Touche pas à mon utérus!

Comme beaucoup de femmes, je me sens très interpellée par le retour du débat sur l’avortement sur la place publique. Comme beaucoup de femmes, je suis complètement révoltée par les propos du député conservateur Stephen Woodworth au sujet de  l’avortement. Comme beaucoup de femmes, je me suis déjà fait avorter.

J’ai de la difficulté à concevoir qu’en 2012, le gouvernement en place se permette de revoir sa position face à ce phénomène. Est-ce qu’on n’a pas discuté, débattu, légiféré suffisamment sur ce sujet? Est-ce que ma mère n’a pas brûlé sa brassière dans la rue, pour que je puisse disposer de mon corps telle une femme libre? Est-ce possible qu’un homme politique se permette de ramener ce débat au parlement, sans qu’aucune femme ne se lève en hurlant « touche pas à mon utérus?? ». Est-ce qu’une loi peut prétendre définir le concept d’être humain?

L’avortement est une expérience bien unique pour chaque femme et, de mon point de vue, très difficile à traverser. Ça n’a rien d’une sinécure et je suis prête à jurer qu’aucune femme ne se dirige vers un tel rendez-vous en sifflotant de bonheur. Les questions de la vie, de la mise au monde, de l’implication, de l’engagement, ramènent au fondement même de l’existence!! De telles décisions ne se prennent pas à la légère…

C’est vrai qu’en avortant, on dispose d’une vie à venir. Oui, c’est vivant dès la conception. Dès dix-huit jours de gestation, un coeur bat. C’est potentiellement un être humain. Malgré cela, et en évitant le déchirant débat de la primauté de la vie (à qui la vie la plus importante?!!??), je suis pour l’avortement. Pour trois principales raisons.

D’abord, je suis pour le libre choix. Que chacun puisse user de son corps comme bon lui semble, homme ou femme, est pour moi une liberté fondamentale, impossible à opprimer. Il est inconcevable que quelqu’un d’autre que la seule femme concernée par l’être qui vit et grandit dans son corps puisse décider de son sort. On ne dicte pas à quelqu’un la manière dont il doit disposer de sa personne, qu’il soit question d’un sujet aussi décisif qu’un embryon de vie ou aussi superficiel que son apparence. Point.

Ensuite, un enfant non désiré en subira les conséquences toute sa vie. Si on conçoit qu’une vie se développe dans le corps de la femme, alors cette vie est influencée dès le départ par l’état d’être et d’esprit de celle qui la porte. Cela va aussi loin que le partage des hormones par le placenta (sérotonine, adrénaline et autres) lorsque la mère vit des émotions. Vivre avec la venue prochaine d’un enfant non désiré, c’est terriblement lourd. Cet enfant naîtra en ayant, imprimée chimiquement dans chacune de ses cellules, l’aversion entourant sa venue au monde. Sans compter qu’il faut déployer une énergie surhumaine pour élever des enfants. Même lorsqu’on l’a profondément désiré, il arrive qu’on pense regretter d’avoir mis un enfant au monde. Si je n’avais pas désiré et accepté la venue au monde de mes enfants, je ne sais pas comment j’arriverais à m’occuper d’eux avec bonne foi. Bref, je pense qu’un être dont on ne souhaite pas la venue en souffrira énormément toute sa vie. C’est bien beau alors de défendre les droits d’un être qui est, pour le moment, bien au chaud dans le creux du sein maternel. Mais qu’en sera-t-il de ses droits en tant qu’enfant? De son bien-être, dans les années suivant sa naissance?

Enfin, l’avortement ne date pas d’hier. Que ce soit par l’ingestion de plantes toxiques, de techniques chirurgicales discutables pratiquées par des professionnels douteux, depuis toujours une femme qui ne désire pas l’enfant qu’elle porte usera de tous les moyens possibles pour s’en défaire. Je pense que la prohibition mène directement à la contrefaçon, c’est-à-dire que les sanctions légales face à l’avortement mènent directement au développement de réseaux illégaux et donc affranchis de toute réglementation. L’avortement mérite un encadrement médical de qualité, des soins et un soutien adéquats pour la femme qui le subit. Négliger de réglementer ce secteur médical, c’est aussi négliger le droit fondamental des femmes d’avoir accès à des soins de santé professionnels.

Pour toutes ces raisons, en passant par plusieurs autres qui les rejoignent ou les entrecoupent, je pense que l’avortement doit avoir sa place légitime et encadrée dans notre société. Cette mince liberté acquise durement par les femmes ne doit pas, ne peut pas être remise en question, si l’on considère notre société comme civilisée.

Finalement, on pourrait aussi se pencher sur le sujet de la contraception… car les moyens de contraception réellement efficaces et sans répercussions directes sur la santé de la femme sont quasi inexistants. L’évolution de l’industrie pharmaceutique contraceptive est microscopique comparée à ce qu’on finance comme recherches pour faire bander les hommes, par exemple. Sans compter que la responsabilité entourant la contraception revient trop souvent à la femme seule. Quand les hommes seront prêts à porter ce fardeau et cette responsabilité d’égal à égal, peut-être aurons-nous une oreille plus réceptive à leurs positions sur les conséquences d’une baise?* Mais ça, c’est un autre débat…

*Ici, malgré une formulation qui pourrait passer pour sexiste, il serait pertinent de poursuivre la réflexion. Je sais qu’il existe des hommes responsables, impliqués, engagés. Cela n’a rien à voir avec l’implication directe de l’acte sexuel, au sens où la femme ne peut aucunement se soustraire à cette responsabilité. Merci de garder vos roches dans vos poches.

 

Commentaires

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15 thoughts on “Touche pas à mon utérus!

  1. Pierre

    Vous avez déjà subit un avortement. Pouvez vous m’affirmer être à l’aise avec le fait de laisser des gens prendre des foetus avortés et de faire de manière ludique une exposition « trash » avec des foetus et du …vomis ? Un peu comme avec l’exposition sur la viande avarié à Ottawa il y a quelques années.

    Vous savez, je connais des gens sur le Plateau Mont-Royal qui désirent faire ce genre d’activité et ils ne peuvent pas.

    Pourquoi selon vous ?

    Pierre

    1. Marielle Couture

      Je n’affirme pas être à l’aise (ou pas) avec une exposition de foetus, ce serait un tout autre sujet. Le sujet ici est l’avortement, non pas l’éthique en art actuel.

    2. Patrick

      Voulez vous bien me dire c’est quoi le liens avec l’article???
      …je vais repondre a votre place avec une qualité de francais exemplaire!

      FUCK ALL! aucun criss de liens!

      En esperant voir des commentaires constructifs et intelligents pour les futures articles de Mademoiselle Couture.

      Bonne continuation!

      1. Martin

        Patrick
        ENTIÈREMENT D’ACCORD avec toi!

        Pierre
        si l’art vous intéresse, allez donc voir des expositions dans un des nombreux musées du Québec ou de l’Ontario au lieu de sortir avec de telles sotises désobligeantes et complètement déplacées! L’article de Mme Couture est tout à fait pertinent et parle d’un sujet délicat et combien déchirant pour plusieurs femmes qui portent ce lourd fardeau bien souvent à elle seule.

        Mme Couture
        Excellent article sur un sujet qui touche tellement de gens, non pas seulement des femmes mais nécessairement beaucoup d’homme qui trop souvent se défilent au lieu d’affronter cette situation de front en épaulant et en supportant la femme dans cette décision… ce CHOIX déchirant qui ultimement reste celui de la femme. Désolé pour cette « intervention » dénudé de sens et de respect de la part de Pierre!

        Bien à vous!
        Martin

    3. Jonathan

      Pierre, essaye de réfléchir comme un adulte à ce qui suit. Tu veux surement que ce soit illégal de se faire avorter, mais pense aux conséquences. Les femmes, souvent très jeunes, qui utilisent des broches pour provoquer des fausses couches, ce n’est pas mieux, et ça arriverais souvent si l’avortement était illégal. En plus du bébé qui meurt, certaines femmes pourrait mourir ou se blesser gravement et/ou devenir stérile. Aucune loi ne va empêcher une femme de 14 ans qui a peur de la réaction de ses parents d’aller derrière son école pour faire ce genre de chose. Pense à la femme qui a une condition médicale qui fait qu’elle a de forte chance de mourir en donnant naissance, ou qui a besoin de médicament mais ne peux pas les prendre parce qu’elle est enceinte.

      Je sais que ton but est de sauver des vies et de bien faire, mais si tu veux sauver des vies sans en briser d’autres, la meilleure façon pour toi est d’aller aider les africains… Donnent de l’argent 5 vision mondiale, va aider à combattre le SIDA la-bas, part avec Terre sans frontières pour construire un puits pour un village qui n’a pas d’eau potable.

      Si c’est absolument un avortement que tu veux combattre, essaye de trouver une femme de 15 ans dans un centre d’avortement, et explique-lui que même si elle doit s’occuper de son enfant jusqu’à 30 ans sans travail parce qu’elle n’aura pas son secondaire 5, tu vas l’aider en lui envoyant 25 % de ton salaire, alors elle pourra garder son bébé et quand même avoir une bonne vie au lieu de vivre pauvre pour probablement toute sa vie.

      J’aimerais bien qu’il n’y ait aucun avortement, mais il est égoïste de croire que tous les autres vont t’aider à réaliser ton rêve, si c’est toi qui avait à faire le choix, qui avait à élever un enfant d’un viol ou à donner ton enfant en adoption, si c’est toi qui avait à faire le choix de garder ton enfant et de vivre seul et pauvre, si tu avais 3 enfants en santé et que le prochain est déclaré trisomique pendant que tu pouvais encore te faire avorter…. est-ce que tu te mettrais toutes tes énergies sur le bébé trisomique, ou est-ce que tu voudrais te concentrer sur les 3 qui ne sont pas malades ? Je félicite tout ceux qui peuvent se donner pour un enfant malade, mais ce n’est pas tout le monde qui a cet énergie et le support de la famille et des amis.

      Clarification : Je suis un homme, je n’ai jamais eu à faire ce choix difficile, je ne connais aucune personne de moins de 18 ans qui a du se faire avorter pour finir son école ou parce que ses parent seraient hystérique, aucune femme ne m’a avoué s’être fait avorter après un viol, …. Mais je suis quand même capable de comprendre qu’il y aurait eu des choix difficile à faire dans ces situations. Les hommes ont le choix de quitter avant la naissance du bébé, et ils le font souvent…. Les femmes ont le choix de se faire avorter, même si parfois l’homme aurait voulu garder le bébé… c’est triste, mais c’est comme ça.

  2. Marie

    Bien répondu, de façon cohérente avec la philosophie (humaniste) de votre billet, qui est très juste et qui fait la part des choses – l’avortement en général n’est certes pas un événement heureux, ni léger, ni arbitraire. C’est une décision de vie qui se prend souvent à regret en raison de circonstances pénibles et dont il faut ensuite faire le deuil. C’est dire qu’il ne s’agit pas de banaliser l’avortement, justement, mais de l’encadrer.

  3. Pierre

    Ce sujet est tout à fait valable. Le foetus est considéré sur le plan légal à un déchet médical. Pourquoi vouloir s’empêcher de réfléchir.

    La censure dans le domaine de la pensée c’est stupide.

    Que pensez vous de Richard Martineau qui disait en 2010:

    http://martineau.blogue.canoe.ca/2010/05/18/avortement_une_proposition_sensee

    Pensez-vous que Martineau est stupide et rétrograde par ce qu’il considère le foetus comme un être humain ?

  4. Pierre

    Autres questions gênantes:

    1- Est-ce qu’on peut considérer le foetus comme un rein ou une autre partie de notre corps … même après 9 mois ?

    2- Est-ce qu’un foetus est comme une tumeur maligne ?

    3- Est-ce qu’un foetus a le même ADN que la mère ?

    Je suis stupide. Je m’excuse de poser ces questions.

    1. Jonathan

      1- Il est illégal de se faire avorter après 9 mois… et bien avant ca !

      2- Non. Comme la question est stupide, j’irai pas plus loin.

      3- Non, l’ADN du fœtus est différent, il comprend une partie du père aussi… et j’espère que si un fœtus a ton ADN, tu laisseras la mère s’occuper d’élever les enfants. Ca change quoi ???? Les femmes qui se font avorter le savent bien que c’est leurs bébé, et ce n’est certainement pas un choix facile qu’elles font. C’est déjà assez difficile comme choix, si en plus elles doivent s’expliquer à des gens comme toi qui les jugent sans connaitre toute leurs histoire….

      Tu sais, je suis contre l’avortement. Par contre, je ne peux pas imposer mes choix aux femmes qui veulent se faire avorter. Je ne vais pas entrer dans tout les cas spécifiques, mais si j’étais une femme victime de viol, il est fort possible que je songe à l’avortement aussi. A moins que tu penses comme certains républicains américains qui disent que la femme a un contrôle total et ne peux pas tomber enceinte quand elle est victime de viol… Si c’est le cas, alors dis-le clairement, ça aidera les gens à comprendre quel genre de personne tu es !

  5. Pierre

    Pourquoi on fait une échographie ? Qu’est-ce qu’on cherche à savoir de cette photographie de ce que porte la mère ?

    J’attend votre réponse éloquente !

    1. Jonathan

      On cherche à savoir si le bébé est en santé. Tu sais, quand on sais que le bébé a une maladie, on peut parfois se faire avorter, mais on peut aussi le garder et se préparer mieux parce que de s’occuper d’un bébé avec une maladie grave, c’est pas facile. Et ce n’est que des ondes sonores, c’est pas très dangereux…. alors c’est quoi le problème ?

  6. Louise Gendreau

    Pas de roches chère Marielle… que des fleurs!

    Louise G.

  7. Valérie LF

    Pierre, ce texte ne traite pas du tout les foetus comme une partie du corps de la mère. Bien évidemment qu’il s’agit d’une vie indépendante. C’est ce qui fait la douleur et la complexité du sujet.
    Mais cela n’enlève rien aux arguments de madame Couture. Les avez-vous lus?

  8. Pierre

    Les femmes qui se font avorter le savent bien que c’est leurs bébé.

    Je suis content que tu dises que c’est un bébé. Donc une personne.

    Bravo !

  9. philippe reverdy

    Il y a une différence entre remettre en cause le droit à l’avortement et vouloir mieux l’encadrer. Comme il est dit dans cette chronique, le droit à l’avortement est un droit fondamental pour une femme de pouvoir disposer librement de son corps. Si au XXIe siècle, on en est encore à débattre de cela, bonjour l’obcurantisme. Mieux l’encadrer serait avoir le courage de penser que ce droit fondamental, je le répète, a le devoir de s’accompagner d’une meilleure prévention, information et éducation. En effet,un avortement n’est pas un acte anodin. Face à cette épreuve physique et psychologique, une femme est souvent seule. Ainsi chaque avortement évité sera, non pas une vie sauvée, mais une chance de plus pour la société. Ce ne sont pas les conservateurs, sous influence religieuse, qui ont le monopole de la morale. Les « faiseuses d’anges«  sont d’une autre époque et tant mieux: combien de femmes y ont laissé leurs vies

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