La trahison des médias

La trahison des médias

Si Albert Camus a eu un jour raison de dire « un journal, c’est la conscience d’une nation », il est plus que temps, au Québec, d’examiner sérieusement de quoi est faite la nôtre pour mériter les journaux que l’on a.

L’un des constats les plus douloureux de la crise étudiante fut sans conteste la couverture tendancieuse des médias de masse. On l’aura vue venir, certes, sachant bien que le milieu est largement dominé par des éditorialistes et chroniqueurs de droite, mais on a très vite dépassé le cadre habituel du débat entre « lucides » et « solidaires » pour verser dans une campagne de dénigrement et de sapage systématique des revendications étudiantes.

Comment expliquer cette terrible déroute qui a conduit une partie du peuple à mépriser ses propres enfants?

Par le recours à une arme de désinformation massive: la propagande grise.

Celle-ci se distingue de la propagande blanche, dont l’origine est connue de tous : il s’agit en l’occurrence de la rhétorique gouvernementale et de ses slogans creux répétés ad nauseam, comme pour susciter une transe hypnotique, « chacun doit faire sa juste part », « 50 cents par jour », « c’est un boycott, pas un grève »…

La propagande grise est beaucoup plus insidieuse, car elle provient d’une source réputée neutre. Dans le cas qui nous intéresse: la presse écrite et les journaux télévisés.

Ici, le recours au terme « propagande » pourra sembler excessif. Après tout, nous ne sommes pas en temps de guerre et Jean Charest n’est pas Joseph Goebbels. Mais il faut savoir que le mot désigne aussi « un ensemble d’actions psychologiques influençant la perception publique des événements, des personnes ou des enjeux, de façon à endoctriner ou à embrigader une population et à la faire agir et penser d’une manière voulue » (Wikipedia). Examinez de près la rhétorique gouvernementale et vous verrez qu’elle n’a rien d’objectif.

Je pense que l’on concèdera sans trop de difficulté qu’il y a bien eu instrumentalisation de l’opinion publique par le gouvernement (« c’est dans votre poche ou dans celle des étudiants qu’il faudra puiser l’argent ») et que l’on me dispensera d’en faire la démonstration détaillée ici.

En revanche, la mise en cause des médias nécessite une preuve plus étoffée.

Dans le cadre d’un conflit, la propagande blanche est souvent employée pour démoniser l’adversaire et susciter le mépris, voire la haine envers lui, de manière à consolider le rapport de force que l’on cherche à établir.

L’affaire est plus délicate dans la perspective d’un conflit politique, où il s’agit plutôt de se rallier une majorité pour imposer ses vues à la minorité, au sein d’une même nation qui, a fortiori, n’aime pas la bisbille.

Mais s’il est vrai que le contexte diffère, les moyens employés sont étrangement similaires.

Ils consistent notamment à faire diversion et à entretenir la confusion sur la partie adverse, en évitant par exemple de parler du fond du débat sur les droits de scolarité pour faire grand cas de « l’intimidation » et de la « violence » de la rue.

On cherchera aussi à personnaliser le conflit en stigmatisant ses figures emblématiques par des accusations mensongères et de la diffamation. Qui a oublié l’assassinat de caractère perpétré par Robert Dutil et dont Gabriel Nadeau-Dubois a fait les frais? Le ministre de la Sécurité publique a lui-même admis, lorsque confronté sur le sujet, qu’il avait dérapé en évoquant la possibilité de déposer des accusations criminelles contre le représentant de la CLASSE.

Le propagandiste aura également recours à la censure et la suppression des informations qui sont contraires à ses intérêts. Pour preuve: quand a-t-on entendu, au cours des six derniers mois, le gouvernement discuter des données de son propre ministère de l’éducation à l’effet qu’un étudiant diplômé rapporte en moyenne huit fois ce qu’il a coûté à former, du fait des taxes et impôts supplémentaires qu’il payera au cours de sa carrière?

L’information est pourtant cruciale et sa crédibilité peut difficilement être contestée.

Or, tout cela, nos médias ont failli à nous le rapporter comme il se devait (si, vraiment, ils sont « la conscience d’un peuple »), et toutes leurs savantes analyses n’auront pas permis de mettre à nu les manipulations rhétoriques et les artifices comptables du gouvernement.

En cela, du simple fait de leur insuffisance à rendre compte des enjeux de manière détaillée, ils sont devenus les alliés objectifs du pouvoir, des propagandistes gris, bon gré mal gré.

Le malheur, c’est qu’ils ont choisi d’en rajouter une couche en déversant des torrents de vitriol sur « les enfants rois », « égoïstes », « nombrilistes » et  autres « pseudo-révolutionnaires buveurs de sangria » par la bouche ou la plume de leurs chroniqueurs, incitant à la hargne et au mépris envers nos propres concitoyens. Ai-je vraiment besoin, ici, de fournir des preuves ou de donner des noms?

Richard Martineau, je pense à vous.

Ainsi, une source réputée neutre dans son ensemble a joué le jeu du gouvernement en reconduisant son discours sans l’interroger (les journalistes) et en participant à l’instrumentalisation d’une partie de la population contre une autre (les chroniqueurs, les éditorialistes et la radio poubelle).

Je terminerai mon réquisitoire sur cette citation de Noam Chomsky, qui illustre les dangers d’une telle manipulation de l’information:

« Une nation peut survivre à ses fous, et même à ses ambitieux. Mais elle ne peut pas survivre à la trahison de l’intérieur. Un ennemi aux portes est moins redoutable, car il est connu et il porte sa bannière ouvertement. Mais le propagandiste se déplace librement parmi ceux qui sont à l’intérieur, ses murmures pervers bruissent à travers les ruelles, et on les entend dans les allées même du pouvoir. Un propagandiste ne ressemble pas à un propagandiste ; il parle avec une voix familière à ses victimes, et il porte leur visage et leurs arguments ; il en appelle à la bassesse qui se trouve ancrée dans le cœur des hommes. Il pourrit l’âme d’une nation, travaillant en secret, inconnu dans la nuit, sapant les piliers de la ville. Il contamine le corps politique qui ne peut plus résister ».

J’ai triché, je l’avoue, mais pour fins de démonstration seulement! J’ai manipulé moi-même l’information: cette citation n’est pas de Noam Chomsky, mais de Cicéron et elle date du premier siècle avant Jésus-Christ. Et pour mieux servir mon propos, j’ai remplacé partout le mot « traître » par « propagandiste ».

C’était pour aborder la question de la propagande noire, celle qui émane d’une source soi-disant amicale et qui se mêle de vous dire ce que vous devez faire et penser sur un ton paternaliste, ou en multipliant les amalgames douteux de manière à exciter en vous la colère et le mépris des autres, ce qui est propre à vous ravaler au niveau de vos contempteurs et menace de vous discréditer.  Comme quoi, il faut aussi se méfier des donneurs de leçons…

Commentaires

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37 thoughts on “La trahison des médias

  1. Cette conscience nationale je la retrouve davantage dans vos propos et dans cette «mauvaise herbe» qui pousse sur le net, que dans les médias contrôlés par Québécor ou Gesca.

    1. Luc Vaillancourt

      Merci du compliment.

      1. Jo Ulari

        Vous expliquez très bien pourquoi il est plus que jamais souhaitable d’exercer notre jugement critique, comment ne pas prendre pour du cash tout ce qu’on entend ou lit dans les média de masse. Vous avez à coeur l’intérêt des autres, pas seulement le vôtre, pour prendre le temps d’écrire cet excellent article et le mettre sur le net pour informer les gens. Vous faites le travail que les média de masse et les gouvernement ne font plus, car ils n’ont à coeur que leurs propres intérêts. C’est pourquoi des consciences éveillées, généreuses, respectueuses, articulées et (planétaires) comme la vôtre, ont un grand rôle à jouer pour éclairer celles des autres qui sont dans le noir, la peur et le déni. Vos articles ont une grande utilité et auront, de plus en plus, une grande portée. C’est indéniable. N’en doutez même pas, et s.v.p, continuez à écrire même si on vous blaste. Après tout, l’humanité fait face au plus grand enjeu de son histoire: sa survie.

        1. Luc Vaillancourt

          Merci pour les bons mots. Ça motive à poursuivre! 🙂

  2. Oliver

    Merci pour cette analyse juste et éclairante!

    1. Luc Vaillancourt

      Et merci à vous de me lire.

  3. Je ne peux que seconder ce réquisitoire et j’aimerais ajouter ceci : déjà à l’époque de Combat, Camus pressentait les dérives auxquelles le journalisme était susceptible en ce qui concernait une déplorable et inconvenable affiliation entre journalisme et politique, dans le sens où celle-ci gérait donc dénaturalisait la première. Le journalisme neutre en a terriblement souffert, et il ne serait pas audacieux de dire que, dans une certaine mesure, il a pratiquement disparu. (cf. Avec Camus, de Jean Daniel, où Camus expose ses réflexions sur le journalisme, un ouvrage que tout journaliste DEVRAIT LIRE !)

    Tout porte à croire que les médias de masse ne cesseront pas leur propagande, car ils font face à un nouvel ennemi : les médias sociaux. Seul bémol, ceux-ci sont encore disparates mais la sauce commence à prendre comme on dit. Il ne faut juste pas tomber dans l’opinionage anecdotique (qui est selon moi la plus ignoble tare des médias contemporains) et surtout, ne pas tomber dans le cynisme tirant à boulets rouges. Quoi qu’il en soit, ce n’est pas votre cas, car vous écrivez ce que j’ai lu de plus pertinent dans les 5 derniers mois. Continuez, c’est important.

    « Quels sont les vices de la presse sinon l’appétit de l’argent et l’indifférence à la grandeur ? Or un pays vaut souvent ce que vaut sa presse. On peut élever un pays en élevant son langage, en créant une presse claire et virile à la fois respectable, en choisissant l’énergie plutôt que la haine, la pure objectivité et non la rhétorique, l’humanité et non la médiocrité. Pourquoi on cherche à plaire plutôt qu’à éclairer ? » – Albert Camus, 31 août 1944

    1. Luc Vaillancourt

      Votre commentaire rappelle à ma mémoire notre affection commune pour Camus. Je souscris tout à fait à votre vision des médias sociaux. Merci pour cette belle citation.

      1. Une affection qui ne s’est jamais estompée et qui prend tout son sens surtout par les temps qui courent où l’actualité et la pertinence de Camus restent absolument désarmantes. C’est un plaisir de partager cette citation avec vous, comme c’en est un de vous lire.

  4. François R.

    Bravo Luc pour ce dépouillement qui a eu dû être fort éprouvant — la seule lecture de ces articles m’ayant traumatisé au printemps, j’imagine à peine ce que cela a été de faire le recensement, surligneur à la main!
    J’ai particulièrement aimé la division entre marginalisation, mépris et démagogie : cela aide à se mettre dans un état d’esprit qui permet de mieux percevoir les rouages de cette habile mécanique.
    J’ai aussi été étonné par certaines citations pré-22 mars : on ne l’a vraiment pas vu venir, cette crise, n’est-ce pas? 😉
    Je n’écris que maintenant, car j’ai pris le temps de lire tous les articles dans l’ordre.
    Bravo encore, merci, et bonne lecture des pages éditoriales pendant la campagne électorale!

    1. Luc Vaillancourt

      Merci François. Je me prépare mentalement à souffrir.

  5. Thibaud de La Marnierre

    Trop désespérément lucide. Ce texte fondamental, hélas, ne sera surtout lu que par ceux qui n’en ont pas besoin.

    1. Luc Vaillancourt

      Merci du commentaire. Hélas, la difficulté est bien là: comment rejoindre les autres?

      1. Des gens comme moi peuvent vous aider à diffuser le message, mais il se peut que les cibles soient réfractaires à l’entendre tant elles ont été ensevelies par le discours insidieux des médias corporatifs.

        1. Luc Vaillancourt

          Très juste, merci. On ne lâche rien!

  6. Après 38 ans de journalisme vécu avec passion et conviction en la valeur et l’importance de cette profession, je n’ose plus dire aux jeunes que c’est un des plus beaux métiers, tant je suis furieuse de voir à quel point les médias sont devenus les valets d’un pouvoir, usurpé qui plus est. Je suis tout à fait d’accord avec votre propos.

    1. Marielle Couture

      Madame Laforge, quelle joie de vous savoir parmi nos lecteurs! C’est tout un honneur.

      1. Luc Vaillancourt

        Merci madame Laforge. Je partage les sentiments de ma collègue.

  7. Real

    Jean-René Dufort dénonce avec humour et ingéniosité la propagande libérale ici :
    http://www.radio-canada.ca/emissions/cest_bien_meilleur_le_matin/2011-2012/chronique.asp?idChronique=227748

    Bonne écoute 🙂

    1. Luc Vaillancourt

      Merci pour le lien! C’est terrible à dire, mais Jean-René Dufort a mieux couvert la crise que la plupart de nos journalistes professionnels.

  8. Robert Ouellet

    Je vous ai lu avec intérêt et je me permets d’exprimer mon profond désaccord. D’entrée de jeu je me défini comme à 75% pour la hausse (transparence totale). De plus, j’ai dévoré l’ensemble des médias, TV, radio, journaux, sociaux. Voici donc mes impressions.

    Le Devoir: Journal 90% pro-étudiant, editorialistes et chroniqueurs sont tous pro-etudiants. Quelques opinions du lecteur parfois en faveur de la hausse.

    Société Radio-Canada: 75% pro-étudiant: Que ce soit TLMEP qui proclame avec fierté les leaders étudiants comme nos leaders de demain, Franco Nuovo qui leur souligne que leur combat lui rappelle celui de Vaclav Havel, ou Anne-Marie Dussault qui leur a donné une tribune quotidienne (fort complaisante) pour faire la promotion de leur point de vue. Assez incroyable, ils ont pu y faire la promotion de la désobéissance civile sans obstruction. On parle ici d’une radio publique. C’est quand même pas rien.

    La Presse. éditorialistes 90% anti-étudiants, chroniqueurs 75% pro-étudiants.

    Quebecor: 75% anti-etudiants, je vous l’accorde, Richard Martineau est tout un numero.

    Voir- Josee Legault: 100% pro-etudiant, méchante clown, me fais penser a un Richard Martineau de go-gauche… Avant qu’elle ouvre la bouche je peut résumer sa pensée… bla bla bla, c’est de la faute à Charest… bla bla bla. faute a Charest bla bla bla faute a charest…

    Radio 98,5FM – 50%-50% Assez bien partagé, pour un Dumont, il y a une Bazzo…

    Radios de quebec: 80% anti-etudiant, ton généralement peu nuancé et aggressif…

    Médias sociaux: 90% pro-etudiants. Facteur inquiétant, les gens se regroupent en groupe d’intérêt, et se racontent en boucle des histoires à dormir debout qui finissent par devenir des vérités absolues. Ceux qui soulignent les exagérations sont vites expulsés. A titre d’exemple je peux citer Twitter #ggi, facebook Jean Barbe, ou Dominic Champagne,…

    Pour ce qui est de votre argument supposément massue de:
     »..données de son propre ministère de l’éducation à l’effet qu’un étudiant diplômé rapporte en moyenne huit fois ce qu’il a coûté à former, du fait des taxes et impôts supplémentaires qu’il payera au cours de sa carrière? »

    Cet argument a été discuté ad nauseam… La réplique étant que oui la société est gagnante avec des diplomés universitaires, mais chaque individu l’est tout autant. Il est donc normal que ces derniers fassent leur ‘juste part’ pour payer une petite partie de leur étude (17%)….

    Donc pour résumer, l’ensemble des points de vue a été couverts. Personnellement je trouve que la SRC a lamentablement failli à la tâche considérant qu’elle est une radio publique.

    1. Luc Vaillancourt

      Transparence totale: je suis 100% contre la hausse. Nous avons vous et moi en commun de penser que notre appréciation des faits est fondée en raison, pourtant nos constats diffèrent. Comment expliquer ce phénomène? J’y consacrerai bientôt un article (avec un titre du genre: le filtre idéologique). Si vous avez lu mes articles sur La Presse, vous aurez remarqué que je me donne un mal de chien pour fournir des preuves de ce que j’avance. Lorsque vous dites « cet argument a été discuté ad nauseam », je pense qu’il serait juste de proposer quelques exemples pour illustrer cette couverture abusive du sujet. Il en va de même pour les pourcentages, sinon on se borne vous et moi à la critique impressionniste.

  9. Maude Issopé Ofoé

    Merci et bravo!!! J’aimerais pouvoir lire plus souvent de ce type de billet!

    1. Luc Vaillancourt

      Merci! Lisez Mauvaise herbe: il y en aura d’autres. 😉

  10. Philippe

    Je suis 100% d’accord quand vous dites que le gouvernement s’est livré à un discours propagandiste. Toutefois, je ne vois pas en quoi « les médias » ont fait de la propagande? Le terme média est vague. Parlez-vous des journalistes? Si c’est le cas, j’ai le regret de vous annoncez que de nombreux journalistes (a la Presse, au Devoir, à Radio-Canada, ainsi qu’au Journal de Montréal, bien que celui-ci, il est vrai, était plus hostile aux étudiants) ont défendu la cause des étudiants. Je pense a Michèle Ouimet, à Patrick Lagacé, à Marie-Caude Lortie, à Jean Barbe, ainsi que l’ensemble du Devoir, etc.

    Sinon, qu’entendez-vous par « les médias »? À ma connaissance, les informations ont été propagé de façon objective et neutre, sans parti pris. Évidemment, certains chroniqueurs émettaient des opinions qui déplaisaient, d’un côté comme de l’autre, surtout en situation de crise sociale, mais il me semble qu’une opinion différente n’est pas de la propagande.

    Je pense que vous confondez le fonctionnement des médias de masse avec de la « propagande ». Toutefois il n’en ai rien. Pour juger des médias de masse, je crois qu’il faut d’abord comprendre leur logique. En notre ère de communications rapides, les journaux doivent suivre le rythme. Les nouvelles arrivent de plus en plus vite, on peut les suivre carrément en direct sur Internet, et la vitesse de diffusion de l’information est exponentielle. Ainsi, les médias de masse, en tant qu’entreprise, cherchent à rester compétitif: on doit publier les dernières informations avant ses concurrents. On préfère la simplicité aux analyses détaillées. On préfère la rapidité et le nombre à la qualité. C’est comme ça, et pas seulement dans nos médias. C’est ça, la société de consommation, ultime conséquence de la démocratie. Une nation ayant atteint la démocratie sera ultimement poussé à la richesse et la consommation, disait déjà Tocqueville au début du XIXe siècle.

    La crise sociale a entraîné un climat de cynisme alarmant au Québec. Les gens ont soudainement l’impression de vivre dans un univers où la police règne, la mafia siège avec le gouvernement et nos médias nous aveuglent. S’il est vrai que le Québec ne va pas bien, il ne faut pas faire l’erreur de le croire entièrement moisi.

      1. Philippe

        Vous me répondez avec vos propres articles. Ceci n’a rien d’une recherche méthodologique, désolé de vous le dire. Ce que je trouve particulièrement étrange, c’est que vous associez les opinions des différents éditoriaux à de la propagande ou à du mépris. Toutefois c’est seulement votre interprétation, et non un fait incontesté.

        Par exemple, vous classez cette citation d’Yves Boivers comme étant du mépris, de la condescendance ou du paternalisme: « Mais oui, mais oui. Ce gouvernement a été très nul pour gérer cette crise. Pour l’avoir ignorée si longtemps aussi. Tout ça a trop traîné. Je suggère quand même de conserver un petit bout de chemise pas déchirée. Ça pourrait encore servir. » . Je ne vois pas de mépris ici. Il s’agit d’un exemple, mais plusieurs fois vous associez simplement une opinion qui vous dérange à de la propagande ou du mépris, alors que rien n’est moins évident, d’un point de vue peut-être plus objectif.

        De plus, vous faites l’exercice seulement sur les articles qui vous plaisent. Des articles remplis de mépris et de désinformations, il y en a eu des deux côtés. Vous devez comprendre une chose: le Québec a vécu une crise sociale. La grande majorité des gens ont choisi un camp et s’y sont rangés férocement. Vos critiques envers les éditorialistes de la Presse sont correctes, il est sain de critiquer. Mais vous allez trop loin, vous en faites une obsession, vous semblez croire qu’ils font de la propagande, alors qu’ils ne font que dire leur opinion. C’est ça la démocratie, différentes opinions, même celles qui ne sont pas nécessairement bien soutenus. Ce dont on peut se désoler, c’est qu’il y ait si peu de quotidiens indépendants au Québec, et que 90% des médias appartiennent à deux multinationales. Ça c’est un problème.

        Mais croire que ces grandes entreprises ont influencé le contenu de leur journal pour favoriser la population à être « pro-hausse », c’est selon moi digne de la théorie du complot, surtout quand on considère que la hausse des frais de scolarité est un enjeu somme toute mineur pour la grande majorité des Québécois. On ne parle quand même pas de la souveraineté du Québec, un enjeu foutrement plus important pour la société.

        Après avoir lu vos articles, je ne suis toujours pas convaincu que nos médias se sont livrés à un jeu propagandiste, mais vraiment pas.

        1. Luc Vaillancourt

          Vous avez le droit de ne pas être d’accord. Quant à vous ériger vous-même comme seul arbitre de ce qui est vrai, juste et raisonnable… vous tombez dans le même travers que vous me reprochez.

          1. Philippe

            Je ne m’érige pas comme seul arbitre de ce qui est vrai. Je m’érige toutefois comme un observateur peut-être plus objectif que vous, certainement. Vous déclarez vous-même avoir les deux pieds dans l’idéologie. Je n’oserais faire une telle déclaration, même si je suis contre la hausse.

            Je crois simplement que plusieurs étudiants ont pris ce conflit très au sérieux, analysant beaucoup trop le contenu des médias de masse, qui, avec du recul, agissent exactement comme ils ont toujours agis.

            On peut critiquer ouvertement le contenu et le manque de profondeur des médias. Il le faut, car nos médias nivellent vers le bas et la qualité journalistique souffre. Je suis d’accord.

            Toutefois, bien que nous arrivons aux mêmes conclusions, nous n’avons pas la même façon de l’expliquer. Selon moi, les journaux et leurs journalistes ont encore à coeur leur métier si important pour une société. Toutefois, ce qui entraîne la piètre qualité, c’est la faible concurrence. Une métropole comme Montréal devrait certainement avoir plus de 2 sources principales d’information comme c’est le cas en ce moment. Le Devoir tire à peine 60 000 journaux par semaines. C’est marginal, et c’est ça le problème. Pas le soi-disant « machiavélisme » de ces compagnies qui tenteraient d’endoctriner le peuple.

  11. Robert Ouellet

    Merci pour votre réponse, j’aime les échanges. Effectivement mes chiffres ne sont qu’impressions probablement (surement) teintés par ma subjectivité. Pour information, disons que le 25% de mon moi qui penche pour les étudiants trouve assez ordinaire que la société s’en prenne à une partie de sa jeunesse. Minoritaire mais certe fort nombreuse. Il y a un réel danger que des groupes d’extrémistes en émergent. C’est bien la dernière chose que l’on a besoin. Par contre, sur le fond, le 75% de mon moi trouve que les étudiants ont tort…

    Je ne l’avais pas remarqué avant, mes je viens de consulter vos précédents articles et effectivement ils sont fort bien documentés. Il est donc hors de question que je me livre au même exercice, étant donné mon manque de temps. Je note que vous avez une certaine fixation sur certains editorialistes de ‘La Presse’. Je vous donne certe raison sur ce point, mais ont-ils une telle influence? Ne pensez-vous pas que les 10-20 entrevues complaisantes que les leaders étudiants avaient dans les médias (surtout SRC) étaient à même de contre-balancer??? N’est-il pas normal que les gens aient les deux points de vue?

    amitiées.

    p.s. désolé pour les qques fautes, je ne prends pas le temps de repasser….

    1. Luc Vaillancourt

      J’apprécie vos commentaires: ils alimentent ma réflexion et m’invitent à la pousser plus loin. J’ai pris La Presse en exemple parce qu’elle me semblait représentative des travers que je voulais exposer ici. J’aurais pu faire, et je ferai peut-être le même exercice avec le Journal de Québec. Pour le Devoir, je concède volontiers qu’il semble avoir un parti pris en faveur des étudiants.

      Quant à l’influence effective de la ligne éditoriale de La Presse, la chose est difficile à mesurer. Les abonnés de ce journal étaient probablement gagnés d’avance à l’argumentaire du gouvernement, mais il y a eu surenchère et effet d’entraînement d’un journal à l’autre de sorte que l’accumulation des commentaires hargneux semble avoir laissé une marque sensible dans l’opinion publique.

      En ce qui concerne la SRC et ses entrevues qui ont pu paraître complaisantes, je remarque avec amusement que des plaintes ont été déposées auprès de l’ombudsman dans les deux sens. Certains reprochaient notamment à Anne-Marie Dussault de trop ménager les étudiants, alors que d’autres, au contraire, trouvaient qu’elle traitait les représentants du gouvernement avec trop d’égard. L’ombudsman a conclu de ce fait qu’il n’y avait pas eu faute professionnelle.

      Vous avez raison de dire que la population a le droit d’entendre les deux points de vue, mais cela ne justifie ni n’excuse en rien l’incitation au mépris des autres.

  12. Philippe

    En fait, pour mieux faire comprendre mon point de vue, je vous poserai une série de questions, pas besoin d’y répondre nécessairement, mais juste y réfléchir:

    – Si vraiment les grands médiaux ont fait de la propagande, selon la définition que vous en donnez, comment expliquez-vous que ces mêmes médias ont aussi publié de nombreux articles en faveur de la position des étudiants? Comment expliquez-vous aussi que ces médias ont même relevé des scoops importants (ex: ramener le spectre de la corruption libérale en disant que Beauchamp a fait un déjeuner de financement avec un membre important de la mafia québécoise en plein durant le conflit.) Si ça c’est de la propagande, elle est bien « soft ». De nombreux journalistes, de ces mêmes médias, et pas les moins intelligents, se sont positionnés en faveur du gel ou d’un débat plus structuré sur le sujet.

    – Advenant que, suite à une réflexion approfondie de cette première question, vous continuiez de croire que ces grand médiaux ont quand même voulu endoctriner la population sur ce sujet bien précis qu’est la hausse des frais de scolarité, dites-moi quel était leurs motivations réelles derrière cette propagande? Pourquoi Québécor et Power Corporation (deux compagnies rivales qui se livrent littéralement une guerre féroce sur le contrôle du marché québécois et qui ont rarement des intérêts communs) seraient soudainement en accord pour « endoctriner » le peuple québécois à être pro-hausse des frais de scolarité? Pourquoi ce sujet là? Est-ce si capital pour Québécor et Power Corporation qu’il y ait la hausse des frais de scolarité?

    – Comme tu sembles avoir lu et analysé (voire sur-analysé, selon moi) les articles pro-hausses des principaux quotidiens de Montréal, j’aimerais savoir si en analysant ces articles, il t’est arrivé ne serait-ce qu’une seule fois de lire un bon argument pro-hausse ou si chaque fois, il s’agissait de pure propagande ou simple démagogie.

    -Enfin, si encore et toujours tu restes convaincus que les grands médias ont voulu endoctriner la population québécoise à être favorable à la position du gouvernement, admettras-tu au moins que le mouvement étudiant, et j’oserai dire la CLASSE, s’est tout autant livré au jeu de la propagande, toujours selon la même définition que vous en donnez dans votre article, à savoir « un ensemble d’actions psychologiques influençant la perception publique des événements, des personnes ou des enjeux, de façon à endoctriner ou embrigader une population et la faire agir et penser d’une manière voulue »?

  13. Luc Vaillancourt

    Première question: j’ai déjà abordé ces aspects. Il y a dans les journaux des voix dissidentes, mais elles sont largement minoritaires. Quant au scoop évoqué, il se trouve aussi des journalistes intègres qui font leur boulot dans les règles de l’art, mais l’information brute dépend aussi de l’interprétation qu’en font les éditorialistes et chroniqueurs. Vous en avez vu beaucoup, à La Presse, critiquer la Ministre?

    Vos deuxième et troisième question tendent à réduire ma position à une théorie du complot, ce qui sert bien votre propos mais dénature le mien. Le « conditionnement » n’est pas pro-hausse, il est est pro-droite et opère en tout temps. Il m’arrive de lire de bons arguments pro-hausse, mais jusqu’à présent je n’en ai pas rencontrés dans La Presse. Enfin, j’observe que vous passez insensiblement du vous au tu, mais peut-être que je suranalyse.

    La dernière question soulève un aspect important qu’il me reste encore à développer dans un article: la contre-propagande. Oui, bien sûr, la CLASSE y a recours et le moins que l’on puisse dire en l’occurrence, c’est que c’est de bonne guerre.

    1. Philippe

      J’ai passé insensiblement du vous au tu car j’ai écrit ce texte tard le soir, et par fatigue je ne me suis pas relu. Voilà l’explication. Mais j’imagine que vous analyserai dans ce changement de pronom personnel une propagande quelconque ou je ne sais trop, ou vous y verrez du mépris ou du paternalisme, peut-être.

  14. […] artificiel, les Québécois ne se sont pas laissé berner par l’une des plus vastes campagnes de manipulation de l’opinion publique par nos médias depuis le dernier […]

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