C’est dans les vieilles marmites qu’on fait les meilleures soupes

 

Faire déborder La Marmite

J’étais en train de réfléchir à la façon dont j’allais aborder la critique autour de La Marmite… J’étais en train de réfléchir à la bonne façon d’aborder le tout – vous savez ce que je veux dire, le bon filon, le jeu de mots parfait en intro… La bonne ligne quoi. J’étais en train de penser à tout ça pis merde… Je bloquais. Ça fonctionnait pas dans ma tête. Pas la marmite. La batterie de cuisine qui vient avec… Le quatrième créateur du spectacle… Le spectateur… J’suis allée relire ma première publication datant du 7 juillet 2012  pour constater, et me confirmer par le fait même, ce que j’appréhendais :  ce prologue était bel et bien fictif. Non, pas fictif. Faux. Ouais. En partie faux. L’extrait :

« Stand-by 15. Un grand câlin collectif : on s’tape dans l’dos, on s’aime, on s’encourage. Fébrile. On entend des voix de plus en plus fortes de l’autre côté des portes. Ouf… Y’a du monde

Questions. Les amateurs de théâtre, où étiez-vous samedi soir ? Est-ce que je suis trop idéaliste ? Pourtant, non. Quand j’vais au théâtre, habituellement, y’a du monde. Pas complet. Pas une foule dense. Mais plus que huit personnes ! Pis sur les huit, pas trois spectateurs en provenance du Lac et deux de Montréal…

J’comprends pas. J’tourne et retourne cette inéquation dans ma tête. Rien. Toujours rien. J’comprends pas. Attendez-vous la dernière semaine pour y aller ? Parce que franchement, vous risquez de vous retrouver sans place à manquer un excellent spectacle.

 

Faire sauter La Marmite

En entrant dans la salle Murdock, la scénographie nous happe, impressionnante et vertigineuse. On a le sentiment que côté jardin tout pourrait dégringoler d’une minute à l’autre et nous enterrer vivant. Le regard aspiré par cet amoncellement d’objets-débris, la scène s’ouvre sur le prologue racontant sans détour ce à quoi nous allons assister. D’emblée, on annonce clairement les enjeux de la pièce.

Pour cette mise en scène, Élaine Juteau propose avec finesse une «adaptation» de cette pièce antique de Plaute en ajoutant des niveaux de langage et des références contemporaines, ainsi que des chansonnettes osées des années 20-30-40… Ces anachronismes participent à la réactualisation du texte tout en rehaussant l’apport comique de la pièce. Parce que oui, c’est drôle, parfois… L’univers est grivois, le langage est cru et les comportements explicitement sexuels. Faut aimer le genre ou tout comme moi, l’apprivoiser de fois en fois… L’une des forces de cette mise en scène réside dans l’utilisation d’ingénieuses stratégies de détournements sonores de la voix acoustique. Mentionnons aussi une scénographie aussi bien explorée que le travail d’écoute des comédiennes entre elles.

Six comédiennes se partagent dix personnages; les diverses métamorphoses sont marquantes. On a un réel plaisir à les voir jouer cette galerie de personnages plus loufoques les uns les autres. Le jeu, très physique, favorise le rythme effréné de la représentation. Les mouvements et les répliques s’enchaînent rapidement. Parfois, trop rapidement : on a, à quelques reprises, l’impression de perdre certains mots du texte. Ces pertes ne sont pas, je crois, la conséquence de mauvaises dictions mais dues à la façon dont certaines comédiennes découpent les pavées. Une impression très subjective qui néanmoins ne nuit nullement à la compréhension de la pièce.

À plusieurs reprises, les comédiennes brisent le quatrième mur, s’adressant directement aux spectateurs en ciblant même des répliques pour certains. Ce va-et-vient entre la scène et la salle crée ce rapport intimiste où le public devient le véritable interlocuteur du spectacle. On se retient même pour ne pas leur répondre.

Le côté cour représente la richesse. À gauche les pauvres, à droite les riches. Cette répartition scénographique des classes sociales illustre avec justesse l’immobilisme latent des tenants du pouvoir. On pourrait même ainsi croire que l’on assiste à une pièce à la fois politique et comique écrite au cours de la dernière décennie.

Je tiens à souligner le jeu exceptionnel d’Andrée-Anne Giguère dans le rôle de Staphyla et celui d’Isabelle Boivin dans le rôle d’Euclion. Drôles, justes et colorées, elles incarnent littéralement leur personnage avec brio sans tomber dans le cabotinage qu’entraîne parfois le jeu clownesque.

Ne vous attendez pas à une pièce qui changera le cours de votre vie – là n’est pas l’enjeu de la représentation, mais plutôt le plaisir de voir six comédiennes entièrement plongées avec passion dans leur travail.

La Marmite vaut son pesant d’or. Reste deux semaines. Déplacez-vous…

 

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La Marmite

D’après une comédie antique de Plaute

Mise en scène d’Élaine Juteau

Théâtre 100 Masques

Du 5 au 28 juillet / 20 h (du jeudi au samedi)

Salle Murdock du Centre des arts et de la culture, Chicoutimi

Avec Isabelle Boivin, Cynthia Bouchard, Valérie Essiambre, Andrée-Anne Giguère, Émilie Gilbert-Gagnon et Marilyne Renaud

www.theatre100masques.blogspot.ca

 

PREMIÈRE CETTE SEMAINE / PREMIÈRE CETTE SEMAINE 

Le Oh ! Cabaret 2012

Le collectif À tour d’rôle

Du 11 Juillet au 4 Août / 20h30 (du mercredi au samedi)

Avec Maud Côté, Vicky Côté, Michel Otis et Guylaine Rivard

Café Théâtre Côté-Cour

Réservations : 418-542-1376

www.cotecour.ca

 

La Divan

Texte et mise en scène de Jimmy Doucet

Du 3 juillet au 22 août / 20h30 (les mardi et mercredi)

À la Pulperie, dans le Bâtiment 1912, accessible par le Jardin des Vestiges.

Avec Jimmy Doucet, Émilie Jean, Marc-André Perrier, Caroline Tremblay et Pierre Turcotte

www.pulperie.com

 

À voir ! À voir ! À revoir !

KIWI

Théâtre de La Tortue Noire

Texte de Daniel Danis / Mise en scène de Guylaine Rivard

Avec Dany Lefrançois et Sara Moisan

Vendredi le 20 juillet / 20h ( heure à confirmer)

Salle de spectacle de l’Ile-du-repos, Saint-Henri-De-Taillon

Informations et réservations: 418-347-5649

 

Parents à vie

Texte de Bruno Marquis / Mise en scène de Sylvie Coulombe

Troupe de théâtre Les Zanimés  ( Il fête leur 20 ans d’existence !)

Sur le site du camping de la Chute à l’Ours, Normandin

Du 8 juillet au 7 août / 20h ( du dimanche au mardi )

Avec  Annie Marcil, Denis Bourgault, Nancy Trottier et Dominic Marcil

www.chutealours.com

 

Le Théâtre 100 Masques présente…

Histoires de pauv’filles et drôles de dames

De la troupe Les Dieselles ( de Bourg-en-Bresse, France)

D’après des textes de Rémi De Vos, Xavier Durringer, Lise Martin, Les Dieselles

Jeudi et vendredi les 19 et 20 juillet / 21h30

Salle Marguerite-Tellier du Centre des arts et de la culture, Chicoutimi

Programme double incluant la représentation de La Marmite : 30$

Entrée pour ce spectacle seulement : 15$

Réservations ou informations : 418-698-3895 ou [email protected]

 

Le Théâtre Mic-Mac présente dans le cadre de la 58e Traversée internationale du Lac-St-Jean…

Histoires de pauv’filles et drôles de dames

De la troupe Les Dieselles ( de Bourg-en-Bresse, France)

D’après des textes de Rémi De Vos, Xavier Durringer, Lise Martin, Les Dieselles

Samedi et dimanche les 21 et 22 juillet /  20h

Salle Lionel-Villeneuve

www.theatremicmac.com

 

La route des mille et une histoires

Une création originale de Jimmy Doucet

Six parcours / six mises en espace / théâtre in situ

Du 5 juillet au 25 août / diverses heures / diverses dates /

Rendez-vous sur le site internet  www.millehistoires.com

 

Théâtre du Faux Coffre

UNE PARADE AVEC GILLE

ÉPISODE 2 : La Flûte

Du 2 au 11 août / 20h

Salle Murdock du Centre des arts et de la culture, Chicoutimi

&

Une histoire d’amour des Clowns noirs

ROMÉO ET JULIETTE

DE WILLIAM SHAKESPEARE

Du 15 août au 1er septembre 2012

Salle Pierrette-Gaudreault du Centre Culturel du Mont Jacob

Réservations : 418-698-3000 # 6561

www.fauxcoffre.ca

 

La Fabuleuse Histoire d’un Royaume

Théâtre du Palais Municipal, La Baie

www.fabuleuse.com

 

Soirée bénéfice du Théâtre CRI – 15 ans de création

« La soirée des masques »

28 août  2012

Salle Pierrette-Gaudreault du Centre Culturel du Mont Jacob, Jonquière

www.theatrecri.com

 

N’hésitez pas à m’écrire si j’oublie des événements…

Et j’accepte, encore et toujours, les invitations.

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Commentaires

commentaires

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3 thoughts on “C’est dans les vieilles marmites qu’on fait les meilleures soupes

  1. Patrick Dallaire

    Je me fais souvent la réflexion… pas nécessairement au sujet du théâtre, mais au sujet des activités « culturelles » en général.

    Qu’on se plaint souvent qu’il ne se passe rien dans notre bout, mais y a ben des faces de gens « impliqués culturellement » que je ne vois jamais – ou que très rarement – quand je me promène de show en show à Alma (le plus souvent) ou à Chicoutimi.

    C’est dommage parce que quand il ne se passera – effectivement – plus rien, on n’aura que « nous » à blâmer.

  2. Caroline Beaulieu

    Merci Anick pour cette première critique. J’y suis allée pour ma part le vendredi et le constat était le même : très peu de spectateurs… Dommage parce que la pièce valait le déplacement. Il est très rare que l’énergie arrive à passer lorsqu’il y a si peu de gens dans la salle, or c’est tout à fait le cas avec La Marmite.

    Pour ma part, j’ajouterais le travail remarquable qui a été fait sur les costumes et maquillage. C’est un point qui est rarement mentionné dans les critiques, probablement parce qu’il compte peu dans le sens global de la pièce. Je pense qu’il faut toutefois en parler lorsqu’à l’entrée d’un nouveau personnage (alors que je connaissais presque toutes les comédiennes), je pensais pendant quelques secondes : « Voyons… C’est qui, elle? »

  3. Anick Martel

    Je suis tout à fait d’accord avec toi Caroline. À quelques reprises, j’ai même consulté le programme afin de trouver qui jouait quoi ! Voilà pourquoi j’ai écrit « …les diverses métamorphoses sont marquantes.» Sans toutefois mentionner que cela rendait hommage aux qualités exceptionnelles des costumes et du maquillage. L’effet de surprise, pour le spectateur, participe à la «magie» de la représentation. Par contre, je considère que, bien au contraire, le maquillage et les costumes tracent une ligne dramaturgique précise (le travestissement?) permettant l’ouverture de la pièce et favorisant, justement , la pluralité de cette dramaturgie. Merci de m’aider à préciser.

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