Si La Presse n’existait pas… il faudrait ne pas l’inventer

Si La Presse n’existait pas… il faudrait ne pas l’inventer

Cette boutade que je prends pour titre est empruntée aux Illusions perdues de Balzac et visait la presse en général, mais je propose de l’envisager aujourd’hui dans la perspective d’un journal en particulier : le fleuron de l’empire Gesca.

Qu’est-ce qu’un personnage de Balzac pouvait donc trouver à redire du travail des journalistes au XIXe siècle? Attention, ça décape : « Le journal au lieu d’être un sacerdoce est devenu un moyen pour les partis ; de moyen, il s’est fait commerce ; et comme tous les commerces, il est sans foi ni loi. Tout journal est (…) une boutique où l’on vend au public des paroles de la couleur dont il les veut. S’il existait un journal des bossus, il prouverait soir et matin la beauté, la bonté, la nécessité des bossus. Un journal n’est plus fait pour éclairer, mais pour flatter les opinions. »

La critique n’a rien perdu de son mordant ni, du reste, de sa pertinence. Le journalisme, qui avait naguère pour mission sacrée de défendre la démocratie, monnaie désormais son influence auprès des publicitaires et cultive à dessein la démagogie (voir Presse-toi à droite).

Voilà qu’on se mêle de défendre plutôt « la légitimité de l’État » et de promouvoir l’idée que la démocratie devrait se borner à faire une croix sur une bulletin de vote à tous les cinq ans, puis passer le reste du temps à jouer les spectateurs cependant qu’une élite institutionnelle décide pour le peuple.

Vous trouvez que j’exagère? Lisez ce qu’en pense Alain Dubuc, chroniqueur à La Presse : « La démocratie, ce n’est pas un système où ceux qui ont gain de cause sont ceux qui ont le temps, l’énergie et la passion pour aller dans la rue. Dans une démocratie, il y a des institutions qui décident, et des mécanismes qui permettent de faire des choix, parfois de déplaire, parfois de dire non. C’est le rôle d’un gouvernement élu. » (La légitimité de l’état, 18 mai 2012)

Vous avez encore des doutes? Examinez donc ce que Dubuc qualifie de « conception perverse de la démocratie »…

« Nous avons, d’un côté, un gouvernement élu. Il a proposé une hausse des droits dans un budget voté par l’Assemblée nationale. La mesure est appuyée par 68% de la population, soit 3,9 millions d’électeurs, tandis que 1,8 million de citoyens s’y opposent. Qui décide, au Québec? Quelques milliers de jeunes, ou 3,9 millions de personnes derrière le gouvernement? Il y a là une disproportion qui défie la logique. Appelons cela le principe de la pyramide inversée. Cela me fait dire que le moratoire n’incarne pas une forme supérieure de la démocratie, il consacre plutôt la dictature de la minorité. » (Au pays des « momos », 16 mai 2012)

Une petite minute… Est-ce qu’il y a eu un référendum sur la question ? L’aurais-je manqué ? Alors d’où vient l’affirmation péremptoire que la mesure est appuyée par 68% de la population et 3,9 millions d’électeurs ? D’un sondage CROP réalisé auprès de la clientèle de La Presse, ce même public que l’on s’emploie à désinformer systématiquement sur le sujet et qui exclut les jeunes de 18 à 24 ans, pourtant les plus touchés par cette mesure, en même temps que tous les « gauchistes » qui préfèrent sans doute lire Le Devoir ?

Alors là, je ne suis vraiment pas rassuré.

Regardons plutôt ce que Dubuc dit ailleurs : « Le Québec est dirigé par un gouvernement élu, à qui les électeurs confient un mandat et à qui ils délèguent des responsabilités. (…) Nous disposons donc de mécanismes formels pour encadrer l’exercice du pouvoir, comme les institutions parlementaires, les lois et les tribunaux. À cela s’ajoute une foule de mécanismes informels pour amener un gouvernement à ajuster le tir – mouvements d’opinion, sondages, débats publics (je souligne). Enfin, le peuple dispose d’une arme ultime à travers ses choix électoraux ». (Petit rappel sur la démocratie, 30 avril 2012)

Comment voulez-vous que je soigne ma paranoïa quand on m’invite à renoncer à toute velléité de protestation pour m’en remettre aux passeurs de baillons et voteurs de lois liberticides financés par des groupes occultes, aux juges qu’ils ont nommés, aux manipulateurs d’opinion, aux sondages et aux débats tendancieux de La Presse (dont bon nombre d’actionnaires sont des compagnies à numéro) en attendant les prochaines élections ? Je préfère nettement la « conception perverse de la démocratie », celle des citoyens qui ne se laissent pas endormir et qui descendent dans la rue pour revendiquer et exiger des comptes.

Les propos de Dubuc sont à mettre en résonance avec ceux de l’éditorialiste Mario Roy qui écrit, apparemment sans gêne: « Enfin, sommer la population de prendre parti par tous les moyens, y compris violents, que justifie la prémisse du «tout est politique» est un viol du droit le plus fondamental, peut-être, que possède tout individu. Celui d’être laissé seul. En paix. À l’abri, lorsqu’il le désire, de la chosification politique » (Tout est politique, 9 juin 2012)

Dormez citoyens, La Presse veille! Dans cette conception nouvelle de la démocratie, les éditorialistes et chroniqueurs manœuvrent pour nous garder à l’abri de la « chosification politique », cependant que d’autres, beaucoup mieux qualifiés et qui, eux seuls, savent compter, s’occupent du bien commun.

Travaille, consomme, paie tes impôts pis ferme ta gueule.

Mais, justement, pourquoi employer mes loisirs à gueuler contre La Presse et ne pas la boycotter plutôt, comme m’invitait à le faire un lecteur de ma chronique de la semaine dernière, si les opinions qu’elle exprime ne me conviennent pas?

Pour la simple raison que — et la chose est particulièrement sensible dans le cadre de la couverture qu’a fait ce journal du Printemps érable — ces opinions ressemblent à s’y méprendre à de la propagande politique et agissent comme un acide sur le tissu social qu’on cherche à dissoudre, au nom de la loi, de l’ordre économique et de la légitimité de l’État, jusqu’à l’atomisation individualiste (« La société n’existe pas : il n’y a que des individus » disait Thatcher, la papesse de l’ultra-libéralisme). Or, c’est le devoir de tout intellectuel ou démocrate qui se respecte de condamner cette dérive lorsqu’il la constate.

 

Le cas Alain Dubuc (je reprends la méthodologie exposée ici)

Réfutation, stigmatisation et marginalisation de la position des étudiants :

« Où est-ce que tout cela nous mène? Un jour, la lassitude finit par s’installer. Et les étudiants eux-mêmes perdront leur élan. Ce revirement est déjà amorcé, sans doute depuis le moment fort que fut la grande manifestation de Montréal. On sent l’essoufflement aux fissures entre composantes du mouvement étudiant, au caractère disparate des dernières actions, aux petits dérapages qui se multiplient. Cela ne pourra que s’accélérer quand un nombre croissant d’étudiants voudront retourner aux études s’ils sentent que leur session est menacée. » (Grève étudiante : la bataille de l’image, 4 avril 2012)

« Ce discours un peu creux sur la marchandisation a détourné notre attention de débats pourtant essentiels. On n’a à peu près pas parlé des besoins des universités, de la compétition internationale qui les affecte, des objectifs à atteindre en enseignement ou en recherche. C’est dommage. » (Quelle marchandisation ? 11 avril 2012)

« La thèse de la FEUQ et de la FECQ, étayée par un document publié il y a quelques semaines, c’est qu’en coupant dans le gras, en gelant les dépenses administratives, on pourrait dégager des économies qui permettraient d’éviter les hausses des droits. Ça ne tient pas. Cette piste risque surtout de mener à l’exercice populiste qui consiste à scruter des allocations de dépenses et s’indigner de quelques recteurs. Ça fait les manchettes, mais les résultats seront insignifiants. » (6 pistes de solution, 24 avril 2012)

« Il est normal que les jeunes soient plus militants, plus épris de changement. Ce qui est moins normal, c’est la domination, depuis le début, de l’Association solidaire syndicale étudiante, une version moderne des groupuscules d’extrême gauche, qui a créé une structure parapluie, la CLASSE, pour appliquer au mouvement étudiant les mécanismes de levier que l’on associe d’habitude au monde de la finance. » (Tasser la CLASSE, 27 avril 2012)

«Il y a un gouffre entre la CLASSE et la population étudiante. Ce que dit son porte-parole, Gabriel Nadeau-Dubois, devant les micros et les caméras, ne ressemble pas du tout à ce qu’il dit à ses camarades. Dans un discours cité hier dans notre page Débats, il souhaite «que notre grève serve de tremplin à une contestation beaucoup plus large, beaucoup plus profonde, beaucoup plus radicale»  (Tasser la CLASSE, 27 avril 2012)

« Cela montre aussi que la CLASSE a un objectif, de moins en moins caché, qui rend stérile toute discussion avec ses représentants. Pour être membre de la CLASSE, il faut être «contre toute hausse de frais de scolarité dans une perspective de gratuité scolaire». Un point de départ qui, par définition, rend impossible toute entente sur autre chose que l’abandon pur et simple des hausses. » (Tasser la CLASSE, 27 avril 2012)

« Les deux associations étudiantes modérées ont déposé hier une contre-offre au gouvernement Charest pour résoudre le conflit des droits de scolarité. Elle est surréaliste. Ce n’est pas vraiment une contre-offre, elle ne constitue pas une piste de solution, elle ne permet pas de négociation. On s’attendait à une ouverture, même modeste. On a plutôt droit à un braquage. » (Un braquage surréaliste, 1er mai 2012)

« Ce qui est le plus troublant, c’est le moratoire de deux ans qu’ils réclament sur le plan de financement des universités. Pas d’argent frais. Une proposition effarante qui repose sur une logique perverse » (Un braquage surréaliste, 1er mai 2012)

« Et qu’est que le conflit a fait pour briser ce mur de l’indifférence? Il a plutôt réussi à empirer les choses. D’abord avec un message qui consiste à décrire les universités comme un haut lieu du gaspillage. » (Et l’université dans tout ça ? 8 mai 2012)

« On ne peut pas imaginer un débat aussi absurde. On se chicane sur de l’argent qui n’existe pas. Les économies massives que les étudiants espèrent retirer de la lutte au gaspillage sont un mythe. » (Le mythe des 189 millions, 9 mai 2012)

« Ce n’est même pas un débat gauche-droite, parce que le gel repose sur une conception particulièrement primaire de la social-démocratie. C’est la victoire du statu quo et de tous ceux qui en sont les défenseurs, notamment les centrales syndicales qui ont généreusement appuyé les associations étudiantes au nom de la défense des acquis associés à l’État-providence. » (Peut-on sortir de l’impasse ?, 1er juin 2012)

 « La fabrication d’une mayonnaise est un procédé culinaire fascinant. Vous prenez trois éléments, de l’huile, du jaune d’oeuf et de la moutarde, et si vous les liez d’une certaine façon, vous obtenez une tout autre substance. Mais attention, si vous versez l’huile trop vite, ou si vous brassez mal, les ingrédients ne prendront pas et la mayonnaise va se défaire. C’est un peu ce qu’on est en train de voir avec ce que l’on a appelé, sans doute un peu trop vite, notre crise sociale, et qui ressemble davantage à un épisode d’agitation sociale. » (Le secret de la mayonnaise, 15 juin 2012)

 

Mépris, condescendance et paternalisme :

 « La ministre Line Beauchamp ne peut pas concocter une action par jour – masquée le lundi, drapée de noir le mardi, un peu de claquette le mercredi – dans l’espoir d’attirer les caméras et d’avoir droit à deux minutes de temps d’antenne gratuites. » (Grève étudiante : la bataille de l’image, 4 avril 2012)

 « Il y a une coupure sociale au Québec. Mais pas tant entre une jeunesse mobilisée et des aînés qui ne la prennent pas au sérieux. Ni entre une population qui veut réinventer le développement économique et un gouvernement entêté qui refuse de l’entendre. Non, la coupure la plus frappante, c’est entre l’idée qu’on peut se faire de ce qui se passe au Québec et ce qui s’y passe vraiment. Entre le message de la rue et la réalité des choses. »(Quel printemps québécois, 25 avril 2012)

 « Le succès de la marche de Montréal s’expliquait aussi par les renforts dont ont profité les organisateurs – artistes, centrales syndicales, étudiants en grève – qui l’ont transformée en grand-messe anti-Charest. » (Quel printemps québécois, 25 avril 2012)

 « le climat qui règne au Québec, ce n’est pas celui d’un printemps, mais plutôt le temps tristounet de l’automne. » (Quel printemps québécois, 25 avril 2012)

«Mais ces mécanismes d’arbitrage ne fonctionnent pas parce que les associations étudiantes ne veulent pas accepter ce verdict. On peut y voir l’expression collective du phénomène de l’enfant-roi, typique de cette génération à qui personne n’a jamais dit non. Les jeunes n’étaient pas d’accord avec la hausse. Ils l’ont exprimé. Mais ensuite, ils ont été stupéfaits et indignés de découvrir que le gouvernement ne se rendait pas à leur point de vue. » (Petit rappel sur la démocratie, 30 avril 2012)

«Difficile de ne pas y voir une autre manifestation du syndrome de l’enfant-roi. Des étudiants qui, lorsqu’ils demandent qu’on les écoute, demandent en fait qu’on leur obéisse » (Un braquage surréaliste, 1er mai 2012)

«Pour que ce gel des droits soit financièrement réaliste, les associations étudiantes proposent une démarche en deux points. Tout d’abord, un exercice de comptabilité approximatif – qui nous rappelle qu’il n’y a pas beaucoup de gens de chiffres chez les étudiants en grève – consistant à limiter la croissance de certains postes de dépenses, comme l’administration et les immeubles.» (Un braquage surréaliste, 1er mai 2012)

« Les associations étudiantes, prisonnières de leur logique corporatiste, sont en train de renforcer les préjugés enracinés d’une société qui ne croit pas vraiment à l’importance de ses universités. C’est désolant. » (Un braquage surréaliste, 1er mai 2012)

«La force du mouvement étudiant tient à la vigueur des jeunes qui l’animent, mais beaucoup aussi aux appuis dont il a bénéficié, de tous ceux qui veulent préserver leur conception de la Révolution tranquille – mouvance de gauche, centrales syndicales, monde culturel. Ils croient incarner le germe d’un printemps québécois. J’y vois plutôt la sainte alliance du statu quo et du culte des droits acquis. » (L’erreur libérale, 4 mai 2012)

« Les universités sont des administrations lourdes. Mais l’idée qu’on pourrait aller y chercher 189 millions d’économies, comme l’affirment les associations étudiantes, relève de la pensée magique. Ce mécanisme, s’il voit le jour, aura des effets pervers. Il créera, sur le dos des universités, une espèce de comité permanent de l’indignation populiste, un tribunal du peuple dont les membres les plus visibles seront des leaders étudiants qui ne savent pas compter. » (Et l’université dans tout ça ? 8 mai 2012)

« La tolérance zéro pour l’alcool au volant s’applique maintenant jusqu’à l’âge de 21 ans. Ce nouveau règlement a un caractère discriminatoire. Mais il se justifie par les habitudes de conduite des jeunes, et par des considérations comportementales et neurologiques, notamment la propension à l’impulsivité et à la prise de risque et les lacunes dans l’exercice du jugement. C’est aussi l’âge d’un grand nombre d’étudiants en grève. Est-ce incorrect de le rappeler? » (La crise en chiffres, 14 mai 2012)

« À l’heure actuelle, le mot le plus populaire dans le vocabulaire québécois, c’est probablement moratoire. On en réclame partout. Pour les gaz de schiste, pour le pétrole, pour l’uranium, pour les compteurs intelligents. Et maintenant, c’était inévitable, pour la hausse des droits de scolarité. À un tel point qu’il faudrait trouver un terme pour décrire ses partisans. Des «moratoriens» ? Des «moratoristes» ? Appelons-les des «momos»! » (Au pays des « momos », 16 mai 2012)

« L’idée de moratoire a pu surgir parce que le conflit étudiant a mené à une situation de crise et à une radicalisation ponctuée de gestes de violence. Tout le monde s’entend sur la nécessité de mettre fin à la crise. Les «momos» se distinguent en estimant que le seul dénouement possible est un recul du gouvernement. » (Au pays des « momos », 16 mai 2012)

« Le débat porte moins sur les principes que sur les solutions. Il oppose deux réponses aux menaces qui pèsent sur les modèles d’État-providence. Ces modèles, conçus dans les années 60 et 70 dans une période de grande prospérité, ne sont plus viables. Nous sommes de moins en moins capables de les payer. Les services ont tendance à se dégrader. Parce que le potentiel de croissance est plus faible, que la stagnation démographique réduit les moyens, mais augmente les besoins, parce que leur financement par l’endettement nous place maintenant dans une impasse. » (Sauver la social-démocratie, 23 mai 2012)

« Ce mouvement, peu structuré, marque plutôt une victoire de la passion sur la raison. Les arguments factuels, très défavorables aux étudiants, ont été rapidement balayés, parce que le débat s’est déplacé sur le terrain des émotions. Difficile de discuter avec une casserole! » (Cherchez l’erreur, 28 mai 2012)

« Ce glissement du débat, on le voit très bien dans le clivage entre les points de vue des journalistes qui signent des textes d’opinion dans La Presse. Les chroniques d’humeur appuient le mouvement étudiant et les textes analytiques approuvent les hausses. Bien des gens se réjouissent de cette irruption de l’irrationnel dans le débat public. Pas moi. Parce que la «rue», ça peut produire des surprises. Et parce que le discours sous-jacent n’annonce pas un monde nouveau. » (Cherchez l’erreur, 28 mai 2012)

« Les étudiants se sont lancés dans une bataille corporatiste très classique, la même que celle des générations d’étudiants qui les ont précédés. Cette bataille s’est élargie à la défense du modèle québécois où l’on retrouve, presque mot à mot, à peu près tous les lieux communs que débitent depuis 30 ans des «forces vives» comme la CSN. Le mouvement étudiant a été très innovant sur la forme. Mais sur le fond, derrière le bruit des casseroles, il propose un désespérant sur-place. » (Cherchez l’erreur, 28 mai 2012)

 

Arguments tendancieux et réitération de la propagande gouvernementale:

« Combien de fois a-t-on littéralement donné le micro, sans le moindre filtre, au porte-parole de la CLASSE, Gabriel Nadeau-Dubois, pourtant un militant de la faction radicale du mouvement étudiant? » (Grève étudiante : la bataille de l’image, 4 avril 2012)

« La troisième distorsion, c’est d’avoir créé l’impression qu’il existait un mouvement de masse d’opposition à la hausse et d’avoir occulté le fait qu’une solide majorité de Québécois sont en faveur de cette décision, 61% contre 39%. » (Grève étudiante : la bataille de l’image, 4 avril 2012)

« Le sondage CROP que La Presse a publié hier montre de façon convaincante qu’il n’y a pas de printemps québécois. » (Quel printemps québécois, 25 avril 2012)

« Dans le processus de discussion qui s’est amorcé il y a quelques semaines, le gouvernement a mis de l’eau dans son vin pour atténuer les effets des hausses et donc pour réduire le fardeau exigé des étudiants. Et la réponse des étudiants consiste essentiellement à rester sur leurs positions initiales. Ils acceptent les concessions gouvernementales, mais refusent d’en faire de leur côté. » (Un braquage surréaliste, 1er mai 2012)

« Si les étudiants refusent de bouger, comme c’est le cas, aucune médiation n’est possible. » (Un braquage surréaliste, 1er mai 2012)

« C’est un pattern étonnant, auquel nous ne sommes pas habitués. Les conflits, peu importe lesquels, peu importe la génération, peu importe l’idéologie, reposent sur le principe du donnant-donnant, où chacun accepte de mettre un peu d’eau dans son vin. Il n’y a rien de tel dans la démarche étudiante. » (Un braquage surréaliste, 1er mai 2012)

« Mais le message qu’envoient ces étudiants, et il est abominable, c’est que, dans le fond, les universités n’ont pas besoin de plus d’argent. Un non-sens pour qui se donne la peine de sortir de sa bulle et de comparer le financement de nos institutions à celui des autres provinces. » (Un braquage surréaliste, 1er mai 2012)

« Nous avons, d’un côté, un gouvernement élu. Il a proposé une hausse des droits dans un budget voté par l’Assemblée nationale. La mesure est appuyée par 68% de la population, soit 3,9 millions d’électeurs, tandis que 1,8 million de citoyens s’y opposent. Et de l’autre côté? 450 000 élèves de cégeps et étudiants d’universités en général opposés à la hausse. Mais 300 000 d’entre eux n’ont pas estimé que l’enjeu justifiait qu’ils cessent d’étudier. 150 000 étudiants, à peine le tiers du total, sont en grève, dont un bon nombre malgré eux. Et de ce nombre, quelques milliers ont choisi la radicalisation. » (Au pays des « momos », 16 mai 2012)

« Qui décide, au Québec? Quelques milliers de jeunes, ou 3,9 millions de personnes derrière le gouvernement? Il y a là une disproportion qui défie la logique. Appelons cela le principe de la pyramide inversée. Cela me fait dire que le moratoire n’incarne pas une forme supérieure de la démocratie, il consacre plutôt la dictature de la minorité. » (Au pays des « momos », 16 mai 2012)

« Toutes les pistes de solutions que les associations ont évoquées revenaient à demander au gouvernement d’abandonner son projet d’une façon ou d’une autre. Pas de réduire l’ampleur des hausses, comme dans une négociation normale, mais bien de les abandonner. » (La légitimité de l’état, 18 mai 2012)

«Pourquoi le gouvernement aurait-il dû céder? Sur le fond, son projet est modéré, appuyé par de très nombreuses études, conçu pour donner un souffle aux universités. Il ne fait évidemment pas consensus, mais il est appuyé par une solide majorité de la population. Pourquoi alors reculer? Pour éviter la violence. » (La légitimité de l’état, 18 mai 2012)

« Quel étrange sondage que le CROP dans La Presse de samedi. 68% des Québécois disent être d’accord avec la suspension des cours jusqu’en août. 64% appuient l’interdiction de manifester à moins de 50 mètres des institutions. 71% sont d’accord avec l’obligation de fournir l’itinéraire d’une manif huit heures à l’avance. 77% trouvent que les policiers font un bon travail. Et 64% sont d’accord avec la hausse des droits de scolarité. » (Cherchez l’erreur, 28 mai 2012)

« Les citoyens appuient donc massivement les dispositions de la loi spéciale, sauf les amendes salées pour les associations étudiantes. » (Cherchez l’erreur, 28 mai 2012)

« Car ces chiffres montrent aussi à quel point la coupure est grande entre la population et la rue. Les gens appuient les hausses, ils appuient les mesures musclées, ils appuient le travail de la police. Une forte majorité de Québécois sont donc à mille lieues du discours des manifestants étudiants et de leurs alliés. » (Cherchez l’erreur, 28 mai 2012)

« Depuis le début du conflit, les associations étudiantes s’opposent à la hausse des droits de scolarité. On le sait. Ils n’ont jamais accepté l’idée d’une hausse. Et finalement, ils n’ont jamais bougé là-dessus. La seule issue de la négociation, si on a bien compris ce qui s’est produit depuis quatre jours, ce serait que le gouvernement accepte, d’une façon ou d’une autre, d’abandonner la hausse des droits de scolarité. Un gel. Un moratoire ou des entourloupettes qui reviennent au même. Point. Il n’y avait pas d’autres avenues possibles. Pas de place pour ce qui correspond à la définition d’une négociation sérieuse. » (Peut-on sortir de l’impasse ?, 1er juin 2012)

« En portant le carré rouge, Mme Marois n’appuyait pas seulement une revendication légitime. Elle ne pouvait pas faire abstraction du fait qu’elle apportait sa caution morale à tout le reste, qui se réclame aussi du carré rouge – la CLASSE, les débordements des manifestations, le défi des injonctions, le harcèlement des étudiants qui voulaient étudier. » (La grave erreur de Mme Marois, 4 juin 2012)

« Mais plus encore, dans ce conflit, on a assisté à une dynamique qui remettait en cause la légitimité de l’État, l’autorité du gouvernement, les décisions de l’Assemblée nationale. Une dynamique voulant que la rue décide. L’opposition officielle – et c’est inacceptable – a encouragé et appuyé une dynamique qui a mené à une crise sociale qui glorifie le pouvoir de la rue. » (La grave erreur de Mme Marois, 4 juin 2012) 

« Parce que derrière l’agitation de la rue, il y a une autre force, celle de la majorité silencieuse, plus précisément, dans ce dossier, la majorité muselée, beaucoup plus proche des positions gouvernementales » (La grave erreur de Mme Marois, 4 juin 2012)

 

Commentaires

commentaires

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16 thoughts on “Si La Presse n’existait pas… il faudrait ne pas l’inventer

  1. Très intéressante, cette analyse de la presse comme instrument de propagande! On voit ici que la conception de ce qu’est la démocratie est bien différente selon le système de valeurs des personnes… Ce que dit Dubuc de cette démocratie est plutôt effrayant! Il est vraiment temps que la population se réveille et choisisse de prendre sa société en main… Merci de nous éclairer grâce à tes chroniques toujours pertinentes et faisant preuve d’une fine analyse!

    1. Luc Vaillancourt

      Merci de me lire, même en juillet!

  2. Encore un excellent travail!

    1. Luc Vaillancourt

      Merci pour le commentaire!

  3. Un travail hyper essentiel pour comprendre à quel point le lecteur moyen est manipulé de façon éhontée et avec une mauvaise foi intellectuellement corrompue

    1. Luc Vaillancourt

      Merci! Et on poursuit avec André Pratte la semaine prochaîne…

      1. Marielle Couture

        Oh, joie!

        1. Luc Vaillancourt

          Oh, douleur!

  4. sophiecarcor

    Je vous suis infiniment reconnaissante, ça prend du courage et de l’estomac pour se taper la lecture de ce vomi méprisant. Il est plus que temps de démonter la machine pour en révéler les mécanismes.

    1. Luc Vaillancourt

      Merci! 🙂

  5. FA

    Soit pour Dubuc. Mais comme l’écrit Nathalie Collard: « Ne tirons pas sur le messager » tout de même! http://www2.infopresse.com/blogs/actualites/archive/2012/07/06/Ne-tirons-pas-sur-le-messager.aspx

    1. Luc Vaillancourt

      Hélas, Dubuc n’est pas le seul à débiter des bêtises. Je vous invite à lire mes articles sur Boisvert, Roy et Gagnon pour vous en faire une idée, de même que celui à venir cette semaine sur André Pratte.

  6. L'engagé

    C’est énorme mon cher… Quel travail!

    1. Luc Vaillancourt

      C’est votre travail qui a inspiré le mien.

  7. […] dans mes précédentes chroniques consacrées à Yves Boisvert, Mario Roy, Lysiane Gagnon et Alain Dubuc, sur la situation particulière de l’éditorialiste en regard des chroniqueurs et des autres […]

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