Les croisières du Maire

Il était temps d’arriver quelque part.

Nicolas Bouvier, L’usage du monde, 1963, petite bibliothèque Payot

 

Le maire de Saguenay charrie, il nous charrie allègrement. Depuis longtemps déjà. Vous ne vous en souvenez pas ? Le voilà maintenant qu’il célèbre presque tout seul le débarquement de la 100 000e croisiériste de ses «gros» bateaux qu’il veut nous vendre depuis bientôt sept ans. Pour lui, c’est LA solution à tous nos problèmes économiques, touristiques et politiques. Une vieille dame de Shurton Stogursey Bridgwater Somerset en Angleterre, Mary Shillaker, qui aurait pu se passer de ça, pauvre elle, se retrouve avec un bon d’achat de 100$ de chez Odina Simard de La Baie sans doute et deux billets pour voir de force The Fabulous… Pauvre madame, prise malgré elle dans le tourbillon démesuré des croisières du maire qui ne rêve que du large et du ciel.

La semaine dernière, par exemple, au début d’une semaine comme une autre où les Saguenéens auraient dû se ruer sur les spectacles extraordinaires du Festival International des Arts de la Marionnette, le maire compulsif convie ses citoyens d’abord avec forces messages publicitaires dans les médias à aller voir le gros bateau de croisière qui mouille une nuit complète au quai d’escale de La Baie. C’est à n’y rien comprendre. D’autant plus que tous les médias régionaux embarquent spontanément encore une fois dans son trip et sur ses bateaux sans même se poser quelques questions essentielles sur le pourquoi et le comment des croisières du maire après sept ans. Leur utilité, leurs retombées véritables, leur signification à long terme, sur le long cours de la collectivité si je peux me permettre l’expression.

Il nous répète sans rougir que chaque croisiériste, selon les statistiques officielles de l’Association mondiale des croisières en eaux profondes, dépense en moyenne 160$ par jour à chaque escale. Que les membres de l’équipage à bord de ces bateaux pour leur part achètent en moyenne pour 80$ de pâte à dents et autres produits de toilette. Donc, si l’on se fie à ses chiffres les croisiéristes auraient dépensé au moins 106 millions depuis le début des opérations des croisières saguenéennes. Et je ne tiens pas compte ici des dépenses des membres des équipages qui, selon le maire, passent leur vie à magasiner dans les pharmacies de La Baie et des environs. Et des fameux droits d’accostage qui seraient eux aussi faramineux pour ajouter à la colonne des profits.

Si c’était le cas, monsieur le maire fabuliste, les chauffeurs de taxis de La Baie rouleraient en Mercedes et pourraient eux-mêmes se payer ces croisières internationales en partance de Los Angeles, de Londres et d’ailleurs. Croisières qui ne sont pas tout à fait accessibles aux communs des mortels, qui eux se contentent à La Baie de pêcher le téteux sur le quai en face des gros bateaux, une fois les monstres maritimes disparus.

Les employés de la compagnie Garda, qui surveillent le quai des croisiéristes lors de leur brève visite, porteraient des gros bagues et passeraient leur vie à s’acheter juste pour le fun les bleuets en céramique et autres produits d’artisanat local qui font tiquer les visiteurs de passage.

Personne sauf le maire n’ose avancer des chiffres sur les vraies retombées financières et économiques de ces bateaux de croisière qui mouillent à l’automne quelques heures – le temps d’une marée – à La Baie. Personne sauf les experts inventés par Promotion Saguenay et leur porte-parole.

On sait toutefois que la Ville a injecté plus de 50 millions dans l’aménagement du quai et du pavillon pour accueillir les gros bateaux. Qu’elle s’apprête à investir de nouveau quelques dix autres millions dans la construction du village portuaire promis depuis quelques années déjà et qui tarde à paraître au grand jour. La semaine dernière, le maire lui-même s’étouffait dans son optimisme en déplorant l’étroitesse des lieux pour accueillir en même temps deux ou trois gros bateaux. Il songe déjà à agrandir les installations actuelles qui lui apparaissent trop petites. Est-ce qu’il y a quelqu’un dans la salle, sur le quai, qui va lui faire comprendre que ses croisières ne transformeront pas l’industrie touristique régionale. Que les gens de La Baie n’ont pas trouvé plus d’emplois permanents depuis que les gros bateaux se pointent le bout du nez dans leur baie. Que ses croisières nous laissent particulièrement indifférents et sceptiques sur leur portée régionale. Que ses gros bateaux n’intéressent plus personne sauf lui-même. Que son trip croisiériste, on en a soupé.

Au lieu de questionner, d’enquêter sur les véritables retombées dans le milieu de ces visites éclairs de gros bateaux, les journalistes de Saguenay de tous les médias confondus entonnent en chœur la chanson du maire composée de quelques couplets sur le nombre de passagers et de membres d’équipage en nous laissant croire que tout ce beau (vieux) monde autonome se rue dans nos commerces régionaux une fois à quai. Alors qu’on sait très bien que les croisiéristes trouvent tout ce qu’il faut pour survivre à bord. Que la grande majorité, lors de ces brèves escales d’une journée, en profite pour dormir au lieu d’aller magasiner au Dollarama des Galeries de La Baie.

Le maire reste optimiste. Il analyse la conjoncture politique internationale et mesure à quel point les astres sont favorables pour faire de son quai d’escale le projet du siècle à Saguenay. Son délire l’habite plus que jamais. Je le soupçonne de s’empiffrer de fromage en crottes Boivin durant les visites de gros bateaux pour mieux contrôler son stress et ramollir ses neurones. Il espère que tous les bateaux de croisière qui naviguent sur le fleuve vont tous remonter le Saguenay jusqu’à La Baie durant l’été. La stabilité politique de la région nous avantage selon lui. Pas de carrés rouges ici… «Il n’y a pas de limite puisqu’aussitôt qu’il y a un événement malheureux dans le monde, un tremblement de terre ou des manifestations, les gens ne veulent plus y aller…actuellement le Mexique suscite la crainte en raison des vols perpétrés chez les touristes et la présence des narcotrafiquants.» (Le Quotidien, 18 septembre).

Qui se bouscule sur le quai de La Baie quand apparaissent les gros bateaux du maire ? Toujours les mêmes curieux, les mêmes citoyens d’abord de La Baie qui se sont mis dans la tête de les photographier pour le fun, pour se monter un album photos souvenirs et pour les mettre par la suite sur leur blogue rendant les parents et amis jaloux. Le petit monde qui s’ennuie et qui croit un instant que ces visiteurs vont découvrir leur coin de pays et en parler aux autres à leur retour chez eux. En fait, ces gros bateaux font rêver les curieux qui vont les voir comme le maire. Les bateaux de croisières sont des mirages qui agissent comme ceux que les touareg rencontrent dans le désert. Comme ils ne peuvent pas s’y approcher de trop près, ils les regardent de loin et en rêvent sans jamais les atteindre. Les projets du maire sont ainsi, des mirages qu’il faudra bien dégonfler un jour. Il serait grand temps avant qu’ils se mettent à construire des quais d’escale un peu partout et de nous déguiser en Amérindiens. Mais je crois qu’ils le font déjà à La Baie.

Pierre Demers, poète rouge d’Arvida

Commentaires

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10 thoughts on “Les croisières du Maire

  1. C’est vraiment plat de vous lire Monsieur,il n’y a que du négatif dans tout ce qui sort de vorte bouche.Vous devez sûrement être un homme de tête parce qu’un poête ne parle pas comme ça .Je ne sens que frustrations ,jalousie,rien de constructif dans ce que je lis ,juste à voir votre visage de profil c’est plat,j’ai eu deux cancers donc la vie je connais çà et j’ai pas peur de parler.Mon mari a vécu deux morts subites et est miraculé.Nous voyons la vie autrement et c’est très décevant de voir des humains comme vous monsieur qui essait de monter la tête des plus farfelus et de rabaisser les pauvres gens ordinaire.On le meilleur maire qu’on a jamais eu monsieur et j’en ai vu des maires j’ai soixante ans dans la région.Je pêche à la Baie et c’est un tr`s grand plaisir de pêcher de l’éperlans essayez donc pour voir.Occupez vous donc de questionner les bonnes personnes et non les chialeux comme vous.Venez jaser avec une personne de coeur vous ouvrirez peut-être votre esprit .Moi aussi j’ai une grande gueulle mais je parle des vrai affaires et je vois le beau et le laid et les personnes qui se cachent derrière des niaiserie qui sortent de leur écrits.Commencez donc a changer de nom vous ne faite pas honneur aux poêtes du tout,puis j’aimerais voir un sourire dans votre face .Je vous respecte en tant qu’humain mais vous êtes tout qu’un numéro monsieur,en tout cas notre maire bouge s’informe voyage pour nous faire paraître sur la carte….y a des fran¸ais qui pensent encore qu’on a des plumes sur la tête.Hey c’est assez lâchez le s.v.p. pour une foi qu’on a un maire qui ne fait pas juste remettre des trophès.Et attention je ne suis pas une femme frustrée j’ai juste beaucoup de vécu et j’ai pas peur de dire aux personnes négatives ce que je pense.Je vous béni monsieur en espérant que vous ouvrirez votre esprit le plus vite possible
    qu’on ne lise plus von âneries et que vos écrits soient agréable.

  2. Labaidaine

    Les croisières apportent du glamour, mais pas d’argent. En réalité, ce sont les « gars de bateau » de Grande-Anse et de Rio-Tinto qui viennent dépenser ici; eux ils ont vraiment rien sur leur bateau laid et plein de poussière de bauxite. Ils s’en foutent des bleuets en céramique! Mais des marins phillipins, c’est pas glamour…

    Le tourisme à la Baie, c’est réellement important, mais la réalité, c’est que durant les 3 mois d’été, La Baie n’est qu’un détour. Les spectateurs de la Fabuleuse Quétainerie s’en retournent dans les autres arrondissements à la fin; le théatre est en plein milieu d’un quatier résidentiel, à 22h00, c’est mort. Vaut mieux aller dormir au Holyday Inn de Chicout ou pire, gratuitement dans la Fifwheel en face du Vieux-Port.

    Seul plan positif du Maire: transformer le festival du Gigons de la pêche Blanche en évènement touristique comme celle de St-Anne-de-la-Pérade. Pour l’instant, La Baie est une ville dortoir d’où les jeunes veulent s’en aller et les vieux, y mourir.

  3. Y as-tu juste du monde frustré sur ce site ………….que c’est donc triste.En tout cas c’est mieux de passer que pas passer.Moi j’irais marcher plus souvent au port j’aurais pas mal moin de bédaine …..!!!!!!!Faut pas s’aimer beaucoup
    pour ce cacher derrière un nom pareil.

  4. […] Les croisières du Maire | Mauvaise Herbe. Share this:ShareTwitterFacebookLinkedInPrintEmailJ'aime ceci:J'aimeSoyez le premier à aimer […]

  5. Après vive réflexion ,bien oui je suis une gigonne qui va à la pêche blanche.J’ai l’honneur de montrer à mes petits enfants en bas âge comment pêcher et quel bonheur de voir leur visages quand ils repartent avec leur petit sac sanwich avec un ,deux des fois trois petits poissons (éperlans et non téteux) ,pour montrer leurs prises à leurs parents…..Ça c’est de la culture messieurs.Donc mauvaise deuxième réponse ,trop de colère de m’être fait traité de gigonne .Mais enfin de compte j’en suis fière savez-vous.

    1. Marielle Couture

      Mais… on dirait que vous êtes frustrée? Je dis ça de-même. Personne ne vous a visé personnellement. Personne ne vous oblige à lire Mauvaise Herbe…

  6. Hiiiiii,venant d’une femme c’est assez surprenant vous n’écrivez pas pour faire réagir les gens?Si on ne peut pas réagir audire qui nous insultes pk écrivez-vous.Je ne trouve pas ça correct que les gens qui font un sport soit traité de gigons voyons donc on peut donner son oppinion sans insulter les gens.Tout puet se dire mais c’est dfans la manière de le dire madame ,je vous l’ai dit je ne suis absoluement pas frustrée mais je ne suis pas contente de la manière de dire les choses au peuple ordinaire.Non je ne suis pas obligé de lire mauvaise herbe mais j’ai aussi la libertée de le lire si j’en ai envie .On dit pas les choses de-même onles dit c’est tout avec franchise.Il y a des choses tr`s intéressante de vous en plus ,vous me surprenez beaucoup ,c’est comme dire ….haaa est menstrué …….ouffffff.Si on ne peut pas répliquer pk ce journal existe.Autrement dit il faut être dacord avec tout ceux qui donnent leurs écrits sur ce journal……..alors je n’ai comprit le but.Pourtant je n’ai pas dit de niaiseries. Alors expliquez moi le but de mauvaise herbe et si c’est pas ce que je pensait ,je vous flucherez sans rancunne .

  7. Marilyne

    Je pense que vous avez interprété des commentaires hativement. Écrire Le festival du Gigons de la pêche Blanche ne veut pas nécessairement dire que tous les amateurs de pêche blanche sont gigons …
    Moi-même, j’aime la pêche blanche et je ne me suis pas sentie visée par ce terme… Mauvaise hrbe est selon moi effectivement un site pour provoquer … mais je ne suis pas certaine que les gens qui y écrivent s’attendent à recevoir des insultes personnelles.
    On parle de provoquer des réflexions, des débat d’idées … à mon avis!

  8. Merci pour l’explication madame,monsieur Demers a raison sur beaucoup de points et je suis en accord avec lui mais ce sont ses insultes qui me frappent.Ce qui est dit aux gens ordinaires comme moi et bien on en fait tous partie.Désolée de vous avoir tous choqué, mais comme je dit on peut provoquer sans insulter.Désolée monsieur Demers je me retiendrai à l’avenir.Excusez-moi.Bonne journée à vous tous.
    p.s.En tout cas vous avez réussi à me provoquer donc sans rancunne si c’est votre but.

  9. nike air max…

    Ce cas de figure ne semble provoquer en fait ?quune érosion significative à droite, en précisant que cette maillot de foot avec flocage officiel ne serait pas abordée avant 2015, avant que ce dernier ne nike air max dun coup  de poing, qui demande la s…

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