Le maire «courageux» qui se disait neutre

Vous dites que vous croyez à la nécessité de la religion ? Soyez sincère !

Vous croyez à la nécessité de la police

Œuvres posthumes, Nietzsche

 

Je m’étais promis de ne plus trop en parler. Si possible, de ne plus dire mot qui vaille. Mais, il exagère encore et nous fait passer pour les derniers des crétins d’eau douce, les ti-counes de service de la périphérie qui vivent à cent lieux des préoccupations et des valeurs actuelles. Mérovingiens d’un autre siècle. Il faut le remettre à sa place une fois de plus. Lui et ses semblables, politichiens anachroniques.

Il nous refait le coup à chaque campagne électorale fédérale ou provinciale. Les journalistes, qui aiment bien le prendre en flagrant délit de déni sur tout mais surtout sur la question des accommodements raisonnables, ont pris l’habitude de lui demander quel parti il appuiera lors de la présente campagne. Ils ne sont pas tout à fait cons ces journalistes de l’intérieur des murs du maire comme de l’extérieur. Ils savent bien que ce maire est vendu au pouvoir en place et qu’il est facile à appâter. Il aime qu’on parle de lui, qu’on lui tende le micro pour qu’il s’exprime, pour qu’il en remette. La vanité ne l’étouffe nullement. Il se fait photographier avec Stephen Harper, Jean Charest, Régis Labeaume plus souvent qu’à son tour. Il échange des vœux avec «les grands de ce monde» la veille de Noël. Les feux de la rampe (petite) politique l’attisent. Il déteste faire affaire avec les députés élus de l’opposition. Il ne cesse de dénigrer ceux qui ne peuvent siéger à la table des décisions. Il l’a dit cent fois. C’est un vendu au pouvoir, à ceux qui donnent des contrats, aux amis du régime. Tout le monde sait ça. Et, il adore faire «le national» comme on dit en langage journalistique. Passé dans les médias montréalais, c’est toute sa vie. À l’extérieur du pays, comme dans l’Osservatore Romano, la consécration. Malheureusement, quand il sort hors des frontières de la région c’est toujours pour se faire piéger sur sa sempiternelle obsession religieuse. C’est ce qui vient d’arriver encore une fois au grand dam de lui-même et de nous-mêmes, ses citoyens, d’abord floués par son esprit borné et son manque de jugement flagrant cette fois-ci.

Quand, lorsqu’une campagne électorale se met en place, il fait semblant de réfléchir, de rester neutre pour ne pas influencer le vote de ses citoyens. Il jure de ne pas se mêler de la question. Mais on sait d’entrée de jeu qu’il a déjà appuyé son candidat préféré – cette fois-ci le libéral Carol Néron – qu’il vient à peine d’aider à se faire battre à la dernière élection fédérale, dans la peau d’un candidat conservateur. La machine du maire – Ghislain Harvey son conseiller non-élu, ami personnel de l’ancien éditorialiste du Quotidien – donne un bon coup de main au candidat libéral. On sait tout ça. Ça se fait dans la discrétion évidemment, derrière des portes closes, avec l’appui des organisateurs libéraux qui encadrent le maire en campagne municipal. Des collecteurs de fonds qu’on retrouve dans le bureau même du ministre Serge Simard. Mais, le maire niera tout ça, évidemment.

Au début de la semaine dernière (13 août) donc, le maire avertit les fonctionnaires municipaux de ne pas se mêler de la campagne électorale en cours, surtout de ne pas utiliser les services et le temps de travail à la ville pour appuyer un candidat plutôt qu’un autre. Il leur somme de rester neutre comme lui… Il les avertit que c’est sérieux et que ce n’est pas honnête de servir deux maîtres à la fois. Lui tout ce qui l’intéresse c’est la bonne santé de sa ville et les subventions des gouvernements en place.

Puis, ses sorties médiatiques commencent. Dans l’autobus de Quebecor/TVA, il accorde une entrevue à Jean Lapierre, «monsieur vulgarisateur politique», pour nier toute rumeur de corruption dans sa ville. Il insiste pour dire que les enveloppes brunes n’ont jamais eu droit de citer dans la région. Lapierre boit ses propos colorés en le laissant aller dans son délire verbal. Comme s’il parlait au nom de tout le monde. Il aurait pu lui demander, par exemple, si Promotion Saguenay n’est pas elle-même une immense enveloppe brune aux mains du maire depuis des années ? Une enveloppe qu’il distribue à ceux qu’il juge être du bon bord de son régime. Mais non, la complicité et le bon voisinage fonctionnent à merveille entre l’Empire PKP et le bon maire coloré.

Le même jour (14 août), on le retrouve encore dans la colonne de l’éditorialiste de droite du Journal de Québec, J. Jacques Samson sous un titre accrocheur, Saguenay : Tremblay prie pour Charest. Dans cet édito-entrevue, Samson laisser couler, là aussi, le délire verbal du maire qui mousse le Plan Nord de Charest et sa propre vision de sa ville libérale …Saguenay a eu des subventions au cours des dernières années sous un régime libéral, comme jamais dans le passé : un milliard pour la route qui traverse la réserve faunique des Laurentides, un beau cadeau, 50 millions pour recevoir les bateaux de croisière, la bibliothèque (encore virtuelle), un nouvel auditorium (recyclé) , le renouvellement de presque toutes les infrastructures sportives…etc. « Sa ville a été épargnée de la crise des carrés rouges… La question linguistique et celle des accommodements raisonnables n’inquiètent pas ses concitoyens, francophones de souche à 99% » de conclure Samson.

Sortie plutôt indiscrète pour un maire qui veut rester neutre pendant la campagne électorale.

Le lendemain matin (15 août), le maire accorde une entrevue à Paul Arcand, le morning man radiophonique montréalais le plus ratoureux au 98,5FM. Il connaît bien son Jean Tremblay qu’il interview aussi souvent que les morning men/women de Chicoutimi. Il tient un filon, les propos de la candidate péquiste dans Trois-Rivières, Djemila Benhabib, sur la présence du crucifix à l’Assemblée nationale. Le maire se déchaîne pour bien marquer son territoire et sort encore une fois quelques répliques d’anthologie. Comme celle-ci, … ce qui me choque, c’est de voir que nous, les mous Canadiens français, on va se faire dicter comment se comporter par une personne qui arrive d’Algérie. On n’est même pas capable de prononcer son nom…(Le Devoir, 16 août).

Le reste déboule par la suite. Tous les médias s’emparent de la réplique xénophobe du maire et en font leur manchette pendant deux-trois jours. Les télé-journaux nous le passent en boucle. Tous les éditorialistes et les chroniqueurs (De Foglia à … Myriam Segal dans le Quotidien, qui elle lui pardonne encore sa déclaration un brin raciste au nom de sa bonne gestion… comme si on pouvait être à moitié raciste) confirment ses propos on ne peut plus racistes et déplacés. Des textes d’opinion suivent, des lettres de lecteurs se bousculent, les médiaux sociaux fulminent. Des manifs se préparent. Le maire triomphe encore sur son socle béni inondé de micros.

Le bon maire naïf en rajoute, refuse de s’excuser, tente d’aller chercher des appuis auprès de ses incontournables supporters. Lesquels ? À part la radio poubelle qui l’a déjà financé pour la prière, ses proches amis de Trois-Rivières, le maire en tête qui ne voulait rien savoir de la candidate péquiste «parachutée» dans sa ville aussi canadienne-française «catholique» que Chicoutimi, les communautés charismatiques qui ont aussi contribué à la campagne du maire Tremblay pour la prière à l’hôtel de ville, ses amis libéraux de l’intérieur, le ministre Serge Simard (ancien conseiller du maire) qui salue «son courage», Carol Néron qui tente encore d’aller chercher les électeurs du magistrat populaire, la majorité silencieuse saguenéenne qui le trouve toujours coloré – lui, il met ses culottes – parce qu’il occupe les médias et TVA, et Jean Charest qui n’ose le dénoncer malgré ses propos racistes, sachant fort bien qu’il lui apporte encore des votes dans la région anti-carré rouge en défendant des valeurs d’une autre époque. Et bien sûr ses dix-neuf (19) conseillers municipaux restés muets une fois de plus.

Dénoncé par la majorité des politiciens, des candidats en campagne électorale, par les éditorialistes de toutes les tendances, consacré maire aux propos racistes, Jean Tremblay vient de franchir une étape de plus dans son délire religieux sans lendemain. Sans trop le vouloir, il vient de mettre la table pour la prochaine campagne électorale municipale. La seule question qu’on est en droit de se poser est la suivante : veut-on réélire un maire raciste qui – selon certains éditorialistes locaux – gère tout de même bien sa ville et continue de plaire à sa majorité silencieuse ?

Décidément, le maire de Saguenay aurait dû prolonger ses vacances au lieu de s’immiscer une fois de plus dans une campagne électorale qui ne le concernait que par la bande. Au lieu de prêter main-forte à ses amis libéraux, il vient de leur lancer un régime de bananes sous leurs souliers vernis. Jean Tremblay doit se sentir bien seul sur son prie-Dieu, les genoux de plus en plus tuméfiés, rabroué même par l’Assemblée des évêques du Québec. Prions pour qu’il apostasie et qu’il fuit dans le désert.

Pierre Demers, poète rouge d’Arvida

Commentaires

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6 thoughts on “Le maire «courageux» qui se disait neutre

  1. Magnifique texte qui me rassure un peu. Il y a tellement de faits que je ne savais pas là-dedans que ça fait du bien à lire.

    1. Jean-Pierre Bouchard

      En effet.

  2. Pierre, tu te dépasses. Le maire t’inspire ton plus beau pamphlet.

    1. Jean-Pierre Bouchard

      Ce dinosaure réactionnaire, tendancieux, démagogue et borné ainsi que sa gagne d’esclaves apeurés sont une honte pour une région par ailleurs progressiste et ouverte à la différence, aux arts, à la culture, à la science et à l’intelligence. Les propos béotiens choisis par la radio poubelle lors d’un micro-trorroir et diffusés partout ne représentent aucunement l’opinion de nos concitoyens.
      Merci Pierre.

  3. Claude St-Pierre

    Moi ce qui m’intrigue toujours, c’est ce qui se passe (ou ne se passe pas?) à Saguenay entre deux élections. Quelle alternative, qui et comment des gens travaillent à lui faire débarrasser le plancher?

  4. Gilles Harvey

    Encore un très bon texte. Le maire de Saguenay me fait tellement honte. Même si se suis en exil volontaire. Il reste que j’ai toujours fière de ma région natale.

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