Pour ne pas en finir avec le public (beaucoup de questions et d’idées reçues) et ce sera décousu parce que ça semble difficile de faire du sens à ce sujet

I

Où es-tu, public ? Question que semble se poser l’ensemble de la communauté artistique d’ici mais aussi d’ailleurs.

On se plaint du peu de spectateurs présents pour encourager le théâtre, on le juge paresseux, peu curieux.

On retrouve, dit-on, souvent, très, trop, les mêmes visages dans les vernissages et autres rencontres socio-artistiques de ce genre.

On souligne, à gros traits, la carence de critiques s’occupant de critique, la carence de couverture médiatique informant le public, le manque ou la disparition de diffuseurs culturels.

On en reparlera de la critique, du critique qui critique quoi et de quelle façon et surtout en se posant la question : la critique pour qui, pourquoi ?

Cela pourrait s’allonger encore un moment, vous vous en doutez.

Question pertinente : sait-on, doit-on, savoir faire la différence entre culture et art ?

Question impertinente : le théâtre, comme les arts dits visuels, seraient-ils, ici (parlons d’ici pour les besoins de la cause), des arts offerts à une élite par une élite ? oh !!! ça hurle déjà !!! ça hurle déjà ? Vraiment, ça hurle ???

Pensons-y bien, tous les agents oeuvrant au sein de toutes ces communautés de créateurs/diffuseurs/gestionnaires proviennent d’une même source, à savoir l’université.

Est-ce vrai, vérifiable, inévitable, sain ?

La clientèle première des arts, que nous nommerons «contemporains» pour les reconnaître bien dans le cadre de ce texte, se retrouve dans une large part dans un fragment de la communauté universitaire en arts et lettres in campus et dans celle des gradués en arts et lettres hors campus, n’est-ce pas ?

Plusieurs dizaines d’amis ouverts d’esprit, libres penseurs, tournant autour de ces deux noyaux vont et viennent au gré des événements, me trompe-je ?

Et cette clientèle de visages connus, de personnes sensibles, et de quelques spécialistes des buffets et des 5 à 7, se retrouvent continuellement devant la nécessité sinon l’obligation de faire vivre ce milieu en assistant à tout ce qui se produit dans le milieu.

N’est-ce pas ?

On soulignera dans certains cas et l’on (certains, pas tous) reprochera quelques fois à certains lieux culturels de profiter de la clientèle scolaire, que ces mêmes certains oseront qualifier de clientèle-bidon car faussant les données (quelles données) en haussant le taux de fréquentation de ces mêmes lieux par des visiteurs non-adultes. Est-ce véridique ? Je l’ai entendu.

 

II

Alors, je me dis que quelques fois le public, ce public, il en a peut-être marre un peu de devoir jouer de rôle la vache à lait à qui on demande les sous lors de tous les événements de survie financière que l’on évitera souvent de nommer campagne de financement et qui devra encore ouvrir son porte-feuille lors des spectacles en salle, sauf les arts visuels qui sont, dit-on, en entrée libre sauf exception de certains lieux importants.

À ce même public, fidèle (?), on reprochera de ne pas être collectionneur d’art, de ne pas investir dans une culture actuelle pour le futur, de ne pas s’intéresser aux laboratoires de création ou aux résidences d’artistes.

À ce même public, on reprochera de ne pas remplir les salles soir après soir, de ne pas visiter les expositions.

Et si l’on comptait le cheptel (je sais, ça hurle encore !!! mais faut bien tenir l’intérêt critique car c’est de cela dont il s’agit ici, l’intérêt critique qui mène à réagir), on serait peut-être étonné de n’y compter que quelques petites centaines d’individus généreux de leur personne, certains de leur temps, ouverts, cultivés mais, et c’est là leur plus grande carence, incapables de développer aucune forme d’ubiquité à court ou à long terme. Suis-je totalement à côté de la track ? I don’t think so !!!

 

III

Maintenant la question à se poser : Comment le milieu de l’art actuel, contemporain, toutes disciplines confondues, peut-il amener un nouveau public dans ses salles, le fidéliser à long terme ? Ce même milieu parvient, convenons-en, à grand peine à attirer régulièrement quelques étudiants et leurs professeurs de ces disciplines au collégial et à l’université. Vrai ?

Comment peut-on réaliser ce défi en tenant compte de la réalité quotidienne, de la situation économique, du peu de visibilité du milieu dans le portrait global de notre société ?

Comment le milieu culturel peut-il donner ce qu’il estime «essentiel» à une vaste clientèle, actuellement absente du milieu des arts contemporains, à qui l’on ne peut reprocher de rechercher l’évasion dans des événements «culturels» populaires… je sais… à ce point que celle-ci accourt et remplisse les salles dès la venue du moindre humoriste un peu drôle ?

 

IV

Avertissement : Ça tire dans tous les sens !

La situation se présente ainsi : une communauté artistique sincère, dévouée, sans malice et sans réels moyens de s’ouvrir à «l’autre» car les sous sont comptés, des artistes brillants (quelques fois), généreux (souvent), éduqués (idem) mais méconnus ou inconnus du grand public, de ce public qui remplis les salles de faiseurs de farces et de chanteurs/teuses en tournée. Est-ce vrai ?

Au théâtre, plusieurs comédiens jouent plusieurs fois, dans plusieurs compagnies… surexposition possible ?

En arts visuels, un artiste qui a la chance de présenter son travail, lequel doit être toujours différent, dans chacun des centres de sa région, se retrouve hors circuit bien vite car, dans ce milieu il faut du nouveau, de l’externe et il faut passer par ce purgatoire… sous-exposition possible ?

Et quand un journal culturel paraît, ce même milieu culturel se retrouve le client privilégié (je ne savais pas où placer cela alors, ce sera ici) Et pourtant, des artistes d’ici sont reconnus ailleurs, des compagnies théâtrales voyagent, jouent. Certains gagnent même des Prix nationaux et internationaux, vont dans des festivals importants et pourtant reviennent.

 

V

Inutile de continuer à prendre les présences, de nommer les absents, d’accuser… il faut jouer pour qui se retrouve dans la salle, exposer pour qui viendra visiter, performer pour qui saura comprendre. Je sais, c’est frustrant de travailler des mois, de répéter des heures et des heures, pour une poignée de spectateurs. Mais pourquoi alors continue-t-on ?

Ici, il faudrait développer un texte critique sur l’aspect «passion, folie, aventure, défi» qui anime les gens du «milieu». Une autre fois peut-être.

 

VI

Parce qu’il faut bien que ce texte se termine.

Absolument parvenir à créer une dynamique de groupe permettant de mettre de l’avant, de montrer «au grand public» que les arts contemporains font partie de la société actuelle, qu’ils jouent, du point de vue financier, chiffre à l’appui, un rôle important dans la vie commerçante de la région, que l’art contemporain ce n’est pas que de l’informe et du concept hermétique, que l’intellectuel impliqué n’est pas un ennuyeux personnage, j’en connais de fort drôles, des subtils et des… intellectuels… Intellectuels comme on est boulanger au quotidien. Il y en a cependant des mortellement plats, ils hurlent un peu fort, mais pas trop, du fond de leur discours solitaire sans jamais proposer de solution.

Que l’artiste actuel, le comédien, le technicien, le professeur en arts, le chercheur en théâtre, le directeur de galerie (vous saisissez, on nommera pas tout le monde) tous ces gens font partie de la res publica… bien oui, c’est du latin mais c’est pas chinois, ils font partie de la vie publique de la cité, comme le plombier, le maire qui devrait être le premier à le comprendre, le travailleur chez rio something, l’étudiant, la caissière ou l’avocat (pas celui que la caissière placera dans le sac, mais celui qui … vous avez compris).

Alors, je me dis, on fait quoi pour convaincre ou intéresser Madame C ou Monsieur D à venir voir et apprécier pour soi, quelque chose qui ne ressemble pas à une téléréalité, qui ne se vend pas comme un bibelot Made in China dans les magasins à grandes surfaces.

Comment on fait pour faire comprendre que la sensibilité à l’art, à l’expression créative, ça se développe, que ça ne demande pas un diplôme spécifique, que Madame C et Monsieur D sont les bienvenus dans le milieu culturel. Que si ils ne comprennent pas tout, ils ne sont pas les seuls, nous aussi on ne comprend pas tout (et c’est bien car ça me permet de placer ma finale qui arrive là un peu tout croche):

On fait quoi pour faire comprendre «au grand public» que si tu poses une question à un «Artiste», il va te répondre et que si tu ne comprends pas tout, tu peux continuer à lui parler.

On développerait peut-être, sans doute, soyons positifs, ainsi un plaisir à discuter de façon critique ou peut-être à jaser pour jaser d’art, à se donner rendez-vous une prochaine fois dans la salle et pas nécessairement à côté du buffet.

Ça ne se fera pas du jour au lendemain, alors, si on veut que ça change, on fait quoi et on commence où et quand ?

Commentaires

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5 thoughts on “Pour ne pas en finir avec le public (beaucoup de questions et d’idées reçues) et ce sera décousu parce que ça semble difficile de faire du sens à ce sujet

  1. Catherine

    On continue à courtiser les écoles. L’éducation. Il n’y a pas d’autres moyens. Ça veut dire ne pas hausser les frais de scolarité. De un.

  2. Carol Dallaire

    Oui mais pas seulement courtiser… il faudrait créer des programmes scolaires adaptés aux (ou à certaines) expositions, pièces de théâtre, concerts. Amener les élèves et les étudiants au niveau plus élevé (on l’espère) des événements qu’ils sont invités à visiter, à écouter, à voir et non pas créer des événements pour une certaine clientèle afin de (ne) rencontrer certains objectifs de programme. Une visite à un événement artistique doit favoriser un moment d’éveil, un choc, un moment de bonheur, une prise de conscience chez le spectateur peu importe son âge.

    C’était le défi que l’on s’était donné lors de la création de l’événement Monsieur Dallaire à la montagne au CNE en 2009.

    J’y ai appris beaucoup à ce sujet… mais c’est déjà de l’histoire. Un rapport de 150 pages a été écrit à ce propos. Faudrait l’étoffer d’autres expériences, en faire, après un réaménagement correct du propos, un sujet de recherche universitaire peut-être pour un ou une spécialiste en enseignement en arts… rêvons !!!

    Anyway, oui il faut commencer à l’école mais avant même la gratuité scolaire, il faudrait repenser les priorités des choses enseignées à l’école. Il faudrait que l’école … et là lorsque l’on commence à écrire « il faudrait », on se perd car il faudrait revoir tant de choses.

    Déjà si l’on enseignait l’histoire du Québec à l’école, on pourrait à un moment donné parler du Refus global, de Borduas… mais qui a lu dernièrement le Refus global pour en parler correctement ? Qui se souvient de René Payant ? Pas de critique ici, simplement une constatation.

    Notre culture, incluant notre culture artistique !!! Il faut la partager, la faire vivre, revivre mais pour ce faire il est nécessaire de nommer, d’inventorier ce qui la compose. Chacun devrait avoir (devrait se sentir) la responsabilité, l’obligation de maintenir vivante une partie de notre mémoire culturelle globale… on reviendrait peut-être à une sorte de culture orale véritable où l’on se parlerait, se questionnerait, se redonnerait rendez-vous pour continuer à dire, à montrer… assez, il y aurait encore tant à dire.

  3. Christine Gauthier

    La réflexion est fort intéressante. J’aimerais ajouter ce qui suit pour l’intérêt des lecteurs qui ne connaissent peut-être pas la place des arts dans le milieu scolaire. Je n’ai pas de réponse aux questions, mais j’ai tout de même quelques informations…
    Beaucoup d’initiatives existent déjà dans le milieu scolaire. Cependant, comme les gens du domaine de l’éducation ne se préoccupent pas nécessairement de la diffusion médiatique des projets, ça reste dans l’ombre la plupart du temps.
    D’un point de vue local, en 2011-2012, le programme Culture Éducation a améné 11575 élèves des deux commissions scolaires du Saguenay à faire des sorties culturelles (spectacle en théâtre, en musique). Culture Éducation produit également le guide La culture sans se casser la tête. C’est le canal que se sont donnés le milieu culturel et le milieu scolaire. Il existe également une rencontre des diffuseurs, où les organismes présentent leur offre de spectacles aux enseignants. Culture Éducation chapeaute aussi une table de concertation où des intervenants des deux milieux se rencontrent et échangent. Culture Éducation est très actif.
    Il y a aussi le programme conjoint du MELS et du MCCCF La culture à l’école. À titre d’exemple, à la Commission scolaire des Rives-du-Saguenay, plus de 40 projets ont reçu une subvention pour recevoir un artiste (ou un organisme artistique)/un écrivain à l’école ou pour une sortie culturelle dans un lieu reconnu. Cette même commission scolaire ajoute elle aussi un montant au budget, ce qui a permis de financer près de 30 projets supplémentaires. Et évidemment, il y a beaucoup de projets qui naissent dans les écoles et qui sont financés à même les écoles. Donc, difficile d’en entendre parler à moins d’avoir un lien direct.
    La sensibilité est donc déjà présente. Le milieu scolaire est friand d’activités et l’offre est diversifiée. Mais il faut aussi penser que les ressources financières restent tout de même limitées. Surtout avec les coupures récentes et celles à venir.
    Autre hic : il y a sous-représentation des artistes du SLSJ dans le Répertoire de ressources du programme La culture à l’école. En fait, les organismes sont présents mais il y a peu d’individus. Et il se trouve que pour être admissible à une subvention du programme La culture à l’école, il faut être inscrit. Évidemment, ce ne sont pas tous les artistes qui ont nécessairement le goût d’aller dans ce créneau. Et bien évidemment, dans le milieu culturel comme dans le milieu artistique, tous les intervenants sont fort occupés et ont déjà plein de dossiers à gérer. Mais je pense qu’il faut profiter davantage de cette porte offerte et ouverte.
    Cela dit, je crois fermement en la nécessité de poursuivre l’éducation artistique de la population en général, enfants comme adultes. Sortir des standards communs, aller au-delà de l’œuvre de Picasso et Dali, mettre à sac le cliché de l’artiste bohème qui a la couenne dure. Oui à la pensée critique et à la réflexion. Et oui aux collaborations qui font sens, aux rapprochements et au bout de chemin fait par tous les milieux en même temps.

    1. Carol Dallaire

      Merci de toutes ces précieuses informations. L’exposition Monsieur Dallaire à la montagne au CNE a profité de ces programmes pour permettre aux étudiants du primaire et du secondaire de visiter l’exposition. Je n’ai pas le chiffre exact de visiteurs mais pour un mois je crois que ça jouait dans les 1500 visites. On a reçu des gens de la CS des deux-rives, Chicoutimi et St-Félicien (cégep) et finissants de 3ième année du BIA.

      Un autre programme à l’UQAC m’a permis d’engager deux étudiantes comme collaboratrices : Marilou Desbiens du BEA et Marianne Tremblay étudiante à la maîtrise.

      Nous avons en plus reçu 26 profs en arts de la CS des deux-rives pour un après-midi de rencontre/formation.

      Les programmes sont là, il s’agit d’organiser avec l’aide de gens dynamiques (il y en a beaucoup) du milieu scolaire une stratégie à long terme permettant également aux centres d’artistes de profiter de ce type de visites. Actuellement, ce sont principalement le CNE et le Musée qui attirent, avec raison, la presque totalité des visiteurs étudiants (en ce qui concerne les arts visuels), mais je sais aussi que certaines troupes de théâtre profitent aussi de ces programmes

      Une planification stratégique et des visées à long terme s’imposent si on souhaite « créer, amener, éduquer » une nouvelle clientèle.

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