Retour sur le Festif de Baie-Saint-Paul

Bien que le centre-ville de Baie-St-Paul soit toujours joli et invitant, il l’était encore plus la fin de semaine dernière, car il battait au rythme de la troisième édition du Festif, un festival, classé 5ième meilleur « petit festival » par la Presse cette année, où les arts de la rue et la musique s’entremêlent au grand plaisir des touristes et des gens de la place qui ont pu, pour une première fois  cette année, en profiter davantage puisque tout se déroulait dans un rayon géographique concentré en plein cœur du centre-ville de Baie-St-Paul; entre les galeries d’arts, les restaurants et leurs terrasses, les bars et le paysage propres à la ville des gens qu’on surnomme « les Loups » et qui ont donné naissance, il y a plus de 25 ans, au fameux Cirque du Soleil. (photos 1 et 2)

Après avoir reçu, entre autres,  les Cowboys Fringuants (2010) et Robert Charlebois et les Trois Accords (2011), le Festif jouait le tout pour le tout cette année en déménageant au centre-ville et en augmentant encore le nombre de grosses pointures à se présenter sur sa nouvelle scène.  Cette année, c’était à Bernard Adamus, Vincent Vallières, Plume Latraverse et la Bottine Souriante que le comité organisateur, composé de 5 jeunes de la région, avait confié le mandat de rassembler et de divertir les quelques milliers (on parle d’environ 10 000) de spectateurs réunis sur le site enchanteur propre à l’architecture mi urbaine – mi villageoise de la ville hôte qui voyait son centre-ville prendre des allures de Grande Allée deux soirs consécutifs. (photo 3)

Par le biais de cet article, je tenterai donc de vous résumer ce que j’ai pu voir, entendre et ressentir lors de mon  séjour sur place, le tout accompagné de photos prises par Francis Gagnon et en m’excusant à l’avance de ne pas avoir eu le temps de tout couvrir.

LE FESTIF

La grande vedette de ce festival, c’est le festival lui-même.  Habitant dans la région de Charlevoix, j’ai la chance de pouvoir suivre, de plus ou moins près, via les médias traditionnels et sociaux (que le jeune comité organisateur utilise d’ailleurs très bien), les efforts et le déploiement humain qui accompagnent la mise sur pied d’un tel festival et j’ai l’impression que c’est fait dans les règles de l’art, mais avec un grand « A ».  Site enchanteur, programmation rassembleuse, horaires respectés, originalité dans les « à côtés », bénévoles souriants, etc., tout semblait avoir été bien planifié pour faire de cette édition une réussite.  Même le soleil n’avait pas vraiment le choix de se pointer, chose qu’il a faite toute la fin de semaine.

LES SPECTACLES

Vendredi soir

C’est au jeune groupe local les Inclassables, gagnant de Secondaire en spectacle, que revenait l’honneur de donner le coup d’envoi aux festivités.  Malheureusement, je n’étais pas encore arrivé, trop occupé à savourer une bière au St-Pub, autre joyau de Baie-St-Paul.

Par la suite, le Saguenéen Philippe Brach, qui s’était taillé une place de choix dans la programmation en remportant le prix d’un concours organisé par le Festif cet hiver, venait présenter un aperçu de son univers au public qui commençait à arriver et qui, en raison dudit concours, semblait déjà reconnaître quelques chansons de Brach. (photo 4)

À l’aise sur scène, armé de sa guitare et entouré de ses deux comparses, il a livré une performance qui cadrait bien avec l’ambiance et la température.  On a donc pu avoir un bon aperçu de son univers où le rock, le reggae et la chanson se marient à  des textes souvent très imagés qu’il nous livre avec assurance et avec une présence sur scène propre à plusieurs artistes, c’est-à-dire avec une attitude où on sent l’artiste soit confiant; soit blasé.

Une des forces de Brach  réside dans le fait que son genre, autant personnel que musical, est difficile à définir.  Autour de moi, les gens disaient reconnaître en lui une sorte de Dédé Fortin, ce que je peux approuver en partie, mais qui ne le définit pas en entier.  L’ayant déjà vu à quelques reprises et ayant son dernier EP en ma possession, j’ai pu reconnaître quelques-unes de ses chansons et apprécier les nouvelles, dont, tout spécialement, celle où il était question de Stephen HarperBrach + soleil + vendredi soir = ça partait bien.

Autre belle initiative du Festif: la façon originale de meubler les intermèdes.  Entre la prestation de Brach et d’Adamus, la foule a été prise d’assaut par Latourelle Orkestra et par trois Gargouilles sur échasses qui ont su, l’un avec sa musique festive de proximité; l’autre avec son côté « cirque », nous divertir en attendant le grand Bernard. (photos 5 et 6)

L’arrivée de Bernard Adamus concordait avec celle d’un bon nombre de festivaliers.  Je dois tout de suite avouer avoir déjà assisté à de meilleures prestations de lui.  Il fut d’abord incommodé par quelques problèmes techniques auxquels il s’est d’ailleurs attribué le tort, ce qui a tout de même fait en sorte que le show a tardé avant de prendre son envol.  Il nous a également informés que son nouvel album allait paraître le 26 septembre et que son nouveau show commencerait à tourner dans une semaine, ce qui m’a déçu, car ça signifiait qu’il allait encore nous offrir la même formule qui marche, mais qui semble s’essouffler avec le temps pour ceux qui le suivent depuis un bon bout et qui ont hâte d’entendre ses nouvelles compositions.

Entre Adamus et Vallières, l’attention de la foule a été captivée par la prestation haute en couleur de Kilimbo, un collectif de percussionnistes qui s’était compacté sur les marches de l’escalier extérieur de la petite école adjacente à la scène.  Avec la lumière qui les éclairait, l’ambiance qui se réchauffait et l’esthétisme apporté par le décor de la prestation, on oubliait qu’on attendait Vallières. (photo 8)

Entre Adamus et Vallières, l’attention de la foule a été captivée par la prestation haute en couleur de Kilimbo, un collectif de percussionnistes qui s’était compacté sur les marches de l’escalier extérieur de la petite école adjacente à la scène.  Avec la lumière qui les éclairait, l’ambiance qui se réchauffait et l’esthétisme apporté par le décor de la prestation, on oubliait qu’on attendait Vallières. (photo 8)

Autour de 21h30, c’était autour de Vincent Vallières, que les festivaliers sondés l’an dernier réclamaient ardemment, de fouler les planches de la scène du Festif.  Conquis d’avance, le public, très hétérogène, a semblé apprécier la prestation honnête donné par Vallières et ses complices.

Rodé au quart de tour, axé davantage sur la musique que sur les mises en contexte, que Vallières réussissaient pourtant si bien, et quelque peu confortable au sens de pas risqué , le show de Vallières a semblé trouver une réponse positive dans l’œil des gens qui s’étaient déplacés pour le voir.  Présentant des pièces tirées de ses trois derniers albums, on a pu (ré) entendre tous ses succès récents que la foule chantait souvent en chœur avec lui.  Si le son n’était pas parfait, la bande à Vallières aura tout de même su assurer en y allant même à l’occasion de bonnes doses de rock bien senties qui nous auront permis de constater que la chimie opère entre les quatre musiciens de longue date. (photos 9 et 10)

En l’écoutant et en voyant à quel point il semblait faire l’unanimité, au sens où les filles de tous les âges semblent le trouver charmant et au sens où plusieurs hommes apprécient aussi la musique et la personnalité du jeune Sherbrookois, j’ai allumé que Vallières, c’était un peu le Richard Séguin de ma génération.  Après avoir constaté ça, j’étais heureux et la foule aussi, car en rappel, il a encore gagné des points auprès de la gente féminine avec On va s’aimer encore.

Première soirée réussie, et ce, surtout pour ceux qui découvraient ou ne voyaient pas souvent ces artistes en show.  Autre bon point : la vente de produits Molson facilite quelque peu la modération !  Je m’ennuyais de la Dominus Vobiscum bue en après-midi.  Mais ça…

Et pour les oiseaux de nuits, appelés aussi « les gens qui n’ont pas de jeunes enfants », plusieurs bars des environs s’étaient métamorphosés pour que la soirée se poursuive sur les terrasses et autres établissements de boisson : musique des années 80 au Père Narcisse, musique de l’heure à l’Orange Bistro, Latourelle Orkestra et son trad énergique inspiré d’Europe de l’Est à la Gogol Bordello, Emir Kusturica et The Farmers Market au Mouton Noir, plus le spectacle de Saranrape (groupe local qui donne dans le stoner pesant) au Cœur de Loup; on se croyait dans une grande ville et c’était chouette de voir autant d’ambiance par ici. (photos 11 et 12)

Samedi

Autre indice que le Festif a attiré du monde : nous avons été pris, comme plusieurs, dans le trafic en tentant, en pleine heure de dîner, d’entrer dans la Baie de St-Paul samedi, ce qui est plutôt rare dans la région.

C’est en famille que nous avons flâné en plein centre-ville pour cette 2ième journée.  Enfants et parents ne savaient plus où donner de la tête et des yeux et pourtant, nous n’avons pas tout vu.

D’un côté, il y avait une exposition de vélos de toutes sortes tenue par un sympathique monsieur qui se promenait sur son vélo géant ou nous partageait sa passion.  J’en ai profité un moment pour m’égratigner l’entrejambe en tentant de faire de l’uni-cycle, mais en vain.  (photos 13 et 14)

Pendant ce temps, blonde et enfants étaient aux premières loges pour la sympathique prestation de David Fiset -espèce de mélange de clown, d’humoriste, d’acrobate, de jongleur – qui a su divertir jeunes et moins jeunes, hommes et moins hommes, douchebags et artistes… (photos 15 et 16)

Sur notre chemin, nous avons également eu la chance de recroiser Latourelle Orkestra, les Gargouilles malcommodes et la formation Kilombo qui, en battant le rythme avec de tels sourires, semblait presque avoir le don d’arrêter le temps.

Pendant notre escapade contemplative, nous avons également pu assister à la fin du numéro donné par le duo Circo Comedia qui avait réuni une foule considérable autour de leur prestation scénique assez étrange : imaginez les Denis Drolet faire un numéro d’acrobaties avec des éléments de jonglerie, des prouesses à vélo, des solos de batterie, des moments presque dignes des Jackass et des éléments de haute voltige et vous aurez une petite idée de ce à quoi ressemblait leur prestation.  Moi, trop « mémére », j’avais tellement peur qu’il tombe, qu’il se tue et qu’il traumatise les enfants que je préférais regarder ailleurs.  (photos 17-18)

C’est justement là que j’ai remarqué la formation Damn The Luck qui y allait d’airs country/bluegrass un peu à la sauce Old Crow Medicine Show.  J’ai remarqué qu’ils étaient francophones lorsqu’ils ont remercié mon garçon, Charlie, qui venait de lancer un 2$ dans leur étui de guitare.  Parlant de Charlie…

Durant le Festif, j’ai croisé à plusieurs reprises un jeune homme déguisé en Où est Charlie.  C’est en jetant un œil aux photos de Francis Gagnon que j’ai réalisé que ce Charlie était, en fait, Jonathan Chagnon, un des artistes de rue que j’aurais pu et que j’aurais aimé rencontré.  Quand je vous dis qu’on ne savait plus où donner de la tête et des oreilles…  J’en ai donc manqué quelques-uns. (photos 19-20)

En soirée, je suis arrivé juste après la prestation du groupe local Les viandes froides que j’espère avoir l’occasion de voir ailleurs, car, tout comme Philippe Brach, il avait réussi à se tailler une place de choix sur la scène du Festif grâce au concours qui avait eu lieu cet hiver.

J’étais heureux de (re)voir Plume et ses mauvais compagnons.  Pour moi, Plume est un grand de la chanson d’ici, à classer avec Felix, Leloup, Desjardins, Dédé, etc.  Mais bien que j’aime son œuvre en général, j’avais un peu peur d’être déçu…  Avant le Festif, j’avais vu Plume sur scène à 4 reprises : 3 fois dans des grands festivals ou sur des grandes scènes lors de spectacles gratuits et une fois à St-Siméon, dans le cadre de la Chanteaufête (un autre bon festival de la région), où il présentait, de façon intime, ses chansons nouvelles et/ou plus obscures.  De ces deux styles de prestations, je préférais de loin l’aspect intime du Plume qui nous parle et qui gratte sa guitare juste pour nous avec ses mots, sa voix et son regard dur.

Bien entendu, il nous a livré son show « de festival » avec tout ce que ça implique de medleys et de classiques.  En fait, Plume a choisi, comme Leloup le fait ces jours-ci, d’y aller prudemment afin d’être certain de plaire à ses fans les plus généraux et il a probablement bien fait, car la foule était réceptive et semblait justement très satisfaite d’entendre Bobépine, El Nino, Léon le Caméléon et autres grands classique de la chanson québécoise. (photos 21-22)

Qui étais-je donc pour bouder de ne pas entendre Dans la Piaule de Louis, Anecdotes ou 1837 ?

Une fois ce constat fait, j’ai remarqué que Plume détenait encore cette assurance et cette voix forte qui participent à  sa marque de commerce.  J’ai également réalisé à quel point il était intéressant de voir qu’un iconoclaste en son genre a pu, sans le soutien des radios, toucher autant de gens.  Ça m’a réconcilié un peu avec la vie…

Bien entendu, ses Mauvais Compagnons tiennent eux aussi encore la route et ses textes me semblent vieillir un peu mieux que sa musique par moment, car ses hits sont souvent issus du même moule : un blues pesant, légèrement soft rock et des paroles trash.  C’est justement pourquoi j’aime entendre le reste de son œuvre, ça nous transporte ailleurs que dans le « mood » années 80-90 avec ce que ça implique comme solos de guitare pas toujours jouissifs.

Ceci étant dit, être l’organisateur en chef d’un festival, je serais tout de même très satisfait que Plume donne le spectacle qu’il a donné samedi dernier à Baie-St-Paul.

J’ai eu le temps de boire un Pepsi avant que la Bottine Souriante vienne clore les activités sur la grande scène du Festif.  C’était la deuxième fois que je voyais la formation traditionnelle la plus populaire et la plus lucrative du Québec.  La dernière fois, c’était du temps où Yves Lambert, Michel Bordeleau et André Brunet en faisaient encore partie.  Comme plusieurs, je ne connaissais donc aucun visage de cette nouvelle et jeune mouture de la Bottine qui, et c’est une question de goûts purement personnelle, laisse peut-être un peu trop de place aux cuivres.  En revanche, la frêle et dynamique danseuse apporte de l’énergie à la bande, à son très grand répertoire et au talent que possèdent ses membres. (photos 23-24)

Peu importe la prestation que la formation allait livrer, je devais quitter vers 22h30.  J’ai donc eu le temps de voir seulement environ 30-45 minutes de ce spectacle qui semblait bien parti et plaire au public légèrement plus âgé que la veille.  En retournant chez moi, je me disais que, sachant que la Bottine nous représente un peu partout à travers le monde, les gens à l’étranger devaient avoir une image assez joyeuse du Québec.  Ça aussi, ça m’a réconcilié avec la vie!

Sans jouer la carte du chauvinisme, puisque je ne suis Charlevoisien que par adoption, je crois que cette édition du Festif en est une qui confirme que ce jeune festival méritait bel et bien sa cinquième place dans le palmarès des 10 meilleurs petits festivals de la province.  En constante évolution, campé sur un trésor géographique incomparable et mené avec passion, je ne peux que souhaiter une longue et belle vie au Festif. (photo 25)

 

 

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