Pourquoi on doit se réjouir du résultat des élections

Pourquoi on doit se réjouir du résultat des élections

Traitez-moi d’indécrottable optimiste, ou reprochez-moi de déplacer constamment les poteaux du but, mais je crois qu’il y a tout lieu de se réjouir des résultats des élections de cette semaine.

Oui, je sais : Québec Solidaire n’a pas obtenu la balance du pouvoir, le PQ est inconfortablement minoritaire, les Québécois ont élu 50 députés libéraux, et puis il y a eu cet attentat qui, bien davantage encore que des bombes fumigènes dans le métro, mériterait d’être qualifié de terroriste.

Oui, je sais : « l’horrible division » du vote de gauche !

Mais 74,61% des électeurs se sont exprimés…

Mais Jean Charest est défait dans son comté et quitte la vie politique…

Mais l’infâme loi 12 est en passe d’être abrogée…

Mais le PQ annonce l’annulation de la hausse des frais de scolarité…

Mais la baudruche de la CAQ s’est dégonflée…

Malgré tous les sondages, les prises de position des éditorialistes, la fabrication par eux d’un momentum artificiel, les Québécois ne se sont pas laissé berner par l’une des plus vastes campagnes de manipulation de l’opinion publique par nos médias depuis le dernier référendum.

Il faut s’en réjouir. Non pas que la CAQ, le PLQ, ou les valeurs de la droite qu’ils incarnent l’un et l’autre, représentent de mauvaises options en soi, mais parce qu’il est souhaitable dans une démocratie que les médias se bornent à informer les électeurs plutôt que de tenter d’orienter leur choix, comme ils le font depuis trop longtemps, en fonction des intérêts de leurs commanditaires.

Que doit-on penser alors de l’élection de 50 députés libéraux compte tenu du taux de participation important ? Est-ce, comme le suggérait avec force mépris Lysiane Gagnon dans La Presse du 5 septembre, parce que Pauline Marois aurait échappé la majorité au printemps dernier « quand elle a placé le PQ à la traîne de la fronde étudiante, bravant de ce fait une opinion publique très majoritairement opposée à ce mouvement chimérique et délinquant dont les excès ont empoisonné la vie des citoyens ordinaires, sans parler d’une forte majorité d’étudiants et de parents? »

Devrait-on interpréter les votes cumulés par la CAQ et le PLQ comme l’expression d’une revanche de la majorité silencieuse contre le mouvement étudiant ?

Ce serait déconsidérer les 42% de voix en faveur des partis progressistes et présumer avec une mauvaise foi inouïe que chacun des votes pour la CAQ et le PLQ était dirigé expressément contre les carrés rouges, sans considération pour l’ensemble des programmes, ni pour le fait qu’il n’existe pas d’alternatives évidentes pour les fédéralistes à tendance socialiste.

Et le bon peuple qu’on était parvenu à instrumentaliser au printemps 2012 contre les véritables forces du changement, à force de chroniques incendiaires et d’éditoriaux assassins, n’a pas su qui croire ni à quel saint se vouer, d’où peut-être un certain nombre de replis stratégiques à droite comme à gauche.

On serait sans doute confronté à un gouvernement libéral minoritaire si les médias n’avaient pas largué Charest, très tôt en début de campagne, convaincus qu’ils étaient de ses faibles chances de l’emporter. Trop pressés de contrer l’élection d’un parti souverainiste de centre-gauche, ils ont misé sur le mauvais cheval. Tant pis.

Au final, on aura quand même porté au pouvoir, pour la première fois au Québec, de façon bien précaire j’en conviens, une femme dont on aurait tort de penser que son sexe n’a pas joué contre elle.

À présent que Pauline Marois est aux commandes, les Québécois auront l’occasion de se faire à l’idée d’être gouverné par une femme et de la juger au mérite sans avoir à craindre que le sol canadien ne se dérobe sous leurs pieds, puisqu’elle devra composer avec une opposition qui a pour elle la force du nombre.

Entre-temps, jamais les Québécois n’auront été aussi sensibilisés aux mystifications médiatiques, aux limites du système électoral actuel et à la nécessité de le réformer pour le mettre à l’abri de la corruption et du trafic d’influences.

La foire d’empoigne à venir, à l’aube de la commission Charbonneau et d’un parlement condamné à être dysfonctionnel, pourrait bien achever de nous convaincre.

Et je ne pense pas que Jacques Duchesneau aura autant de crédibilité à présent qu’il est entré dans la mêlée partisane.

Et je doute que François Legault aura autant de panache après sa déconvenue.

Et je ne suis pas sûr qu’une course à la chefferie rendra les Libéraux si redoutables.

Alors pourquoi ne pas profiter de la situation pour déclencher un référendum d’initiative populaire sur la réforme du mode de scrutin ?

Commentaires

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10 thoughts on “Pourquoi on doit se réjouir du résultat des élections

  1. François Harvey

    Ce n’est pas une mauvaise idée.

  2. J’en étais justement là dans ma réflexion…merci de l,avoir exprimé aussi clairement !

  3. Louise Gendreau

    Excellente réflexion! Excellent article! Merci de votre idée.

  4. Jack Monoloy

    À ce que je sache, la loi permettant de demander un référendum d’initiative populaire n’est pas adoptée. Et si c’était le cas, il me semble que l’élaboration d’une Constitution par le Peuple pourrait raviver l’enthousiasme populaire, définir un nouveau mode de scrutin, et présenter un projet de Pays pour notre Patrie.

  5. On va avoir une bonne occasion d’exiger ce référendum d’initiative populaire sur la réforme du mode de scrutin de nouveau dans la rue le 22 septembre avec d’autres demandes qui s’y ajouteront. http://pic.twitter.com/1OjqceJU
    Excellent texte encore une fois que je m’empresse de diffuser!

  6. Excellent texte encourageant et stimulant. Tu nous amènes de belles pistes pour continuer l’engagement vers la souveraineté populaire du Québec.

  7. DANIEL CHENAIL

    excellent texte enfin une bonne appréciation de la victoire électorale petite
    victoire mais qui pourrais ce changer en grande victoire merci pour ce texte ca fait du bien ouf,,,,

  8. Carole Savard

    Ce serait bien de lire la chronique de Christian Rioux dans Le Devoir d’aujourd’hui.

  9. Claude Poulin

    Je ne partage pas le point de vue positif quant au résultat de l’élection – 50 libéraux élus : c’est tout sauf positif – mais je trouve absolument pertinent l’idée d’une initiative populaire sur la réforme du mode de scrutin. Et je dirais même plus : c’est un must !

  10. Daniel St-Laurent

    Pourquoi faut-il qu’un vote qui ne va pas à une femme soit obligatoirement contre le fait qu’elle soit une femme??
    Doit-on

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