Comment ça va finir tout ça ?

Vous parlez pour ne rien dire comme un politicien

Jacques Ferron

 

On vote demain. On vote pour qui ? On vote pourquoi ? On vote d’abord pour trouver à Jean Charest une job dans le Nord. Son règne a assez duré, lui et ses entrepreneurs en construction et en pavage qui financent le PLQ depuis trop longtemps. Lui et ses ministres qui démissionnent un par un pour éviter le pire et le déshonneur suprême : perdre sa limousine de service. Lui et sa police politique qui tabasse les étudiants en grève dans la rue et dans les corridors d’école. La même police qui a tabassé et menacer les manifestants de tous âges dans les rues de Montréal, de Sherbrooke, de Victoriaville, de Québec, de Chicoutimi et d’ailleurs. Il faut trouver une job dans le Nord à celui qui voulait à tout prix nous faire croire que ceux et celles qui portent le carré rouge sont des terroristes et des casseurs de grand chemin. Ou, des bolchéviques comme les traitent les animateurs ahuris de la radio X. Lui et ses compagnies minières qui vont sans doute lui trouver une bonne job comme lobbyiste dans le Sud ou quelque part en Europe où il entretient ses contacts depuis quelques années déjà.

Le plus beau cadeau que pourrait nous faire Jean Charest, demain soir, c’est de tout perdre d’un coup. Tout perdre, l’élection générale et le siège dans son comté de Sherbrooke. Ce serait une grande joie de le voir mordre la poussière. Mordre aussi dans son calcul électoral de provoquer des élections en plein été pour nous détourner les yeux de la grève étudiante tout en essayant de la régler. Or, on sait très bien que cette grève étudiante est loin d’être réglée définitivement. Les étudiants (malgré la loi 12- ancien projet de loi 78) se font encore matraquer dans les cégeps et les universités. La police se sert encore de tous les prétextes pour envahir les maisons d’enseignement et imposer la menace de la loi 12 et ses gros bras. Et Jean Charest déplore encore le fait que les étudiants grévistes refusent de lui obéir, à lui et à son gouvernement de ministres mitaines. Malgré le désaveu des profs, des parents et des étudiants qui ont encore voté pour la grève. Malgré son chantage au harcèlement et à la violence appréhendés. Malgré sa surdité de PM au-dessus de tout.

On vote demain contre Jean Charest et son règne de 10 ans, voué aux volontés des chambres de commerce et aux amis du régime libéral. À quatre pattes devant les coups de force de Stephen Harper qui considèrent le Québec comme un État voyou sans morale chrétienne et royaliste. Une province de gauchistes séparatistes qui veut détruire le Canada,

Mon pays, mes amours.

Soudainement dans la présente campagne, les sondages aidant, la droite a elle-même désavoué Charest et son régime pour louanger un politicien qui partage les mêmes valeurs, les mêmes préoccupations que lui, François Legault, le pdg de la Coalition Avenir Québec. En passant, quel nom de parti politique insignifiant. Ce monsieur Legault courtise les mêmes bailleurs de fonds que Jean Charest, les membres des chambres de commerce et les petits hommes d’affaires et autres comptables qui calculent tout en actif/passif. Legault a voté avec le parti libéral pour imposer le projet de loi 78. Ses solutions pour s’imposer et séduire l’électorat naïf sont aussi simplistes que celles de Charest. Des crédits d’impôts pour la classe moyenne, des chèques à un peu tout le monde et la hache dans les conventions collectives et les fonctionnaires de l’État. Même vision de la politique marchande que Charest et Harper.

Il pense que les profs vont mieux enseigner – et les étudiants mieux réussir – si on les évalue et qu’on leur donne des bons de présence, comme les membres des conseils d’administration des compagnies privées. Et il croit aussi dur comme fer – comme son futur ministre de la santé – que les Québécois n’ont qu’une seule préoccupation en tête, obtenir un médecin de famille. Comme si tout le monde était malade tout le temps, comme si on était tous des ti-vieux qui marchent aux pilules. Comme si la médecine préventive ne fonctionnait pas ici. Au lieu d’aller chercher un peu plus beaucoup de fric du côté des compagnies pharmaceutiques, entre autres.

La droite donc s’est trouvée un PM de relève à Jean Charest, François Legault. Elle lui trouve soudainement toutes les qualités et oublie les bourdes et les promesses de son passé politique. C’est un homme d’affaires millionnaire, il doit donc être intègre et désintéressé. Son slogan électoral emprunté aux Libéraux de Jean Lesage- «C’est assez, faut que ça change», sonne aussi creux qu’une pub de char. Peu importe pour lui, il ratisse large et vite. Il se donne dix ans pour «changer tout ça» et faire du Québec une société privée prospère sans doute aux mains de ses employés dociles.

La droite c’est d’abord les médias populistes. La télévision de TVA qui nous a bombardé durant une semaine de duels de chefs de partis (PLQ, PQ et CAQ) en évitant bien sûr d’y inclure Québec Solidaire pour ne pas nuire à Legault. Tout était joué d’avance, TVA appuyé par ses chroniqueurs du Journal de Montréal et ses commentateurs politiques, tous caquistes, ont joué leurs cartes. Ils ont systématiquement exploités les hésitations et les réponses souvent alambiquées de Pauline Marois et les crises d’alarme de Jean Charest. François Legault était, dès le début de la campagne électorale, leur cheval gagnant. Ils n’ont cessé de l’encourager, de lui donner des chances, de le propulser candidat plus que crédible. Ils n’ont cessé de le protéger contre lui-même et ses candidats vedettes ; Duchesneau et Barrette. On repassera pour l’objectivité médiatique.

La radio X de Québec a d’ailleurs fait un gros travail de dénigrement des candidats du PQ et de Québec Solidaire (en harmonie avec les médias anglos montréalais et canadiens). C’est le sport préféré de la génération X, qui vote caquiste en pensant que Legault parle des vraies affaires, soit de la réduction de la taille de l’État et des impôts. Les médias de droite marchent toujours main dans la main quand c’est le temps d’imposer leur vision de la chose politique, leur choix. Le choix qu’ils veulent nous faire passer pour celui de la majorité silencieuse. S’ils pensent que François Legault représente «le changement» et bien Éric Duhaime est le plus grand intellectuel du Québec. Il marche dans les pas de Mario Dumont, considère la politique comme une entreprise de mise en marché et de salut individuel. Pour lui, le bien commun doit devenir privé un jour ou l’autre. Deux politiciens carriéristes qui trippent au pouvoir.

Legault, c’est un opportuniste de tous les instants qui veut nous faire croire qu’il sent parfaitement le pouls de la majorité silencieuse. Il séduit les électeurs mous parce qu’il a développé au fil des campagnes électorales «l’art de ne rien dire» comme l’écrivait le chef du Parti Rhinocéros et grand écrivain, le docteur Jacques Ferron.

Comment ça va finir tout ça ?

Je tente ma chance.

Charest et le Parti libéral devraient prendre une moyenne débarque. Tout le monde va être content, sauf les Anglos dans l’ouest de Montréal, dans les Cantons de l’Est et à Gaspé.

La CAQ va venir mêler les cartes sans doute. Le monde ordinaire, la majorité silencieuse qui ne jure que par les nouvelles et les commentaires politiques orientés de TVA, du Journal de Montréal/Québec et les défoulements réactionnaires de la radio X, vont voter pour Legault, leur nouveau sauveur d’impôts, leur nouveau comptable agréable. Il va couper dans le gras pour eux, soit les fonctionnaires, les commissions scolaires, les employés de l’Hydro, dans toutes les sociétés d’État pour refiler ça au privé, à un moment donné.

Le PQ devrait rentrer minoritaire, par la peau des fesses, parce que les étudiants et les carrés rouges trouvent que la future première ministre ménage trop de monde. Qu’elle subit elle aussi, l’usure du pouvoir et des débats de l’Assemblée nationale. Le PQ comme le Parti libéral a trop soif de pouvoir, «de se faire élire» comme dirait Jean-Martin Aussant d’Option nationale. Ce dernier parti va laisser sa trace, pour le moment.

Québec-Solidaire pourrait marquer quelques points. C’est ce parti qui incarne le vrai changement politique. La définition de ce mot dans le dictionnaire c’est «état de ce qui évolue, se modifie». Avec la CAQ et François Legault, la politique québécoise régresse, retourne en arrière du temps de Duplessis et de Charest à la fin. Legault veut que les syndicats prennent leur trou et que les polices assurent la sécurité et la paix dans les cégeps et les universités. Il veut aussi que tous les fonctionnaires et les sous-ministres lui jurent fidélité à lui et à ses comptables. Il croit pouvoir mener la province comme une pme familiale.

S’il devient Premier ministre, on va se retrouver avec deux Harper sur les bras. C’est bon pour faire avancer les idées de gauche, mais c’est toffe sur le moral. Souvenons-nous de l’ADQ de Mario Dumont, passé depuis commentateur politique à TVA. Legault devrait se retrouver là lui aussi, dans quelques années. Et Duchesneau lui aussi comme commentateur de manifs. Barrette va aller pratiquer la médecine aux USA… Rien de se perd, rien ne se crée dans ce petit milieu de la droite politique. Des étoiles filantes, ces politiciens/sauveurs du moment.

Comment ça va finir tout ça ? Ça ne fait que commencer. J’ai confiance que le printemps érable se prolonge sur les autres saisons. Merci Charest, merci Legault d’entretenir la flamme des carrés rouges.

n.b. Et pendant cette soirée des élections, le conseil municipal de Saguenay va voter des millions dans une salle vide pour ajouter d’autres couches d’asphalte sur la ville, dézoner des terres agricoles pour ériger de nouveaux quartiers drabbes, raser d’autres vieux édifices au centre-ville, financer généreusement les sentiers de motoneige et le Festival forestier de Shipshaw et …préparer les prochaines élections municipales en catimini, tout en priant pour que les Libéraux de Jean Charest ne perdent pas trop de plumes. On sait que le maire et ses conseillers ont officiellement (sondage du Quotidien, 31 août) l’appui de sa population sur les propos racistes concernant Djemila Benhabib. Saguenay, première ville raciste du Québec. Il y a de quoi être fier de nos élus municipaux.

Pierre Demers, poète rouge d’Arvida

Commentaires

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4 thoughts on “Comment ça va finir tout ça ?

  1. Pierre Potvin

    D’une lucidité total,et j’espère seulement que pour le P. Q qu’il vas être majoritaire.

  2. Max

    Ca semble difficile a accepter le fait que des gens peuvent avoir des opinions différents. Toutefois le drame est de l’exprimer d’une façon non poêtique. Ahahahaha ! Les Québécois payent de 2 a 3 fois plus d’impot provinciale que les autres provinces alors réduire la taille de l’état fait du sens. NON ! Penser de cette façon c’est être mou…ridicule !

    1. Je note que la première phrase et la dernière sont contradictoire, ou bien la première était-elle un aveu ?
      Le savon à linge est 2 à 3 fois plus gros que le savon à linge HE (laveuse frontale), est-ce qu’il fonctionne moins bien ? (ne pas se fier à la taille)
      Mais
      L’état québécois prodigue également des services qui ne sont pas offerts dans les autres provinces… (ne pas regarder un problème sous une seule donnée – la taille – et en tirer des conclusions hâtives).
      C’était mes conseils pour Max.

  3. Han Onyme

    Tabarnak, cette campagne électorale a été une belle mascarade estivale. Un cirque un peu triste où trois mauvais clowns ont jonglés avec notre avenir d’une façon exécrable, minable et déplorable. Pas de quoi en rire!!! Aucun de ces trois bouffons n’aura mon vote. Entre l’abstention et Québec Solidaire mon coeur balance, mais j’ai bien envie de donner un tappe dans le dos à Amir et Françoise pour leur beau travail, et j’aime bien ma candidate Marie-Francine, qui sait rester au raz des pâquerettes, elle qui pratique l’agriculture. Ca prend du courage, de la patience et beaucoup de sagesse pour pratiquer ce beau métier millénaire.

    J’ai espoir que cet apprentissage printanier de la rue ne soit pas vain. Même si le pécul est ce soir élu majoritaire, il faudra sans doute botter les fesses de la bourgeoise, pour qu’elle ne se transforme pas en tout ce qu’elle a dénoncé pendant la campagne électorale. Souvenez vous des péculs d’antan, qui ont imposé leur maudit déficit zéro à marde et se sont refusé à augmenter le salaire minimum…

    Je suis peut-être heureux qu’une première femme accède au poste de première ministre, mais il ne faut pas oublier que la Marois est une néolibérale qui a fait ses preuve avec le clopi-clopant de Lucien Bouchard vers la fin 90. Pas rassurant comme CV…

    Que notre feu au cul printanier se transforme en irritation permanente contre tout ce qui est contraire au bien commun, à la justice sociale et à la démocratie. La rue sera le bulletin de vote permanent sur lequel s’écrira, en continue, nos espoirs d’une réelle démocratie, par, pour et surtout avec le peuple.

    « You may say I’m a dreamer, but I’m not the only one… »

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