On a la rue, ils ont La Presse

On a la rue, ils ont La Presse

Quelle ironie! Après avoir exposé, dans une somme considérable d’articles, les dangers pour un état démocratique de laisser la rue lui dicter sa conduite, voilà que La Presse bat les pavés virtuels pour se porter à la défense des riches et faire pression sur le gouvernement.

Il faut admirer la force de frappe de ce nouveau mouvement social, que l’on devrait surnommer les carrés d’or en référence à ce qu’ils valorisent par dessus tout: le pouvoir économique. Une petite semaine d’éditoriaux indignés et de chroniques annonçant l’exil imminent des mieux nantis aura suffi aux protestataires pour faire reculer le gouvernement, le tout, sans coup férir et sans avoir à se départir de leurs vêtements pour attirer l’attention (mis à part peut-être une ou deux chemises Armani qu’ils ont déchirées pour mieux accentuer le pathétique de leur situation).

Dans cet espace virtuel où ils manifestent leur désaccord, pas de police, pas d’escouade anti-émeutes, pas de gaz lacrymogène, partant: pas de risque de se faire mal -d’où leurs bravades répétées et leur ardeur à en découdre avec le gouvernement minoritaire, faisant fi, dans leur pusillanimité, des leçons du vieux Corneille pour qui, « à vaincre sans péril, on triomphe sans gloire ».

Quelle hypocrisie! Comment ne pas éclater de rire quand Alain Dubuc, André Pratte, Michel Girard, Jean-Phillipe Décarie et Vincent Marissal insistent tous pour marteler qu’il est injuste que les 4% des plus riches paient 30% des impôts, et donc bien davantage que leur juste part, sans jamais rapporter cependant ces autres chiffres (voir tableau plus bas), qui montrent bien à quel point la classe moyenne est plus sollicitée encore, en omettant de souligner qu’à l’évidence, plus on est riche plus on en verse; le vrai problème étant ce qu’il nous est loisible de faire avec le reste.

Il faut admirer la créativité comptable de ceux qui se sont égosillés à nous expliquer au printemps que 50 cents de hausse par jour, ce n’était pas trop demander aux étudiants, sans égard pour ce que cela représente en considération du revenu moyen de ce groupe, lequel avoisine les 10 000$, et en négligeant de prendre en compte que de 50 cents, on passait à 4,72$ par jour au bout de 7 ans, soit 17,2% d’un revenu de 10 000$!

Qui oserait soutenir qu’une hausse aussi brutale est acceptable et condamner du même souffle une hausse de 1,70$ par jour pour les revenus de 150 000$ (soit 0,4%) comme s’il s’agissait d’une grossière injustice?

La Presse ose. Et ce faisant, elle montre bien qui elle sert depuis le début. Il n’a jamais été question pour elle de défendre le bien commun dans sa campagne contre les carrés rouges, mais les privilèges des mieux nantis, de ses commanditaires et du patronat.

La Presse n’est pas, comme elle a pu le prétendre, le défenseur du gros bon sens et du contribuable toutes catégories confondues, elle est la branche militante d’une élite financière qui croit que tout lui est dû sous prétexte que c’est elle, et elle seule à l’en croire, qui fait rouler l’économie.

Reconnaissons plutôt qu’il s’agit d’abord pour cette élite de perpétuer un modèle qui l’avantage et qui, inexorablement, accentue les inégalités (je réalise que je me répète d’un article à l’autre, mais l’actualité aussi est redondante).

Comprenez leur panique. Cela fait onze ans (bien plus longtemps en fait, mais tenons-nous-en à l’évidence) qu’ils nous répètent que la situation économique est critique, qu’on n’a plus le choix et qu’il n’y a pas d’autre salut que le chemin de croix de l’utilisateur payeur.

Onze ans qu’ils nous programment patiemment, par des pronostics aussi certains que l’astrologie, à consentir à toutes les hausses de tarifs et, soudainement, un nouveau gouvernement se pointe et explique que, en fait, tout est question de choix et de priorités politiques.

Catastrophe! C’est propre à faire mal paraître ces journalistes qui prétendent mieux connaître l’état de nos finances que le ministre qui en est responsable! D’où l’avalanche d’articles avec des épithèthes comme « improvisation », « irresponsable », « dogmatique ».

Qui est dogmatique? Qui est irresponsable? Qui improvise? Ceux-là même qui paniquent face à des solutions qui ne sont pourtant pas sorties des nues: ce sont, depuis toujours, les mêmes cataplasmes appliqués par les gouvernements socialistes sur les plaies béantes des finances publiques, laissées par ceux qui ont eu la mauvaise idée de réduire aveuglément les impôts.

Car ce qui est terriblement menaçant pour la crédibilité des Libéraux, de la CAQ et de leurs amis de La Presse, c’est que cette micro-chirurgie fiscale (appliquée sans anesthésie, certes) pourrait fort bien fonctionner, si tant est qu’on laisse au PQ la chance de l’entreprendre.

Luc Vaillancourt
http://www.radio-canada.ca/nouvelles/Politique/2012/09/25/001-marceau-impot-retroaction.shtml

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13 thoughts on “On a la rue, ils ont La Presse

  1. Et encore, s’il n’y avait que La Presse! Mais les apôtres du néo-libéralisme envahissent littéralement les ondes depuis les quelques annonces du gouvernement Marois semant la panique partout où ils passent et propageant la nouvelle d’un avenir apocalyptique. On ne peut que constater à quel point le marché, le monde financier et celui des affaires sont partout et tiennent mordicus à leur niveau de vie et surtout…. à leur liberté d’agir en fonction de leurs uniques intérêts.

  2. Très bon texte encore une fois, juste tes chiffres de 10 0000$, Je crois qu’il y a une 0 de trop …. c’est plutôt 10 000$ 😉

    1. Luc Vaillancourt

      Ouf! Erreur corrigée, merci!

  3. Il me semble que le gouvernement n’a pas reculer dans ce dossier, mise à part qu’il se dit prêt à négocier sur la façon de le faire. Pour le reste le ministre des finances à dit dans un article hier que c’était non négociable. On retournera p-e en élection plus vite qu’on pense! Avec un PLQ sans chef, et une CAQ dégonflée, ça serait un salle coup à leur faire. 😉

  4. Excellent article. Toujours la même gang qui a essayé de nous faire peur avec les camions de la Brinks il y a des lustres.

  5. Radio-Canada qui en rajoute en montrant que la violence est le fruit de quelques têtes brûlées qui portent soit une ceinture de faucille, un homme à barbe ou le fait de s’habiller en noir. Vraiment, il faut être obtus de l’esprit pour expliquer ainsi la violence du Printemps érable. On ne mentionne aucunement celui qui est à l’origine de la violence et qui la souhaitait pour en faire un gain politique. Radio-Cadenas, comme disait l’autre, a préféré l’analyse d’un quelconque sous-fifre garant de protéger les chemises Armani de quelques-uns.

  6. Gabriel Girard

    Mais la presse a aussi Patrick lagacé, Pierre Folai, Nathalie Petrowski, Rima Elkouri, rc. qui équilibrent le débat à gauche. Je crois que c’est un journal équilibré, mais je semble être le seul prêt à le défendre

    1. Luc Vaillancourt

      Faites le compte: les voix progressistes sont minoritaires, et c’est délibéré… http://www.mauvaiseherbe.ca/2012/06/28/dormez-citoyens-la-presse-veille/

  7. Vraiment intéressant Luc.

    J’aime particulièrement ce bout: « Comprenez leur panique. Cela fait onze ans (bien plus longtemps en fait, mais tenons-nous-en à l’évidence) qu’ils nous répètent que la situation économique est critique, qu’on n’a plus le choix et qu’il n’y a pas d’autre salut que le chemin de croix de l’utilisateur payeur.

    Onze ans qu’ils nous programment patiemment, par des pronostics aussi approximatifs que l’astrologie, à consentir à toutes les hausses de tarifs et, soudainement, un nouveau gouvernement se pointe et explique que, en fait, tout est question de choix et de priorités politiques. »

    Il est clair que notre éducation a été bien faite et nous restons encore majoritairement convaincu que c’est cette vieille vision qui est la réalité…

  8. Vincent gagné

    Les riches se battent pour ne pas payer plus d’impôts.
    Normal, non, c’est pour cela qu’ils sont riches. L’appareil médiatique appartient aux riches -power corp, videotron et bell – donc c’est normal qu’il fait la promotion des positions des riches comme la Classe promouvoit les positions des syndicats.
    Svp arrêter d’affirmer des évidences comme de l’analyse approfondie. C’est choquant alors que nous devons au Québec et surtout au PQ trouver des solutions novatrices et long terme aux problèmes qui nous frappent. Taxons la consommation d’essence qui est un véritable fléau pour notre société et encourageons les citoyens à utiliser le transport en commum. Cette solution remplierait les coffres, aiderait la planète et ferait payé plus les riches qui consomment plus d’essence avec leurs bolides et suv deluxe en se rendant à leurs maisons secondaires!

  9. Renée Vertefeuille

    Tous les textes que je viens de lire m’ont réconciliés avec les malaises que je ressens (même viscéralement) depuis les dernières élections. Je trouve que le Québec va mal, le Québec a mal . Les 9 dernières années ont gagrénés nos valeurs morales, abîmés nos esprits. J’essayais de remettre l’église au milieu du village ( si vous connaissez l’expression) Ce qui m’a beaucoup rassurée dans vos textes c’est que vous avez réussi en quelques lignes à poser un diagnostic sur mes malaises que j’avais assez bien identifés mais vous venez de me conforterdans mon propre disgnostic. Vous me donnez espoir. Merci à tous…

  10. «Qui oserait soutenir qu’une hausse aussi brutale est acceptable et condamner du même souffle une hausse de 1,70$ par jour pour les revenus de 150 000$ (soit 0,4%) comme s’il s’agissait d’une grossière injustice?»

    En fait, l’utilisation du revenu total est trompeuse. Les paliers d’imposition s’appliquent en effet sur le revenu imposable, pas sur le revenu total. Or, les statistiques fiscales des particuliers de 2009 nous montrent que les 159 204 contribuables qui déclaraient des revenus de 100 000 $ à 149 999 $ ont bénéficié en moyenne de déductions (RÉER, Régime de pension agréé, déductions pour gains en capital, etc.), de près de 17 000 $. En plus, cette déduction moyenne est sûrement plus élevée pour les contribuables qui ont un revenu brut de 149 999 $ que pour ceux qui en ont un de 100 000 $. D’ailleurs, les contribuables qui ont eu un revenu total si situant entre 150 000 $ et 199 999 $ ont bénéficié de déductions moyennes de 26 400 $.

    On peut donc dire que pour bien des contribuables, ce n’est qu’à partir d’un revenu avoisinant les 150 000 $ qu’ils commenceront à être touchés par l’ajout du palier à 130 000 $ de revenu imposable. Ainsi, une grande partie des contribuables qui gagnent 150 000 $ ne verraient nullement leur impôt augmenter, mais ils bénéficieraient plutôt de la baisse de 200 $ de la taxe santé, soit une baisse de 0.55 $ par jour, plutôt que de voir leur facture fiscale augmenter de 1,70 $ !

    Le même raisonnement s’applique aux contribuables qui gagnent 250 000 $ et plus, comme j’en ai parlé dans ce billet http://jeanneemard.wordpress.com/2012/09/27/le-lobby-des-riches-et-la-confusion-organisee/ :
    «peu nombreux sont ceux qui gagnent moins de 300 000 $ qui paieront le taux maximal (31 %), la moyenne de gains déductibles des contribuables qui ont gagné 250 000 $ et plus en 2009 s’étant élevée à 56 450 $…»

  11. Typhaine Leclerc-Sobry

    À Québec aujourd’hui, on soulignera l’hypocrisie des « carrés or » lors d’une action théâtrale (https://www.facebook.com/events/421241887936864/?ref=ts&fref=ts).

    Le comité de mobilisation de la Coalition régionale opposée à la tarification et à la privatisation des services publics vous convie à une action théâtrale et ludique dans le cadre de la «mobilisation générale contre les politiques néolibérales».

    Mobilisons le 3%! Chacun-e pour soi, bloquons la hausse!

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