La victoire

Je n’ai jamais vu élection aussi palpitante. Ok, je suis pas super vieille, et j’en ai pas vu des dizaines. Mais il me semble que cette élection-ci, dans le contexte politique et social actuel, proposait un challenge intellectuel et émotif des plus intéressants. J’ai été prise pendant plusieurs semaines dans l’enfer de l’indécision. Parce que Jean-Martin Aussant m’allume, comme intellectuel et penseur. Parce que Québec Solidaire parle de véritable progrès social. Parce que le Parti Québécois nous permet de porter une femme au poste de Première ministre.

Au lendemain de cette élection historique, il semble que personne n’ait vraiment gagné. PQ minoritaire. Libéraux dans une belle position d’opposition, mais un chef défait. Caquistes au torse bombé balayés de la carte. Solidaires moins solitaires, mais toujours dans la marge. Et, ma plus grande déception, aucun député élu chez Option Nationale.

Les véritables gagnants de cette élection l’ont terriblement mérité. En sortant dans la rue, en rassemblant des centaines de milliers de personnes pour une cause, qui a fait boule de neige (ou plutôt casserole). Non, les étudiants n’ont pas protesté pour rien. Le PQ vient d’annoncer que son premier geste en tant que parti au pouvoir sera d’abolir la loi 12, puis d’annuler la hausse des frais de scolarité. Cerise sur le sundae? Jean Charest retourne auprès de Michou, dans le confort de l’anonymat. Bien-sûr, on lui souhaite vivement une job dans le Nord. Après cette mobilisation sans précédant, les dizaines de manifestations nocturnes, les gestes d’éclat rivalisant de créativité et d’ingéniosité, n’est-ce pas juste de crier victoire? Je suis extrêmement fière de notre jeunesse. D’avoir réussi à faire tourner les têtes et diriger les regards sur l’un des enjeux les plus fondamentaux de notre société : l’éducation. Puis, par cet enjeu, d’avoir soulevé le désir de travailler pour le bien commun. D’avoir remis en question nos schèmes de pensées et nos rouages politiques. J’ai vu et lu, dans les derniers mois, des débats d’idées, des réflexions, des échanges, plus riches que jamais. Nous avons pris le temps de nous retrouver ensemble. Face à face. Main dans la main. De nous poser des questions. De critiquer de manière constructive, de ne pas avaler tout rond ce que propose le pouvoir en place. Nous avons, d’une certaine manière, brisé le mur de l’individualisme si fortement ancré en chacun de nous. Nous avons secoué la démocratie, la MACHINE est désuète.

Si les politiciens trouvent épuisante une campagne électorale qui dure 35 jours, imaginez lorsque la lutte dure des mois. Que le gouvernement refuse de vous écouter, pire, que le ministre délégué à la jeunesse (en l’occurence, Jean Charest) ignore les jeunes dont il est tributaire. Je tiens en haute estime les efforts soutenus des étudiants, qui se sont mobilisés, qui ont lutté, fait face à une police (ab)usant de force et de violence. Ils ont appris à communiquer, à rassembler, ils ont appris la loi sur le tas, ils en savent plus long que bien des citoyens sur le sujet. Ils se sont tenus debout face aux médias de masse, les discréditant et désinformant la population sans vergogne. Et ce qui est le plus beau, c’est qu’ils ne l’ont pas fait pour rien.

Cette victoire, elle est salutaire pour toute une génération, ainsi que pour celles à venir. Elle sera porteuse de récits épiques qui finissent bien. Elle sera la voix d’une Histoire qui transmet l’espoir. Le contraire eût été triste. Autant d’engagement et d’implication ne donnant aucun résultat aurait donné naissance à une génération entière de cyniques sans précédant. Des jeunes désabusés, désillusionnés et déçus, ça ne peut que contribuer au désengagement citoyen et nuire à toute la société. C’est donc une grande victoire, pour les étudiants et pour nous tous, en tant que société, que de pouvoir compter sur une tranche de citoyens qui croit encore que la lutte pour la justice sociale peut fonctionner, et nous permettre de marcher ensemble vers une société plus égalitaire.

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8 thoughts on “La victoire

  1. Je ne peux pas être aussi optimiste que toi. Oui les étudiants ont gagné la défaite de Charest. Oui la loi 12 sera abolie. Oui la hausse des frais de scolarité sera annulée. C’est du moins ce que promet madame Marois aujourd’hui, mais il ne faut surtout pas baisser les bras pour autant. Ce gouvernement là est minoritaire. Il n’a pas les coudées franches et il devra se compromettre avec l’opposition qui menacera de le renverser. QS n’a pas eu la balance du pouvoir qu’il espérait. C’est la CAQ qui l’a. Ne sers pas tes casseroles trop vite.

    1. Marielle Couture

      Oh je sais bien, monsieur Talbot, que nous retournerons aux urnes ou à la rue bien plus vite qu’on pense. Mais la démonstration des étudiants me semble particulièrement importante à souligner. Bien sûr, il faut poursuivre la lutte…

  2. Moi je te remercie de ce texte d’espoir. Ça fait du bien après une grève qui dure depuis 7 mois…

  3. Ivy

    Beau texte, mais qui passe sous silence l’attentat perpétré contre le PQ. On ne peut avoir qu’un espoir humble, car la réalité prête moins à espérer que ton souhait, Marielle (hélas).

    1. Marielle Couture

      Je l’ai volontairement passé sous silence. Car les propos de Serge Simard, le libéral défait dans mon comté qui attribue cet attentat aux manifestations étudiantes me faisaient déraper. J’ai dû me censurer. Trop émotif pour le moment. J’y reviendrai peut-être…

  4. Gagnon

    Et si le PQ n’arrive pas à faire passer ses projets de loi,parce que minoritaire quelle lecture ferez-vous de ce résultat? Serez-vous aussi fière des beaux votes faits avec le coeur plutot que la tête?

  5. Marie-Claude Leclerc

    Très beau texte et une belle synthèse de ce que plusieurs ont senti depuis des mois. Il faut garder espoir que ça continue vers une société plus juste, solidaire et verte !

  6. L’espoir et le positivisme n’excluent pas le réalisme (lucidité est malheureusement un terme déjà pris par des quidams avec qui je ne partage pas les mêmes vues…). Les étudiants auront appris qu’ils ne doivent rien tenir pour acquis, j’en suis convaincue! Bref, beau et bon texte, qui va droit au but sans fioriture inutile.

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