Qui a tué la culture?

Les Journées de la Culture existent depuis 1996. S’il peut être intéressant de mettre en valeur notre culture, j’ai l’impression que la manière, cette manière, n’est pas la bonne.

Il suffit de regarder la publicité télévisuelle de cette année, qui présente des guerriers armés de pinceaux, palettes, caméras et autres artéfacts, clichés sémantiques de l’art, sur fond de musique dramatique et épique. Puis, le slogan : Participer, c’est défendre toute la culture. J’aimerais savoir… à quel moment de l’histoire notre culture est-elle devenue agonisante? Comment peut-on vouloir la valoriser, et du même coup la placer en position de victime de manière si insidieuse?

Défendre la culture? Pourquoi?

Je regarde autour de moi, dans le mini-milieu culturel de la région, et je ne vois personne qui agonise. Bien-sûr, peu d’artistes vivent de leur art. Les coupures du fédéral ont fait mal à beaucoup d’organisations et d’individus oeuvrant dans le milieu. Je ne suis pas en train de dire que c’est la panacée et que tout va pour le mieux. Cependant, au niveau d’un événement qui se veut une mise en valeur de notre dynamisme culturel, je questionne cet axe de communication qui place notre culture au même rang que les femmes battues.

J’ai cherché à me rassurer, en allant lire plus loin sur le site des Journées de la culture. Et ce que j’y ai lu m’attriste encore plus. L’historique présente surtout des chiffres, des faits précisent-ils. X argent a été investi pour mettre X artistes en valeur et ainsi rejoindre X nombre de spectateurs. Discours de gestionnaires, de fonctionnaires, un discours qui plaît avant tout à l’état et aux subventionneurs. Ce discours s’inscrit dans une mouvance récente et de plus en plus présente de médiation culturelle. D’ailleurs, c’est l’organisme Culture pour tous qui chapeaute les Journées de la culture. Le nom en dit long. Ainsi, on se vante d’avoir rejoint des milliers de personnes, qui (c’est sous-entendu), n’auraient pas consommé d’art et de culture sans cette activité.

Bien sûr, je ne suis pas contre une plus grande accessibilité pour la communauté à des activités culturelles. Je suis pour qu’on explique, qu’on vulgarise, qu’on éduque, qu’on développe les publics et cible de nouvelles clientèles. Cependant, j’ai trop souvent l’impression que la tangeante que prend la médiation culturelle crée un nivellement vers le bas, en plus de nourrir une espèce de peur naïve envers les élites intellectuelles et artistiques.

Ainsi, alors que la plupart des centres d’artistes, par exemple, ouvrent leurs portes toute l’année et ce, gratuitement, je pense que la valorisation de la culture se fait 365 jours par année par le biais de dizaines et de centaines d’acteurs culturels qui y vouent une énergie sans bornes. La culture québécoise est dynamique, grouillante de talents et d’artisans qui n’ont pas besoin de se faire affubler d’une image si dégradante. Quand va-t-on sortir l’artiste du mythe du quêteux? A-t-on vraiment besoin de se coucher par-terre et faire semblant de saigner pour que les gens s’intéressent?

Si oui, peut-être serait-il à considérer d’autres moyens que trois journées dans l’année où l’on propose des activités gratuites… sous le signe de l’agonie.

 

 

Commentaires

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5 thoughts on “Qui a tué la culture?

  1. Excellent, Marielle…. Merci à vous…
    Philippe Noireaut
    Survivant (heureux) …. du milieu artistique!

  2. Très pertinent. Trop souvent, ce sont les mêmes personnes qui pleurent que la culture québécoise se meurre, qui n’en consomment pas.

  3. Thibaud de La Marnierre

    La culture a été depuis longtemps remplacée par les « industries culturelles ». Ce n’est certes pas un défaut d’être industrieux, mais où plaçons-nous les buts, les fins et les intentions, désormais ?

    Alors, je relis les classiques et m’éloigne de ce q’on appelle maintenant la culture.

  4. Blaise Gagnon

    365 jours par année en effet! Et voilà pourquoi, après avoir adhéré à ce « mouvement » des Journées de la Culture en 1996, investi du temps, de l’énergie et de l’argent -disons-le, car même si c’est gratuit, comme l’éducation dit-on, il faut bien que quelqu’un paie quelque part (jamais je n’ai demandé aux artistes de venir travailler bénévolement) donc, après 3 ou 4 tentatives, j’ai vite compris qu’il vaut mieux s’investir tout le temps, en favorisant des rencontres entre le public et les artistes plutôt que 2 ou 3 jours par année… À LIRE AUSSI: l’excellent texte de Gabrielle Desbiens sur la médiation culturelle!!

    Blaise

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