La beauté de l’allaitement

La beauté de l’allaitement

C’est une chronique risquée. Je vais parler d’allaitement. Je profite de la superbe photo de Mahée Paiement et de la semaine de l’allaitement pour combler un vide béant. Pour parler à celles qui ne trouvent rien quand elles tapent sur Google : « allaitement » « vache » et « dégoût ».

Je sens déjà les couteaux qui s’aiguisent dans les cuisines. Mais je vais écrire pareil. Parce que je ne suis pas seule à m’être sentie totalement désemparée face à l’allaitement…pendant ma grossesse.

La grossesse! Moments de bonheur garantis, mais n’oublions les « désagréments ». J’ai eu une grossesse magnifique et pourtant, j’ai eu le goût d’assassiner tous ceux qui m’avaient dit que « la grossesse n’est pas une maladie ». Parce que je me sentais, définitivement, malade. Un corps qui se tend, se tire, enfle, se gonfle, se déplace, se tord… Si ce n’est pas une maladie, les symptômes y ressemblent pas mal. Et le risque pour la santé est réel : sans surveillance, une grossesse sur 48 se termine avec la mort de la maman. Ce n’est plus vrai dans les pays occidentaux, mais il reste que c’est une grosse étape pour un corps de femme. Une immense étape!

Enceinte, on se fait demander : « Vas-tu allaiter? » Ça vient presque tout de suite après : « Quel nom allez-vous lui donner? » C’est donc une question de première importance.

 

Allaiter.

J’avais un malaise. Un très gros malaise. Toute ma vie, mes seins ont eu une fonction principalement décorative. Ma docteure les surveille quand je la visite pour mon examen annuel, mon chum en prend soin de temps en temps. Tout naturellement, je devais maintenant les voir devenir principalement nourriciers… En visualisant le bébé et moi, je me voyais plutôt devenir une vache. Loin d’être agréable…

J’ai cherché sur Google. Pour trouver des gens qui partageaient mon hésitation. Ma difficulté à assumer le « changement de fonction » des seins. Mais même si je trouvais des sites qui pardonnaient aux mamans qui ne POUVAIENT pas allaiter (raisons de santé bien sûr), il n’y avait rien pour celles qui ne VOULAIENT pas.

Je n’osais plus en parler. Culpabilité, quand tu nous tiens… Je m’abreuvais de lectures sur le sujet, je lisais les commentaires de mères épanouies qui ne voyaient pas pourquoi on utilisait les biberons, qui racontaient le bonheur total d’être en symbiose avec leur bébé… Quand on parlait de celles qui DÉCIDAIENT de ne pas allaiter, je trouvais des choses du genre : « Elles sont libres de le faire. Je ne les juge pas, même si je ne comprends pas ce choix. Mais on voit aussi des mères qui décident de continuer à fumer pendant leur grossesse… »

Allô? La cigarette, ça se compare au biberon? Je me sentais encore plus misérable. Et je déteste me sentir misérable… Alors j’étais de plus en plus en colère. Je me dirigeais droit vers la certitude que je n’allaiterais pas. Parce que je m’y sentais forcée.

Autre chose me chicotait : être au service total de bébé pendant la durée de l’allaitement. Évidemment, si j’ai choisi d’avoir un enfant, j’accepte de développer le « don de soi ». Mais il y a un père dans l’histoire et, pour moi, « biberon » rime avec « papa peut nourrir bébé pendant que maman se repose ».

Mon chum et une amie ont enduré toutes mes hésitations pendant quelques mois… Puis je me suis calmée. Je suis restée avec l’idée : « Je vais essayer ». Et j’ai eu un bébé facile comme tout, j’ai donc allaité pendant cinq mois. C’est d’ailleurs pourquoi j’ose écrire cette chronique! On ne peut plus me reprocher d’avoir REFUSÉ d’allaiter! Gna gna gna…

Mais pour celles qui hésitent, celles qui ne peuvent pas ou celles qui refusent carrément, soyons honnêtes et déboulonnons les mythes :

 

1. L’allaitement, ce n’est pas plus fatigant que le biberon

Vous vous en doutez, c’est totalement faux. Vous fabriquez le lait… Donc vous êtes plus fatiguées. En plus, à moins de tirer votre lait, vous devez vous lever quand bébé appelle. Personne ne peut l’allaiter à votre place. Et si bébé dort plus longtemps, vous devez vous lever pareil car vous avez une méga-montée de lait.

Qu’elles qu’en soient les études qui disent le contraire, ne les croyez pas. Le soir, on se sent les seins secs, même si on n’a aucun problème de quantité de lait. Le corps travaille fort pour nourrir le bébé.

 

2. C’est tellement agréable d’allaiter

C’est beaucoup plus agréable que je l’imaginais. Pour moi. Mais c’est différent pour chacun.

Si c’est votre premier, vous aurez mal aux mamelons au début. Ça ne manque jamais. Demandez aux infirmières de vous amener des crèmes spéciales pour ça (presque magiques, ça fonctionne très vite). Parce que, en voyant des ampoules de sang sur mes mamelons, j’ai demandé : « Mon Dieu! Est-ce que c’est grave? Ça fait mal… » Et on m’a répondu : « Non, non, ce n’est pas grave. Si le bébé boit du sang, il le vomira ». Euh… Je m’inquiétais pour moi, pas pour le bébé!!!

 

3. C’est un acte naturel

Évidemment. C’est tellement naturel qu’il faut apprendre comment faire! Disons que j’ai vu mieux comme « acte naturel ». Pour le bébé, c’est naturel. Mais pour la femme, ce ne l’est pas nécessairement.

 

4. C’est la principale fonction des seins

Non. J’ai une espérance de vie de 90 ans et dans cet intervalle, j’aurai peut-être deux enfants… Donc un an d’allaitement? Alors, en temps, c’est loin d’être long, ce qui n’en fait pas la « fonction principale » dans ma tête.

Vous vous imaginez comme une vache laitière en pensant à l’allaitement? Heureusement, ce n’est pas le cas dans la réalité! Avec le bébé, c’est un moment différent, une petite colle spéciale où il est tranquille (parfois on se dit : « Enfin tranquille! » ;). Mais avec le tire-lait, c’est tout autre chose! Là, je me sentais vraiment comme une vache!

 

5. C’est tellement plus facile et moins cher

Si ça fonctionne bien, c’est vrai que ce n’est pas compliqué. Pas de préparation à trainer, aucune odeur désagréable (les préparations de lait, ça pue tellement!). Mais n’oublions pas les possibles complications : mastites et autres. Une amie ou une marraine d’allaitement, ça peut aider.

Allaiter, c’est vraiment moins cher … C’est encore plus vrai si vous allaitez le bébé suivant. Parce qu’au premier, j’ai investi dans un tire-lait (petite machine qui redonne un peu de liberté et laisse de la place au papa!) et ça coûte un bon montant.

J’ai fini ma « montée de lait ». Si vous voulez maintenant me clouer sur le mur des sans-cœurs et des égoïstes, je n’ai pas écrit cette chronique pour vous. Je l’ai écrit pour celles qui se sentent toutes seules avec leurs doutes et leur sentiment de dégoût face à l’allaitement. Parce que ça se peut, je le sais. Respirez et laissez aller la culpabilité. Et décidez quand vous verrez la face de ce petit bébé : ne pas allaiter, essayer ou peut-être même… allaiter!

 

P.-S. On ne nous avertit pas, mais un bébé de quatre ou cinq mois… Ça mord.

Voilà, vous savez tout. 

 

 

Commentaires

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8 thoughts on “La beauté de l’allaitement

  1. Moi j’espère bien allaité mais dans mon entourage c’est moi la minoritaire, c’est moi qui se fait juger puisque je veux le faire longtemps et n’importe où. Des amies mamans m’ont dit qu’elles ont senti la pression dont tu parle puisque l’allaitement est devenue une espèce de mode ce que je trouve totalement ridicule. Je ne suis pas enceinte encore et je retiens déjà les endroit favorable à l’allaitement (là ou il est permis d’allaiter en public, aucun ici mais à Montréal oui), je trouve qu’on as encore du chemin à faire. Mais bon depuis toujours les femmes ont du se plier aux jugements des autres et biens souvent des autres femmes, je vois que ce n’est pas sur le point de changer. À mon avis chaque maman à droit de faire ce qui lui plait de son corps et mérite des encouragements et principalement des autres maman.

    1. helene hudon

      Je crois que tu ignore qu’allaiter est un droit reconnu partout dans ce pays et que personne ne peut même te suggérer d’utiliser un local aménagé à cette fin, même si ils en ont un. Pour le bébé et la mère c’est un droit.

  2. Ne pas oublier la mode d’accoucher naturellement aussi … lol fonder une famille est devenu quelque chose de trend on dirais !

  3. Christiane Asselin

    Cette chronique, nécessaire, drôle et cynique, mais toujours juste, m’a rappelé bien des souvenirs et beaucoup de réalité. Merci au nom de toutes celles qui ne savent pas encore.

    Ça été la plus belle période de ma vie, certes, ces neuf mois en tête à corps avec mon fils.

    Mais j’ai connu tous les aléas que vous décrivez. Une montée de lait catastrophe, des mamelons qui saignent, la solitude, parfois, de l’allaitement (surtout à minuit et à 4 heures, quand le papa dort), la fatigue, bref…

    Je n’ai pas connu la morsure du petit, cependant, pour la simple et bonne raison qu’il n’a pas eu de dents avant ses 10 mois !

    Par ailleurs, j’ai entendu des discours tout à fait contraires à ceux que vous décrivez.

    En effet, à l’époque (notez que mes seins auront 60 ans bientôt), les femmes qui choisissaient d’allaiter étaient jugées « timbrées ».

    Alors j’entendais : « Hein, tu allaites encore ? -Oui, ça fait deux jours qu’il est né ! »

    Imaginez quand ça a fait neuf mois ! Mes amies bienveillantes étaient à mes trousses et s’indignaient de cette durée qu’elles jugeaient démesurées. Certes, pour elles, les hormones de la grossesse m’avaient rendue folle !

    En fait, allaiter ou pas, ça restera toujours une position où l’on s’expose (c’est le cas de le dire) à la critique, selon l’époque.

    Pourquoi donc ? Cachez ses seins que je ne saurais voir ?

  4. Bonjour!
    Je suis Psychoéducatrice et les études démontrent que le fait d’allaiter ou non son bébé ne change rien au lien d’attachement si la mère est chaleureuse. Vous pouvez donc avoir des enfants adaptés et équilibrés même si vous n’allaiter pas! Voilà!
    Petit commentaire pour en rassurer quelques unes!

  5. Kathleen Cotton

    J’ai allaité pendant 16 mois. C’est le bébé. qui d’une certaine manière, a décidé que maman devait cesser l’allaitement. Dans mon cas, ça été un charme. Je n’ai pas eu de mastite ou complications avec les seins. J’avais même trop de lait. Je tirais mon lait de façon manuelle. Vraiment, ce fût une belle expérience pour moi. donc, il n’y a pas toujours du négatif à l’allaitement.

  6. Questions : il arrive qu’une mère, quoique bien intentionnée et attentive à cette évidence de la nature, ne puisse donner de lait pour des raisons strictement physiques. Pas de lait après l’accouchement : j’ai entendu dire que ça se peut. À part « le lait de remplacement » versé dans un biberon, existe-t-il, comme autrefois en Europe, les fameuses nourrices qui proposent leurs services pour allaiter les enfants? Est-ce un tabou en Amérique du Nord ou est-ce que la pratique existe auprès d’organismes consacrés aux bébés naissants?

    1. Marielle Couture

      Plusieurs groupes de femmes militent depuis fort longtemps pour faire rétablir les banques de lait maternel. En gros, ce sont des femmes qui produisent du lait et qui en donnent à une banque, qui fournit les bébés dont le mère ne peut allaiter pour x ou x raison. Les scandales reliés au SIDA et à l’hépatite B dans les années 80 ont poussé plusieurs pays (dont le canada) à fermer les banques de lait. C’est un débat très actuel, puisque la demande existe. Pour ce qui est des nourrices, ça doit bien exister! Mais je n’en ai jamais personnellement entendu parler…

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