*Entrevue «exclusive» avec le Carré rouge De Pauline Marois

Mais qu’elle porte toujours ou non le carré rouge, je préfère de loin l’image d’une dame qui prend la rue avec bonne humeur à celle d’un homme sur fond blanc qui, de sophismes exaspérants en silences inutiles, prétend protéger l’ensemble des Québécois et des étudiants, et se félicite d’être responsable et courageux d’un ton semi-sévère. Mais qui croit encore en son autorité morale ?

Xavier Dolan, cinéaste, au sujet de la publicité du PLQ, Le Devoir, 28 juin 2012

 

Après quelques jours de recherche intensive du côté de Charlevoix et de Québec, j’ai finalement retrouvé le Carré rouge de Pauline Marois, dans un marché aux puces de Baie Saint-Paul. Voici l’entrevue qu’il m’a accordée après quelques hésitations. Je le remercie de sa franchise et de son intérêt pour notre sort commun.

Mauvais Herbe : Pour les besoins de l’entrevue je vous appelle comment ? Carré ou Rouge ?

Carré rouge : Carré rouge pour sûr. Carré ça fait trop penser à tête carrée et Rouge, on fait de la pub au poste de radio officiel de Madonna à Québec, comme le sous-titre du Journal de Québec d’ailleurs. Je déteste.

Mauvais Herbe : Allons droit au but. Comment ça s’est passé votre rupture avec Pauline Marois ?

Carré rouge : Ça ne m’a pas surpris outre mesure. Je m’y attendais depuis un certain temps. Par exemple, elle avait pris l’habitude de me laver à l’eau de Javel chaque soir, depuis quelques semaines. Elle désirait sans doute que je pâlisse peu à peu. Elle devenait de plus en plus stressée. Subissait des pressions de partout. Pendant la période des questions à l’Assemblée nationale, Jean Charest n’arrêtait pas de la « bitcher » à cause de moi. Des fois j’avais envie de lui sauter au visage celui-là et de m’étamper sur son front à vie. De lui boucler les lèvres avec mon épingle.

Mauvais Herbe : Quels ont été les signes annonciateurs de sa décision ?

Carré rouge : Les hosties de sondages encore une fois. Les politiciens n’ont pas d’autres choses pour se décider, quand ce ne sont pas les manchettes plus ou moins fondées des quotidiens qui les virent de bord. Ils sont tellement déconnectés du monde qu’ils tirent partout, croient toutes les rumeurs, se fient à n’importe qui qui écrit et dit n’importe quoi, n’importe où. Elle s’est mise dans la tête que les régions hors de Montréal ne voulaient plus rien savoir des carrés rouges, qu’ils étaient – comme Jean Charest le laisse croire – les suppôts du désordre universel. Ceux qui nous portaient étaient assimilés à des terroristes, des bolchéviks comme le clament les radios poubelles qui ont vomi depuis le début sur la grève étudiante. Donnant leur temps d’antenne aux rares carrés verts et à leurs poursuites judiciaires dans la région de Québec où elles sévissent. Bref, elle a paniqué et m’a laissé tomber. Les politiciens n’ont pas la vie facile par les temps qui cour ,ent.

Mauvais Herbe : Avez-vous eu une discussion franche avec elle avant qu’elle vous décroche de son tailleur ?

Carré rouge : Oui.

Mauvais Herbe : Comment ça s’est passé ?

Carré rouge : J’aime autant ne pas en parler. Elle se méfiait quelque peu de moi. Elle avait peur que je me venge. Que je passe au vert, à l’ennemi par frustration. Je lui ai dit que ce n’était pas mon genre… pour tout vous dire, le lendemain de sa décision, j’ai reçu un coup de fil du bureau du PM. Il voulait me parler. Je n’ai jamais retourné l’appel.

Mauvais Herbe : Qu’est-ce qu’il voulait à votre avis ?

Carré rouge : D’autres carrés rouges que je connais en région, à Montréal même, se sont faits approcher eux aussi. On leur offrait des enveloppes brunes, des jobs d’été bien payées dans des manufactures de tissus pour passer au vert. Vous voyez le genre de deal.

Mauvais Herbe : Comment vous êtes – vous retrouvé dans un marché aux puces à Baie Saint-Paul ?

Carré rouge : Pauline Marois m’a proposé de finir mes jours chez une de ses connaissances de Charlevoix, une courtepointière. Je ne me voyais pas là. J’ai préféré me faire reconduire par son chauffeur dans un marché aux puces. On est une gang de carrés rouges à se retrouver ici. Certains ont même été fabriqués en Ontario par des universitaires qui appuient la cause étudiante québécoise. Le propriétaire qui porte lui-même le carré rouge, nous vend 5$ à des touristes américains et européens. Il y a même une police de Laval qui en a acheté un pour faire une surprise à sa fille qu’il a gazée au Cégep de Lionel-Groulx. C’est parfait, finir ses jours comme ça. On voit du pays, on connaît d’autres mondes et on répand la bonne nouvelle partout.

Mauvais Herbe : Avez-vous aimé votre expérience en politique ?

Carré rouge : Pas vraiment. Je déteste me faire regarder de travers. J’aurais préféré la rue à l’Assemblée nationale. Mes confrères qui ont fait les manifs et qui se sont faits tabasser par les flics un peu partout (Québec, Sherbrooke, Outaouais, Montréal) en redemandent. Ils ont l’impression d’avoir vécu quelque chose d’unique. Ils veulent en remettre bientôt… Je les envie moi, le Carré rouge de Pauline Marois, abandonné dans un marché aux puces de Baie Saint-Paul. Si c’était à refaire… j’échangerais mon confort du Parlement contre la rue. Si c’était à refaire…

 

Propos recueillis par Pierre Demers, poète rouge d’Arvida

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3 thoughts on “*Entrevue «exclusive» avec le Carré rouge De Pauline Marois

  1. Ben oui ! Ce sera à refaire autrement. En votant beto aux élections. Faudra que mon candidat ou candidate soit fier d’avoir porté son carré rouge. À ce compte là, je ne voterai pas pour Pauline, c’est sûr!

  2. Claude St-Pierre

    Bravo Pierre, bonne idée de faire parler le carré rouge! Le mien en aurait beaucoup à raconter, une vue de la rue en métropole! Ça s’en vient, un recueil et une tournée québécoise de prise de parole. En passant, pour ta photo, brr… Un petit sourire ironique peut-être?

  3. […] Exclusif! Pierre Demers obtient une entrevue exclusive avec le carré rouge de Pauline Marois! http://www.mauvaiseherbe.ca/2012/07/09/entrevue-exclusive-avec-le-carre-rouge-de-pauline-marois/ […]

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