Une maison, un village, une région

MylènePhoto

On habite une maison dans un village dans une région.

Je regarde Cap-des-Rosiers par mes yeux de villageoise. Fille de villages, je prends des vacances dans un village. Cap-des-Rosiers, Gaspésie. Dernier escale avant d’accéder au parc Forillon. On se trouve résolument au bout de la péninsule et il faut le dire, le territoire est époustouflant. On ne parle plus ici de fleuve, mais d’océan. C’est le phare de Cap-des-Rosiers, le plus haut au pays, qui cimente la délimitation. Fleuve avant, océan après.

Le golfe est simplement magnifique. Mouettes, cormorans, goélands, canards et fous de Bassan se partagent les corridors aériens. À fixer le large, on enregistre quelques dos, quelques souffles de baleines.

J’ai marché tous les jours dans l’unique rue du village. J’ai pris le pouls du lieu, des gens, de l’espace. On s’imagine que tout va à merveille parce que c’est trop beau. Puis, plusieurs informations – comme des indices – surviennent sur la route et permettent une esquisse de l’état des lieux.

Comment vit-on à Cap-des-Rosiers ?

Plus que 117 âmes y vivent. Ça, c’est le monsieur sur le banc dans le site du phare qui me l’a dit. Évidemment, inutile de s’étendre sur ce chiffre pour comprendre que la population va décroissant et vieillissant. Au 1277, l’école primaire est fermée depuis longtemps, si l’on s’en tient à son délabrement. Le bâtiment perché sur la falaise fait pourtant encore rêver (je rêve d’une résidence d’artistes internationale dans un village québécois loin de tout). Ici et là, d’autres bâtiments ont été abandonnés. Certains relèvent du patrimoine, mais peut-être faut-il arriver de l’extérieur pour les remarquer. Le « restaurant familial » – ce qui est écrit en lettres rouges sur la devanture – ferait un parfait café. Dentelles et maquette de bateau ornent la fenêtre et invitent à rêvasser. Toujours. Là, un hangar en bardeaux de cèdres gondole.

À quelques points du village, je distingue des affiches sur lesquels on peut lire : Transport collectif régional. On ne perd pas tout, bien que le marché d’alimentation a mis les clés sur la porte tout récemment. Ça prendra plusieurs années avant de rouvrir un service déclaré « fermé » l’espace d’un clignement d’yeux.

Et il y a le tourisme.

Il y a le tourisme en Gaspésie, en général, c’est connu. On en fait le tour. Donc, les infrastructures touristiques sont indispensables. On est début juillet et les stationnements des motels sont vides. Les salles des restaurants souvent désertes. Personnellement, je me réjouis de ne pas avoir à partager la route avec une horde de touristes dans des voitures climatisées qui se dirigeraient vers le célèbre rocher.

Par contre, une question demeure et me talonne : De quoi vit-on à Cap-des-Rosiers ?Oui, je troque le « Comment » pour un « De quoi ». Je nuance parce que c’est nécessaire. La situation de ce village me préoccupe parce que je sais qu’il y en a des dizaines comme ça au Québec.

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Il y a la manière et il y a les moyens.

Comment et De quoi.

Choisit-on comment on souhaite vivre à Cap-des-Rosiers ou fonctionne-t-on plutôt selon les moyens aujourd’hui disponibles ?

La cohabitation entre locaux, urbains et touristes est-elle fluide ? Entre résidents à l’année et propriétaires de maisons secondaires à retaper ?

Habite-t-on une région, un village ou une maison ? Ou les deux ? Ou les trois ? Qu’habite-t-on en premier lieu ?

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On habite une maison dans un village dans une région.

Il importe de regarder l’état de la situation pour déterminer ce qu’on habite. Et comment. En poète peut-être, tel que le propose Heidegger.

Habiter une maison, la faire belle chaque printemps, la repeindre, la garder droite. Parce qu’on est fier ou qu’on a que ça à faire. Parce que la maison se trouve dans le village et que l’effort de chaque foyer permet de maintenir invitant un milieu de vie.

Habiter un village et le visualiser dans une région. Avoir une vision. Penser développement.

Habiter dans une région. Par choix. Parce qu’on aime ça. Vivre en région est un savoir. Y vivre, y réfléchir les choses de la vie, y concevoir des projets. Les réaliser d’une certaine manière. On n’agit pas dans les petites localités comme on agit dans une métropole.

Maison, village ou région ? Maison, village ? Village, région ? Quelle est la position à partir de laquelle vous concevez vos actions ? Les réponses sont toutes bonnes.

Commentaires

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5 thoughts on “Une maison, un village, une région

  1. De billets en billets, ça respire le grand’air. Une odeur de fleurs de champs, un peu sèches par les temps chauds qui nous inondent. Le vent avec un brin de poussière qui scintille dans le soleil. Et l’odeur des lacs, algues et vases proéminentes, entre les joncs.
    On parcours le territoire à travers la lunette philosophe et poétique qu’on entend, ici et là, dans des romans, des nouvelles, des chroniques. Une voix qu’on reconnaît, de l’accent, du rauque, la beauté de l’indignation, jeune, et pourtant ancienne.
    La fenêtre sur le monde des MOT, qui nous relie les uns aux autres, de chaque ville, chaque région, chaque maison, chaque jardin. Chaque coeur, chaque intelligence, chaque regard vif et intrépide.
    Je jetterai d’autres regard par la fenêtre, question de me découvrir à travers les yeux d’une voisine de mots et d’idées, une jardinière-philosophe qui chante si bien notre territoire.

    1. Mylène Bouchard

      Salut Mathieu, voisin. Tes mots me vont droit au coeur. Je sens que j’atteins mes objectifs de travail, d’écriture. Grand merci.

  2. Jeune, je n’aimais pas le mot « région ». Il me semblait que je vivais, c’est tout, dans un endroit qui n’était pas la grande ville, mais qui n’était pas la campagne non plus… Surtout que j’habitais le centre-ville de La Malbaie.

    Aujourd’hui, je me suis habituée, parce que je n’ai pas trouvé d’autre mot.

    Jeune, je détestais me faire demander par certains touristes: « C’est beau ici, mais que faites-vous l’hiver? » Je ne savais jamais quoi répondre parce que je ne m’étais jamais posé la question en hiver.

    Deux difficultés majeures se présentent « en région ». L’emploi d’abord, c’est évident. Mais aussi le prix des maisons qui ne cessent d’augmenter, parce que les « résidences secondaires » sont de plus en plus nombreuses. Achetées à haut prix par des gens qui ne vivent pas en région à l’année, elles font augmenter la valeur de toutes les maisons alentour. Et, avec le salaire des régions, on en vient à ne plus avoir les moyens d’y habiter.

    Billet touchant. J’ai adoré.

  3. Catherine Lord

    Merci pour ces billets! Nos chemins de vacances se sont croisés près du cap des rosiers. Nos idées d’ailleurs, car nos réflexions étaient similaires en partageant le meilleur parfait au sirop d’érable et sucre à la crème que j’ai mangé de ma vie avec mes amis touristes de France! Un détour par la Mollière s’impose; commerçant souriant à l’entrée de l’océan qui tient le bar laitier/ buanderie 24h.
    un fille de ville avec des envies de posséder ce savoir de vivre en région.

  4. Pascal N.

    Bonjour à vous Merci pour votre commentaire il nous feras plaisir de toujours vous recevoir comme un membre de notre famille.
    Pascal Bar Laitier La Mollière.
    Merci!

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