Léo le lion

Léo a 20 ans. Il est si jeune qu’il n’a pu voter qu’une seule fois : aux dernières élections fédérales. Je me souviens encore de mon premier vote : j’étais fière en sortant de l’isoloir. Parce que j’avais l’impression que je n’étais pas mise de côté, j’avais l’impression de participer. Mon pouvoir était infiniment petit, mais avant 18 ans, il était tout simplement…absent.

La politique, ce n’est pas une question d’âge. J’avais 8 ans quand l’affaire du Lac Meech est arrivée. C’est la première fois que j’ai demandé à mon père de m’expliquer ce qui se passait. J’avais 15 ans au dernier référendum. Nous étions tous réunis dans le sous-sol à l’annonce des résultats et on était tendus comme si les Nordiques faisaient la finale de la Coupe Stanley contre les Canadiens.

À 18 ans, j’ai commencé à voter et l’an dernier, j’apportais mon fils de deux mois dans l’isoloir avec moi pour apposer ma marque sur le bulletin de vote fédéral. Pour moi, c’est important. Pour moi, cette part de la démocratie veut toujours dire quelque chose.

Il semble que soit aussi le cas pour Léo Bureau-Blouin. Mais il a fait quelque chose de plus que j’ai bien du mal à envisager : il a décidé de s’impliquer davantage. Il saute dans l’arène et les loups sont prêts à le dévorer.

Personnellement, j’ai bien trop peur pour faire une chose pareille. Je n’ai pas ce courage. Quand le monde critique ton âge ou ce que tu portes et te revient avec tes déclarations d’il y a trois mois, ça me stresse juste d’y penser. Et ils commencent à regarder tes choix de carrière en plus…

Ben oui, Léo va ralentir ses études. Figurez-vous qu’il va faire son université à temps partiel. Ça, c’est s’il en est capable. S’il devient député, ce sera sans doute complexe. Il devra peut-être interrompre ses études!

J’ai entendu des gens crier au scandale. Des gens que j’aurais pourtant pensé heureux de l’implication d’un jeune en politique : « Tiens, Léo prône l’accès aux études universitaires et il les sacrifie pour la politique? Je n’aurais pas pensé ça de lui! »

Dois-je comprendre que si on n’étudie pas à l’université, on n’est pas « intelligent » et assez fin pour entrer en politique? C’est une pensée pas mal élitiste…

Dois-je plutôt comprendre que le problème c’est que Léo défendait l’accès aux études universitaires, et pourtant, il n’y va pas? Ça aussi, c’est une pensée bizarre. Parce que ça veut dire que les seuls qui peuvent défendre l’accès à l’université, c’est ceux qui y sont allés ou qui y sont présentement. Si c’était vrai, ben on se ferait dire que c’est juste la bataille d’une gang d’intellectuels qui ont étudié longtemps… C’est une chance que plein de gens, venant de toutes sortes de formation et d’emplois, marchent avec les étudiants.

Je rappelle le cœur du conflit étudiant : Léo a défendu l’accès aux études universitaires pour que L’ARGENT ne devienne pas un motif d’abandonner l’université ou de ne pas y aller… Parce que les moyens financiers ne devraient pas empêcher les étudiants qui souhaitent devenir médecins de le devenir. C’est une mauvaise raison et on perd de bons médecins en faisant ça. C’est plate pour tout le monde.

Mais d’autres raisons sont valables pour retarder son entrée à l’université. C’est à chacun d’en juger. On peut sacrifier ou ralentir ses études pour avoir un bébé, pour faire un voyage autour du monde ou juste parce qu’on a besoin d’une pause (trois cas que j’ai personnellement expérimentés), mais on ne peut pas le faire pour entrer en politique? C’est drôle, mais si Léo Bureau-Blouin disait qu’il veut étudier à temps plein en même temps qu’être député, je dirais qu’il ne prend au sérieux ni ses études, ni son nouveau job (s’il est élu).

L’université n’est pas une condition nécessaire pour faire de la politique. Si Léo n’avait jamais son diplôme, ça ne me ferait pas un pli. Parce que c’est la personne que je juge quand je vote, pas sa formation ni son travail. Ça me donne une indication, mais ce n’est pas tout. Et comment devenir une personne adulte? On dit que les voyages forment la jeunesse. Les études aussi, à mon avis. Mais il ne faudrait pas oublier que ce qu’on a vécu également change une personne.

Si je ne peux voir les résultats de ses devoirs, je me rappelle de ses actions. Et j’ai vu ce gars garder son calme pendant quatre mois de conflit. Je l’ai vu tenter de proposer des solutions. Pendant les négociations, en direct à la télévision, je l’ai vu dire aux manifestants bloqués aux portes de l’édifice sur René-Lévesque qu’il allait tenter de faire quelque chose pour les sortir de là, pour ne pas qu’ils se fassent arrêter un par un, pour leur permettre de quitter la scène. Il aurait pu partir sans un regard en arrière. Mais non, il s’est arrêté. Dans ses yeux, on pouvait lire quelque chose comme : « J’ai tellement peu de pouvoir… Mais avec le peu que j’ai, je vais essayer de faire de quoi… »

Moi, je mets mon petit crochet dans un rond blanc. C’est mon implication.

Lui, il se place devant le public et il se défend de toutes sortes d’attaques. C’est son implication.

Ma place est probablement beaucoup plus confortable que la sienne. Alors je le félicite et je suis bien contente qu’il ose. Parce qu’il est rafraîchissant, il est responsable et il est jeune, ce qui veut dire que personne n’a encore eu le temps de lui construire une maison en échange d’enveloppes brunes.

Et puis, pour ne rien gâcher, il porte le nom de mon fils, Léo.

Sous des airs doux et gentils, ce sont des lions capables de détermination et de courage. J’en sais quelque chose.

Commentaires

commentaires

Vous aimerez aussi :

2 thoughts on “Léo le lion

  1. maman et papa

    Bravo pour ce billet! On est très fière de notre fille! Très bien pensé et bien écrit… Félicitations!

Laisser un commentaire