Médiation culturelle – Réponse à Marielle Couture

Médiation culturelle – Réponse à Marielle Couture

Je tiens à aviser le lecteur en toute transparence que je suis à l’emploi de la Ville de Saguenay comme médiatrice culturelle depuis plus de trois ans. Je rédige toutefois ce texte en mon nom personnel, car je crois en la médiation culturelle au-delà de par mon emploi actuel.

Je souhaite vous proposer une vision différente de la médiation culturelle à celle que nous a présentée par Marielle Couture dans sa dernière chronique. Je crois qu’il ne faut pas lier la médiation culturelle aussi directement et simplement que le fait Marielle à la triste – mais vraie – direction économique que prend le financement étatique que la culture. La médiation culturelle n’est pas simplement, au contraire de ce qu’en pense plusieurs, un moyen de développer les publics ou d’augmenter les statistiques d’admissions afin de recevoir plus de subventions. Si on aborde ainsi la médiation culturelle, c’est qu’on l’utilise à des fins mercantiles exactement de la manière dont on la dénonce dans le texte cité plus haut!

La médiation culturelle fait son apparition au Québec au début des années 2000 et hérite (ou répond à l’échec) des politiques culturelles françaises des années 1960 sur la démocratisation («l’accessibilité aux œuvres capitales de l’humanité») de Malraux et de l’action culturelle et sociale des années 1970 visant la démocratie culturelle.

Ce n’est pas un «buzzword» non plus: c’est un concept qui se développe encore au Québec et que des organismes pan québécois comme Culture pour tous et que des chercheurs de partout au Québec définissent et travaillent à développer en partenariat constant avec les organismes culturels et communautaires ainsi qu’avec les municipalités québécoises pour en faire un vecteur de développement social et un moyen de participation citoyenne et culturelle. C’est un «idéal de démocratisation culturelle1», une volonté de créer un échange entre des groupes sociaux de tous les acabits et des artistes qui souhaitent partager leurs passions. Plus encore, la médiation culturelle vise à faire de tout être humain un être créatif (sans prendre la place des professionnels, mais pour permettre une expression créative).

Il est naïf de croire que, puisqu’un centre d’artistes est ouvert à l’année, tous y ont accès. L’accessibilité ne se réduit pas à une porte ouverte ou à la gratuité, mais dans le développement d’une confiance en soi, de ses connaissances et de ses capacités à s’approprier une œuvre. Or, c’est ici que s’applique le concept de la médiation culturelle; pour développer les référents nécessaires à une participation culturelle accrue, il doit parfois y avoir un intermédiaire qui soutient ces communautés qui, effectivement, n’ont pas l’accès escompté à la vie culturelle. Il leur faut parfois une entrée en la matière (ou ce que Marielle nomme «la vulgarisation» ou «l’éducation») plus adaptée, en résonance avec leurs propres référents culturels (au sens anthropologique).

Enfin, ce n’est certes pas par la gratuité culturelle que s’amélioreront ni la condition des artistes, ni la fréquentation des lieux culturels, ni la participation, ni l’implication citoyenne ou culturelle. La culture a un prix monétaire et il est nécessaire de le faire savoir à tous. La culture a surtout ce pouvoir (gratuit) d’éveiller les sens, de changer les perceptions, de favoriser le dialogue et la rencontre et le partage et l’échange et l’enthousiasme et l’implication, et, et, et.

Pour ce faire, il doit y avoir un contact direct avec l’œuvre (ou une «expérience esthétique», comme le dirait Jean Caune2), qui permettra au spectateur de reconsidérer sa vision du monde, de la modifier et, éventuellement de vouloir changer ses manières de faire et d’être. Et ça, ce n’est pas l’État qui le réalisera: c’est nous tous qui le devons, artisans et travailleurs culturels ou communautaires. Il faut, telle une recrue du monde culturel, s’approprier cette notion de médiation culturelle.

Voilà ultimement le projet de la médiation culturelle. Des mots? Des notions philosophiques, critiquerez-vous peut-être? Je dirais plutôt un méchant gros projet de société dans lequel artistes, communautés, individus et crinqués de la vie travaillent à créer et à bâtir ensemble une communauté qui nous ressemble. Il n’y a, en effet, pas seulement ces trois journées qui sont culturelles…

 Références pour mieux saisir les enjeux de la médiation culturelle :

  • Jean-Marie Lafortune, dir. (2012). La médiation culturelle. Le sens des mots l’essence des pratiques, Presses de l’Université du Québec, Québec.

  • Le portail de la médiation culturelle de Culture pour tous :

http://mediationculturelle.culturepourtous.ca/formation/

  • La prochaine édition de la revue Zone Occupée propose un dossier sur la médiation culturelle!

Tout ça vous fait peur? Contactez-moi pour qu’on en jase, ça me fera super plaisir!

Gabrielle Desbiens, Jonquière

1 Jean-Marie Lafortune, dir. (2012). La médiation culturelle. Le sens des mots l’essence des pratiques, Presses de l’Université du Québec, Québec.

2 Caune, J. (1999). Pour une éthique de la médiation culturelle – Le sens des pratiques culturelles, Presses universitaires de Grenoble.

Commentaires

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2 thoughts on “Médiation culturelle – Réponse à Marielle Couture

  1. Blaise Gagnon

    Gabrielle Desbiens comme Premier ministre!!! 😉

    Blaise

  2. Louis-Félix

    Que des gens comme vous puissent répondre directement aux textes écrits la veille par d’autres textes rend Mauvaise Herbe encore plus intéressant. Bravo!

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