Touriste à domicile #3

Le soleil plombe et fait dégouliner la sueur le long de mon visage. La sensation que je ressens sur ma peau n’est toutefois pas celle de la moiteur ou de l’humidité. Au contraire, je sens que ma peau se dessèche et rétrécit jusqu’à vouloir me broyer les os. Je cherche désespérément de quoi m’hydrater, mais en vain. Le paysage aride déroulant son voile jaunâtre à l’infini semble avoir bu sa dernière goutte il y a de cela bien longtemps. La douloureuse destruction de mon armature squelettique s’accélère sous la pression de ma peau, je m’effrite, fendille de toute part et ma vision s’emplit de centaines de particules de peau séchées qui se détachent de mon front. Je ne sais pas où je suis ni pourquoi je suis là. Je m’effondre lourdement sur ce sol désertique et au moment de toucher terre… j’ouvre les yeux. Encore sous le choc de cette aventure subconsciente, je balaie du regard l’environnement qui m’entoure et constate, sans regret, me trouver dans le confort de mon appartement. Ces cauchemars récurrents ruinent généralement mes réveils. Toutefois ce matin, pas question de ruminer ces vagues souvenirs obscurs. Je vous demande donc, messieurs dames, de vous attriquer de vos plus beaux habits, de verser quelques onze de whisky dans votre flacon de poche et de renouer avec les douces mélodies du greatest hits d’Ace of Base, car aujourd’hui, on visite l’Ascension-de-Notre-Seigneur !

C’est avec une émotion particulière que moi et mon équipe de tournage touchons le sol de l’Ascension. Ayant passé de nombreux moments de ma jeunesse au chalet familial situé à deux pas du village, je ne peux oublier bon nombre d’endroits qui furent pour moi le théâtre de plusieurs initiations aux plaisirs de la vie (pour ceux et celles désireux d’en savoir plus, je vous prie d’attendre patiemment ma chronique « initiation aux plaisirs de la vie » qui paraîtra certainement un jour sur l’espace virtuel de Mauvaise Herbe.) C’est avec une excitation non dissimulée que du bout de mon index humide je feuillette le guide touristique du Lac-Saint-Jean, jusqu’à la demi-page qu’occupe le village de l’Ascension. À mon grand désarroi, une seule attraction y est inscrite : Les jardins Scullion. Personnellement, j’aurais aussi réservé quelques lignes à l’épicentre culturel et sportif que représente le salon de quille, ainsi qu’au bar Chez mon ami, où il fait bon s’arrêter un moment, mettre une pincé de sel dans sa grosse 50 et investir un petit 20 dans la machine à poker.

Pas de pile ou face ou d’am-stram-gram, la décision est unanime. Première destination: les jardins Scullion. Un site de premier choix pour les passionnés d’horticulture avec plus de 2000 espèces de plantes, d’arbres et de fleurs provenant des 4 coins du globe. Une immense superficie aménagée de plus de 2 kilomètres de sentiers, de jolies cascades rappelant celles du lagon bleu (Brooke Shields en moins), d’une fermette et de plusieurs aires de repos composent l’essentiel de ce jardin d’Éden version régionale. Une activité qui ne vous fera certainement pas regretter le déplacement. Petit détail qui attira notre attention lors de notre visite : la majorité des tableaux explicatifs sont écrits en français et en espagnol. Serait-ce un pied de nez aux millions d’anglophones avec qui nous partageons le territoire? Je ne le crois pas. Par contre, une chose est sûre, Juan-Manuel et Paula, couple fictif originaire du Mexique planifiant une visite à l’Ascension, seront certainement charmés par cette attention.

Nous poursuivons notre visite jusqu’au barrage hydroélectrique de la Chute du diable. Bien que je me sois gratté la tête à deux mains jusqu’au sang pendant une grosse demi-heure, je n’arrive toujours pas à trouver une information pertinente, une anecdote divertissante ou une blague concernant l’endroit. J’imagine bien qu’il en existe à profusion, mais c’est avec grand regret que je dois m’avouer vaincu et vlan… on passe à autre chose. Ensuite, petit détour vers la piste de moto-cross qui compte plusieurs adeptes parmi les jeunes du village et qui reçoit, chaque année, une étape du circuit du Saguenay-Lac-Saint-Jean. Nous fûmes d’ailleurs témoins d’une prouesse hors de l’ordinaire, attestant pleinement de l’adresse des motocyclistes de l’Ascension. Nous roulions cheveux dans le vent, de retour de notre tournage, lorsque nous fûmes dépassés, à toute allure sur la roue arrière, par un de ces cowboys motorisés. Un brin jaloux en mon for intérieur, je n’ai aucune difficulté à croire en l’efficacité d’une telle manœuvre pour soit épater la galerie, soit repartir fièrement bras dessus, bras dessous, avec une compagne digne de Miss l’Ascension 2012.

Pour terminer chers amis, il est de mon devoir de chroniqueur d’être honnête avec vous. Malheureusement, je ne peux dire que l’Ascension a su se frayer un chemin au sommet de notre palmarès en ce qui concerne les attraits touristiques ou la beauté du paysage. Cependant, je ne crois pas que notre brève visite soit suffisante pour dépeindre un portrait représentatif de tout ce que le village a à offrir aux visiteurs. De toute manière, peu importe à quel niveau notre soif de divertissement fut rassasiée, une chose est sûre, c’est que le cœur du Lac-Saint-Jean et son attrait principal résident avant tout dans la chaleur et la bonne humeur de ses concitoyens. Et sur ce point, aucune déception. Chapeau et encore merci aux gens de l’Ascension-de-Notre-Seigneur !

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