Mémoires d’un casseroleux

Le premier soir, il y avait sept personnes. Et puis le lendemain, nous devions être près d’une quarantaine. Ce soir-là, il y avait eu un orage pas possible et on avait marché dans des flaques d’eau de six pouces d’eau en fessant sur nos casseroles.

Au fil des jours, nous étions toujours un peu plus et bien honnêtement, c’en était très grisant.

Et puis, la réalité a fini par me rattraper.

Celle où tu as une heure et quelques pour jouer avec ton kid avant de partir travailler et qu’en revenant, tu as au mieux trois heures à passer avec lui. Celle aussi où ta blonde va aller se coucher à 22h00 pis que la seule fenêtre de temps où vous pouvez vous retrouver en tant que couple, ça tombe justement pile à l’heure des casseroles.

Tsé, on dit souvent que l’amour c’est plus fort que la police, mais c’est aussi plus fort que les casseroles.

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Au risque de passer pour un lâcheux, par souci de transparence, je dois désormais m’identifier comme un jeune retraité de la casserole. Durant ma courte carrière d’environ deux semaines, j’y ai fait la rencontre de nombreuses personnes inspirantes. Or, j’y ai connu aussi une ou deux personnes plus ou moins tripantes. Par exemple le petit rouquin barbu avec une petite voix qui, chaque soir, me parlait de ses ongles qu’il faisait pousser comme des espèces de griffes.

Je me rappelle avoir fait un effort pour aller vers lui. Genre qu’après avoir échangé quelques banalités, je lui ai demandé son nom. Pour plusieurs d’entres-vous, c’est la moindre des choses, mais dans mon cas, de faire un tel pas n’est pas inné. C’est vraiment acquis comme comportement. Aussi ignoble que cela puisse paraître, j’ai appris cette courtoisie en lisant Comment se faire des amis de Dale Carnegie. Quand je vous dis que j’ai été mal élevé…

Bref, j’ai demandé au petit rouquin barbu avec des griffes quel était son nom et le gars m’a subitement regardé avec méfiance. « Et pourquoi tu veux savoir ça? » Là, inutile de vous dire qu’après une question comme ça, mon feeling était pas mal confirmé. Je savais que ma calotte et mes verres fumées me donnaient des airs de flic infiltré. « Bah… j’ai déjà lu dans un livre que lorsque tu entres en contact avec quelqu’un, ça fait partie des fonctions de communication. Je sais pas si c’est la fonction phatique, mais c’est pas loin de ça en tout cas… »

Le petit rouquin barbu avec des ongles longs comme des griffes a ensuite philosophé sur la nécessité de communiquer son nom et pour dire vrai, il m’a crissement perdu. Too bad mon vieux, ça n’a jamais été mon fort de socialiser en real time avec des inconnus faque je vais subtilement emboîter le pas en tentant de m’approcher de quelqu’un avec qui je me sens à l’aise afin de me glisser dans une autre fenêtre de chat privé.

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De cette courte carrière de casseroleux, je me souviendrai longtemps de cette soirée pluvieuse où il faisait froid, et où nous n’étions que 19. Gilles a suggéré que l’on fasse la file indienne et là, je me suis porté volontaire en tant que porte-parole de la gang. J’ai raconté notre plan aux policiers, leur ai laissé mes coordonnées et là, on est tous parti avec le cœur triste. Je dirais même que les policiers semblaient désolés.

Et puis, on est passé devant chez Steve et ce dernier est venu nous rejoindre avec son espèce de trompette de hockey. Soudainement, le triste défilé est devenu amusant. Steve enchaînait des tubes comme Yellow Submarine et lorsque nous avons fini notre trajet, il avait tellement épuisé sa hit list qu’il en était rendu à interpréter Y a-tu d’la bière icitte?

C’est peut-être à ça que ça ressemble des révolutions des fois. L’Histoire nous le dira plus tard.

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Je le dis en toute humilité, mais je juge que d’avoir troqué ma casserole et ma cuillère de bois afin de mettre sur pied Mauvaise Herbe est un assez bon move.

Et dans cent ans, lorsque les historiens fouilleront les registres de la police, ils croiront à cause de ce défilé de 19 personnes que je fus à un moment, un agent de changement.

Commentaires

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7 thoughts on “Mémoires d’un casseroleux

  1. Rémi S.

    Monsieur Martel,

    Mon commentaire n’a rien d’une critique sur le billet en tant que tel, mais tient davantage d’un courrier de « fefan ». Je ne sais pas si tu te rappelles, mais on a partagé brièvement des salles de classe, à Alma, au Cégep. On a pas vraiment communiqué beaucoup, je dirais, mais ma mémoire sélective a cru bon de te garder une tite place chaude, avec un frigo et un cendrier (tu fumes, dis? – peu importe, tu pourras toujours commencer si le coeur t’en dit). Bref, je te suis avec plus ou moins d’assiduité (comme mes cours au Cégep, bref, ça revient toujours au Cégep, mon affaire, mais ça me parrait approprié) depuis Voir, et maintenant Mauvaise Herbe.

    J’adore tes billets presque sans retenue. Ton écriture, superbe. Ton ton, toujours juste. Mon envie, totale et empirique (redondant???).

    Et Mauvaise Herbe, je te jures sur la tête de mon ti-pout de bientôt trois ans que j’en garderai le « weed-eater » bien éloigné. Ça se cultive, ce genre de chien-dent.

    Continue à rocher (traduction libre de « Keep on rocking »)!

    Un fefan,

    Rémi S.

    1. Joël Martel

      Amour!!!! Merci!

  2. Érica

    Bravo Joël ! En effet, ce « move » en est un d’une efficacité remarquable ! L’implication se voit parfois limitée par des obligations extérieures, mais les convictions n’en demeurent pas moins sincères. Maman d’une grande famille, conjointe, barbouilleuse et radoteuse: mon temps ne m’appartient guère… j’ai tout de même mis le pied sur une pelouse inconnue afin de faire raisonner mon indignation. Trois casseroles, trois femmes, trois soirs pour afficher son opinion, mais pour la sollicitation : nous repasserons ! La Belle au Bois Dormant n’aurait pas moins réagi que notre ensommeillé quartier… Me serait-il possible de « mieux » faire mon possible ? J’ai trouvé la solution temporaire qui me convient : mes meubles de jardin sont désormais d’un rouge agréable et, contre toute attente, le géranium est l’emblème de mes plates-bandes : rouge, droit, RÉSISTANT… Tolérant vent et sécheresse, côtoyant la Mauvaise Herbe… Mais à l’automne, lorsqu’il ne restera que l’intérieur pour accueillir toutes ces « rougeurs », je saurai quel cercle cocher sur le bulletin qui me sera présenté… À ce moment, j’aurai la satisfaction du devoir accompli.

  3. Félix

    Salut Joël,

    Comme d’autres Almatois, je suis de ceux qui ont « tapoché » régulièrement sur leurs casseroles pendant les semaines où celles-ci se sont faites entendre. J’ai été fier de mes concitoyens et de notre solidarité, des causes qui la sous-tendaient. Mais comme pour toi, l’amour du bruit révolutionnaire a fait place au quotidien. Ces soirées dans les rues d’Alma m’ont offert plus qu’un moyen d’exprimer mon indignation devant le développement socio-politique auquel nous assistons. Elles m’ont permis de frotter « mes » idées à celles d’autres personnes, donc de les affiner, en plus de me faire découvrir un jeune journaliste extrêmement convivial et intéressant. J’ai été heureux de faire ta connaissance et espère vivement te revoir. Bravo pour cet agréable médium que représente Mauvaise herbe.

  4. Christelle

    Bonjour,

    Monsieur Martel,

    Il y a quelques mois, je ne savais pas qui vous étiez réellement et pourtant vous faites parti des amis et/ou connaissances de mon entourage, donc j’entendais souvent parler de vous mais vous restiez en quelque sorte quelqu’un qui n’existait pas vraiment pour moi (dans le tangible) comme si vous n’étiez qu’une rumeur . Ce n’est qu’aux casseroles vraiment que j’ai pus faire un lien entre votre nom et vous (lol) et depuis je remarque que vous existez car je vous croise parfois à Alma .Nous, nous connaissons pas (pas vraiment), mais j’ai eu la chance de «casseroler» non loin de vous. Je vous est observé un peu de loin et à mon souvenir, vous étiez toujours là, prêt à «casseroler» avec le courage de vos convictions. Maintenant que je sais plus qui vous êtes je peux dire que vous faites partie de ceux qu’on oublie pas, qu’on apprécie et que l’on semble connaître( même si ce n’est pas vraiment le cas), et depuis je suis vos articles et maintenant «mauvaise herbe».Bref, tout ça pour vous dire ; merci pour tout ce que vous faites car vous le faites bien et continuez , bravo !

    1. Joël Martel

      Wow! Merci! On pourra se saluer la prochaine fois non? 🙂

  5. Christelle

    Avec plaisir 😛

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