Il faut parfois tirer sur le messager

Il faut parfois tirer sur le messager

Je parle au sens figuré, bien sûr, mais aussi en réaction à cet article de Nathalie Colard, où la chroniqueuse médias de La Presse s’inquiète de la méfiance et de l’animosité que suscite son journal. Elle insiste notamment sur une distinction qui sera utile à notre propos : « Le boulot des éditorialistes est séparé de celui de la salle de rédaction. (…) Ils présentent habituellement (cela peut varier d’un média à l’autre) la position des propriétaires du journal. »

Or, c’est justement là que le bât blesse et je n’ai pas assez insisté, dans mes précédentes chroniques consacrées à Yves Boisvert, Mario Roy, Lysiane Gagnon et Alain Dubuc, sur la situation particulière de l’éditorialiste en regard des chroniqueurs et des autres journalistes.

Quand André Pratte, l’éditorialiste en chef de La Presse, fustige la « Sainte Trinité PQ-syndicats-artistes » (Une crise artificielle, 13 avril 2012), il parle au nom des propriétaires du journal.

Quand il stigmatise ceux qu’il qualifie de « partisans de la cryogénisation du modèle québécois: jeunes, artistes, syndicats, écologistes » (Une faiblesse inouïe, 31 mai 2012), il parle au nom des propriétaires du journal.

Quand il dresse les contribuables contre les professeurs et les membres de l’intelligentsia québécoise qui « ont pris fait et cause pour le mouvement étudiant » (Compenser les profs?, 7 juin 2012), il parle au nom des propriétaires du journal.

Quand il se moque d’une partie importante de la population québécoise qui, avec les jeunes, a déferlé par centaine de milliers dans les rues pour réclamer une plus grande justice sociale (« Certains voyaient (espéraient) une révolution. Or, fait inédit dans l’histoire, les révolutionnaires québécois sont partis en vacances. La Bastille? On verra ça après la fête du Travail » (Les vacances de la révolution, 16 juillet 2012)), il parle au nom des propriétaires du journal.

Quand il se permet de faire la morale à tous ceux qui ne sont pas, comme lui, des libéraux convaincus, en les invitant à baisser le ton, à cesser de blâmer le gouvernement pour la violence et à appuyer la répression policière par égard à une certaine conception de la démocratie (Retour au calme : un devoir national, 22 mai 2012), il parle au nom des propriétaires du journal.

Quand il se mêle de faire des recommandations au gouvernement et de lui dire comment gérer la crise (« nous recommandons au gouvernement de mettre un terme aux pourparlers et de demander aux collèges et universités de suspendre indéfiniment les cours qui font l’objet de boycottage » (La suspension, 15 mai 2012)), il parle au nom des propriétaires du journal.

Comment ne pas s’indigner devant l’expression de tant de mépris? Comment tolérer un discours qui stigmatise les forces vives d’un peuple  – jeunes, artistes, profs, intellos, écologistes, syndiqués- pour flatter les opinions des autres? Qui reste-t-il, d’ailleurs, au terme de cette énumération, à supposer que ces catégorisations puissent être exclusives? Les non-syndiqués, les retraités, le patronat?

Ne peut-on pas être « vieux » et « intello », « écologiste » et « non-syndiqué », ou « gauchiste » et « patron »? Et pourquoi cherche-t-on à nous diviser?

Comment ne pas s’inquiéter face à l’ingérence politique d’un journal, qui n’est pas tant l’organe de presse officieux du gouvernement libéral, que celui du patronat, véritable classe dirigeante de notre petite province, dont nos parlementaires ne sont en fait que les valets, interchangeables aux cinq ans?

Car enfin, à qui appartient La Presse? À Paul Desmarais et à un certain nombres de compagnies à numéro. Et à lire les propos de leur éditorialiste en chef, je ne suis pas certain que ceux-ci aient vraiment à cœur les intérêts et les aspirations de l’ensemble du peuple québécois.

La Presse, par la plume de ses éditorialistes et de la plupart de ses chroniqueurs, défend une vision de la démocratie qui exclut l’implication populaire en dehors des élections.

Elle s’évertue ensuite, entre deux campagnes électorales, à saper systématiquement la crédibilité et les valeurs des représentants de la gauche.

Elle manipule l’information de manière à « objectiver » sa couverture tendancieuse, découpant la réalité pour imposer comme une évidence ce qui n’est en fait qu’un point de vue (ce qui fait qu’un lecteur conditionné pourra lire les citations ci-jointes sans y voir quoi que ce soit de problématique).

Elle prend fait et cause pour le démantèlement des outils collectifs que nous a donnés la Révolution tranquille.

Elle fait la promotion ouverte du principe de l’utilisateur-payeur et des vertus de la privatisation.

Elle préconise le transfert de la dette publique sous forme d’endettement individuel, prétextant la responsabilisation, alors qu’il s’agit en vérité d’un moyen d’asservissement et de domination politique.

Alors je dis : oui, il est parfois nécessaire de tirer sur le messager.  À défaut de pouvoir mettre en cause directement le commanditaire, il faut exposer son porte-parole et condamner sur toutes les tribunes l’instrumentalisation de l’opinion publique à des fins privées.

« La liberté dans une démocratie n’est pas assurée si le peuple tolère que la puissance privée grandisse au point qu’elle devienne plus forte que l’état démocratique lui-même. Ce qui, fondamentalement, est le fascisme » (Franklin Delano Roosevelt, 1938).

***

Le cas André Pratte (je reprends la méthodologie exposée ici) 

Réfutation, stigmatisation et marginalisation de la position des étudiants :

« Cela est d’autant plus triste que ce mouvement est sans fondement. » (Une grève inutile, 18 février 2012)

« Les étudiants qui sont seulement admissibles à un prêt termineront leurs études avec une dette d’études plus élevée (13 695$ pour un cours universitaire de trois ans). Il s’agit toutefois d’une petite proportion du corps étudiant (13%). De plus, il faut mettre cette dette en perspective. Toutes les analyses faites à ce sujet démontrent qu’une fois sur le marché du travail, les diplômés universitaires jouissent de salaires beaucoup plus élevés que les autres travailleurs. C’est pourquoi, contrairement à ce que prétendent les associations étudiantes, les augmentations des droits ne freinent pas l’accessibilité ; malgré ces hausses, les études universitaires demeurent très rentables. » (Une grève inutile, 18 février 2012)

« Malheureusement pour les étudiants qui se lancent avec idéalisme et enthousiasme dans ce mouvement de grève, leur cause n’est pas bonne. » (Une grève inutile, 18 février 2012)

« Pourquoi les hausses du prix des études ne découragent-elles pas les jeunes d’aller à l’université ? Parce que les bénéfices qu’ils en retireront restent beaucoup plus importants que ce qu’il leur en coûte. Nul doute que les augmentations de 325$ par année pendant 5 ans décrétées par Québec forceront plusieurs jeunes à ajuster leur mode de vie à cette nouvelle réalité financière, en particulier à un endettement supplémentaire. En cela, leur situation ne sera pas différente de celle de tous les autres Québécois qui, eux aussi, face à une conjoncture changeante, doivent faire régulièrement des choix difficiles. Ces Québécois qui, par leurs impôts, paient 50% du coût des études supérieures tandis que même après la hausse, les étudiants eux-mêmes n’en paieront que 17%. » (Des chiffres trompeurs, 25 février 2012)

« Alors que les étudiants sont en pleine semaine de relâche, seulement quelques centaines d’entre eux se sont déplacés mardi et hier pour manifester dans le centre-ville de Montréal. Cinq cents collégiens et universitaires dans les rues, c’est à peine un dixième de un pour cent des jeunes concernés. Ce ne sont donc pas « les » étudiants qui s’agitent, mais « des » étudiants. » (Une minuscule minorité, 9 mars 2012)

« Les militants se posent en victimes de la « répression policière ». Quand on leur souligne qu’ils font tout pour attirer cette « répression », par exemple en refusant de dévoiler le trajet de leurs manifs, ils rétorquent que c’est leur seule façon de se faire entendre. Allons donc ! Plein de groupes organisent des manifestations en collaboration avec la police. Ces manifestations se déroulent dans le calme et, lorsque le mouvement prend suffisamment d’ampleur, le gouvernement doit en tenir compte. » (Une minuscule minorité, 9 mars 2012)

« À entendre les leaders étudiants, leurs sympathisants, les médias et les partis d’opposition, le Québec traverse ces jours-ci une grave crise sociale. Il n’en est rien. » (Une crise artificielle, 13 avril 2012)

« Depuis que la ministre de l’Éducation, Line Beauchamp, a demandé aux cégeps et universités de faire en sorte que les cours soient donnés, leaders étudiants et journalistes parlent d’un «retour en classe forcé». Forcé? La police a-t-elle poussé les étudiants dans les classes? Qui force qui? La seule «force» dont on puisse parler ici, c’est le piquetage serré qu’emploient les militants – parfois dépêchés d’ailleurs comme ce fut le cas hier au Cégep de Valleyfield – pour empêcher les étudiants qui le souhaitent d’aller à leurs cours. » (Une crise artificielle, 13 avril 2012)

« D’autres se sont offusqués du fait que M. Charest, pour détendre l’atmosphère au Salon Plan Nord, blague au sujet des manifestations Ainsi, quand le chef du gouvernement condamne la violence, on trouve qu’il exagère, et quand il en minimise l’importance, on l’accuse de prendre les choses à la légère !

Le fait que certains accordent plus d’importance à cette plaisanterie qu’au saccage provoqué par les manifestants démontre combien la haine du Parti libéral en est venue à détraquer leur sens des proportions. » (Céder à la casse? 21 avril 2012)

« Plusieurs accusent le gouvernement libéral de mépriser «notre jeunesse». Or, rappelons-le puisque personne ne semble vouloir en tenir compte, les grévistes ne représentent que 35% des étudiants du niveau post-secondaire. Dans les universités, moins d’un étudiant sur trois boycotte ses cours. Enfin, le Québec comptant un million de personnes âgées de 16 à 25 ans, les grévistes constituent moins de 20% de la jeunesse québécoise. Pourquoi cette minorité devrait-elle dicter les décisions de l’État? » (La tyrannie de la minorité, 30 avril 2012)

« Certains, notamment le Parti québécois, ont demandé au gouvernement Charest de nommer un médiateur pour faciliter les négociations. Ils espèrent évidemment qu’un médiateur de réputation pourrait accroître la pression sur Québec pour qu’il diminue l’ampleur de la hausse des droits de scolarité. Cependant, il n’appartient pas à un tiers de décider des orientations budgétaires de la province. Ces orientations doivent être déterminées par le gouvernement élu, lui seul étant redevable de ces décisions devant la population. » (Quel culôt! 2 mai 2012)

« Militants étudiants et syndicats d’enseignants déplorent la « judiciarisation » du conflit. Ils sont dans l’erreur. Dans l’état actuel des choses, rien n’autorise une association étudiante, même après un vote majoritaire, à empêcher d’autres jeunes d’aller à leurs cours. Si les associations veulent obtenir ce droit, elles devront se soumettre à des conditions définies par loi, comme l’ont fait les syndicats. Parmi ces conditions devra figurer l’obligation de tenir un vote secret pour tout boycott des cours.

Tant que cet encadrement légal n’existera pas, les « grévistes » n’ont tout simplement pas le droit, autant du point de vue moral que légal, d’imposer leur volonté aux jeunes qui veulent étudier. » (La « démocratie » étudiante, 3 mai 2012)

« Si des jeunes sont blessés, c’est parce que des casseurs s’infiltrent dans les manifestations; c’est parce que les organisateurs de certains événements favorisent l’action de ces casseurs; c’est parce que des militants radicaux commettent des actes dangereux. En décrétant un moratoire, le gouvernement céderait à cette violence et privilégierait les intérêts d’une minorité aux dépens de ceux de la majorité. » (Le drapeau blanc, 12 mai 2012)

« Bien que plusieurs continuent d’accuser le gouvernement d’entêtement dans le conflit étudiant, il est clair que l’instransigeance est de l’autre côté. » (La suspension, 15 mai 2012)

« Tandis que le gouvernement a multiplié les propositions aux associations étudiantes, celles-ci sont restées campées sur leurs positions. La nouvelle ministre de l’Éducation, Michelle Courchesne, va rencontrer les représentants étudiants pour voir s’ils sont prêts à changer d’attitude. Si ce n’est pas le cas, nous recommandons au gouvernement de mettre un terme aux pourparlers et de demander aux collèges et universités de suspendre indéfiniment les cours qui font l’objet de boycottage. » (La suspension, 15 mai 2012)

« D’autant plus que, on ne le répétera jamais assez, la crise actuelle doit être relativisée. Sur 48 cégeps, la grève étudiante n’en touche que 14. Au niveau universitaire, 80% des étudiants ont terminé leur trimestre. Chez ceux qui sont en grève, l’appui au boycottage est parfois symbolique.» (La suspension, 15 mai 2012)

« Car nous en sommes rendus là: des commentateurs, des groupes, des politiciens justifient, excusent la désobéissance aux lois. «Le gouvernement a laissé pourrir la crise», dit-on. En admettant que ce soit vrai, qu’est-ce que ça change? Rien, au Québec, ne justifie le recours à l’intimidation, au vandalisme, à la brutalité. Certainement pas la hausse des droits de scolarité. » (Le bâton et le serpent, 19 mai 2012)

« Au final, bien qu’imparfaite, cette loi n’a pas du tout le caractère odieux que ce que plusieurs en disent. » (Le bâton et le serpent, 19 mai 2012)

 

Mépris, condescendance et paternalisme :

« Des milliers d’étudiants ont déclenché une « grève » pour protester contre la hausse des droits de scolarité universitaires annoncée par le gouvernement Charest. « Grève » entre guillemets puisque les seuls qui sont privés de quoi que ce soit, ce sont les étudiants eux-mêmes. » (Une grève inutile, 18 février 2012)

« Depuis le début du boycott des cours, les leaders du mouvement et les médias nous répètent que « les » étudiants sont en colère, que « les » étudiants sont descendus dans la rue. La réalité, c’est que les jeunes participant aux manifestations constituent une petite minorité, parfois même une minuscule minorité. Et cette minorité est aiguillonnée par un groupuscule d’extrême gauche dont l’objectif est de « créer un véritable contre-pouvoir face à l’État capitaliste ».» (Une minuscule minorité, 9 mars 2012)

« Au Québec, on compte 485 000 étudiants de niveau collégial et universitaire. Parmi eux, 174 000 sèchent leurs cours ou ont voté en faveur d’un boycott éventuel ; c’est 36% des étudiants. On est loin de la majorité. » (Une minuscule minorité, 9 mars 2012)

« L’extrême gauche profite de la naïveté des jeunes pour les embarquer dans un mouvement dont les visées sont beaucoup plus radicales que l’annulation de la hausse des droits de scolarité. » (Une minuscule minorité, 9 mars 2012)

« Néanmoins, il serait étonnant que les jeunes gauchistes gagnent l’appui de la population. En effet, ils oublient que leurs « actions d’éclat » causent chaque jour plus d’ennuis aux citoyens, ceux-là mêmes qui paient le gros des coûts des études universitaires. » (Une minuscule minorité, 9 mars 2012)

« La crise ? Quelle crise ? Ce n’est pas parce que l’hélicoptère de TVA suit les moindres gestes des jeunes manifestants que le Québec est à feu et à sang ! À part quelques perturbations à la circulation – bien moins graves que celles causées par les chantiers ! – le mouvement étudiant n’a pas d’impact. L’économie n’en souffre pas, personne n’est privé de services sauf les étudiants eux-mêmes. » (Une minuscule minorité, 9 mars 2012)

« Cinq cents étudiants qui manifestent et la population montréalaise se sent menacée ? Allons donc ! S’il fallait que le gouvernement cède à un tel mouvement, ce serait profondément injuste pour les groupes qui, eux, n’ont pas le temps ou les moyens de descendre chaque jour dans la rue » (Une minuscule minorité, 9 mars 2012)

«Certains suggèrent que la hausse « brutale » de 1625$ sur cinq ans soit étalée sur une plus longue période. Mauvaise idée. D’abord parce que la hausse n’est pas aussi brusque qu’on le dit. Trois-cent-vingt-cinq dollars par an, c’est 6,25$ par semaine. Les jeunes, dont 81% possèdent un téléphone cellulaire (47% un téléphone intelligent) peuvent se le permettre, d’autant que l’amélioration du programme de prêts et bourses amortira sensiblement la hausse. » (Rien à négocier, 13 mars 2012)

« Le mouvement étudiant connaîtra encore deux ou trois semaines d’effervescence. Puis, à mesure que le printemps pointera à l’horizon, les étudiants songeront à la fin de la session et aux emplois d’été. Alors, le mouvement va s’essouffler. Et la « crise » prendra fin d’elle-même. » (Rien à négocier, 13 mars 2012)

« le mouvement étudiant refusera tout scénario autre que le maintien des droits de scolarité dans le pergélisol. » (Le parti du gel, 23 mars 2012)

« Certes, le tiers des étudiants de cégep et d’université font l’école buissonnière et une infime minorité d’entre eux manifestent bruyamment chaque jour. » (Une crise artificielle, 13 avril 2012)

« Cela étant, qu’y a-t-il à négocier? Et avec qui? Avec les grévistes ou avec les 300 000 étudiants – de loin la majorité – qui assistent à leurs cours et préparent leurs examens?

Si le gouvernement Charest devait suivre les conseils de la gauche et des pâtes molles qui, tout en étant d’accord avec la hausse des droits de scolarité, tremblent à la vue de la «crise», il n’y aurait plus moyen d’apporter quelque réforme que ce soit au Québec. Sauf les changements bénis par la Sainte Trinité PQ-syndicats-artistes. » (Une crise artificielle, 13 avril 2012)

« On a compris hier, dans les rues de Montréal, pourquoi les leaders radicaux refusent de condamner la violence commise par certains au nom de la cause étudiante : le vandalisme fait partie de leur stratégie. » (Céder à la casse? 21 avril 2012)

« Encore hier, certains ont dénoncé la « violence policière ». Selon eux, que doit faire la police si une bande de gens masqués, prêts à tout saccager, tentent de pénétrer de force dans un lieu où le premier ministre se trouve ? Leur faire une haie d’honneur, peut-être ? » (Céder à la casse? 21 avril 2012)

« L’intransigeance des militants étudiants devient chaque jour plus évidente. Il est temps de mettre fin à cette comédie: le gouvernement n’a pas à négocier avec un mouvement qui, bien qu’il compte 175 000 participants, est minoritaire. » (La tyrannie de la minorité, 30 avril 2012)

« Si le gouvernement devait négocier avec les contribuables chaque fois qu’une partie de ceux-ci est mécontente d’une hausse de taxe ou de tarif, l’État serait sans-le-sou. Pourquoi faudrait-il que Québec se plie aux volontés des étudiants d’université, groupe privilégié de la société s’il en est? Parce qu’ils ont le temps de manifester chaque jour? Parce qu’ils ont l’appui des artistes et des intellos? » (La tyrannie de la minorité, 30 avril 2012)

« À l’heure qu’il est, les directions des universités et des cégeps s’arrachent les cheveux pour trouver des façons de sauver la session d’hiver. Pourquoi? C’est aux étudiants qui boycottent leurs cours d’assumer les conséquences de leur décision. »  (La tyrannie de la minorité, 30 avril 2012)

« N’empêche que la question de fond demeure: pourquoi le gouvernement devrait-il négocier avec un groupe minoritaire d’étudiants plutôt que de tenir son bout, comme le souhaite la majorité de la population? Le gouvernement devrait-il se mettre à négocier avec chaque groupe auquel il impose une hausse de taxes ou de tarifs? Si c’est ainsi qu’on envisage la démocratie aujourd’hui, les coffres de l’État québécois se videront rapidement. » (Grève : 35% contre 42%, 30 avril 2012)

« Essentiellement, ces leaders étudiants prétendent dire au gouvernement comment gérer les universités de façon à économiser des millions et ainsi rendre inutile la hausse des droits de scolarité. Il fallait un sacré culot pour affirmer qu’il s’agit là d’une contre-offre. Mais, on le sait, ces jeunes n’en manquent pas, pour le meilleur et pour le pire » (Quel culôt! 2 mai 2012)

« Hier, 200 personnalités de divers milieux, notamment plusieurs artistes, ont réclamé un moratoire sur la hausse des droits de scolarité jusqu’à la tenue d’« états généraux sur l’éducation supérieure ». Un moratoire, c’est tout simplement le retour du gel. Au lendemain des élections, ou bien le prochain gouvernement confirmera ce gel, ou bien il faudra se taper un nouveau psychodrame. Après des années de discussions sur cette question, le moment était venu pour le gouvernement de prendre une décision et de s’y tenir. Moratoire, états généraux et commissions ne sont qu’autant de moyens de pelleter les problèmes en avant… ou de pelleter des nuages. »  (Quel culôt! 2 mai 2012)

« Depuis le début du boycott, les leaders étudiants se réclament de la démocratie. Or, au cours des derniers jours, de nouveaux incidents amènent à douter encore plus de l’authenticité de la démocratie pratiquée par le mouvement. » (La « démocratie » étudiante, 3 mai 2012)

« Non-respect des injonctions, abus de procédure, transport d’étudiants d’une ville à l’autre pour bloquer l’accès aux établissements, les militants étudiants se croient tout permis pour atteindre leurs fins. » (La « démocratie » étudiante, 3 mai 2012)

« En somme, les étudiants devraient reprendre leurs cours et transporter leur mobilisation de la rue aux bureaux de scrutin. » (De la rue au vote, 9 mai 2012)

« Tandis que le gouvernement a multiplié les propositions aux associations étudiantes, celles-ci sont restées campées sur leurs positions. La nouvelle ministre de l’Éducation, Michelle Courchesne, va rencontrer les représentants étudiants pour voir s’ils sont prêts à changer d’attitude. Si ce n’est pas le cas, nous recommandons au gouvernement de mettre un terme aux pourparlers et de demander aux collèges et universités de suspendre indéfiniment les cours qui font l’objet de boycottage. » (La suspension, 15 mai 2012)

« Avant de porter un jugement définitif sur cette décision du gouvernement, nous attendrons de prendre connaissance du projet de loi (contrairement à ce qu’a fait hier le Barreau, dans un empressement navrant). Et souhaitons que l’été porte conseil aux associations étudiantes » (Une fermeté intelligente, 17 mai 2012)

« Le fait que tant de gens aient minimisé la violation systématique des ordres des tribunaux en dit long sur le dérapage d’une partie de l’élite québécoise. Devant un tel mépris systématique de la loi, le gouvernement devait intervenir de manière décisive » (Le bâton et le serpent, 19 mai 2012)

« Dès la présentation jeudi soir du projet de loi spéciale visant à permettre l’accès aux établissements d’enseignement, les critiques ont fusé de toutes parts. Le gouvernement Charest a-t-il, comme le veut l’expression consacrée, employé un bâton de baseball pour tuer une mouche? Non, parce que ce que le gouvernement devait terrasser, ce n’est pas un insecte insignifiant mais un serpent. Le serpent de la violence et du désordre. Pire, celui de la tolérance, voire de l’encouragement de tels actes par des leaders d’opinion. » (Le bâton et le serpent, 19 mai 2012)

« Ensuite, les opposants des libéraux doivent être plus mesurés dans leurs critiques. La hausse des droits de scolarité peut certes être dénoncée, mais ce n’est pas une mesure qui justifie une crise sociale d’une telle ampleur. De plus, la loi 78 ne transforme pas le Québec en dictature. » (Retour au calme : un devoir national, 22 mai 2012)

« Certes, le gouvernement Charest faisait face dans ce dossier à l’habituelle et habile coalition des partisans de la cryogénisation du modèle québécois: jeunes, artistes, syndicats, écologistes. Mais s’il avait bien joué ses cartes, le gouvernement aurait pu faire fi de cette opposition prévisible; c’est lui, après tout, qui défendait l’intérêt des contribuables. » (Une faiblesse inouïe, 31 mai 2012)

« Les professeurs de collège ne sont pas des victimes innocentes de la grève étudiante. Par le biais de leurs syndicats, ils ont pris fait et cause pour le mouvement étudiant. Ils l’ont encouragé et appuyé concrètement, plusieurs participant aux manifestations et aux piquets de grève. De ce fait, dans la douzaine d’établissements où les cours ont dû être reportés à la fin de l’été, les profs se sont en quelque sorte donné trois mois de congé. Et aujourd’hui, ils voudraient qu’on les compense parce qu’ils devront reprendre le temps perdu? Franchement! » (Compenser les profs, 7 juin 2012)

« Lorsque l’intelligentsia québécoise cautionne la désobéissance aux lois, elle ouvre la porte à toutes sortes d’interprétations de ce qui est désormais légitime. Certes, M. Khadir affirme que la résistance doit se faire de façon « pacifique et non violente ». Mais dans le climat survolté des derniers mois, tous ne font pas cette distinction.

On sait déjà qu’aux yeux de certains, il est justifié de saccager des bureaux, de casser des vitrines, d’allumer des incendies, d’interrompre le service du métro pendant des heures. Dès que le respect de la loi n’est plus une règle absolue, on s’en remet au jugement de chacun pour déterminer jusqu’où peut aller la « résistance ». Autrement dit, on cède la place à l’arbitraire. Après le bicarbonate de soude, que mettra-t-on dans les enveloppes ? » (De Gandhi à Khadir, 8 juin 2012)

« Depuis quelques semaines, le «printemps érable» a cédé la place à l’été des festivals. Et à la crise étudiante a succédé la crise des… piscines. Certains voyaient (espéraient) une révolution. Or, fait inédit dans l’histoire, les révolutionnaires québécois sont partis en vacances. La Bastille? On verra ça après la fête du Travail. » (Les vacances de la révolution, 16 juillet 2012)

« La colère populaire est indéniable mais, aux yeux de la plupart des Québécois, la situation n’est pas grave au point d’y sacrifier leurs plaisirs estivaux. Voilà qui devrait permettre de replacer le mouvement du printemps dans une plus juste perspective. » (Les vacances de la révolution, 16 juillet 2012)

« Parenthèse: le manifeste de la CLASSE affirme: «Nous sommes le peuple.» Mais, si l’on en croit le texte, ce peuple n’est formé que de «locataires»; pas de place pour les propriétaires. Ces derniers (1,9 million de Québécois, dont 300 000 ont une piscine…) sont apparemment rangés au sein de l’«élite capricieuse et avide» … » (Les vacances de la révolution, 16 juillet 2012) 

« Déposer un bulletin dans une boîte de scrutin, c’est moins spectaculaire que marcher nu dans la rue et moins bruyant que taper sur une casserole. Cependant, mis ensemble, ces centaines de milliers de bouts de papier pèsent plus lourd que n’importe quelle manifestation. » (Les vacances de la révolution, 16 juillet 2012)

 

Arguments tendancieux et réitération de la propagande gouvernementale:

« Bien que la plupart des études* (Argument avancé sans preuve. Les références ne sont jamais données) faites à ce sujet montrent que les hausses des droits de scolarité n’ont pas d’impact sur l’accessibilité de l’université, les étudiants en grève continuent de soutenir le contraire. » (Des chiffres trompeurs, 25 février 2012)

« On veut que le gouvernement négocie. Négocier quoi ? Rappelons qu’il y a deux ans, les associations étudiantes ont claqué la porte d’une rencontre sur le financement des universités parce que le gouvernement osait remettre en question le gel des droits de scolarité. » (Rien à négocier, 13 mars 2012)

« Le gouvernement Charest n’a aucune raison de reculer. L’augmentation est nécessaire et raisonnable. Elle ne nuira pas à l’accès aux études universitaires. » (Rien à négocier, 13 mars 2012)

« Depuis le début du boycott, une seule des deux parties a fait un compromis; c’est le gouvernement, qui a apporté des améliorations supplémentaires au régime de prêts et bourses. Les associations étudiantes en sont encore à leur position initiale, le gel éternel. » (Une crise artificielle, 13 avril 2012)

« Devant le saccage commis au Palais des Congrès et dans les rues avoisinantes, les porte-parole de la CLASSE avaient une occasion en or de dénoncer ces gestes. Ils s’en sont soigneusement abstenus, justifiant au contraire la violence par l’attitude du gouvernement à l’endroit des revendications étudiantes. » (Céder à la casse? 21 avril 2012)

« Pourquoi la CLASSE endosse-t-elle le vandalisme comme moyen de pression légitime ? » (Céder à la casse? 21 avril 2012)

« Les Québécois n’aiment pas la chicane et c’est ce sur quoi mise la CLASSE. La population presse de plus en plus le gouvernement de mettre un terme à la « crise », coûte que coûte. L’opposition fait de même. Or, si le gouvernement cède, sur la question de la violence comme sur le fond du dossier, il offrira aux radicaux une victoire sans précédent. Ceux-ci sauront, désormais, comment faire reculer à leur guise le gouvernement du Québec. Les effets de cette capitulation devant l’intimidation se feront sentir longtemps après que Jean Charest aura quitté le pouvoir. » (Céder à la casse? 21 avril 2012)

« L’heure n’est plus à la négociation, quoi qu’on pense de la façon dont les choses se sont passées jusqu’ici. Malgré une apparente solidarité, les associations étudiantes sont de toute évidence divisées sur les objectifs et sur les moyens. En outre, ces associations ne représentent qu’une partie de la population étudiante, dont la majorité termine ces jours-ci sa session. » (Grève étudiante : une offre ultime, 26 avril 2012)

« La situation exige que les deux parties fassent des compromis. Le gouvernement Charest en a fait quelques-uns et, selon les informations du quotidien Le Soleil, il est disposé à en faire d’autres. Jusqu’ici, les leaders étudiants n’ont fait aucune concession, du moins publiquement. Le temps est venu pour Québec de faire une offre ultime aux étudiants, de mettre toutes ses cartes sur table. » (Grève étudiante : une offre ultime, 26 avril 2012)

« Alors que Québec a fait plusieurs propositions substantielles depuis le début du conflit, le mouvement étudiant est jusqu’ici resté sur ses positions. » (La tyrannie de la minorité, 30 avril 2012)

« D’autres parlent de la nomination d’un médiateur. Ce serait une perte de temps, dans la mesure où les leaders étudiants n’ont montré jusqu’à maintenant aucune volonté d’arriver à un compromis raisonnable. » (La tyrannie de la minorité, 30 avril 2012)

« La grève est sans issue, d’autant qu’elle prend une tournure aussi violente qu’imprévisible. Le gouvernement ne bougera pas: pourquoi le ferait-il alors que 6 Québécois sur 10 l’appuient dans ce dossier? » (Ces étudiants qui en ont assez, 11 mai 2012)

« Si vive soit la colère des étudiants, le gouvernement n’a pas à plier si la majorité des Québécois appuie sa politique, ce qui est le cas ici. » (Le drapeau blanc, 12 mai 2012)

« Que faire, alors, pour prévenir la violence? La responsabilité est collective. Tous, notamment les étudiants et les syndicats qui les appuient, doivent chercher à limiter l’action des casseurs et des radicaux, entre autres en collaborant davantage avec la police. Les personnes ayant aidé les policiers à identifier les suspects du métro ont donné l’exemple. » (Le drapeau blanc, 12 mai 2012)

« Le moratoire, comme nous l’avons déjà écrit ici, c’est céder devant les casseurs. Car, c’est l’évidence même, si ce n’était des casseurs, la grève étudiante ne ferait plus la manchette depuis plusieurs semaines. » (La suspension, 15 mai 2012)

« Mais le gouvernement n’a pas le choix: il ne peut pas laisser en plan les jeunes qui veulent étudier et qui sont, souvent, à la merci d’une démocratie étudiante plus que douteuse. » (Une fermeté intelligente, 17 mai 2012)

« Un profond malaise s’est emparé du Québec. La violence qui éclate chaque soir au centre-ville de Montréal répugne à tous. Ce désordre et ses causes déchirent notre société. Il nuit à la réputation de ceux qui manifestent comme à celle de ceux qui les appuient et des forces de l’ordre. Et il coûte terriblement cher: aux pouvoirs publics, aux commerces, à l’industrie touristique, bref, à nous tous. » (Retour au calme : un devoir national, 22 mai 2012)

« La responsabilité du retour au calme ne repose pas seulement sur les épaules du gouvernement, mais également sur celles de ses adversaires. Ceux-ci, qu’il s’agisse des partis de l’opposition ou des syndicats, doivent eux aussi baisser le ton. D’abord, ils doivent cesser de rendre le gouvernement libéral responsable de la violence. Les seuls responsables du vandalisme et du désordre sont ceux qui les commettent et les cautionnent. Les leaders d’opinion qui croient en la démocratie doivent dire aux casseurs que leur façon de faire est intolérable, point. Et ils doivent appuyer les policiers qui tentent d’éviter le pire. » (Retour au calme : un devoir national, 22 mai 2012)

« Voilà le choix auquel font face tous les acteurs de la crise actuelle: la démocratie ou la violence de la rue. C’est l’une ou l’autre. Ceux qui choisissent la première ont le devoir d’agir résolument et intelligemment en faveur d’un retour au calme. » (Retour au calme : un devoir national, 22 mai 2012)

Commentaires

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14 thoughts on “Il faut parfois tirer sur le messager

  1. Bravo M. Vaillancourt! Chapeau bas devant votre courage d’avoir lu, relu et rerelu les indigestes inepties d’André Pratte pour nous offrir ce texte. J’ose espérer que ce ne fut pas trop pénible et douloureux (quoique j’en doute) et sachez que vous avez toutes mes sympathies, vraiment.

    Une petite chanson pour vous changer les idées :

    http://www.youtube.com/watch?v=eMXyOAWX2jk

    1. Luc Vaillancourt

      Merci du commentaire, cher ami, mais le lien semble défectueux: pouvez-vous y remédier?

      1. Hmmm. Bizarre, le lien fonctionne bien sur mon ordi (incompatibilité PC/Mac peut-être?). Hélas, mes compétences en informatique sont (très) limitées. J’essaie à nouveau : http://www.youtube.com/watch?v=eMXyOAWX2jk

      2. Luc Vaillancourt

        O.K., ça fonctionne à présent. Merci!

      3. claude lachance

        C’est le plus beau dessert de mon été!! Millé gracié(S)

        1. Luc Vaillancourt

          Merci de me lire.

  2. Patrick

    Merci de mettre en mots tout ce que je vois.

    1. Luc Vaillancourt

      Y’a pas de quoi! 🙂

  3. Enfin, …et la lumière fût !

    1. Luc Vaillancourt

      Comme on dit en latin: fiat luc! 😉

  4. Gérald Tapp

    Quel travail de moine! Merci.
    Faut maintenant vous pencher sur le Journal de Montréal, le Journal de Québec, CHOI Radio X et le FM 93 (Bouchard en parle) 😉
    Longue vie à vous!

    1. Luc Vaillancourt

      Misère! Mes vacances (et le reste de l’année) vont y passer.

      1. Gérald Tapp

        « et le reste de l’année » : vous êtes conservateur. Oups…

  5. […] cas André Pratte… Il faut parfois tirer sur le messager http://www.gg.gg/dco Un autre excellent texte de Luc […]

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