Lettre à un vieux politicien

Lettre à un vieux politicien

Saguenay, le 14 septembre 2012.

Cher Monsieur Bouchard,

Vos Lettres à un jeune politicien viennent tout juste de paraitre et, déjà, les commentaires fusent de partout. Soyez rassuré : je ne vous écris pas pour en faire la critique, puisque je ne les ai pas lues et que je n’ai pas l’intention de les lire. Et pourquoi donc?

D’une part, parce que je ne me sens pas particulièrement interpelé par l’adresse, n’étant moi-même ni tout à fait jeune ni politicien et, d’autre part, parce que je devine aisément, à la lumière de vos prises de position médiatiques des dernières années, de quoi il en retourne…

Non. Je vous écris plutôt pour vous exprimer la tristesse que je ressens à vous voir rabougrir et crisper ainsi. Je ne parle pas de votre âge auguste, que j’honore avec toutes les révérences qui lui sont dues, mais je mets en cause votre posture morale.  C’est à croire que, à force d’inhaler des gaz de schiste et à fricoter avec les affairistes de ce monde, vous avez oublié comment vous tenir droit.

Je suis de ceux que vous avez émus aux larmes un jour, à l’occasion d’un de ces morceaux de bravoure oratoire, dont vous seul aviez le secret après René Lévesque, prononcé debout, fièrement, dans le cadre de la campagne référendaire de 1995 en faveur d’un Québec souverain.

Et puis voilà que je suis de nouveau ému, mais pour une autre raison, en vous entendant expliquer aux journalistes, assis, le dos courbé, que la souveraineté est une idée dépassée, qu’il nous faut être responsables et regarder la réalité du Québec en face.

Mais comment présumer de l’avenir d’un peuple si on a l’échine trop figée pour regarder tour à tour devant, derrière et autour de soi?

Combien étaient-ils de vieux sages, à l’aube du fantasme européen, à prétendre que l’unification représentait la seule voie possible pour assurer la prospérité du continent? Combien sont-ils encore à y croire, alors que la crise menace de tout faire éclater?

Qui peut savoir comment les Québécois réagiront si l’Europe devait exploser, sous la pression des nationalismes bafoués et de la tyrannie de la monnaie commune, et si, à l’occasion du référendum que les Écossais prévoient tenir en 2014, ceux-ci faisaient le choix de s’affranchir définitivement du Royaume-Uni?

Je ne suis pas sûr que les Québécois demeureront impassibles en voyant l’Angleterre mener la même campagne d’épouvante sur le dos des Écossais que le gouvernement canadien, le PLQ (et vous même à présent?) nous infligent depuis trop longtemps au nom de la sacrosainte stabilité financière, LA véritable utopie!

Le Québec n’a pas les moyens d’être indépendant dites-vous? Je crois plutôt qu’il n’a plus les moyens d’écouter vos conseils.

Car ça coute cher un avocat, et à fortiori lobbyiste.

Et quand vous dites :

« Je suis inquiet de voir que la classe politique est tellement dévalorisée. Je me suis demandé quoi faire pour convaincre les gens que c’est encore la démarche privilégiée pour amener des changements importants dans une société. Et combattre l’indifférence à l’égard des grandes questions »1

Avez-vous songé un instant à votre part de responsabilité dans ce discrédit de la classe politique?

Rappelez-vous de ce que nous a couté et nous coute encore votre obsession du déficit zéro. Une bonne part des dysfonctionnements actuel du système de santé, le plus gros poste budgétaire du gouvernement, est directement liée aux retraites anticipées du personnel médical ordonnées sous votre gouverne.

Vous dites que le gel des frais a des effets néfastes et qu’il faut avoir le courage de tenir tête à la rue, alors pourquoi ne pas avoir choisi l’indexation lorsque vous étiez au pouvoir?

Vous proposez des leçons de saine gestion, alors que vous avez laissé nos infrastructures en décrépitude, notre dette hors de contrôle et les impôts les plus lourds en Amérique du Nord.

Vous dites que vous ne voulez pas jouer la belle-mère avec le PQ, pourtant, vos prises de position répétées s’inscrivent en porte-à-faux avec ses programmes et favorisent la division en son sein.

En choisissant de prendre part au bradage de nos ressources gazières et pétrolières au profit de multinationales étrangères, vous avez abdiqué Monsieur, avec le peu de crédibilité qu’il vous restait, votre caution morale à titre d’ancien homme d’état.

Et si j’étais ce jeune politicien auquel vous vous adressez, je prendrais systématiquement le parti contraire à vos recommandations. Il y a de bonnes chances pour que cela fonctionne mieux.

Soyez assuré, Monsieur, de l’expression sincère de ma plus vive déception.

Luc Vaillancourt

1. http://www.lactualite.com/politique/lucien-bouchard-les-confidences-dun-ex

Commentaires

commentaires

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32 thoughts on “Lettre à un vieux politicien

  1. Rebecca Catini

    GROS MERCI Luc Vaillancourt. Votre lettre est PARFAITE.

    1. Luc Vaillancourt

      Merci Rebecca Catini 🙂

  2. Vincent Courcy

    J’aurais tellement aimé que cette lettre ait été écrite par quelqu’un comme GND! Mais on dirait que la politique corromps. (LBB).

    Merci tout du même pour le billet. Bien des gens ont le même sentiment que vous!

  3. Josiane Cossette

    Ah, que ça fait du bien de te lire, Luc! Bien que l’on ne se croise plus dans le cadre universitaire, c’est toujours un plaisir pour moi de lire tes articles sur la politique et le printemps Érable, de même que de rire de tes « memes », que je me suis fait un plaisir de partager sur Facebook. Continue! On a bien besoin de ta verve et de ta vision dans le contexte actuel.

    Une ex-doctorante en lettres à l’UQTR

    1. Luc Vaillancourt

      Merci Josiane de te rappeler de si gentille façon à mon souvenir.

  4. Jean-Serge Baribeau

    Il est temps de rappeler que Lucien Bouchard nous emmerde jusqu’à l’os lorsqu’il prend son ton pontifiant, emphatique, ridicule et burlesque, Son frère et lui, que j’appelle les BB (les Bouchard Brothers), parlent toujours comme s’ils étaient des messies choisis par je ne sais trop quel dieu pour indiquer aux pauvres Québécois égarés quelle est la route du salut et de la rédemption.

    Je viens d’avoir 69 ans et je suis incapable de supporter tous les vieux cons qui ne cessent de donner des leçons au peuple et aux jeunes. J’ai enseigné la sociologie au niveau collégial (collège classique et cégep) et je pense que je n’ai jamais de leçons prétentieuses et hautaines à mes étudiants.

    Bravo pour ce texte de Luc Vaillancourt!

    Jean-Serge Baribeau, sociologue des médias et écrivain public

  5. Michel Côté

    Critiquer quelque chose qu’on a pas lu!!!???

    1. Luc Vaillancourt

      Déformation professionnelle: je suis prof de lettres 🙂

  6. Jean-Pierre Vidal

    Voilà qui est tout à fait juste et fort bien dit: assez de tous ces ex-politiciens vertueux mais confortablement stipendiés par qui nous savons, et qui viennent nous donner des leçons de réalité, comme si la réalité telle qu’ils la décrivent n’étaient pas en partie imaginaire parce que construite, comme si elle n’était pas idéologique sous ses dehors d’apparente objectivité, comme si elle ne puait pas la mort que sont le conservatisme et le fric roi.
    Bravo Luc.

    J-P

    P-S: Moi, je viens d’en avoir 68 et j’en ai aussi ma claque de tous ces vieux cons. Et je dois ajouter qu’à la retraite depuis 11 ans, en raison d’une déprime due à ma déception devant les étudiants de l’époque (malgré ceux d’entre eux, il y en a toujours, qui restaient formidables), j’ai, cette année et pour la première fois regretté de ne pas avoir en face de moi comme étudiants ceux que je voyais dans la rue: une génération fantastique se lève (et j’en fréquente beaucoup sous la forme de jeunes artistes). Il est temps que les mon oncles et les belles-mères ferment leur clapet et les laissent agir; ils n’ont pas besoin de conseils.

    1. Luc Vaillancourt

      Merci Jean-Pierre. Je suis honoré de me trouver, encore une fois, d’accord avec toi.

    2. Jean-Serge Baribeau

      Je suis ravi de voir que les vieux cons vous irritent autant qu’ils me portent sur les nerfs.

      Au cours des années 80 je me suis offert, sur un plateau d’argent, un magnifique burn-out qui a duré deux ans. J’étais dans un département de sociologie tellement «chiant» (sauf exceptions) et tellement imbu de «correctitude» politique, idéologique et intellectuelle que je n’en pouvais plus. Maintenant que je suis à la retraite, ce dont je m’ennuie, ce sont les étudiants et non pas certains collègues.

      JSB

  7. Stéphane C

    Je ne partage absolument pas votre opinion. Lucien Bouchard a fait énormément pour le Québec, et limiter son rôle à quelques éléments qui ont moins bien fonctionné (comme les retraites anticipées dans le réseau de la santé) n’est pas faire preuve d’une grande rigueur dans son analyse… Je ne l’ai jamais entendu dire que « la souveraineté est une idée dépassée ». Ce que je l’ai entendu dire, moi, c’est que l’affaiblissement causée par une autre défaite référendaire serait catastrophique pour la cause et qu’il serait plus judicieux d’attendre un moment où la faveur populaire sera là, ce qui n’est visiblement pas le cas présentement. Je trouve votre texte très dur et je trouve dommage qu’on cherche à diaboliser des individus de grande valeur dès qu’on ne partage pas une opinion. Est-ce qu’on peut exprimer un désaccord sur une idée sans chercher à discréditer la personne qui l’a exprimée?

  8. Il est de cette mouture élitiste de la révolution tranquille qui a toujours méprisé le Québec profond, de descendance ouvrière ou paysanne, en les traitant de cul-béni, d’arriérés incultes. Quand j’ai commencé à fréquenter l’Université et le milieu intellectuel, au début des années ’80, ça me rendait malade, ils étaient partout, à cracher sur des gens que j’aimais, mon grand-mère mort après s’être arraché les poumons pendant 30 ans à l’Alcan, ma grand-mère illettrée et dépressive qui nous aspergeait d’eau bénite le dimanche, des pauvres gens soumis aux contraintes de leur époque mais qui nous ont tout de même permis d’avoir une vision critique et d’aspirer à mieux. Les BB et leurs suiveux se sont constitué en nouveau clergé, seul leur dogmes moraux ont changé, mettant le marché comme valeur cardinale plutôt que le Bon Dieu. Mais c’est la même foi aveugle en une chimère et la même volonté de nous forcer à se soumettre à eux, les grands prêtres qui nous sermonnent avec tout le brio dont ils sont capables, maîtres de la rhétorique et des discours qui n’appellent aucune réponse.

    1. Luc Vaillancourt

      Merci pour ce commentaire éclairant. Ça donne un bon aperçu de l’ensemble de l’oeuvre.

  9. Wow quelle « marde » pleine de dogmes qu’est cette lettre de dénigrement. Parce que Lucien Bouchard fait le lobby du gaz naturel, il est nécessairement un vieux con avec des volontés capitalistes? Parce qu’il a voulu faire le déficit zéro, il a totalement saccagé les infrastructures, le système de santé et etc? Je ne dirai que… Franchement quel argumentation de bas étage…

    Ton attitude de dénigrement reflète très bien ta vision UTOPIQUE et complètement déconnectée de la réalité québécoise actuelle.

    Alors je vais me lever et te le dire, « ta yeule Luc », le Québec (celui dans lequel tu vies actuellement) ne veut pas de la souveraineté et OUI il a besoin de nouvelles motivations. Quand, le projet d’indépendance aura un intérêt du peuple et des motifs dignes, ne t’inquiète pas le PEUPLE fera le nécessaire pour y arriver. Actuellement, le DEVOIR des élus est de s’occuper des VRAIS problèmes et de canaliser les efforts des québécois dans des projets qui les électrises et les motives et non dans des histoires qui ne les intéressent guères.

    La force des gens comme Lucien Bouchard est leur pragmatisme lucide qui leur permettent d’avoir une vision globale d’une société à un moment précis et de pouvoir émettre des jugements CONSTUCTIFS. Mais, je te l’accorde cette qualité n’est pas offerte à tous et comme on peut voir tu ne l’as possède pas dutout.

    1. Luc Vaillancourt

      Wow. J’aime ces commentaires qui se discréditent d’eux-mêmes en tombant exactement dans le travers qu’ils prétendent dénoncer. Vous me simplifiez beaucoup la tâche pour vous répondre et je vous en suis reconnaissant.

      1. Il fallait bien s’attendre à ce genre de réponse quand on écrit des stupidités, te voilà servi.

        1. Marielle Couture

          Je me permets d’émettre ici un avertissement sur le ton des commentaires et sur le respect. Considérez-vous avertis. Un autre commentaire de la sorte vous bloquera de cette plateforme à l’avenir.

          1. Je suis même étonnée que n’ayez pas encore sévi…

          2. Marielle Couture

            N’ayez crainte, un échange par courriel aura su régler le problème.

  10. PingPong

    Je suis plutôt en accord avec les commentaires de Stéphanie C. Bien que vos critiques ne soient pas dénuées de fondement, elles gagneraient en force si elles faisaient preuve de davantage de rigueur. Pour l’instant, l’effort est gentil, mais pas très sérieux et teinté de démagogie. Je vous l’assure, nous sommes toujours plus convaincants en étant rigoureux.
    Tout d’abord, il est un peu abusif de noircir comme vous le faites l’héritage politique et social du gouvernement Bouchard. Que faites-vous de la loi sur la parité salariale (l’une des plus coercives dans son genre au sein des pays de l’OCDE) et de la politique familiale québécoise, y compris les fameuses garderies à 5$? Quand même étonnant de la part d’un politicien qui tient le marché comme valeur ultime, n’est-ce pas? Le PQ de Bouchard avait également une vision plus multiculturelle et inclusive d’un Québec souverain que le PQ actuel (bien qu’attendons le test de pouvoir avant de faire des jugements hâtifs). Quant au déficit zéro, on peut certes critiquer vertement la manière dont il a été atteint (et là-dessus, je partage sur le fond vos critiques, bien, qu’encore là, vous grossissez le trait à un point tel, que cela rend votre argument un peu grotesque), mais il aurait été désastreux pour le Québec de ne pas assainir ses finances publiques. N’oublions pas que sa note de crédit avait chuté de 3 places sous les précédents gouvernements: une autre décote aurait gravement alourdi le remboursement de la dette et radicalement diminué sa capacité à emprunter, sans oublier, pour emprunter un argument plus solidaire que financier (quoique je ne pense pas que les deux soient toujours antithétiques), que des déficits accumulés hypothèquent l’avenir des générations futures. Ce sont tout de même des éléments qu’il faut prendre en considération! En 95, le Québec était pris « between a rock and a hard place », comme le dit si bien l’expression. Le virage peut avoir été pris trop à sec, tout-à-fait d’accord!, mais le virage devait être pris.
    Deuxièmement, j’admets que M. Bouchard soit un lobbyiste. Toutefois, je réfute l’accusation implicite dans votre utilisation du terme. Soyons clair, n’importe qui, qui défend des intérêts particuliers et qui exerce des pressions en ce sens, est un lobbyiste. Les syndicats sont donc des lobbys à même titre que le secteur minier ou énergétique. Où je veux en venir est qu’il n’y a rien de mal, à priori, à être un lobbyiste et que ceci, en soi, ne peut former le fond de votre accusation. Il faut démontrer davantage. M. Bouchard a-t-il trahi ses principes en devenant lobbyiste? – telle est la vraie question que l’on devrait poser. Et si on regarde la trajectoire politique de M. Bouchard, qu’on soit pour ou contre ses opinions, il n’y a pas de contradiction apparente entre le premier ministre et l’avocat. Bouchard n’a jamais prétendu être un écologiste et a toujours défendu l’idée que l’intérêt général était en grande part servi par le secteur privé à travers la « création de la richesse ». Que vous ne partagiez pas sa vision du bien général, c’est votre droit, mais celle-ci n’est pas immorale en soi et ceux qui la partagent le font souvent en bonne conscience et avec une certaine forme d’intégrité. Vous auriez du vous attaquez aux positions de l’homme, facilement attaquable, plutôt que de lui faire un procès d’intention plutôt malhonnête.
    Finalement, sous un tout autre sujet, j’aimerais que vous expliquiez davantage ce que vous voulez dire par cette phrase qui me semble un peu obscure:
    « Sous la pression des nationalismes bafoués et la tyrannie de la monnaie commune »? L’UE n’a pas été créée par la force à ce que je sache, et les divers approfondissements ont toujours été appuyés (ou rejetés) par des référendums populaires tenus au sein de chaque pays. L’UE a également toujours affirmé que les identités nationales et l’identité européenne se devaient de co-exister, sans qu’aucune ne prime sur les autres. Si vous jetez un coup d’oeil aux accomplissements de l’UE, ceux-ci ne sont pas négligeables pour un « fantasme » rêvé par des « vieux sages ». La création de l’UE, qui remonte à la CECA, a été en grande part motivée pour apporter une solution à l’autre visage de la « tyrannie des nationalismes », celui des affrontements entre nationalismes, dont l’Europe a énormément souffert, en approfondissant les liens économiques et politiques entre pays. L’UE a également joué un rôle important non-négligeable dans l’intégration des pays de l’Europe de l’est après la chute du communisme et empêché une montée des extrêmes dans ces pays. De plus, l’UE fait figure du pionnière dans le respect des droits de l’homme, notamment avec la Cour Européenne qui permet à des citoyens de poursuivre leur gouvernement en cas de manquement grave aux droits humains. On peut bien sûr prétendre que celle-ci n’a pas été un succès au niveau économique (et ceci est un développement très récent, remontez à 3 ans et on parlait d’un immense succès) et que cet échec laisse présager soit fin de son approfondissement ou même à son démembrement, mais ceci n’ampute rien à ses autres succès et ne justifie pas les termes durs sous lesquels vous la décrivez. Bref, le parallèle avec la situation québécoise me semble plutôt maladroit. À ce niveau, vous auriez dû vous limiter à l’exemple de l’Écosse.

    1. Luc Vaillancourt

      D’abord, je vous remercie d’avoir pris la peine d’écrire un commentaire si détaillé (889 mots, alors que ma lettre en contenait 761) et si rigoureux. Vous me reprochez d’avoir pris des raccourcis, et je le reconnais bien volontiers. À ma décharge, je dirais que c’est le propre du genre choisi, puisque j’ai voulu opter pour la lettre invective, laquelle met davantage l’accent sur le pathos que sur la logique strictement argumentative afin, justement, d’exciter les passions. Le but d’une telle lettre n’est pas de démontrer, mais de polémiquer, avec ce que cela implique en terme de raccourcis et d’expression hyperbolique. De manière plus personnelle, il s’agissait pour moi de dire à un homme que j’ai naguère admiré, la déception profonde que m’inspirent ses prises de position récentes. Cela étant, permettez-moi de réfuter à mon tour vos arguments. Vous dites que je tombe dans le procès d’intention : je ne vois pas en quoi, puisque toute la charge critique porte sur les actes passés et que ne je présume aucunement des motivations de Bouchard. J’ai souligné au passage qu’il était lobbyiste et que son choix de défendre l’industrie du gaz n’ajoutait rien à son crédit. Par ailleurs, vous détournez mon propos en présumant que j’ai voulu critiquer l’Europe. J’entends par «tyrannie de la monnaie commune » le fait que l’adoption de l’euro impliquait des mesures parfois draconiennes de mises à niveau économique et que celles-ci ont eu un impact social non négligeable. Il s’agissait en fait d’insinuer que le fédéralisme ne garantit pas à lui seul la prospérité et l’épanouissement d’un peuple.

      1. Bernard Pelchat

        Reprenant votre dernière phrase, l’inverse non plus. Je veux dire que la souveraineté ne constitue pas le remède infaillible à l’universalité de nos problèmes. Faut pas rêver, quand même… J’aspire à un certain idéal, mais si on considère le pourcentage des votes aux dernières élections en faveur d’une tendance à la séparation, on a un immense travail de conviction à faire pour simplement penser à l’amorce d’un débat menant à la séparation. Alors c’est pas demain la veille qu’on vivra au pays du Québec.

        1. Luc Vaillancourt

          Oui, bien sûr: la souveraineté n’est pas une panacée, mais elle est une solution possible à une réalité complexe que le fédéralisme ne parvient pas à circonscrire de manière satisfaisante. Quant aux pourcentages des votes de la dernière élection, ils témoignent surtout d’une situation volatile où tout peut basculer. Il ne faut pas sous-estimer l’impact que pourrait avoir l’actualité politique mondiale sur le cours des évènements à venir (comme une déclaration d’indépendance de l’Écosse par exemple). L’histoire, parfois, accélère plus vite que les politiques.

          Et pourquoi ne pas y rêver?

      2. Frédéric

        « j’ai voulu opter pour la lettre invective, laquelle met davantage l’accent sur le pathos que sur la logique strictement argumentative afin, justement, d’exciter les passions. Le but d’une telle lettre n’est pas de démontrer, mais de polémiquer, avec ce que cela implique en terme de raccourcis et d’expression hyperbolique. »

        Cette justification pourrait être utilisée par la plupart des méchants journalistes de La Presse…

  11. Jean-Serge Baribeau

    Personnellement ce qui me laisse sidéré et estomaqué, c’est que les deux «principaux» partis du Québec sont allés chercher des conservateurs (ou d’anciens conservateurs comme Lucien Lucide) pour les sauver et les rédimer. C’est la vieille obsession du rédempteur ou du sauveteur.

    N’en déplaise à ceux et celles qui défendent brillamment Lucien Bouchard (c’est leur droit), je considère que Bouchard et Charest ont modifié pour le pire la trajectoire de ces partis, maintenant marqués au sceau de la lâcheté , de la poltronnerie et du manque de courage.

    Le Parti libéral a déjà été un grand parti, assez «progressiste» à la fin des années 50 et au début des années 60. Quant au Parti québécois, il a représenté pour une foultitude de citoyens québécois un vertigineux et colossal espoir. Je pense, quant à moi, que Lucien Bouchard, en dépit de sa grande intelligence, a pulvérisé et néantisé ce qu’il y avait de mieux dans ce PQ qui a pensé avoir déniché un rédempteur, un libérateur et un sauveteur.

    Charest a fait en sorte que le Parti libéral n’est plus «libéral». Il est devenu conservateur et con-serviteur.

    Bouchard est très intelligent mais pas nécessairement aussi «lucide» qu’il le pense.

    Quant à Charest, c’est un politicien aguerri, un grand orateur et un «débateur» mordant et efficace. MAIS…

    Tout cela est très fâcheux!

    JSB

    1. Luc Vaillancourt

      Vous ne mâchez pas vos mots: j’aime votre style.

  12. Richard harvey

    Il a lui-même perdu ses repères le pauvre homme. Comme la plupart des gens de sa génération. Mais il est lui-même le fomenteur de cette déconstruction programmée.

    Avec son frère Gérard et tous les souverainistes affairistes qui ont voulu imposer leur « vision » de la société québécoise.
    Ils ont tout mélangé tout saccagé de telle sorte qu’il n’en reste plus rien, pour mieux la réinventer, la façonner à leur image stricte. Or la réinventer c’est l’usurper !! Leur conception de notre société est pure aberration, une pure lubie. Ils ont foulé au pied ce qui restait des mythes fondateurs après la conquête.

    Ils souhaitent un peuple qui rayonne dans le monde, qui s’affirme tout en condamnant ipso facto ceux qui parmi nous se tiennent debout. Le Lucide a confondu encore une fois ses lubies et la réalité absolue.

    Pour eux négocier c’est régler…et régler c’est se soumettre à leurs diktats. Une philosophie de curé de campagne l’envers.

    En attendant il va faire son métier d’avocat et finir de vendre ce pays schisté, vidé de ses entrailles qu’il a lui-même livré aux orduriers planétaires.

  13. Maxime

    M. Bouchard est un des plus fervent souverainiste encore aujourd’hui, mais il n’y croit plus car le Parti Québécois ne fera plus jamais de référendum et parce que le Parti Québécois semble croire que la souveraineté est une option de la gauche seulement. De cette façon, il est certain que 50% (ou plus) de la population ne suivra pas Pauline Marois si l’envie lui prenait d’aller en référendum (ce qui n’arrivera pas) parce que le Québec est divisé entre la gauche et la droite.

    Vous devriez regarder l’entrevue que M. Bouchard a fait aux Francs-Tireurs avant de le juger comme vous le faites dans ce blog, manifestement sans savoir de quoi vous parlez.

  14. Roselyne Custeau

    Lucide Bouchard et Charest ont fait ce qui leur était demandé (probablement par Desmarais) soit mettre le Québec en position de faiblesse économique et sociale afin de pouvoir maintenir la populace dans la peur de la souveraineté. Bravo pour votre texte, c’est un plaisir de vous lire !

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