaune, j’envie le rouge.

Je suis racine. Bien ancrée, bien enfoncée, bien défoncée, je bois, je bois, je rebois. J’absorbe et assimile, j’osmose et me décompose. Je suis robuste et coriace, ne laisse pas l’autre prendre ma place. Je prolifère, par en-dessous. Dans le silence, la noirceur, l’humidité, le froid. Je viens de loin. Je ne pars pas. Je reste. Plantée là. Malgré tout, malgré vous.

Je suis la mauvaise herbe, le coeur amer et piétiné. Je suis révolte et force vive. Je suis espoir et utopie. Je suis fille de guerres lasses. Je ne suis pas ce que nous sommes. Je suis anonyme. Ou pas.

 

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« J’arrive à ce qui commence » – Gaston Miron

Nous sommes enfin arrivés à l’aube de cette fin du monde. J’aimerais que la fatigue n’existe pas, que le monde entier se soulève, que cette révolution ne soit pas un rêve. J’aimerais qu’on arrête de me dire que je suis naïve. J’aimerais ne plus être du mauvais côté du chemin de l’idéologie. Me sentir soulevée par la foule, emportée par mes semblables, par cette majorité hurlante, cette déferlante,  dans ce monde que nous pouvons construire.

Je le sens. Je ne suis pas folle. Ce moment m’habite depuis le jour de ma naissance. Nous ne mourrons pas, nous renaîtrons. Nous offrirons à nos enfants cette vie qui s’appelle vie et non mort lente. Nous serons propriétaires, mercenaires, partenaires. Nous arrivons à ce qui commence. Vivement la fin du monde, vivement la fin de ce monde!

 

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Maintenant ce cri du coeur mis au monde, je pourrai être plus concrète, dans une prochaine chronique peut-être. N’ayez pas peur, je ne suis pas une illuminée. J’ai soif de changement, et cette crise me paralyse. Malgré le grand espoir qui m’habite, j’ai bien peur de ne pas voir le beau de mes yeux, de ma vie. Je me sens comme une petite fille. Oui, j’ai peur.

Et j’ai des grands instants de lucididididididididididididididi…