Que faire durant le lock-out de la LNH ?

Il y a encore des hommes pour qui la grève est un scandale : c’est-à-dire non pas seulement une erreur, un désordre ou un délit, mais un crime moral, une action intolérable qui trouble à leurs yeux la Nature.

Roland Barthes, Mythologies, Seuil, 1957

 

Le 15 septembre, on ne rit plus. Si l’Association des joueurs (d’aucuns tout de même assez bien payés pour patiner vite et scorer de temps en temps) de la LNH ne peut s’entendre avec la Ligue sur la prochaine convention collective, la saison de hockey est compromise. En gros, ça veut dire que «les amateurs de gouret supérieur » qui carburent à ce sport vont s’ennuyer de leur mère et de tout ce qui va avec pour un bon bout de temps. La saison a tout de même été annulée en 2004-05, même si on ne s’en rappelle plus. Le malheur peut encore frapper en ces temps de disette capitaliste sur les fans de l’enclave. Déjà les complaintes et les lamentations des amateurs et autres chroniqueurs sportifs, qui en dépendent quotidiennement, se font entendre aux quatre vents, par delà les montagnes et les ondes privées et publiques. RDS et TVA Sports dorment mal. Les blogueurs sportifs frissonnent. Les experts et autres analystes se cherchent un plan B en cas de black out.

J’entendais la semaine dernière ou peut-être l’autre semaine avant, un chroniqueur de sports au long cours à Radio X évidemment (mais ça aurait pu être partout ailleurs sur la bande FM, ils flottent tous sur le nuage LNH), discuter avec des amateurs de ligne ouverte. Il décrivait l’éventuel lock-out de la Ligue comme une catastrophe nationale, voire mondiale. Pour lui comme pour eux, c’est leur principal sujet de conversation été comme hiver. Ils craignent de devoir se la fermer pendant un certain temps et de ne devoir déblatérer que sur l’équipe locale de hockey junior.

«Que vont faire les amateurs de hockey si les Canadiens ne jouent pas cette année ? Que vont devenir les milliers de travailleurs, journalistes, animateurs de radio populaire, vendeurs de bière, de pizzas et de cages aux sports qui vivent littéralement de ce sport plus nécessaire que les débats politiques télévisés en campagne ? L’économie risque d’en prendre un coup et de ne plus jamais s’en remettre».

En gros, c’est ce que ce chroniqueur courroucé disait. Il tenait le même discours que Jean Charest dans son ultime tentative pour menacer le futur gouvernement péquiste d’une crise financière. Des amateurs un peu moins subtils au téléphone sommaient les joueurs de signer à n’importe lequel prix pour éviter la catastrophe appréhendée. Qu’on devait sans doute les faire patiner de force avec surveillance policière ou militaire comme les étudiants grévistes québécois. Le chroniqueur n’était pas contre. Il trouvait que les joueurs millionnaires frôlaient l’indécence en refusant de faire des compromis. Il mettait au premier rang, comme les amateurs d’ailleurs, le plaisir de jouir sur place et surtout à la télé des matchs de la LNH et des «prouesses» des joueurs plus doués que les autres. Le plaisir du partisan fanatique l’emportait d’emblée sur la nécessité de la négociation des conditions de travail et surtout sur le danger d’aller en grève ou en lock-out pour améliorer son sort, ou tout simplement le préserver.

Quelles sont au juste les revendications des joueurs de la LNH qui risquent de briser le cœur et le moral des amateurs à compter du 15 septembre ? Les joueurs touchent actuellement 57% des revenus du circuit, lesquels frisent les 3 240 000 000 $. Le PNB de nombreux petits pays du Sud… Ils veulent sauver leurs droits et les salaires acquis. Sans doute aussi ceux de leurs agents qui siphonnent un bon pourcentage de leur fric de professionnels reconnus.

Les propriétaires veulent réduire leur partage de cette somme à 46%. On a déjà vu ce genre de récupération des profits sur le dos des travailleurs dans combien d’entreprises…même chez Rio Tinto Alcan et Résolu… La LNH n’y échappe pas. C’est la question des gros sous évidemment qui est en cause ici. On le devine aisément, les joueurs de la LNH sont devenus, au fil des années, des machines à profits pour tout le monde et surtout pour eux. D’où leur peur bleue (et celle de leur assureur) des blessures et autres avaries causées à l’entreprise. Le genou de Markov et les commotions cérébrales de Crosby font encore les manchettes…

De plus, les joueurs voudraient toucher une partie des profits que fait la Ligue sur les produits dérivés comme les joueurs professionnels américains au basketball, au football ou au baseball. Mais là, les proprios et leur commissaire Gary Bettman (salaire de 8 millions) accusent une fin de non recevoir totale. Ils disent exiger un meilleur partage des revenus de la Ligue pour favoriser les équipes en difficultés financières chroniques et les futures fluctuations du marché hockey à la télé. La vache à lait de ce sport comme des autres. Les joueurs, pas fous, sentent la soupe chaude. Ils ont un plan B. Qui n’en a pas par les temps qui courent, surtout les capitalistes devenus riches par opportunisme. Mentionnons tout de même que les anciennes vedettes de la LNH jadis, gagnaient des pinottes alors qu’aujourd‘hui certains sont quasi cotés en bourse. Qu’ils peuvent se payer des concessions dans les ligues juniors majeures comme celle de Saguenay. Je ne nomme personne… Les joueurs prudents, et près de leurs sous, veulent continuer de jouer quand même durant le lock-out des patrons. Un peu partout où on accepte les étrangers en quota comme en Russie, en Finlande, en Suisse, ou ailleurs. Ils disent qu’ils veulent garder la forme pendant les longues semaines d’inactivité. Leurs agents les ont convaincu d’agir ainsi pour mettre de la pression et du beurre sur leurs toasts.

Un joueur qui gagne actuellement 10 millions par an risque de se retrouver avec un vulgaire 8 millions. Il y a tout de même des limites à taxer les riches pour…mieux répartir la richesse. Ces nouveaux millionnaires sur patins risquent tout simplement de déprimer, de faire faillite, de s’en prendre à…leurs agents. Ça frise la provocation tout ça.

C’est vrai qu’ils ont besoin de beaucoup de beurre avec le train de vie qu’ils mènent. Ils s’inquiètent continuellement de leur avenir malgré le fait qu’ils empochent des millions par an comme si, dans leurs mains, l’argent brûlait plus vite que dans les nôtres. J’ai comme exemple cet ex-joueur du Canadiens, Mike Cammalleri, qui craignait récemment de voir sa maison montréalaise perdre de sa valeur au lendemain de la victoire du Parti québécois, le 5 septembre. Il venait pourtant de vendre son condo dans la même ville, 800 000$. Décidément, ces joueurs de hockey professionnels ont un grand souci du bien commun et collectif. Bel exemple pour les amateurs qui n’arrivent pas à payer leurs cartes de crédit.

Que faire au juste durant le lock-out de la LNH ?

Quelques suggestions aux amateurs et aux chroniqueurs sportifs désemparés et dépourvus. Tentez de rattraper le retard perdu, vos soirées et vos fins de semaine passées à regarder des matchs souvent pénibles et sans intérêt. Lisez des livres. Ne regardez plus n’importe quoi à la télé. Fermez vos cellulaires et tablettes plus ou moins intelligents. Fréquentez les ciné-clubs, les librairies, les bibliothèques. Allez voir et entendre des pièces de théâtre, des concerts de musique. Entrez de temps en temps dans les galeries d’art. Apprenez à jouer d’un instrument de musique. Montez-vous une bibliothèque, une cinémathèque, une discothèque internationale, bref, cultivez-vous donc. Intéressez-vous au soccer au lieu de vous rabattre sur le football américain. Faites du sport, allez jouer dehors. Lavez-vous le cerveau une fois pour toute de toutes ces statistiques sportives qui minent l’intelligence à la longue.

Considérez que ce lock-out de la LNH peut s’avérer pour vous, amateurs endurcis, une bénédiction, même une délivrance. Souhaitez enfin que ce congé de la LNH et du Canadien mes amours, dure toute l’année pour favoriser votre ouverture aux choses de la vie et améliorer votre vocabulaire. En somme, sortez de votre univers glacé qui vous conduira tout droit à partager un jour – si ce n’est déjà fait – les lubies de la Nordique Nation, un groupe d’affinités qui sévit de l’autre côté du Parc et qui s’apparente aux Témoins de Jéhovah ou aux disciples de Raël. Le hockey est l’opium du peuple. Le moment de la cure est venu.

Pierre Demers, poète toujours rouge d’Arvida

Commentaires

commentaires

Vous aimerez aussi :

Laisser un commentaire