Ils ne lâcheront pas le morceau

Ils ne lâcheront pas le morceau

Je n’ai pas lu encore les journaux de ce vendredi matin, mais je fais le pari qu’il y aura plusieurs chroniqueurs et éditorialistes aujourd’hui (et demain, après-demain et jusqu’aux prochaines élections) pour déchirer leur chemise sur la place publique, en criant au déni de démocratie face aux toutes premières décisions de Pauline Marois.

C’est de bonne guerre, j’imagine, et il faudra s’y habituer, car ils ne lâcheront pas le morceau de sitôt.

Jean-Jacques Samson, Richard Martineau, André Pratte, Mario Roy, Alain Dubuc, Lysiane Gagnon, pour ne nommer qu’eux, ont déjà préparé le terrain, dans une série d’articles publiés au cours des deux dernières semaines, pour une condamnation sans appel de la décision prise hier par le Parti Québécois d’annuler par décret la hausse des frais de scolarité et d’abroger en partie la loi 12 (anciennement connue sous l’appellation de projet de loi 78), en l’occurrence : les dispositions qui limitent le droit de manifester, mais pas celles qui déterminent les modalités de reprise des cours.

À en croire nos pitbulls de la démocratie et du bien commun, les dernières élections constituaient un référendum sur la hausse des frais de scolarité et le résultat du vote ne saurait être interprété autrement que comme un désaveu complet des revendications des carrés rouges.

Pauline Marois n’a donc pas l’autorité morale, ni même le droit démocratique, pour défaire des mesures votées à l’Assemblée nationale et endossés sans équivoque par la majorité silencieuse dont les journalistes sont les interprètes exclusifs et autoproclamés.

C’est une évidence, diront-ils en cœur.

Et pourtant, la CAQ annonce qu’elle ne contestera pas ce décret.

Et je vous assure que les Libéraux ne tenteront pas de renverser le Parti Québécois sur cette question.

Alors pourquoi nos plumitifs inféodés s’agitent-ils ainsi? À quoi bon tous ces sparages si leurs protestations ne trouvent pas d’échos chez les parlementaires bafoués?

C’est parce qu’on les paie pour s’agiter ainsi. C’est le travail du bon relationniste (ou propagandiste) que de défendre les intérêts de ses patrons et partenaires stratégiques, afin de faire progresser leur agenda politique commun. Il s’agit pour eux de mettre en place, dès à présent, l’argumentaire qui servira à défaire le PQ aux prochaines élections.

Ils écriront que cela va couter trop cher. Que c’est irresponsable de céder ainsi aux pressions de la rue et qu’il s’agit d’un dangereux précédent. Ils ne manqueront pas d’interpréter la manifestation du 22 septembre en faveur de la gratuité scolaire comme un coup de force des étudiants, qui n’en auront jamais assez, alors qu’il s’agit tout juste pour eux de faire valoir une vision de l’éducation qui se défend et vers laquelle le Québec s’est engagé à cheminer avec le Rapport Parent.

Ils vont tenter par tous les moyens de faire payer un prix politique à Pauline Marois pour cette décision, en espérant que leurs vitupérations enflamment tout ce qui grouille à droite au Québec. Certains sympathisants de la cause en viendront même à dérougir et dire qu’elle exagère.

Alors, si j’étais à la place de notre Première ministre, je ne toucherais pas à la loi 12.

Au contraire, je profiterais du couvert de l’article 9 (la fameuse clause Henri VIII), qui confère au Ministre de l’éducation, donc à l’exécutif, le pouvoir de modifier le contenu et l’application de lois et règlements adoptés par l’Assemblée nationale, pour mettre sous le nez des Libéraux et des Caquistes leur propre abomination et annuler, sans autre forme de procédure et en toute légalité, la hausse des frais de scolarité.

Elle ne le fera pas, bien sûr, car elle n’est pas particulièrement revancharde et qu’elle a déjà opté pour la voie démocratique par excellence en promettant de tenir un sommet sur l’éducation où tous les intéressés seront appelés à s’exprimer, mais elle aurait beau jeu de faire valoir auprès de ces messieurs dames de chez Québecor et de chez Gesca, qui ont eux-mêmes défendu cette loi odieuse et portant atteinte aux droits constitutionnels les plus fondamentaux, leur inconséquence manifeste en matière de démocratie.

 

Commentaires

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6 thoughts on “Ils ne lâcheront pas le morceau

  1. DANIEL CHENAIL

    Excellent article et si le batard d’Angletere peut servir pourquoi pas quand on a affaire au néolibéraliste qui a ni moral ni respect alors, sous toute réserve, on peut prendre les grands moyens…

  2. Et bien tu as visé juste encore une fois…Yves Boisvert de la Presse contre attaque ce matin avec son dernier torchon: http://www.gg.gg/krf

    1. Frédéric

      Bon les gros mots… »torchon » et Yves Boisvert ne vont pas ensemble. Vous êtes en désaccord? Fine. Torchon (« texte mal écrit et mal présenté « )? C’est con.

  3. Mathieu

    J’ai de la difficulté à comprendre le mépris de certains rouges face aux verts, je n’ai pas l’impression que les verts insultent et rabaissent les rouges. Pouvons-nous débattre sur les idées et le fondement et laisser les attaques personnelles en dehors de ça? Nous avons 2 idéologies, chacune valable et respectable. Mme Marois a bel et bien le droit démocratique d’imposer un décret, personne ne dit le contraire. Ce que certains acceptent moins bien c’est le fait que 58.3% de la population québécoise ait appuyé un parti qui prônait la hausse (CAQ et PLQ) et qu’il y aura un gel.

    C’est la structure de nos institutions démocratiques qui mériteraient d’être revue, mais ceci étant dit, nous ne pouvons dénier que la situation présente est juste. C’est juste au sens que si le contraire c’était produit, si une majorité avait appuyé le gel et qu’un gouvernement libéral avait été élu, les hausses se seraient produites. On n’est pas dans un système à 2 poids 2 mesures, mais on est dans un système où la majorité ne l’emporte pas nécessairement.

    1. Luc Vaillancourt

      Les verts n’insultent pas les rouges? Vous n’avez jamais visité la page Facebook du Mouvement des étudiants socialement responsables? Cela dit, vous avez raison de signaler qu’il s’agit de deux idéologies qui s’affrontent et que l’une et l’autre ont droit de cité. J’aimerais seulement que nos médias soit aussi magnanimes que vous.

  4. Bien écrit Monsieur Vaillancourt, si vous me permettez, j’ajouterais que le papier sur lequel ces scibouilleux lèches-bottes à la solde de Gesca et Québécor expriment les aspirations monétaires de leur patron, était propre avant qu’ils écrivent dessus. On sent les grands patrons avec leur fouet entre les lignes.

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