Les pédos font vendre

Le sexe… une banale ruse pour augmenter la compétition entre les hommes et la rapidité de fonctionnement de l’ensemble

Michel Houellebecq, La possibilité d’une île

Des fois, ils exagèrent les médias et tous ceux qui s’en servent abondamment pour se faire du capital. Ça nous saute aux yeux et aux oreilles. Prenez par exemple, le tordage de nouvelles et autres commentaires faits sur le dos des pédophiles depuis quelques années. C’est vrai qu’ils ont le dos large les pédos et tout ce qui va avec. Depuis l’époque des pensionnats dirigés par les frères et les curés «mets-ta-main» jusqu’aux troupes de scouts et d’équipes de hockey pee-wee infiltrées par je ne sais combien de pédophiles plus ou moins actifs. À tous les jours, de nouvelles victimes se souviennent de leurs agresseurs qu’ils avaient oubliés depuis 40-50 ans et tentent la poursuite réparatrice.

La semaine dernière, le Journal de Montréal a orchestré une campagne de promotion de son quotidien sur le dos des pédophiles encore une fois et de tous les prédateurs sexuels connus et méconnus en publiant (réservés aux abonnés) les lieux de résidence de ceux-ci à Montréal et à Québec. Auparavant, le journal avait demandé à ses lecteurs assidus, qui le lisent sans frais chez McDo et Tim Horton, s’il fallait établir un registre national des pédophiles pour sécuriser davantage les parents qui n’en peuvent plus d’avoir peur de leurs voisins à l’allure louche. Qui n’en peuvent plus surtout de voir à TVA ou ailleurs des reportages masqués sur des pédophiles récidivistes qui circulent dans les parcs et autres lieux publics sans le consentement de leurs surveillants. Les pédos font vendre.

Les chroniqueurs «vedette» du Journal de Montréal en font leurs choux gras plus souvent qu’à leur tour, en ressassant les cas de ces pédophiles qui reprennent du service. Ce qu’ils aiment surtout, les chroniqueurs et les commentateurs radiophoniques et télévisuels, ce sont les détails des crimes pédophiliques. Ils veulent tout savoir et surtout ils veulent qu’on le sache et qu’on décline mille fois les éléments scabreux. On les surexpose avec profits. Le fait divers et policier fait vendre et détourne les lecteurs des vrais enjeux de la société partagée entre riches et pauvres, exploiteurs et exploités, élus corrompus et élus dénigrés pour leur souci du bien commun. Entre citoyens innocents et citoyens coupables. Bref, la pédophilie sert le statu quo et divertit le citoyen esseulé et inquiet de tout.

Se rendent-ils compte à quel point ils entretiennent cette paranoïa autour des pédophiles et leur omniprésence dans la société ? On arrive à penser que se cache un pédophile derrière tous les vieux passants qui traversent les parcs en milieu d’après-midi. On arrive à penser que les jeunes n’ont plus le droit de s’adresser aux personnes plus âgées sans courir tous les risques. Les vieux qui ne sont pas pédophiles se demandent s’ils sont normaux. Je donne un exemple parmi tant d’autres ; un de mes amis musicien d’une cinquantaine d’années, originaire d’Arvida, vient passer quelques jours dans sa ville natale. Il demeure depuis trente ans à Montréal. Il lui prend l’envie de visiter le quartier, la maison de son enfance près d’un parc et d’une école primaire. Il entreprend une conversation avec des jeunes élèves qui sont de passage là. Il les filme avec son cellulaire et filme aussi les environs. Les jeunes lui posent des questions sur le quartier, il évoque son enfance dans ces lieux. Une prof qui semble le surveiller de loin depuis peu arrive en trombe dans le parc. Elle ne salue pas mon ami évidemment, semble tout de suite s’en méfier et somme les élèves de continuer leur chemin le plus rapidement possible. Elle leur indique même qu’il ne faut pas parler aux étrangers sans même s’informer sur l’identité de l’étranger en question. En me racontant cet incident un peu inusité, mon ami m’a révélé qu’il s’est senti alors comme une sorte de pédophile qu’on venait de prendre sur le fait de conversation avec des jeunes. Il a trouvé que l’institutrice entretenait chez les jeunes cette fameuse crainte des inconnus d’un certain âge. J’ai moi-même ressenti souvent cette impression quand l’hiver, des parents viennent chercher leurs enfants qui glissent dans les mêmes côtes enneigées que moi. Comme si maintenant, il n’était plus possible d’entretenir une conversation anodine avec des jeunes après un certain âge. À mon avis, c’est l’une des conséquences directes de cette obsession des médias pour la couverture des crimes pédophiliques.

La société vénère le culte de la jeunesse à tout prix et se voit malgré elle poussée vers cet idéal. Tout le monde veut paraître jeune, en forme, sans rides, beaux comme des ados. Des émissions de télé comme Occupation Double a consacré l’ère des pitounes filiformes et des mâles aux pectoraux hypertrophiés sans cervelle. La vieillesse actuelle débute à 35 ans. J’ai entendu des animateurs de radio qui sortaient du cégep dire que tel spectacle n’avait attiré que des vieux de 40 ans. Ce genre de préjugés envers la vieillesse ne fait que consolider les obsessions et les idées fixes des pédophiles particulièrement sensibles à l’innocence des enfants et des ados.

Un animateur de Radio X à Québec qui sévit le matin, et se prend pour un journaliste d’enquête, tient régulièrement une chronique pédophilique. Il n’y questionne pas le travers et la maladie comme telle, ses origines et le fait par exemple qu’on l’a dissimulée au Québec pendant des décennies pour des raisons religieuses ou sociales. Non, il se limite, avec son co-animateur/perroquet de service, à relire dans le détail les condamnations des pédophiles publiées dans les chroniques judiciaires et à s’en moquer allègrement. Ils «ironisent» au premier degré comme ils disent. Il se permet même de se mettre en scène en évoquant sa propre situation de victime pédophilique dans sa jeunesse pour faire grimper d’un cran l’universalité du phénomène. «Nous sommes tous, dans une certaine mesure, des futures victimes des pédophiles ou des pédophiles nous-mêmes qui s’ignorons. »Préparons-nous et préparons nos jeunes. Donc, que faut-il faire selon ces alarmistes?

Participer à la croisade du sénateur conservateur/harperien, Pierre-Hugues Boisvenu contre les criminels d’accoutumance et autres pédophiles récidivistes. Augmenter le temps d’incarcération de ces criminels, si c’était possible rétablir la peine de mort pour ce genre de crimes qui minent à tout jamais l’époque. Si seulement on pouvait se faire justice soi-même… En insistant sur le danger que courent les victimes de ces actes pédophiliques, on en arrive à faire croire qu’il est impossible de donner une seconde chance à ces criminels. Qu’il faut les traquer quartier par quartier, rue par rue, identifier rapidement leur lieu de résidence, pour «ne pas que nos maisons perdent de la valeur» (Un des arguments employés très souvent par la majorité silencieuse et le fan club du sénateur Boisvenu). Publier la carte détaillée de tous ces prédateurs sexuels qui semblent se multiplier comme les mouches noires au début de l’été ne fait que mêler les cartes et la perception des choses. Si le budget du Ministère de la justice fédérale le pouvait, on les déporterait sur Mars ou dans le Grand Nord avec les assistés sociaux et les carrés rouges.

Au lieu tout simplement de respirer par le nez. De faire confiance aux professionnels qui considèrent que les criminels, les pédophiles et autres prédateurs sexuels ne méritent pas tous la potence. Depuis que l’hebdomadaire Allô-Police est disparu, trop de médias tentent de le remplacer. Le voyeurisme judiciaire ne s’est jamais si bien porté. La manipulation des masses par les médias populistes encore plus. Depuis la fin du lock-out, le Journal de Montréal (et de Québec) est devenu une feuille de choux gras qui pousse dans toutes les directions et sur toutes les plateformes.

Pierre Demers, poète rouge d’Arvida

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One thought on “Les pédos font vendre

  1. Ghislain

    Et vous M. Demers, vous pensez quoi des pédos? Vous, l’ancien enseignant du Cegep de Jonquiere. Est-ce qu’on leur offre suffisamment d’immunité et de quiétude, suite a leur incarcération? Après tout, ils sont victimes du système judiciaire et des médias mesquins qui les traquent!

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