Rabin Kramaslabovitch: la vie après les solos de couilles

L’ex-claviériste des défunts morts-vivants Goules, Rabin Kramaslabovitch, nous offrait non pas un, mais trois EP, au début juillet. Le seul et unique musicien capable de faire des solos à l’aide de ses testicules a bien voulu se livrer à cœur ouvert afin de souligner la sortie de cette trilogie intitulée Débile et inégal.

 

Joint au téléphone, alors qu’il mangeait ce qu’il qualifie dans ses propres mots « d’estis de rouleaux impériaux cuits dans le four… dans le petit four de marde», Rabin se souvient d’une époque où le batteur des Goules était d’une polyvalence inhumaine : «Dans le temps qu’on pouvait encore fumer dans les restaurants, Igor aimait ça fumer et manger en même temps juste pour faire rire.»

C’est donc trois EP que Rabin a laissés gratuitement à la disposition de ses fans. À cet effet, Rabin ne s’en cache pas, c’est là le fruit d’une longue épopée et de presque rien. «Sérieusement, j’ai fait ça pendant les cinq dernières années à temps perdu. Depuis que Les Goules sont finis finalement. Moi, j’taponnais ben saoul pis quand ma blonde était couchée, je mettais mes écouteurs.  La majorité du temps, quand tu penses que c’est de la guitare, c’est de la basse.  J’ai juste un microcube pis un petit Fender pis je câlisse ça direct dans l’ordi. Tsé, j’ai même pas de carte de son. Je suis sur Cool Edit. C’est n’importe quoi, mais ma fierté, c’est que je pense à tous ceux qui ont Pro Tools et plein d’équipements et je suis content d’avoir fait de quoi d’aussi pas pire avec la marde que j’ai pis mon talent limité.»

En écoutant le nouveau matériel de Rabin, on est quand même surpris du peu d’effectifs dont il a disposé lors de l’enregistrement. Les plus nostalgiques retrouveront même un petit feeling des vieux albums de René Binamé. «C’est pas pour rien que j’ai appelé ça Débile et inégal parce qu’il y a des affaires que j’écoute et je me dis «câlisse»… Tu retournes dans le mix et tu essaies de faire de quoi pis ça marche pas. Tsé, quand tu retournes dans ton mix de Cool Edit, c’est pas comme Pro Tools. J’ai même pas les plug-in pour faire ce que je veux. Anyway, j’ai rien man.»

Évidemment, était-il possible de ne pas questionner Kramaslabovitch à propos de la raison derrière la sortie simultanée de trois EP? «Ça faisait trop longtemps que ça traînait et je voulais repartir à zéro. Sinon, si je continuais à faire ça, je me serais rendu à 28 tounes tout à fait inégales. J’aimais mieux sortir toute tout de suite pour remettre le compteur à zéro. Là, je retourne à la guitare acoustique pis je sais six accords pis j’vas me trouver de quoi. J’vas réussir à rebâtir de quoi. Tsé, c’est fini pis je ne reviendrai plus sur les mêmes tounes en me disant que je pourrais rajouter du clavier ici pis là pis que sur telle toune, la voix c’est de la marde… J’étais rendu que je me posais ben trop de questions. Il faut que tu retombes à zéro pour pouvoir retomber dans le beat automatique. Tsé, ça a beau ressembler à quelque chose qui existe déjà, tu te dis que c’est quand même quelque chose de nouveau. J’ai autant de tounes que j’ai jetées que de tounes qui sont restées sur les albums. Je ne te dirais pas que je suis satisfait de l’ensemble des tounes que j’ai crissées sur l’internet sauf qu’en même temps, c’est ça que je voulais crisser pour ne plus avoir à taponner.»

À peine Rabin a-t-il fait paraître Débile et inégal que déjà, ce dernier nous confie travailler sur un projet qui promet énormément. De la grosse dynamite… «J’ai un truc avec Keith Kouna qui devrait sortir à l’automne prochain. C’est du rap à la Buck 65. Je vais peut-être passer une bonne partie de l’été là-dessus, à peaufiner les tracks de musique. J’ai quand même un mois et demi où je peux me pogner le cul un peu. Dans le sens que je travaille pas.»

On se rappellera que la dernière fois où Rabin et Keith Kouna auront collaboré ensemble à l’extérieur des Goules, c’est à l’inqualifiable duo Pepoot et Pépin auquel nous aurons eu droit. Une espèce de collections de chansons grivoises aux accents de valse. «C’est ça l’affaire. Des productions comme l’album de Pepoot et Pépin, avoir trois ou quatre musiciens qui jouent vraiment la toune, et que ça joue ça en show, ça serait vraiment l’idéal. Pour l’album hip-hop, Keith pis moi, on se dit qu’avant qu’il sorte, il faut vraiment qu’on ait des musiciens qui soient en mesure de jouer les tounes. Tsé, Pepoot et Pépin, c’est une histoire de gelés. On se disait : «Heille, on enregistres-tu une toune?» pis on mettait un micro dans le milieu et après ça, on allait voir qu’est-ce qu’on ferait. La plupart des tounes, c’est des improvisations.»

D’ailleurs, quand on écoute les textes de Kramaslabovitch, on ne peut s’empêcher de faire une certaine comparaison avec ceux de son acolyte goulesque Keith. Au dire de Rabin, c’est l’alcool qu’il faut blâmer. «Les seules fois où j’écris, c’est quand je suis saoul. Quand j’écris à jeun, c’est toujours des affaires personnelles. C’est quasiment des thèses pis c’est pas intéressant. Tsé, quand j’ai bu, c’est une question de sonorités et y a pas d’estis d’affaires d’introspection. Je suis pas capable d’écrire des tounes d’amour. J’aime ça les tounes d’amour. Ti-Cul Lajoie a fait un album méconnu genre Ti-Cul chante ses chansons d’amour, quelque chose du genre. C’est hyper-quétaine mais crisse, c’est pas quétaine comme Nicolas Ciccone. C’est quétaine juste correct.  À la limite du country tsé…»

On serait bien curieux d’entendre un jour un disque du même genre de la part de Rabin, car, quand celui-ci se prête musicalement au jeu de l’amour et du hasard, on a droit à de vrais bijoux. «Dans la chanson Au bout du quai, c’est un gars qui se crosse et qui attend après sa blonde, mais la fille ne vient pas. Elle lui lâche trois ou quatre messages pis finalement, il est venu, mais il n’a pas eu son pied. Il s’est crossé. C’est la seule affaire que j’ai fait qui se rapproche d’une toune d’amour.»

Dans un tout autre registre, il arrive aussi que Kramaslabovitch s’adonne à des observations philosophiques et impressionnistes au sujet du sadisme propre à l’industrie du disque. «La paille à papa, c’est une impro de Keith. Il faisait juste marmonner quelques paroles. Ça aurait pu être une toune de Pepoot et Pépin, mais finalement, c’est moi qui s’est ramassé à la chanter. C’est intéressant parce qu’il y a une histoire derrière. C’est très abstrait et quand quelqu’un l’entend pour la première fois, il ne comprend rien, mais bon… Tsé, c’est un gars qui entre dans un bar et là, il y a la paille à papa et c’est qui qui va décider des chansons qui vont tourner dans l’ombre… Tsé, La paille à papa, c’en est une de ces chansons-là qui vont tourner dans l’ombre. Elle ne tournera jamais à la radio, mais elle va tourner dans les stations communautaires.»

On se gardera toutefois de qualifier Débile et inégal d’œuvre savante, car son créateur convient en toute humilité qu’il n’a pas la rigueur des autres artistes s’adonnant à un tel exercice. Et puis, tant qu’à y être, Rabin se permet même une petite pointe à l’adresse d’un intouchable de la chanson québécoise. «Vouloir faire de la musique intellectuelle, faudrait que j’aie un band et en même temps, ça m’emmerderait totalement. Pis intellectuelle, ça dépend de qu’est-ce que tu définis comme musique intellectuelle. Il y a du monde qui vont définir Karkwa comme musique intellectuelle, mais crisse, rappelons-nous qu’ils s’appelaient Kalembour avant!»

Et puis, en bonne personne équilibrée qu’il est, Rabin profite de la dernière minute de batterie du téléphone sans fil pour terminer sur une espèce d’hommage. «Au Québec, il manque de bands qui jouent du stoner pis du rentre-dedans. Jérémi Mourand, c’était justement ça. Quand ils sont venus au Off à Québec avec la section de cuivres, c’était excellent. C’était dans ta face. C’est un peu comme du Mudhoney mêlé avec du rock un peu plus classique. Le chanteur, Jacques Bertrand Jr., il rocke en crisse pis le monde passe à côté de quoi en tabarnac.»

Pour télécharger gratuitement les trois volumes de Débile et inégal, rendez-vous au kramaslabovitch.bandcamp.com/

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One thought on “Rabin Kramaslabovitch: la vie après les solos de couilles

  1. La Main Rouge

    Petite spécification: le « truc avec Keith Kouna » devrait sortir à l’automne 2013 ou après, car Keith sort déjà un album solo cet automne.

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