Saguenay, Le Film…J.T. Story

Non, nous n’en menons pas large

Réjean Ducharme, L’hiver de force

 

Vous avez vu le nouveau film publicitaire («musical rose bonbon à la West Side Story» dixit le communiqué de presse) de Promotion Saguenay sur… Saguenay justement ? Ils sont rendus à 66 000 visionnements sur VousTube. J’ai envie de demander un recomptage… Le monde s’ennuie vraiment pour se taper ça. Il y a tellement de beaux courts sur le site de l’ONF….et ailleurs sur la toile. Mais passons. Analysons froidement cet outil promotionnel corporatif comme ils disent dans le milieu de la pub. Réduisons-le à ce qu’il est .

J’ai déjà vu des films de promotion touristique remplis de clichés, mais celui-ci –  en 6 minutes – bat des records. Tout ce qu’on retient du premier visionnement et des autres sans doute, c’est que les filles du Saguenay ont les dents plus blanches qu’ailleurs quand elles font semblant de sourire à la caméra, les fesses serrées.

Pas de vrai monde dans ce spot de Promotion Saguenay, que des danseuses/pitounes et des danseurs au torse bombé. Une vieille toune de Charlebois –pas la meilleure – pour meubler le silence infini du Fjord. Se bousculent alors à un rythme effréné les décors de la ville «nouvelle» imaginée par le metteur en scène municipal qu’on connaît bien tentant désespérément d’appâter les retraités croisiéristes et les jeunes couples qu’on isole depuis peu dans ces nouveaux quartiers périphériques drabes. (Et par ici la taxe de bienvenue).

Défilent nos décors naturels cent fois retapés (Le Fjord, la Baie, les Monts Valin, Sainte-Rose, la rivière Saguenay vue du nord) et d’autres parfois urbains (la rue Racine, la Cathédrale, la petite chrisse de maison blanche, la Pulperie, le pavillon des croisiéristes encore) comme si les gens d’ici habitaient sur l’eau, sur les montagnes ou dans le bois. Se bousculent aussi à la vitesse du déluge les éternelles activités touristiques qui réduisent la Ville de J.T. à une sorte de Disneyland du Nord : des croisières en Marjolaine, en navette rouge, la Fabuleuse bientôt traduite en japonais, la maison sous verre d’Arthur Villeneuve, le site de Robe Noire, la pêche blanche, l’appel du skidoo (le moteur touristique ultime), sans oublier les plogues d’usage au Grand Défi Pierre Lavoie le manitou («Lève toi et pédale») , Chez Georges, le royaume des carnivores, aux vélos De Vinci, à la statue de la Vierge sur le Cap Trinité pour faire plaisir au pieux J.T. et aux adeptes du vertige céleste. RIEN sur les champs de bouette de Saint-Jean-Vianney, haut lieu d’expression de notre jeunesse motorisée quelque peu neurasthénique…

Pas de vrai monde dans ce film promotionnel payé 50 000$ par Promotion Saguenay. Pas beaucoup de plans des villes d’hier non plus parce qu’on les a pratiquement rasées depuis dix ans pour faire place à des bureaux touristiques démesurés et des cliniques privées d’esthétique pour retraités en voie de reconstruction, entre deux ou trois tours à vieux et vieilles au bout du rouleau.

Je connais des cinéastes d’ici, au talent certain, qui auraient évité le piège des clichés scénarisé par Promotion Saguenay. Mais je doute qu’ils eussent accepté de se mettre au service d’un régime vendu d’avance à une vision touristique bornée aux nuitées d’hôtel, aux croisières venues d’ailleurs et aux dents plus blanches que la petite maison. Le prochain congrès provincial des hygiénistes dentaires devrait se tenir ici l’an prochain…

N.B. La suite.

Deux nouveaux slogans réjouissants sur les affiches des grévistes étudiants cette semaine,

«Libérez les pitounes» (Du Grand prix de Formule 1) et «Jacques Villeneuve chante comme une casserole». Ce n’est qu’un début, continuons…

Pierre Demers, poète rouge d’Arvida

Commentaires

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9 thoughts on “Saguenay, Le Film…J.T. Story

  1. Michel Côté

    Des 66 000 visionnements, il faudrait soustraire les personnes qui, comme moi, ont arrêté la vidéo après 30 secondes d’écoute et d’écoeurement.

    1. Jean-Cimon Tellier-Dubé

      Youtube ne compte que les visionnement au dessus d’un certain pourcentage de la vidéo, genre 60%. On ne peut qu’imaginer alors le nombre véritable de paires d’yeux qui sont tombées sur ce vidéo….

  2. Édouard Lavallière

    Entendu durant une manif cette semaine: « J. Villeneuve est comme Charest:les deux mains sur le vollant, pis il tourne en rond »

    Bon texte Pierre.

  3. Mr Pink

    Désolé de vous l’apprendre Michel, mais les gens qui ne visionnent pas le vidéo au complet ne sont pas compilés dans les 66 000. Alors le chiffre est exact. Il y a 66 000 taouins qui aiment les dents blanches et les fesses serrées…

  4. LLVirginie

    Conclusion rapide.

    Visionnement complet n’insinue pas nécessairement aimer le vidéo. Avec une critique aussi complète, Demers l’a sûrement écouté tristement jusqu’à la fin (tout comme moi d’ailleurs) en lâchant un ou deux sacres à l’occasion(et je pourrais être plus généreuse dans le nombre ;). Au moins, y’a des textes comme celui-ci pour contre-balancer.

    Merci Pierre de me faire rire jusqu’ici. J’te ramènerai un journal x

  5. Jean Corriveau

    Il est évident que Laid comme ce personage puisse être. Il doit jalouser la beauté. En plus, il doit danser comme un cheval de trait qui essaie de reculer avec la charue qu’il tirait dans le cul.
    Beaucoup trop long. j’admet, mais pour le reste vous faites chier les jaloux.

    1. Cath.B.

      On voit ici que ta personne aime le réchauffer et que la créativité ne fait pas parti de tes aptitudes. Insulter une personne sur son physique parce que tu n’es pas en accord avec son article…pitoyable reflet de société

  6. Samuel Pinel-Roy

    Un long mensonge calqué sur la culture de masse, sur l’ultime but de « cruiser » la laideur-minceur des magazines de porno-vedétariat. Pas de vrais personnes comme le mentionne Pierre. Ils m’ont manqués ces gens qui habitent le territoire, le vrai. Dans le déferlement des clichés, je n’ai jamais eu le temps de voir le paysage, de percevoir un bien-être, un sourire (un vrai), une lueur dans l’oeil, un silence. Que du bruit calqué à l’hollywoodienne, transmorphosé au crayon gras sur les grandes lignes commerciales du tourisme ambiant.

  7. Cath.B.

    Je suis tellement déçue de voir encore ce genre de cliché, la même publicité aurait pu être faite il y a dix, vingt ou même trente ans. Cette magnifique région regorge de personnes vraies, talentueuses, visionnaires, mais on fait encore appel à des instruments désuets comme la fabuleuse histoire d’un royaume, les farandoles etc.

    Ensuite, on se demande pourquoi la jeunesse part exploiter ses talents là où ils pourront être reconnus comme il se doit…

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