Petit Léo deviendra grand

Quand la crise étudiante a commencé, et que Léo Bureau-Blouin a émergé soudainement sur les tribunes, mon chum était vraiment fier. C’est qu’il a réalisé, il y a quelques années de cela, un documentaire avec son père, Marcel Blouin, au sujet de la rivière Yamaska, la rivière la plus polluée au Canada. Marcel Blouin est un artiste engagé. Lui aussi est fier de son fils. Je voyais mon chum jubiler dans le divan. Tellement, que j’étais fière par procuration. Regarde! C’est le fils à Marcel! Wow! Un artiste engagé de-même, ça pouvait juste donner un fils politisé. Alors, de reportages en entrevues en soubresauts de crise, on a suivi le p’tit Léo avec un genre de tendresse, on l’a écouté se commettre sur la place publique, jour après jour. Articulé, posé, clair, concis, constant, porteur d’un message rassembleur, énergique, fringuant. Bref, on était fiers. On se disait regarde-le ben aller

Et puis hier, j’apprends qu’il se présente pour le Parti Québécois. Déception dans mon coeur.

Bon, je vous entends déjà me dire que le PQ, c’est la seule issue. Qu’il faut être stratégiques, qu’il ne faut surtout pas diviser le vote, parce qu’on va se retrouver avec un autre mandat des libéraux.

Je suis ben tannée de me sentir comme un animal pris au piège. Je refuse la sortie de secours! J’ai fait une campagne électorale, au fédéral. Ma démarche avait beau être plus artistique que politique, j’ai quand-même vécu le processus. Les formulaires, les signatures, la candidature, le serment, la campagne. Les rencontres de candidats… et là, j’ai découvert ce que voulait dire le mot MACHINE électorale. Je ne m’étendrai pas sur le sujet, mais quand je me suis mis à comprendre les rouages de la MACHINE électorale, j’ai déchanté. Les rencontres de candidats sans candidats. Les cartes de bingo (ou micro-ciblage). L’expression faire sortir le vote. C’est complètement décourageant et malsain. Ce qui m’amène à dire, avec ma minuscule expérience politique, que pour moi, PLQ et PQ, c’est la même MACHINE. Machine de financement, de campagne de séduction, de langue de bois, de fausses promesses, d’opportunisme, bref, des machines à vent. Je vous le jure, vos pires appréhensions n’arrivent pas à la cheville de la réalité.

Après avoir lu la lettre de LBB expliquant (vaguement) son choix, je n’ai d’autre option que d’adhérer à la théorie de Patrick Lagacé. Il faut battre le fer de la notoriété pendant qu’il est chaud. Sale opportuniste. Je m’explique mal comment un jeune aussi allumé peut croire qu’il changera quoi que ce soit à notre sort en embarquant dans la Cadillac péquiste. Naïveté? Peut-être. Ambition? Sans doute. Il dit vouloir prendre dix engagements (encore inexprimés), pour nous intéresser et contrer notre cynisme envers la CHOSE politique. Dois-je mentionner que le mot CHOSE signifie, entre autres, « entité abstraite »? De la parole aux actes, s’intitule la lettre. Faites-moi rire. Dans le contexte actuel, la seule CHOSE politique qui subsiste est la culture des lois et des règlements, que les p’tits pouvoirs s’amusent à discuter, amender, contester… Du municipal au fédéral, au service d’une élite économique sans conscience sociale, sans scrupules et totalement inconsciente des dommages collatéraux et répercussions humaines réelles.

Me voici donc profondément déçue. Plus cynique que jamais. Et, en fin de compte, je trouve que son teint gris-beige se fond parfaitement dans le paysage politique actuel. Je fais une prédiction. Élu ou pas, Léo Bureau-Blouin fera un excellent politicien. Comme on les aime. Articulé, posé, clair, constant, porteur d’un message rassembleur. Il aura choisi la voie toute tracée. Le chemin battu. Et puis, le temps qu’il soit « crédible » aux yeux du monde dans la cour des grands, il sera déjà un vieux Léo, plate, assimilé, la langue endurcie, les ardeurs refroidies. C’est cute, un p’tit lionceau. Mais tout être humain censé sait qu’une fois adulte, le p’tit lion devenu grand le bouffera tout cru.

Maudite politique qui tue nos enfants.

 

 

 

 

 

 

Commentaires

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17 thoughts on “Petit Léo deviendra grand

  1. C’est un peu «cheap shot» pour tous ceux pour qui vote (ou qui milite) pour le PQ ou pour le PLQ non par stratégie mais par conviction… La MACHINE existe, oui. Comme dans tous les partis… et ceux qui se défendent d’en avoir une sont ou bien très naïfs ou bien complètement décalés. La vertu politique est-elle à géométrie variable.

    Enfin, si LBB s’était présenté pour QS ou pour ON? Aurait-il été encore opportuniste? Sûrement pas.

    1. Marielle Couture

      Oui, je pense que toute forme de militantisme pour un PARTI est une forme d’opportunisme. La politique est cheap. SUrtout par les temps qui courent.

      1. On y revient toujours: combattre le cynisme par le cynisme mène rapidement vers un vide tautologique pas très constructif… Que faire alors?

        1. Marielle Couture

          Tu as bien raison. J’ai toujours dit que le cynisme est inadmissible. Ce serait comme annoncer aux enfants que l’espoir n’existe pas. Mais coudonc, on a tous le droit de déprimer un peu, de temps à autres… Je suis bien découragée, je vois mal les issues. Je n’ai pas envie de voter, même si c’est mon devoir. La campagne qui s’en vient me lève le coeur. J’ai les oreilles fatiguées d’entendre encore et toujours les mêmes arguments et pire, d’entendre des gens répéter ce qu’on leur a appris. Découragée, je suis…

  2. Bon texte! Mon seul désaccord porte sur la conclusion. C’est un type de politique, celui qui fait passer les intédrets mesquins et partisans avant le bien commun, qui tue nos jeunes. Dommage que LBB ait choisi le camp qui a, à plusieurs reprises déjà, trahit les intérêts des plus démunis, y compris le mouvement étudiant. Au moins, il n’a pas choisi le camp des libéraux ou celui des Rebelos! ;0)

  3. Marielle, t’es un peu dure…

    Tu as parfaitement raison d’être cynique et tout ce que tu dis est vrai : la réalité dépasse de loin nos pires appréhensions. Cela dit, on est pas pour tous se suicider maintenant, il faut bien continuer de vivre.

    Je ne pense pas que le p’tit Blouin ait changé son fusil d’épaule parce qu’il a choisi tel parti plutôt que tel autre.

    S’il passe, il va en boucher un coin à un bon paquet de lecteurs du Journal de Montréal. Et juste ça, ça en vaudrait la peine.

    Et même s’il ne passe pas, pendant la campagne électorale, il va pouvoir faire passer les idées de sa génération cent fois plus en tant que candidat du PQ, qu’en tant que candidat de QS (qui sont complètement ignorés par les médias).

    D’autre part, même si le PQ est devenu ce qu’il est devenu, il suffirait que ses membres se grouillent le cul 5 minutes et on aurait le PQ qu’on veut, la suite de celui qu’on aimait.

    En politique, rien n’est gravé dans le ciment…

    Serge,
    désespérément optimiste

    1. Marielle Couture

      Merci Serge, je suis habituellement plutôt optimiste aussi. Moment de découragement, de remise en question. Je ne sais pas. Je ne sais plus.

  4. Je suis membre du Parti Québécois depuis 1970. Je contribue financièrement et j’ai milité de façon active pendant de nombreuses années. Il faut de la persévérance, chère Marielle, pour que nous sortions de ce Canada. Il y a urgence! Nous avons besoin de jeunes qui ont du talent et qui rêvent d’un monde meilleur et plus juste pour 99% de la population. L’espoir existe même pour moi à 81 ans. Alors, un peu de courage!

    1. Deborah Murray

      Oui, mais pas avec le PQ, serieusement, ces jours-ci, cette since, au Québec.

  5. Deborah Murray

    L’artictle et les nots clés pour cette article disent mes sentiments exact.

  6. Juste pour le fun, j’aimerais voir LBB ministre de l’éducation !

  7. LBB a fait un choix selon ses convictions. Il n’est pas favorable à la gratuité scolaire. Le PQ non plus. Québec solidaire l’est et a une vision différente de la politique et de la démocratie. Je suis d’accord avec vous qu’il ne faut pas s’emprisonner dans le vote piégé du mode de scrutin actuel, qui pollue notre culture démocratique. Vaut mieux voter pour nos convictions et faire monter l’indicateur du suffrage universel (et non le nombre de sièges) en proportion de la révolte de la rue, des chaumières et des groupes en luttes pour leurs droits. Seule cette dynamique nous conduira éventuellement vers de réels changements, qui ne résident pas seulement, loin de là, dans la démocratie représentative. Et puis… on peut toujours avoir des surprises…

  8. Line LeBlanc

    J’aime beaucoup vos articles.
    Hier, j’ai eu tout un cafard! Léo (bébé) chez les péquistes (une espèce en voie de disparition)… Traitre, je me suis dis… l’horreur… je l’aime tellement! Il est rendu loin, notre léo. Il a le sort du Québec entre ses mains. Un qualificatif que vous avez oublié, la naïveté, oui, mais aussi la franchise, l’honnêteté… Un nouveau politicien. Comme on en a jamais vus ! Finalement, ce matin, les nouvelles sont bonnes. On a eu aussi une belle sortie de Francoise David. Bravo!

    1. Marielle Couture

      Merci. Vous avez raison, il semble honnête, intègre, le p’tit Léo. Ma crainte est que le PQ réussisse à le mouler en forme de vieux politicien aigri. Mais qui sait? Peut-être sera-t-il le premier d’une nouvelle génération de politiciens…

  9. Jean Huguet

    C’était écrit dans le ciel que Léo allait se présenter au PQ. Non seulement depuis son existence la FECQ est un tremplin de jeunes carriéristes pour le PQ, mais tout au long de la grève, Léo a tenu le discours le plus corporatiste de tous les portes-paroles étudiants. Sans compter le soutien répété de mononcle Ducceppe. Sérieusement, vous avez été étonnée de l’annonce de sa candidature??

  10. Jonathan Paul Daniel Des Ormeaux

     »J’aimerais tant voir, un(e) politicien(ne) qui, une fois élu(e) et lors de tout son mandat, utilises l’ensemble des capacités mises à sa disposition afin d’administrer efficacement pour le bien de son peuple plutôt que de concentrer ses efforts vers l’obtention d’une opinion publique favorable pour le bien de son parti lors des prochaines élections.  »

  11. Lucien Frenette

    Marielle, tu vas en affronter d’autres élections et tu vas en baver tellement la déception (ou la traîtrise) peut être grande après des élections mais pour ma part j’ai compris que très peu de partis avaient suffisamment de compétences pour réaliser de grandes avancées pour la nation (comme l’indépendance) mais suffisamment pour gérer la nation comme bien d’autres. Présentement notre système politique est bâtie autour de parties politiques, modèle étendu dans tous pays industrialisés. Il faut sortir de ce modèle et explorer la possibilité de gérer une nation avec une représentation politique basée des représentants indépendants et non des représentants choisis au préalable par les partis et supportés par des groupes d’intérêt… On vote maintenant par opposition à, en procédant par élimination, selon la gueule du parti ou du candidat. Ce sera de même pour les prochaines élections. Et pour Léo, s’il gagne ses élections, laissons-le vivre éventuellement son chemin de Damas.

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