Lettre d’un citoyen aux élus de Saguenay

Lettre d’un citoyen aux élus de Saguenay

Ville de Saguenay, mardi le 21 août 2012-08-20

 

Mesdames et Messieurs les conseillers, Citoyens de Saguenay et du Québec, Monsieur le maire de Ville Saguenay,

Lorsque je suis entré ici tout à l’heure un souvenir a resurgi en moi. Je me suis souvenu de la toute première fois où j’ai mis les pieds ici, dans ce haut lieu de notre ville (l’Hôtel de Ville de l’arrondissement de Chicoutimi). Je devais être en quatrième année, je fréquentais l’école Saint-Denis dans le quartier de Rivière du Moulin. L’ensemble de ma classe s’était déplacé ici afin de rencontrer le maire d’alors et son conseil municipal. Cette rencontre avait pour but de prendre conscience du rôle qui était attribué à la fonction de maire d’une municipalité et de son conseil municipal. Je me rappelle très bien que ce maire d’alors avait dit que, bien sûr, le maire d’une ville gérait les finances de cette dernière, assurait le bon fonctionnement de la Ville, mais aussi, et surtout, que le premier magistrat était le porte-parole de ses citoyens. Impressionné par une telle tâche, j’ai été le premier élève à lever ma main lors de la période de questions afin de demander à cet homme, qui parlait en notre nom à tous, un autographe. J’étais impressionné par une telle responsabilité.

Avec le temps, avec les années et particulièrement depuis les deux dernières, mon enthousiasme et ma naïveté se sont amoindris. Cependant, cet enthousiasme et cette naïveté ne se sont jamais autant fait massacrer que la semaine dernière.

Je me suis pourtant réjoui comme bien d’autres, à la veille de mes désillusions, lorsque mon maire, Monsieur Tremblay, affirmait sur les ondes d’une de nos antennes régionales, ne pas vouloir se mêler de la campagne électorale provinciale. Disant aussi que les électeurs étaient assez intelligents pour voter par eux-mêmes sans qu’il n’ait besoin de les orienter vers un choix ou l’autre. Pourtant, le lendemain même, Monsieur le maire Tremblay ne put s’empêcher de prendre part à cette campagne, et ce, de manière inacceptable et honteuse pour l’ensemble des gens qu’il est censé représenter.

Sur une question portant sur une charte de la laïcité, Monsieur le maire s’est ouvertement opposé en utilisant comme arguments, le fait que cette charte était proposée par une personne venant d’Algérie dont il était incapable de prononcer le nom.

Comment peut-on discréditer une personne de par le fait qu’elle n’est pas née ici, sur le sol québécois? Comment peut-on, Mesdames et Messieurs, juger une personne par le simple fait de notre incapacité à prononcer son nom? Comment peut-on tolérer autant de xénophobie et d’intolérance de la part de nos élus? De ceux que nous avons mandatés afin de parler en notre nom sur la scène régionale, provinciale, nationale, voire mondiale? Je trouve inquiétant que par son seul désir d’attirer les projecteurs sur lui, par simple besoin de capital politique au profit de lui-même et de quelques amis qui briguent également des postes d’autorité dans notre communauté, Monsieur Tremblay ait pu tenir de tels propos en sa qualité de maire. Car ne nous laissons pas abuser, c’est bel et bien en sa qualité de maire de Ville Saguenay que, Monsieur Tremblay s’est vu interpellé la semaine dernière. Est-ce réellement l’image, l’opinion des citoyens de cette ville? J’ai la conviction très profonde que non. Je l’ai déjà dit devant ce conseil, obtenir le mandat de maire d’une ville n’est pas une permission à tout dire!

Monsieur Tremblay disait également, lors de son entrevue, qu’il était incapable de mettre de côté ses convictions personnelles lors de l’exercice de ses fonctions. Pourtant, c’est la maturité et la sagesse que l’on attend de quelqu’un qui se sent capable d’exercer un tel poste. Sinon, comment peut-il parler en notre nom à tous? Au nom de tous les citoyens? Si Monsieur Tremblay est incapable d’un tel exercice, c’est peut-être qu’il n’a pas les compétences requises à la fonction qu’il occupe.

Combien d’autres citoyens du Québec qui, comme Madame BENHABIB, possèdent un nom à consonance étrangère, n’ont pas le droit d’opinion et d’expression selon Monsieur Tremblay? Combien d’autres Québécois qui, comme Madame BENHABIB, sont nés hors de nos frontières n’ont pas le droit de proposer un projet de société? Est-ce que les SAVINSKY, les CHARRAK, les MATAWASHISH, les NABAWY, les NGUYEN, les NTETU, les AGBAZE, les AL-CHADDAD; est-ce que les ALAYOUBI, les ALVAREZ, les ANSARI, les ARROYO, les AZIZ et les AZZOUZ ont le droit de parole dans cette ville? Est-ce que tous ces gens ayant un patronyme à consonance étrangère ont le droit de venir proposer des projets de société à cette ville selon notre maire et son conseil? Il serait impératif de le savoir puisque, n’en déplaise à Monsieur le maire de Saguenay, tous ces patronymes ont adresse dans cette municipalité. Vous n’avez qu’à ouvrir votre bottin téléphonique pour pratiquer votre prononciation.

Que dites-vous, Monsieur le maire, Mesdames et Messieurs du conseil, aux centaines d’étudiants internationaux qui fréquentent notre institution universitaire chaque trimestre? Ces gens qui ont choisi notre ville, notre région plutôt qu’une autre? Est-ce réellement ce message d’incompréhension de l’autre, d’intolérance et d’étroitesse d’esprit que nous voulons leur transmettre?

On m’a éduqué dans l’idée que les gens de cette région étaient des gens accueillants et sympathiques. Malheureusement, depuis une semaine c’est une étiquette d’intolérance, de fermeture, de xénophobie voire même de racisme qui nous colle à la peau, qui entache le nom de cette ville et la crédibilité de ses élus.

Si j’ai décidé de prendre la parole devant vous aujourd’hui, si j’ai invité la population à me joindre, c’est parce que j’ai le désir profond de dénoncer les propos inacceptables de l’actuel maire de Saguenay, Monsieur Jean Tremblay. Il est faux de croire qu’un tel individu en raison de sa fonction tiendra, en mon nom et au nom de mes concitoyens, des propos si odieux et rétrogrades.

Je voudrais rappeler à mes concitoyens que nous ne sommes pas à l’image de notre maire. Je voudrais dire au Québec en entier de ne pas nous juger aux seuls propos de cet homme. Je voudrais dire à ceux qui ont choisit le Québec comme terre d’accueil et particulièrement à ceux qui ont choisit de vivre dans notre région que nous ne sommes, et cela j’en ai la conviction aveugle, à la hauteur de notre réputation d’accueil, de tolérance et de curiosité envers l’autre. J’ai la certitude que c’est tous ensemble que l’on peut bâtir la société québécoise de demain, où chacun des citoyens pourra se reconnaître dans l’autre.

Je terminerai mon cri du cœur en demandant à ce conseil, à chacun de ses élu(e)s, s’ils sont prêts à représenter la véritable voix de leurs électeurs en se dissociant et surtout en dénonçant, ce soir même, devant cette assemblée, les propos d’intolérance et d’incompréhension; les propos xénophobes de notre maire Monsieur Jean Tremblay. Mesdames, Messieurs du conseil, chers élu(e)s; les dénoncez-vous?

 

Jonathan Skeene-Parent

Citoyen de Ville Saguenay

Arrondissement Chicoutimi

 

Commentaires

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2 thoughts on “Lettre d’un citoyen aux élus de Saguenay

  1. Excellente lettre pour dénoncer une situation qui n’a pas de bon sens. Ne pas s’excuser de propos aussi absurdes: mais quel ego il a, ce maire!

    Excuse-moi Jonathan, mais j’ai un peu de mal avec ton deuxième nom de famille. Tu le prononces « pa-ren » ou « pa-ren-t » ou « par-ent »? 😉

  2. Bruno Marceau

    Merci pour tes initiatives. Je crois que la pétition demeure un atout important. Il faut la faire circuler ! Plusieurs personnes manquaient à l’appel.

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