Le néolibéralisme est un char

Je ne l’apprendrai à personne: on a vraiment un buzz collectif à propos du cash.

Tout tourne autour du cash. En fait, on a beau avoir l’idée la plus capotée et la plus constructive de la décennie, à la fin, elle ne vaudra que ce qu’elle rapportera financièrement. Tel est le monde évolué auquel nous sommes arrivés après tous ces efforts. Tout ça pour un oignon.

Très bientôt, on arrivera au point où le défi ne sera plus de trouver un remède au sida, mais bien de trouver comment capitaliser le plus efficacement le remède en question. Même que ma naïveté m’amuse parce qu’à bien y penser, j’ai la triste impression que nous en sommes pas mal rendus là.

Tu en doutes, ô toi lecteur qui s’apprête à abandonner la lecture de cette chronique parce qu’au fond, qu’est-ce que tu en as à crisser et surtout, qu’est-ce que ton humble personne pourrait y changer anyway? Hé ben, prends quelques minutes de ton heure de lunch et regarde quelques minutes de l’émission Dans l’oeil du dragon. Tu vas voir, ça va rapidement te frapper.

Fais bien attention à la présentation des dragons en ouverture. Remarque à quel point on arrive avec brio à te faire subitement sentir comme une sous-merde. Eux ont réussi et toi, tu es devant ton ordi ou ta tévé, à manger des crottes au fromage et surtout, tu es occupé à ne pas savoir comment ça marche la business. Tu dois rendre des comptes à ton boss, ta carte de crédit est loadée et ta seule marge de manoeuvre, c’est le jeudi quand tu as le choix de payer tel ou tel compte. Ta vie ne comporte aucun plan d’affaires. Tu t’habilles chez Urban. Et quand tu sors un papier et un crayon pour faire des calculs, c’est parce que tu commences à être dans la marde pas à peu près. Tu ne joues pas avec les chiffres, tu tentes seulement de leur survivre encore quelques semaines de plus.

J’insiste, mais Dans l’oeil du dragon n’est pas qu’une simple émission de télé. Sans aller jusqu’à la qualifier de diabolique, il reste qu’il s’agit là de l’aboutissement tant rêvé du capitalisme. L’époque où les artistes et les sportifs suscitaient l’admiration de tous est en passe d’être révolue. Nous voici maintenant plongés dans une réalité insolite où l’on peut faire exploser les cotes d’écoute en réunissant cinq personnes issues du milieu des affaires qui répètent ad nauseam qu’ils ont fait fortune et qu’ils savent comment ÇA marche.

Ti-Paul se présente donc devant les dragons et leur présente la bébelle sur laquelle il prétend avoir travaillé sans relâche au cours des dix dernières années. On lui demande alors combien il a investi et celui-ci répond « à peu près tout ce que j’ai ». On lui pose ensuite la question fatidique : « As-tu déjà fait des sacrifices? » et telle une âme désespérée à la recherche du salut, Ti-Paul répond par un « oui » dévoué et passionné. Les dragons le jugent enfin et décident si l’appelé aura droit à l’ultime bénédiction de la business.

Je dis juste ça comme ça, mais ça ressemble étrangement à une espèce de rituel religieux.

Rien ne se perd, rien ne se crée. Genre.

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Je suis comme tout le monde. Moi aussi, j’aspire à faire plus de cash un jour. L’insécurité, c’est bien beau et romantique, mais quand tu souhaites le mieux pour ton kid, tu espères avoir toutes les chances de lui offrir ce qu’il y a de mieux. Ou plutôt, tu espères ne pas le limiter dans ses ambitions.

J’aimerais ça me donner des airs de tough en affirmant que j’éprouve un énorme dédain envers ceux qui réussissent financièrement mais je vous mentirais. De là à vous dire que j’éprouve de l’admiration, non. Parlons plutôt d’un certain respect.

Je crois à un monde où chacun a droit à ses priorités en autant qu’elles desservent, d’une façon ou d’une autre, au bien d’autrui. C’est mon côté romantique.

Je crois à un monde où l’argent est un moteur efficace. Toutefois, je me méfierai toujours du pilote automatique. Et ce n’est pas parce que tu es le meilleur mécanicien dans les environs que tu es nécessairement le meilleur conducteur.

Je crois à un monde où chacun peut prendre la place qui lui revient. Où les idées et les projets de société servent de cadre à l’économie.

Et je me permets de rêver à un monde où nous aurons droit à autre chose qu’un bizouneux comme premier ministre.

Commentaires

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2 thoughts on “Le néolibéralisme est un char

  1. Guillaume Tremblay B.

    Bonjour Joel!

    Je partage plusieurs de tes commentaires, mais il y a quand même quelque chose de bon dans cette émission, c’est de voir du monde (malheureusement pas beaucoup!) qui sont imaginatifs, déterminés et qui veulent aller jusqu’au bout! Il en faudrait plus d’entrepreneurs et c’est avec des gens comme ça que la région pourra tirer sons épingle du jeu et se revigorer. Pas à aller ramasser de la ‘garnotte’ avec le plan nord! Ou rester à la merci d’autres multinationales… Si cette émission peut stimuler la fibre entrepreneuriale, tant mieux!

    Et toi Joel? N’est-ce pas ce que tu as essayé de faire entreprendre avec ‘Mauvaise Herbe’ ?!!?!

    Ode aux innovateurs!!

  2. krsghsdfgh

    Je dirais plus que ça devrait être un monde où l’argent c’est le gaz, les bougies c’est les gens, le spark c’est la créativité, l’air c’est les possibilités, l’huile c’est les programmes sociaux, etc.

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