Quand je te dis que j’aime pas ça, tu te fâches !

I

La critique !!!  Une sorte de cancer pour les uns, une nécessité pour d’autres, une carence importante selon certains… et quoi encore ?

Les critiques qui assument leur statut, levez la main !!!  On n’en voit pas des masses.

On parle, on commente, on aime, on déteste mais, critique-t-on ?  J’aime comme ça sonne : critique-t-on !!!    Kritik Ton !!!  Ça fait un peu grec, trouvez pas ?  Anyway !!!

Essayons d’être précis un brin : La critique est écrite, en général mais aussi dite, narrée, par un critique, un conférencier. Dans le présent texte, on utilisera le masculin pour parler de l’animal, le critique, et le féminin pour parler de sa communication, la critique. On s’entend là-dessus ? Pas besoin de graphique.

Ainsi (ça va  aller vite, mais ça dit dans le commercial, on n’a pas que ça à faire) on (l’artiste, le comédien… désolé je nomme pas toute la profession)  donc, on se retrouve un matin avec une critique de journaliste dans un quotidien ou, miracle, dans une revue spécialisée, écrite par un critique. On la souhaite bonne la critique mais pas trop… on craint car ça ne ferait pas vrai et ça ne démontrerait que le peu de connaissance critique du critique, sauf si la superbe critique est écrite par un critique reconnu sévère méchant et… critique. Si la critique est mitigée ou mauvaise… «non mais il est con ce critique […] il n’a pas saisi que  tout ça c’était voulu […]  en plus, ça ne pourra même pas servir dans le dossier de presse» peut servir de phrase de dépannage.

Bon, on continue. Le critique ? Tentons de dresser son portrait en posant question après question (ce qui me semble préférable à dire n’importe quoi). Allons y dans le désordre !

Quel âge faut-il avoir pour être critique ?  Importante question qui entraîne à sa suite :  Quelles sont ses compétences dans le domaine particulier où il oeuvre ?  Il a un diplôme en quelque chose d’artistique ? Il écrit où, depuis quand ? L’aime-t-on, le craint-on ? Y faisait quoi dans la vraie vie avant ?

Déjà, il semble y avoir un profil, brut, je sais, qui se dessine.

Il est «du milieu» ou pas ? car pour certains (je ne dis pas qu’ils ont tord ou raison) comment un «étranger» pourrait-il parler avec intelligence d’un artiste et de son oeuvre autrement ?

Et puis des petites choses du genre :

Peut-on interviewer un critique pour vérifier ses compétences avant qu’il ne s’attaque à notre oeuvre ?

Anecdote : J’ai, à une autre époque, assisté à un exercice de ce genre un jour  avec Arthur Villeneuve chez lui alors qu’il avait «quessionné» un universitaire de la capitale venu lui-même l’interviewer. Incapable de répondre aux questions de M. Villeneuve,  le pauvre avait dû battre en retraite. Ça lui apprendrait de ne rien savoir des planètes, de la préhistoire et du susconscient.

Tout intellectuel peut-il être critique ? Ici, on pourrait s’amuser à poser une amusante  question inutile : Tout intellectuel se révèle-t-il vraiment intellectuel ? Tout journaliste peut-il être critique, là, là, comme çà ?  Un artiste peut-il se permettre d’être publiquement critique du travail de confrères artistes ?

On se détend un peu et on continue.

Le critique, il parle à l’artiste lors de l’exposition, ou au metteur en scène ou au jazzman avant ou après le spectacle ? Il n’a pas peur de visiter les ateliers et les salles de répétition ? Si oui, pourquoi, sinon pourquoi ? Pas d’affaire là !!!  Je vous dis, je sais pas et je demande.

Quelle culture doit avoir un critique ?  Devient-on critique à sa première critique ?

On dit quelque part qu’il faut 10 000 heures de travail et de répétition pour maîtriser un acte spécialisé… pour devenir Maître. En est-il de même pour le critique ?

On laisse reposer l’animal un moment.

 

II

La critique ?  […]  un ange passe… deux fois  […]   c’est quoi une critique ? On veut tous savoir.

Tout le monde le dit, dans une critique, on ne doit pas dire ou écrire que c’est bon mais semblerait que l’on peut dire ou écrire que c’est mauvais.

Sérieusement, a-t-on écrit «La critique pour les nuls»?  Désolé, elle était facile.

À partir de quel moment un texte devient-il critique ? Quelles sont les formules à employer, si elles existent, pour « faire une critique » et pas simplement un compte-rendu ?

La critique peut-elle, doit-elle être objective, subjective, une et l’autre, une ou l’autre, froide, concise, élaborée, remplie de références savantes ?

Le jeune apprenti-journaliste de La Pige qui couvre une exposition ou un spectacle et qui donne son avis en justifiant celui-ci, commet-il une bavure ou une critique ?

Le prof d’art en classe, en atelier, produit-il de la critique dans ses propos, du commentaire, de l’anecdote ?

Beaucoup de questions, je l’avais dit. On veut savoir et pour ce faire, rien de mieux que le supplice de la question.

Allons-y voir un peu ! Ce sera subjectif sans doute. Bof !!! on s’en fout !!!

 

III

Le portrait-cliché (?) que l’on se fait parfois du critique est celui d’un artiste manqué ou malchanceux qui n’a pu voir son travail consacré par la critique et qui par malice décide de détruire le travail des confrères arrivistes. On n’en sort pas !!!

Je donne un exemple avec moi, je sais ça ne ce fait pas… les mécontents, je suis heureux que vous ayez lu jusque là. On se revoit un de ces jours.

En 1999, j’avais organisé à Espace Virtuel un petit colloque autour d’une de mes expositions qui s’amusait ironiquement à critiquer la critique. L’objet du colloque : la critique, l’humour et la bêtise.  Dieu-du-ciel !!! Trois mots qui refusent de partager le même univers. Pour faire court, presque tous les conférenciers s’en étaient sortis plutôt correctement mais en évitant prudemment de traiter de front les trois termes: intellos mais pas fous. Informatif comme rencontre mais pas concluant à mon point de vue… pas d’esprit échauffé, sauf un mais pour une autre raison, pas de prise-de-bec… poli, ordonné, universitaire… un brin triste.

Finalement, on avait conclu quelque chose de pas si clair où l’on disait qu’il fallait éviter de mélanger les trois termes en critique d’art… sauf pour Renard, Zappa et un ou deux autres qui savaient y faire. Que l’humour c’était bien mais que l’ironie avait ses adeptes… que finalement la bêtise, fallait pas en faire.

 

Proposition critique 

Si vous voulez savoir comme j’aimerais savoir, ce qu’est une «bonne ou une mauvaise critique», quel serait le profil idéal du critique, des choses comme ça… reprenez les questions et répondez-y dans les commentaires de ce texte, en français et corrigez les fautes sinon je donne les noms des plusses-pires.

Je reprendrai toutes vos réponses après, disons, deux semaines, et tenterai d’en faire une synthèse qui sera publiée si ça donne quelque chose d’intéressant. Il vous sera alors possible de critiquer ce portrait global  et on refera le même processus jusqu’à ce que tout le monde soit content… pas trouvé de statistiques à ce sujet mais ça pourrait prendre quelques dodos pour contenter toute la colonie… ne restera ensuite qu’à trouver «ce critique».

 

PS: Ça n’a rien à voir avec le propos mais faut que je partage : Avez-vous remarqué que lorsque l’on dit d’une situation qu’elle est grave, c’est que la crise est aigüe ?

Commentaires

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4 thoughts on “Quand je te dis que j’aime pas ça, tu te fâches !

  1. Dario Larouche

    Je ne sais plus quoi dire à ce sujet… dire quelque chose de nouveau après tous ces billets: http://www.lesclapotisdunyoyo2.blogspot.ca/search/label/M%C3%A9tiers%20journalistiques

    1. Carol Dallaire

      Étant probablement celui du « milieu artistique » – toutes disciplines confondues – ayant le plus écrit sur le sujet, je peux comprendre ta réponse. Une synthèse de tes billets serait peut-être, sans doute, la bienvenue car bien que touchant plus spécifiquement le théâtre, plusieurs des points que tu y a traités se retrouvent aussi dans la critique d’autres disciplines . 😉 Et je poserais alors une question : doit-se préoccuper de la critique, éviter d’en parler et plutôt jouer aux martyres quand elle nous écorche ou encore au très humble quand elle nous flatte ? Je sais pas, je demande.

  2. Denise Turcotte

    Effectivement, il y a là pas mal de matière à réflexion. De mon point de vue de consommatrice d’art, ceux qui parlent d’une oeuvre ou d’un évènement artistique (je n’oserais pas définir le terme « critique ») ont surtout l’immense pouvoir d’influencer le succès que connaîtra l’oeuvre ou l’évènement en question. Ce qui est forcément troublant pour les artistes sur qui l’effet de la critique peut être énorme, et parfois dévastateur. Et ce qui est bien nettement suffisant pour qu’on questionne la critique.

    La compétence du critique devrait tenir à la solidité de son analyse de l’oeuvre, à sa capacité de la mettre en perspective avec d’autres oeuvres, Mais peut-il la dissocier de ses goûts et préférences personnelles ? À voir comment je me dis souvent que « si un tel a aimé ça, je devrais aimer ou détester », j’ai probablement déjà conclu que la subjectivité fait partie de l’exercice, que cela soit bon ou pas.

    Pourrait-il, devrait-il en être autrement ? Hum… On peut rêver ! À une époque où les nouveaux médias permettent à tout un chacun de s’exprimer et d’être convaincu que ses impressions sont d’intérêt public, la critique « professionnelle », si une telle chose existe, a de la grosse compétition.

    Si cela peut vous consoler, je fais un parallèle avec d’autres domaines. Je pense à l’entrepreneur qui voit son projet évalué par des bureaucrates qui ne connaissent rien à son champ d’activité et des banquiers dont les critères de financement prennent si peu en compte l’intérêt du produit qu’il a imaginé. Je pense aussi au politicien qui propose une réforme approfondie mais qui ne sera questionné que sur une vague déclaration de l’adversaire et dont le premier animateur-poubelle venu ridiculisera les propos sans même avoir pris la peine de lire le document.

    Bien sûr, l’art est un monde particulier. Mais comme dans d’autres domaines, il arrive, souvent hélas, que des gens sans compétence qui bénéficient d’une tribune s’improvisent juges et détiennent sans le « mériter » objectivement un pouvoir de vie ou de mort sur les personnes qui possèdent la vraie compétence du domaine qu’ils « critiquent ».

    Pour leur faire échec, je fonde plus d’espoir sur des mécanismes visant à leur faire contre-poids (le soutien de l’État à l’art et aux artistes, par exemple) que sur la réforme de leur pratique.

    1. Carol Dallaire

      Intéressant comme propos et aussi en ce qui concerne les exemples qui me semblent bien illustrer certains de vos arguements.

      Il n’y a que cette dernière phrase qui semble se vouloir une piste de solution et qu’il serait intéressant pour nous lecteurs de voir un peu plus développée.

      « Pour leur faire échec, je fonde plus d’espoir sur des mécanismes visant à leur faire contre-poids (le soutien de l’État à l’art et aux artistes, par exemple) que sur la réforme de leur pratique. »

      Merci

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