Le Wikipédia de Jean Guilda

Faque Jean Guilda est mort.

Non, mais lu de même, ça peut avoir l’air ironique, clinique ou sentencieux, mais c’est vraiment rien de tout ça.

C’est plus un moment étrange. Et surtout insolite.

Parce que lorsque tu l’as croisé dans la vraie vie, ne serait-ce qu’à quelques reprises, tu te dis que tu le connais quand même un peu. Tu n’as pas nécessairement de la peine, mais ça te fait quand même quelque chose.

Parce que Jean Guilda, c’était l’un des rares que tu pouvais qualifier de légendes vivantes sans même exagérer. Et pourtant, la légende vacillait depuis déjà longtemps. C’est triste d’être spectateur de ça, surtout quand la nostalgie te hante souvent.

Tu sais, les kids se renouvellent et font d’autres kids sans arrêt et après un moment, y a un maillon où la succession de ta légende a fini par rester pognée. Et là, à l’autre bout, il y a tes premiers publics qui commencent sérieusement à prendre du kilométrage…

C’est fou parce que comme j’ai habité pendant de nombreuses années avec mes grands-parents, la transmission de la légende de Jean Guilda s’est rendue jusqu’à moi. À ce que je sache, Guilda a toujours fait partie de ma conception du monde. C’est quelque chose.

Donc la première fois où j’ai rencontré Jean Guilda, c’est de l’étonnement à son maximum que j’ai ressenti. « Tabarnac! C’est Guilda. »

J’avais toute la vie devant moi à l’époque et j’étais juste impressionné de le voir se diriger vers ma caisse enregistreuse. Ma vie de commis de club vidéo prenait alors un tout autre sens.

Lorsque Jean Guilda s’est présenté pour la première fois au comptoir, c’est un homme parmi tant d’autres qui se dressait devant moi. Un homme avec des préoccupations. Et puis à l’instant où je lui ai signifié que j’étais particulièrement étonné de le rencontrer en personne, Jean Guilda est devenu Jean Guilda.

Bang.

Une crisse de vie de montagnes russes genre.

Tsé, je suis parti d’Alma quelques années et quand je suis revenu, je me sentais comme Jean Guilda. J’allais aux bars où, il y avait si peu de temps, je connaissais tout le monde et vice-versa  et puis, hop, pour le peu de gens avec lesquels je pouvais échanger un timide « salut », j’étais rien de moins qu’un étrange souvenir d’un Joël Martel.

Bref, Jean Guilda est mort.

Fait chier.

Vraiment.

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Je checkais le wikipédia de Jean Guilda pis là, j’ai eu un flash vraiment weird.

Quand tu y penses, ta fiche wikipédia, ça devient un peu ton Facebook post-mortem.

Tsé, pour un gars de mon âge, je trouve que ça en jette d’avoir une page wikipédia à propos de soi. C’est pété.

Ton existence est là, en liens webs, pis à chaque fois que quelqu’un apprend de quoi sur toi, il le soumet pis si ça passe au conseil, ben on réactualise le sommaire de ta vie.

C’est fucké.

Je dis ça comme ça mais à la prochaine fête des pères ou des mères, offrez à vos parents une page wikipédia. Ça fait changement de la cravate en tout cas.

C’est sûrement touchant.

En même temps, tu te dois sentir poche en sifflet quand c’est toi qui as créé ta page wikipédia.

Rendu là, tu viens d’atteindre un niveau pas pire en matière de trippage sur toi.

À la semaine prochaine.

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