Du parlement au potager : Plaidoyer pour une résistance fertile

« La propriété c’est le vol » affirmait Pierre-Joseph Proudhon, théoricien anarchiste, en voulant critiquer la bourgeoisie du XIXe siècle. Il s’est révisé plus tard, en affirmant que la propriété, tout compte fait, c’est aussi la liberté. Parce que quand on possède, on fait ce qu’on veut comme on veut avec ce que l’on a. Seul l’État de droit nous en empêche, quoique… Les libéraux l’ont bien compris! Mais lorsque la propriété est collective, la liberté le devient aussi, forcément. Un paquet d’exemples le démontre. Des histoires d’hommes et de femmes qui se prennent en main et qui réalisent collectivement un idéal de liberté, même relative, il y en a assez pour faire taire les plus cyniques. Il suffit de lever légèrement la tête et d’ouvrir les yeux. Prenons par exemple quelques écolos engagés qui ont fait d’une parcelle d’asphalte de 800 pieds carrés une véritable petite révolution : la mise en place d’un jardin collectif urbain autogéré.

Le collectif l’Éco-kartier du centre-ville de Chicoutimi est actif depuis bientôt quatre ans, mais existe officiellement depuis novembre dernier, quand il a obtenu son statut d’OBNL. Ce petit groupe d’écocitoyen-nes est parti de rien. La volonté d’une chargée de projet chez Eurêko! a suffit pour que d’autres personnes motivées se greffent rapidement au projet. Disons-le, un coup de pouce de la municipalité a pu aidé, mais l’essentiel n’est pas là. Les « maraîchers urbains » auraient sans aucun doute pu faire sans, comme d’autres l’ont déjà fait avant eux.

La bande s’amuse à mettre de la vie dans le bitume et de l’imaginaire dans le conformisme.  Et l’imaginaire populaire peut s’avérer un terreau étonnamment fertile : il ne suffit que d’un peu d’eau, de soleil et d’attention pour que la créativité s’enflamme! Tout germe ainsi. Les plants empotés dans le parking de l’ancienne école le savent bien, tandis que les poules urbaines ne manquent pas de surprendre et de ravir les passants éberlués devant ce curieux décor, au croisement des rues Jacques-Cartier et de l’Hôtel-de-ville.

La mission de l’Éco-kartier est vaste : promouvoir l’agriculture urbaine, protéger et aménager les espaces verts, produire – et consommer – des aliments locaux, organiser des activités culturelles pour que les gens du quartier puissent se rencontrer, s’éduquer, se prononcer et s’approprier leur milieu de vie. C’est aussi de défendre « le droit à la ville » dont parlait Henri Lefebvre. Le territoire dont l’Éco-kartier dispose, quoique restreint, s’avère être un lieu de résistance particulièrement intéressant. Car au-delà des missions sociale et environnementale, c’est aussi sous l’angle d’une « culture politique » qu’il faut interroger les pratiques du collectif.

Autogestion d’une organisation et d’un lieu, réflexion et prises de décisions en groupe, appartenance identitaire à une collectivité et à un lieu, remise en question des pratiques économiques et environnementales dominantes,  recherche d’autonomie et d’alternatives, éducation populaire, etc. La structure « organique » de l’Éco-kartier est effectivement propice à la politisation, puisqu’elle soulève des enjeux éminemment politiques. Sans hiérarchie, il fonctionne sur une base égalitaire : pas de présidence, pas de CA, pas de faux représentant. Les décisions sont prises par consensus, donc pas d’exclusion, pas d’abus de pouvoir, seulement la libre expression des intérêts collectifs. C’est un modèle de démocratie participative où seules les voix des membres qui participent aux projets sont entendues. Ce n’est pas toujours facile et, pour tout dire,  parfois laborieux. Rien n’est parfait. « Les bœufs sont lents, mais la terre est patiente » écrivait si bien Pierre Falardeau dans un autre contexte…

Pierre Rabhi, agriculteur, philosophe et essayiste français d’origine algérienne, proclamait que « jardiner, c’est résister ». Pour lui, c’est un acte de nature contre l’hégémonie occidentale qui a ravagé la paysannerie au nom de l’industrialisation, du progrès et du capital et qui a enlevé la dignité à tant d’hommes et de femmes. C’est aussi produire de la nourriture par et pour la collectivité, et la mettre en valeur plutôt que de lui assigner une valeur exclusivement pécuniaire. Cette résistance est définitivement fertile! Les membres de l’Éco-kartier refont le monde à leur manière, modestement, patiemment, pas toujours pour les mêmes raisons, mais résolument dans l’espoir que d’autres emboîtent le pas.

Et vous? Savez-vous planter des choux?

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2 thoughts on “Du parlement au potager : Plaidoyer pour une résistance fertile

  1. Merci à l’Éco-kartier, qui m’a donné de la terre pour faire un mini-jardin devant mon logement, endroit plus ensoleillé, comme tout le monde le sait. J’ai épaté mes voisins et les chats fournissent l’engrais (un peu fort, je l,avoue).

  2. Annie

    Le fumier de poules est meilleur! C’est pourquoi il est important d’en élever près des potagers!!!!

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