LA CHANTEAUFÊTE DE CHARLEVOIX

St-Siméon vibrait au rythme de la 12ième édition du festival la Chanteaufête cette semaine, et ce, malgré la température maussade qui nous avait oubliés une bonne partie de l’été.

Pour les gens de la place, la Chanteaufête est un événement connu et reconnu grâce, entre autres, au travail de l’équipe de Dominic Marier, directeur général et artistique de ce sympathique festival.

Avec l’arrivée du Cabaretier à l’Isle-aux-Coudres, du Festif de Baie-St-Paul, de la programmation diversifiée du Domaine Forget et du rendez-vous musical proposé par la Chanteaufête, la musique se taille une place de choix dans la belle région de Charlevoix et c’est à nous, gens d’ici et de l’extérieur, d’en profiter.

Pour ceux qui ne connaissent pas la Chanteaufête, je vous dirais qu’il s’agit d’un festival qui réunit, autour de « spectacles-concepts » diversifiés et originaux, des artistes établis et de la relève qui ont la particularité d’aimer la chanson d’expression française chacun à leur manière. Au fil des années, ont donc passé à la Chanteaufête des artistes de renom tels que Michel Rivard, Dan Bigras, Luce Dufault, Lynda Lemay, Damien Robitaille, Vincent Vallières, Dumas, Paul Piché, Daniel Boucher, Marc Déry, Éric Goulet, Antoine Gratton, Yan Perreault, etc.

Nous avons également eu l’impression d’avoir été aux premières loges de l’éclosion des carrières de Lisa Leblanc, Alexandre Belliard, Manuel Gasse, David Marin, Gaële, Karim Ouellet, Misteur Valaire, Jipi Dalpé, Patrice Michaud, Alex Nevsky, etc. Une telle diversité et l’impression, lorsqu’on assiste à ce festival, que les artistes forment une grande famille, font en sorte que les musiciens ont envie de participer à la Chanteaufête de St-Siméon.

Cette année, j’ai assisté à une bonne partie de l’édition. Je tenterai donc de vous en faire un résumé en m’excusant à l’avance auprès des artistes de ne pas avoir eu le temps (ou l’intérêt parfois) de tout couvrir.

JEUDI 9 AOÛT

J’ai assisté au concept « Proposés par Yves Lambert », un spectacle où l’ex-leader de la Bottine Souriante voyait différents artistes de la cuvée 2012 interpréter des chansons francophones qu’il chérif particulièrement. On a donc vu Pierre Flynn reprendre Aznavour (la Mamma), Sunny Duval et Francis d’Octobre reprendre Faulkner (Le diable est aux vaches et Cajun de l’an 2000), Geneviève Jodoin chanter Fernand Gignac (Souvenirs d’un vieillard), Dominique Bouffard interpréter Boisson d’Avril de Groovy Aardvark, Charles Dubé s’approprier Bozo les culottes de Raymond Lévesque, Myelle et Luce Bélanger chanter du Vigneault en plus de Juan Sebastian Larobina et Alexandre Poulin qui ont également fait plaisir à Monsieur Lambert à leur façon. Les pièces étaient entrecoupées d’interventions visant à laisser Lambert commenter ses choix et impressions. Puis Isabeau et les chercheurs d’or ont revisité à leur façon 2 pièces du répertoire de Monsieur Lambert. Notons aussi la prestation du jeune violoniste, Henri Roy, qui, âgé d’à peine 7 ans, a soulevé la foule avec la dextérité dont il a fait preuve en jouant, planté devant le grand Lambert, 4 pièces bien senties.

Ensuite, sous un des chapiteaux, avait lieu un des 2 spectacles « Place à la relève », animés par Geneviève Jodoin qu’on connait surtout grâce à Belle et Bum. Elle a donc présenté 3 artistes féminines de la relève. Trois jeunes filles qui ont de très belles voix : Catherine Brunet, Marjorie Fiset et Klô Pellag. Même si les trois possèdent un talent indéniable, je mettrais un petit 2$ sur la présence et l’univers tordus de Klô Pellag qui, je ne serais pas surpris, pourrait voir sa carrière suivre le parcours de Gaële, mettons.

Pendant que Charles Dubé donnait son spectacle, moi, je jasais avec des amis tout en buvant de la Alexander Keith’s.

Vidéo du jeudi : http://www.youtube.com/watch?v=bJpXHywpTxA

VENDREDI 10 AOÛT

Pendant que Marie-Élaine Thibert donnait son show dans la seule salle fermée du site, j’assistais, près du bar, sous un chapiteau, à la prestation acoustique d’Isabeau et les chercheurs d’or, une formation de Québec qui donne dans le folk-country avec la particularité de s’exprimer en français, quitte à traduire ou à s’inspirer de chansons provenant du célèbre Hank William ou de l’excellente et jeune formation Old Crow Medicine Show. Ils nous ont donc balancé, plusieurs fois au cours du festival, des chansons de leur cru et d’autres classiques, dont Les 10 000 façons de tuer un homme de Felix, mais à la sauce Isabeau. Étant friand de ce genre de musique, j’ai apprécié leur énergie et la qualité de leur jeu, particulièrement celui de Marie-Christine Roy, leur violoniste. Ils ont su, chaque soir, réchauffer la foule grâce à leur dynamisme. Bravo!

Vint ensuite le soir #2 de « Place à la relève », entièrement consacré, cette fois, aux talents masculins. Ont donc défilé sur scène Antoine Corriveau, Alexandre Dionne et Alain Comeau. Du lot, c’est Antoine Corriveau qui m’a le plus rejoint; assez pour me procurer son album. Avec son humour un peu noir, ses textes parfois légers; parfois lourds, sa voix traînante et juste et sa musique bien ficelée, il a su, avec cette courte prestation, attirer mon attention. Son univers me fait penser à Cali, mais parfois aussi à Thomas Hellman. Je comprends aussi que lui et Frank et le Cosmos aient pu se ramasser sur la même scène.

Les deux autres nouveaux talents, tous deux originaires du Nouveau-Brunswick, avec leur style « chansonnier », ont tout de même réussi, grâce à leur chansons, mais aussi à leur énergie et à leur côté sympathique, à faire bonne figure. Mention à Alain Comeau qui a réussi, si mon souvenir est bon, à placer les mots suivants dans une chanson : « …le temps est chaud et prometteur ». Ça m’a marqué.

Une fois ce spectacle terminé, nous avions juste le temps de nous déplacer vers un autre chapiteau pour assister au spectacle de Juan Sebastian Larobina. Alliant rythmes latins et musique traditionnelle d’ici et d’ailleurs, le Gaspésien d’adoption a rapidement su mettre le party dans la place grâce à son énergie et à sa capacité à faire danser jeunes et moins jeunes. Sur scène, il y avait lui qui se déhanchait et dans la salle, chacun y allait de son propre style de danse. On a d’ailleurs pu remarquer que, à St-Siméon, les gens connaissent la danse en ligne.

J’ai été étonné par l’aplomb du spectacle offert par Larobina. Manifestement, lui et ses musiciens connectent. D’ailleurs, à la fin du show, j’ai allumé que son guitariste, que j’avais remarqué à cause de son style de jeu précis et complet, était nul autre que Yves Desrosiers, une figure archi importante (et sous-estimée) de la musique, associé entre autres à Jean Leloup, aux débuts des Colocs, à Lhasa, à Mononc’ Serge, etc. Aux différentes guitares et instruments à cordes joués par Larobina s’ajoutait, justement, la guitare électrique de Desrosiers, qui me rappelait celle de Jean-Claude Marsan (Plume) et Marc Ribot (Tom Waits).

Après la prestation colorée de Larobina, c’est Sunny Duval et son rock’n roll énergique qui ont pris la relève. Changeant de registre mais avec autant de dynamisme, le rock de Duval a réussi à captiver une partie de la foule, mais les gens un peu plus âgés qui reconnaissaient bien le style rock de leur jeune temps, semblaient toutefois un peu surpris par ce guitar-heros qui semblait sortir tout droit des années 50. C’était la première fois que je le voyais en solo depuis qu’il a quitté les Breastfeeders et j’ai bien aimé sa présence et son humour. Tout un guitariste!

Vidéo du vendredi : http://www.youtube.com/watch?v=zEZC_drtAJY

SAMEDI 11 AOÛT

En après-midi, en compagnie de toute la famille, je me suis ramassé assis par terre aux premières loges du spectacle traditionnel offert dans la chapelle de Baie-des-Rochers (à 15 minutes de St-Siméon). Outre la présence « internationale » de Yves Lambert, on pouvait compter sur celle de divers talents locaux : le trio de chanteurs Les Arthur à Noël de l’Isle-aux-Coudres, trois accordéonistes de la région (Messieurs Bouchard, Bilodeau et Godin), le conteur Simon Gauthier, l’enfant prodige Henri Roy et Guillaume Savard de la lignée Alphonse Morneau, un monument de la musique chantée de la scène traditionnelle locale. À tour de rôle, ils y sont allés de sympathiques airs traditionnels d’ici et d’ailleurs. S’il y a bien un style de musique démocratique sans artifices et prétention, c’est bien la musique traditionnelle. Un événement à répéter, un franc succès et un concept qui permet le mélange des générations. Coup de cœur pour les Arthur à Noël.

En soirée, après les prestations de France d’Amour et de la bande à Isabeau, c’était au tour des Sœurs Boulay de présenter leur univers. Gagnantes de la dernière édition des Francouvertes, les deux Gaspésiennes ont rapidement réussi à séduire et à prouver que la bonne réputation qui les devance est bien fondée : elles sont non seulement talentueuses, mais elles sont également sympathiques et originales malgré le côté dépouillé et minimaliste de leur musique. Elles doivent donc miser sur leurs voix qui s’unissent naturellement, sur leur jeu de guitare et de ukulélé doux et enveloppant et sur leurs paroles que j’ai trouvées « de notre temps ». Entre leurs chansons, grâce à leur complicité, à leur humour et à leur joie de vive, elles ont également su marquer des points. Ceux qui aiment Lisa LeBlanc et The Be Good Tanyas devraient apprivoiser facilement l’univers des 2 sœurs qui risquent de faire parler d’elles en 2013.

Tout de suite après, c’était autour de Chantal Archambeault de présenter son country-folk accompagnée de seulement 2 musiciens (Placard et Gasse étant occupés ailleurs). À l’aise sur scène et elle aussi fort sympa, elle a donné un show honnête qui aurait peut-être pu lever davantage si, justement, la présence des absents avait pu soutenir l’excellent travail fait par ceux qui l’accompagnaient, mais qui ne réussissaient peut-être pas à remplir assez sa musique pour que chacune de ses chansons se distinguent comme elle le devrait.

Comme dernier spectacle, presque tous les musiciens qui avaient gravité dans cette édition de la Chanteaufête ont eu l’occasion de participer à l’événement « Ma toune d’amour : Dansez! Dansez! », un espèce de pot-pourri retraçant plusieurs « hits » dansants en partant de Michel Louvain, en passant par le yéyé, le disco, le rock, etc. L’énergie était palpable, le show très bien monté et le choix des chansons, judicieux. On pouvait également remarquer la qualité des voix présentes sur scène, spécialement celles des filles qui ont d’ailleurs pris plus de place que les gars. Ça finissait bien la douzième édition de cet unique festival.

Vidéo du samedi : http://www.youtube.com/watch?v=iTkkqgUtM9U

Mes coups de cœur de cette édition:

  • La présence généreuse d’Yves Lambert toute la fin de semaine

  • L’énergie d’Isabeau et les chercheurs d’or

  • La découverte de Klô Pellag et d’Antoine Corriveau

  • Les prestations des Sœurs Boulay et de Juan Sebastian Larobina

  • Le talent indéniable de Pierre Flynn

Fait à noter : j’ai l’impression que la voix de Marie-Pierre Arthur a touché et influencé plusieurs jeunes chanteuses.

Un immense « BRAVO! » à l’équipe de la Chanteaufête qui a su s’ajuster à la météo tout en offrant des spectacles originaux et de qualité où la convivialité régnait. Les 2 house-bands étaient très solides, les horaires étaient respectés, les bénévoles souriants, le site fonctionnel, le son généralement très bon.

Longue vie et merci!

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