Duchess Says: Rituel

New-York. Détroit. Terrebonne. Chicoutimi. Duchess says est venu rappeler vendredi ce que c’est que d’être en vie à la population saguenéenne.

Il n’existe pas tellement de possibilités d’être vivants. De sentir la sueur d’autrui et de se sentir à la maison, entre humains. D’espérer une main sur soi, et de la recevoir, qui vous pousse doucement. De la part de grands yeux bleus qui crient. D’être ensemble en tant qu’animaux. Êtres de sensations, de frottements, de cohabitation, de confrontation. Une énergie appuyée sur une symbiose de basses et de clavier, sur des peaux qui insistent et sollicitent les vertèbres. Une énergie que l’on a vu surgir quelque part en 1976, aux détours d’une grève des éboueurs, à Londres. À Memphis, dans les bobettes d’Elvis et au bout de la corde de Ian Curtis. Ou au Sous-Bois dans les yeux de la duchesse et dans les mains de sa solide section rythmique. « Imparable », dirait mon alter-égo Français, que j’ose même pas imaginer comment je l’haïrais.

Pas tellement de possibilités d’être vivants, disais-je. Pas plus pas moins qu’à Londres ou à Berlin au tournant des années 80, quand les abus de vieillards à cravate aussi voraces que stériles exacerbaient ce besoin d’affirmer une vie au delà ou en deçà des civilités. C’est peut-être ça, le punk. Mon caleçon, lui, sait ce que c’est.

Et ce groupe le sait aussi, qui a choisi, vendredi comme tant d’autres soirs, d’affirmer la vérité du rythme qui insiste, du regard dans les yeux, de la main sur le corps, de ces parasites qui font la beauté de la distorsion,. De la bière répandue, savamment lancée, d’une prière agenouillée au coeur d’un cercle, entonnée par cette jeune femme devenue folle à force de musique. Elle emmène avec elle les coincés et les ouverts. Belle parce que libre, et rendant beaux, free your mind and your ass will follow, disaient d’autres obsédés du beat. Elle tend le micro: « Fais comme moi. » À quoi sert un artiste, sinon à ça? N’est-ce pas la voie de l’équilibre?

De tous les artistes, avec peut-être les danseurs, les musiciens sont les plus liés au corps. L’onde qui traverse la chair, la chair qui produit l’onde. Le corps, finalement, est la victime ultime de tous les esclavages. Une société qui engendre Duchess Says est une société vivante, j’allais presque dire en santé. Nous somme peut-être une centaine à s’être laissé rappeler que rien ne s’interposera jamais entre nous et le bonheur du rythme qui traverse le corps. Qu’il n’en tient qu’à nous de crier dans un micro une vérité unique: l’individu, ensemble.

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One thought on “Duchess Says: Rituel

  1. Rebecca Catini

    Ton texte perce le béton, bien écrit, bien rythmé. Merci Stéphane.

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