Zone occupée

Zone occupée

«Mais auparavant j’aurai comme le vent

Semé quelque part

                                         Ma graine d’ananar !»

Léo Ferré

 

Lettre ouverte à Mauvaise Herbe,

Chers collègues,

Comme plusieurs d’entre vous le savent très bien, question opinion politique j’ai bien souvent mauvaise réputation et cela sans vouloir faire de jeu de mots! Disons simplement que ma fibre d’anar déclenche parfois moult remous au sein même de mes proches. Il n’en demeure pas moins que les contrecoups de ces envolées politiques ne sont rien comparativement à l’importance de rester fidèle à mes valeurs de résistance, de révolte et d’espoir d’émancipation sociale.

Ce nouveau-né (le projet Mauvaise Herbe) nous permet encore une fois de nous ouvrir les yeux sur votre ingéniosité et mets en lumière cette ténacité qui est propre aux gens du Saguenay-Lac-Saint-Jean. Deux mots me viennent spontanément à l’esprit en parlant de votre projet, résistance et organisation.  Une organisation en marge des structures établies.  Je crois que la crise sociale qui anime le Québec depuis les derniers mois trouve écho dans des actions telles que celle-ci! Nous sommes à l’heure actuelle à redéfinir et repenser l’organisation sociale afin de répondre à de nouveaux besoins d’expression. Je crois fortement à la réappropriation de ces moyens d’expression. Ce que j’essaie d’exprimer ici c’est l’apport extrêmement important d’une autoréalisation par ses acteurs, lecteurs ou utilisateurs. Il est bien facile de critiquer et de s’indigner, mais devant la défaite il faut s’organiser et réagir. Pour se faire, le sociologue Jacques B. Gélinas a énuméré quatre principes fondamentaux dans ce processus de réappropriation : comprendre, critiquer, résister et bâtir. Principes très bien compris et appliqués par Mauvaise Herbe!

Si la culture au sens large possède, à priori, plusieurs clés pour comprendre le système en place, il n’en demeure pas moins important de commencer par une prise de conscience individuelle puis collective si nous désirons mettre en marche une action concertée afin d’apporter un point de vue alternatif. Se mouvoir librement, penser librement et entrer en contact avec les autres non pas par un acte autoritaire, mais en laissant libre cours aux lecteurs d’accepter sa proposition. Nous sommes tous garants de ces espaces de micropolitique. Il s’agit d’utiliser la culture comme outil pour soulever les débats, poser des questions, critiquer et créer des pôles de diffusion d’idées rarement véhiculées dans les médias traditionnels.  Je ne sais pas si vous ressentez comme moi le besoin d’agir directement sur le cours des choses, dans nos pratiques personnelles ou encore dans nos actions indirectes, mais je crois que nous avons le devoir d’utiliser ces micros espaces de luttes pour enfin en percevoir les retombées dans le réel. Il ne faut pas oublier que la culture se veut génératrice de transformation sociale. Elle affecte les modes de vie et elle favorise l’échange et le partage entre les générations. Elle permet tout simplement de se réapproprier l’espace citoyen grâce à notre créativité et à notre engagement. Ce court billet d’humeur, outre le fait qu’il était important pour moi de transmettre les meilleurs vœux de longévité et d’avenir pour ce webzine,  m’aura aussi permis d’amorcer un nouveau processus de marquage de l’espace culturel, de laisser une trace tangible de notre désir commun de résistance. Au final, je crois que c’est par des stratégies comme celle-ci que nous pourrons nous réapproprier collectivement notre territoire.

Longue vie  à  Mauvaise Herbe! Au plaisir de collaborer!

Solidairement,

Patrick Moisan

Directeur de la revue Zone Occupée arts / culture / réflexions Saguenay-Lac-Saint-Jean

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