La fin(e)

Plusieurs semblent percevoir l’élection du 4 septembre comme une finalité. La fin de la crise. La paix, enfin. Tout le monde aura pu s’exprimer, la démocratie a parlé. Les résultats, surprenants pour la plupart, semblent à tout le moins décevants pour tout le monde.

J’ai ressenti un grand soulagement quand j’ai vu passer une invitation de la CLASSE pour une manifestation le 22 de ce mois de septembre. Une autre pour une grève mondiale pour l’éducation. Une autre pour un rassemblement populaire. Puis une autre pour une célébrer un an d’activités pour Occupons Saguenay. Après les élections. Après que le PQ ait annoncé l’abolition de la loi 78 et de la hausse des frais de scolarité. Après avoir entendu la majorité silencieuse se dire dans sa tête « bon, on va enfin avoir la crisse de paix ».

Je souhaite vivement que non. La paix, on l’a déjà. On est loin, tellement loin des vraies crises qui secouent ce monde. On vit dans un confort indécent, tandis que la famine et la misère nous laissent indifférents. Ce qui ne minimise pas la crise que nous avons vécue ici. Simplement, le fait d’aller voter ne met pas un terme à notre modèle économique défaillant et injuste. Voter ne change pas le mode de vie. Voter ne met pas un terme au néo-libéralisme ravageur. Voter vous donne, tout au plus, l’illusion d’avoir choisi. D’avoir accompli un devoir. Allez, retournez écouter la télé, puisque vous avez participé à la démocratie. Voter? Check. As-tu vu le décolleté de Véronique Cloutier samedi dernier au gala des starlettes?

Malheureusement pour une quantité incroyable de pantouflards québécois, la crise étudiante, même réglée (pour l’instant), aura causé pas-mal de dommages collatéraux. Cette crise s’insère dans un mouvement d’indignation qui s’étend bien au-delà des murs de nos institutions d’enseignement. Bien au-delà d’une catégorie d’âge, et même bien au-delà de notre petite province ou de notre pays. Cette crise aura secoué les fondements idéologiques de notre société. Elle a remis en question notre mode de vie en entier. Elle a mis en lumière notre peu de vision pour le futur, a prouvé que nous sommes plus préoccupés par l’éclat de santé de nos cheveux ou l’hydratation de nos huit couches d’épiderme que par la réforme du mode de scrutin.

Il ne faut jamais oublier que le vote, ce qu’on perçoit comme le geste démocratique ultime, n’est qu’une parure. Nous ne vivons pas dans une république. Nous ne vivons pas dans un pays souverain. Nous vivons dans une monarchie parlementaire. Nous sommes tous et toutes des sujets de la reine d’Angleterre. Vous savez, cette veille bonne femme qui habite dans un pays lointain où on parle anglais, et que trop de gens ne pourraient même pas vous pointer sur une carte? Le chemin à parcourir pour parler de véritable démocratie semble long… terriblement long.

Parlant de bonne femme, tous les propos sexistes qui sortent de la bouche des analystes sur le fait d’avoir élu une première première ministre au Québec me font dresser les seins. Est-ce que son écoute féminine sera pour elle une force, ou plutôt une faiblesse? Pensez-vous que l’empathie naturelle des femmes pourra l’aider à unir le peuple québécois? Croyez-vous qu’une femme puisse être assez ferme pour gérer les crises au sein de son parti? Étrangement, je n’ai entendu aucun de ces propos sexistes de la bouche d’un homme. Non. Les bonnes femmes, elles sont capables toutes seules quand il est question de se mettre le pied dans la bouche. Je n’ai entendu que des madames (et certaines très respectables, pourtant) mettre de l’avant, on aurait dit inconsciemment, des propos absolument sexistes sur l’accession au pouvoir de Mme Marois. Je ne suis pas scientifique, mais je mettrais ma tête sur le bûcher que l’empathie n’est pas inscrite sur le chromosome X. Pas plus que l’envie naturelle de torcher la toilette familiale. La féminité au pouvoir n’assure pas que le ciel du Québec sera peint en rose demain matin. Il faut regarder en arrière, Pauline Marois n’est pas la première femme à accéder au pouvoir… Sans la comparer à qui que ce soit, les Margaret Thatcher et Angela Merkel de ce monde nous rappellent, entre autres, qu’une femme peut aussi être très très à droite. Très froide, ferme, caractérielle, conservatrice et même meurtrière. Comme il existe des hommes sensibles, empathiques, à l’écoute et rassembleurs. Moins d’étiquettes, plus d’égalité. Ok, mesdames? Please, pour la fierté de l’humanité.

Ce problème de sexisme nous ramène à la monarchie. Pas parce qu’Élizabeth II est une femme. Parce que ça semble tout droit sorti de la même époque et démontre bien notre refus d’évoluer en terme de mentalité. Ça nous démontre à quel point nos esprits sont conditionnés, les femmes comme les hommes, à porter des jugements, à classer les gens dans des catégories toutes faites.

Allez, vous avez coché votre bulletin de vote. Vous êtes contents, on vit dans une société égalitaire où l’on porte fièrement des femmes au pouvoir. Les étudiants étudient. Les travailleurs travaillent. La Galère est recommencée. J’ai bien peur que l’hiver soit tranquille.

Commentaires

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2 thoughts on “La fin(e)

  1. DANIEL CHENAIL

    je suis touché tres beau texte bravo,,,

  2. « Allez, vous avez coché votre bulletin de vote. Vous êtes contents, on vit dans une société égalitaire où l’on porte fièrement des femmes au pouvoir. Les étudiants étudient. Les travailleurs travaillent. La Galère est recommencée. J’ai bien peur que l’hiver soit tranquille. » Toujours un plaisir de lire tes réflexions questionneuses et inspirantes sur la vie politique et la vie en société.

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