– OUI et ça devient cynique –

– OUI et ça devient cynique –

En bande-annonce d’un drame d’horreur dont la sortie en salle est prévue le 4 septembre, le Directeur général des élections du Québec nous met en garde contre la menace qui assiège la cité.

« Dans un contexte où le cynisme et le désintéressement gagnent chaque jour des adeptes, on peut craindre qu’à ce rythme, la démocratie, notre démocratie, ne puisse jamais se relever et disparaisse ».

On peut trembler. Les exhalations de ces morts-vivants électoraux sont contagieuses et les cyniques traînent dans leur sillon des colonnes d’infectés assoiffés de veulerie, pianotant hébétés à leurs écrans tactiles en grognant quelque excuse nauséeuse à leurs comportements palots.

Le reductio ad cynicum est pratiqué avec un zèle qui n’a rien à envier à celui des asiatiques des cauchemars caquistes. Jean-François Lisée, même, envisage l’élection comme « un référendum sur le cynisme ».

Les cyniques contre lesquels le presque-ministre oppose un plébiscite ne sont ni les disciples de Diogène ni les camarades de Serge Grenier. Ce coup-ci, les cyniques, ce sont les filous de l’asphalte, les extras meat-balls du souper-spaghetti, la protection en garderie, les entrées de cour de trois cent miles sur le bras, les aficionados du yacht bunga-bunga, les lacrymos législatives, en somme, le pouvoir vicié du moment – celui-là même que Lisée et les autres convoitent.

Quand les peddlers de la bonne conscience prête-à-tweeter cherchent à poser leurs idées reçues, le dos en piste d’atterrissage du cynique est un perchoir de choix. Son spectre sinistre siéra tantôt au guérillero urbain, tantôt au candidedat rhino, tantôt au tordu qui s’enfile une élection pour s’éviter la commission d’enquête, le malade qui table sur la terreur qu’inspirent les citoyens assemblés en invoquant la démocratie.

Avec un peu de souplesse, on dira que Pierre « vite retourné » Duchesne et que Léo « j’me magasine un comté » Bureau-Blouin sont d’affreux cyniques, que l’opportunisme fielleux du péquiste décomplexé Legault et de ses démagos glanés aux rebuts de Mario Dépôt sont en eux-mêmes un prodigieux monument de cynisme, qu’à Sagard Charlebois, Bouchard, Bush et Charest ont le cynisme bling-bling, qu’un coup parti les cônes oranges sont cyniques et que ça méritent un édito commun à La Presse et The Gazette (mais pas la collusion par exemple), que C-Nik ça fait rappeur douchebag à Blainville.

Et quand le bon peuple est appelé aux urnes, les phares de la neutralité, les nuls-en-chef, les Derome, les DGE, qui n’auraient jamais osé un raclement de gorge pour ABC Rive-Nord, un soupir pour Anticosti, n’hésitent plus à fouetter les cyniques, car ces saprophages sont à ce point apathiques qu’il faut d’urgence les inoculer d’un élixir de volonté, prescrit par la télé naturellement.

Bien sûr, le bout de la démocratie où l’on magasine un parti à son programme mais qu’après il est pas obligé de le suivre irrite, mais ces vétilles ne sont rien en comparaison à la marge fangeuse où se vautrent les éternels répartis de Léger Marketing, Styx sulfureux qui érode la steppe verdoyante des Communes.

Et si, à observer l’abîme au fond de leur airs hagards, le désespoir nous tenaille et qu’il est tentant de renoncer à sevrer les cyniques du laudanum rhétorique méprisant qui les confine aux pissoirs de l’Agora et de déclarer que ces malsonnants n’ont qu’à rester effoirés sur leur cul, la révérence têtue des partis politiques pour les traditions parlementaires commande le respect.

C’est pour le salut de la civilisation même que nous louons la ténacité des partisans, eux qui n’entendent pas mieux qu’à phagocyter ces hardes cyniques égarées et les initier au pouvoir libérateur du vote. Ils ont bien retenu que, pour le maintien d’une démocratie en proie à l’inanité, le gavage de popularité suffit et qu’on ne se formalise pas de la provenance.

Accurso, Jean Tremblay, casseurs, pourvu que ça vote. Et à ce titre, même les Deep Horizon humains du cynisme demeurent citoyens, des voix dénombrables, de pauvres brebis débauchées qui méritent leur croix.

En chœur, bons soldats de Westminster, entonnons l’hymne de la résistance au cynisme : « rétablir la confiance des électeurs ».

Le lecteur attentif aura noté, ici, qu’une gouverne dont la confiance est rompue flaire le contrat social moribond et qu’au fur et à mesure que s’exposent les magouilles qui suppurent de ses officines, on se dit que c’est pas con de se méfier.

Or, l’heure est trop grave pour se risquer à gambader sur le terrain glissant de Rousseau et d’ailleurs, si pour le salut du bien commun nous sommes prêts à solliciter jusqu’à l’appui de ces infréquentables cyniques, si ces malheureux refusent de coopérer, il est entendu que notre magnanimité s’arrêtera là.

Ceux qui ne votent pas n’ont pas le droit de chialer, car la liberté de parole provient des chartes et, qu’en l’occurrence, elle ne s’étend qu’à ceux qui se joignent à l’effort pour perpétuer l’autorité qui les a proclamées.

Quoi qu’en dise Jean-François Lisée, une élection législative n’est pas un référendum, mais, à la défense du beau-parleur, dans le contexte où les seuls choix impartis aux sujets consistent à reconduire des gangsters au pouvoir ou jeter son dévolu sur n’importe qui aura l’avantage de ne pas être eux, il était facile de se méprendre.

L’idée est en soi sympathique. Débarrassez-moi de ces salauds : oui ou non. Pas de tataouinage. On devrait en tenir sur une base permanente. Imaginez le beau concept télé-poubelle: chaque semaine deux ministres sont soumis au ballotage. Avec ça la réputation de la classe politique serait tranquille.

Comme tout référendum péquiste cependant, celui sur le cynisme attendra sans doute que soient réunies les Calendes grecques gagnantes. Dans l’intervalle on demande au cynique de rentrer prestement dans le rang du vote.

Vote stratégique, vote pour le moins pire, vote contre, vote de protestation, vote parce que c’est un devoir, vote parce qu’après le référendum on aura le loisir de débattre de la gauche et de la droite, vote en blanc au minimum et maintenant vote pour sauver la démocratie. Qui osera dire qu’on n’a pas le choix?

Signe que le bon vieux temps des Bleus pis des Rouges nous manque en sacrament, deux formations politiques qu’on est même pas capable de prononcer le nom ont l’outrecuidance de proposer l’adoption d’une constitution du Québec ratifiée par la population, ce qui, en clair, signifie que ces traîtres veulent – hum, hum – faire disparaître noooootre démocratie et –  bouh! – la remplacer par quelque chose qu’on aura choisi.

Or voter pour ceux-là, c’est voter pour [inscrire le nom de votre pire adversaire politique ici] et, en l’occurrence, vous savez ce qu’il vous reste à faire.

Batiste Foisy,
Candidat Bloc Pot dans Jonquière aux Élections générales de 2003, folle jeunesse

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One thought on “– OUI et ça devient cynique –

  1. Texte jouissif ! Un retour en politique, au fédéral cette fois, chez les rhinocéros vous siérait à ravir, monsieur Foisy, et je demeure votre dévoué advenant que cette opportunité vous fasse titiller la fibre de la revendication ostentatoire.

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