Saguenay est-elle une ville corrompue?

Le christianisme et l’alcool, les deux plus grands agents de corruption

Friedrich Nietzsche(1844-1900)

Saguenay est-elle une ville corrompue? C’est la question qui brûle les lèvres de tous les journalistes de la région en ce moment où, à la commission Charbonneau, l’entrepreneur repentant Lino Zampito, plus ou moins piteux, vide son sac en éclaboussant un peu tout le monde. On la pose quotidiennement au premier magistrat de la ville croisiériste qui trouve n’importe quoi encore pour répondre. D’abord, considérons la question en soi et surtout à qui elle s’adresse précisément. Histoire de vérifier le bien- fondé de tous et chacun. Histoire de savoir si on peut vraiment trouver une réponse satisfaisante pour le commun des mortels citoyens à cette question piégée.

La Ville, ce n’est pas seulement le maire quoi qu’il en pense. C’est aussi tous ceux qui tournent autour, tous ceux qui travaillent pour et avec ses moyens, soit les fonds publics pour en profiter parfois et faire rouler l’économie de cette ville particulièrement amochée depuis qu’il y trône. Impossible de savoir ce qui s’y passe, qui y trempe, à quel point les affaires et les choses qu’on y décide se font en catimini. Saguenay est une ville fermée sur elle-même depuis trop longtemps. Les décisions sont prises en vase clos par une poignée de consultants et de conseillers choisis par le maire et redevables qu’à lui.

Saguenay est-elle une ville corrompue? La question est sans doute d’actualité mais on devrait cesser de la poser au maire, qui s’empresse de répondre toujours la même chose. Pourquoi ne pas aussi la poser aux entrepreneurs de la ville qui profitent, entre autres, des dizaines de chantiers de démolition depuis dix ans pour faire de cette ville un immense parking pour retraités plus ou moins autonomes, en visite à la pharmacie, à la clinique médicale privée ou au foyer de vieux. On pourrait aussi la poser aux fournisseurs, aux entrepreneurs – souvent les mêmes – favorisés par les appels d’offres de la Ville. La poser aussi à tous ceux qui ont amélioré leur sort avec le régime Tremblay, les bureaux d’avocats, d’architectes, d’ingénieurs, de notaires qui s’inscrivent en lettres d’or sur la liste des amis privilégiés de cette administration.

La poser aux rares fonctionnaires qui oseront parler de ce régime qui a censuré toute la fonction publique municipale pour certaines raisons, j’imagine, qui ne relèvent pas uniquement de la meilleure coordination des réponses aux citoyens d’abord.

La ville de Saguenay est-elle corrompue? Peut-être? Je ne sais pas. Je l’ignore. J’attends les preuves pour le confirmer, ou que passent aux aveux des témoins indignés. Le premier scandale attend son tour.

Quand les journalistes demandent une xième fois au maire de Saguenay, si SA ville est corrompue, celui-ci s’empresse de répondre pour éviter peut-être de laisser les autres répondre. La meilleure défense est l’attaque. Les amateurs de sports connaissent la recette. Quand on demande au maire de Saguenay si la ville est corrompue, c’est comme si on demandait à l’entraîneur des Saguenéens si son équipe est de calibre pour jouer dans la LHJM.

Saguenay est-elle une ville corrompue? Les journalistes pourraient peut-être poser la question aux propriétaires des terrains et des édifices des centre-villes de Chicoutimi, de Jonquière, de La Baie, de Kénogami qui les ont négociés à forts prix pour les abandonner à la Ville. Avant de voir la Ville tout démolir pour laisser place à des terrains vagues la plupart du temps. À qui appartenait les édifices qu’on a rasés à Jonquière, pour construire une bibliothèque hors norme qui tarde à pousser faute de financement et de volonté politique? Ici, ce n’est pas la pègre qui gère les chantiers de construction mais d’autres organisations s’en chargent très souvent.

D’autres groupes d’affaires et de pression qui font les «représentations» nécessaires pour dézoner, prioriser un chantier plutôt qu’un autre. Aller faire un tour sur le “boulevard Taschereau” de Saguenay; le boulevard Talbot à la hauteur des centres d’achats, pour saisir le salmigondis du développement urbain et commercial de cette ville qui semble maintenant s’étendre à la périphérie des anciennes villes, avec ces quartiers drabbes contrôlés par des entrepreneurs improvisés qui monnayent à 200 000$ le 4 ½ jumelé.

Le maire parle comme si le crime «plus ou moins organisé» ne sévisait pas dans SA ville. Mais c’est vrai que très souvent il l’avoue lui-même, il n’est pas au courant de tout ce qui se passe. Il apprend souvent ces choses par Le Quotidien ou par un autre média d’information. Il lui arrive aussi de faire semblant de ne pas savoir. Un journaliste le lui glisse à l’oreille lors d’une séance du conseil municipal. Le maire ne sait pas tout, il l’avoue lui-même. Mais il insiste, cette fois, pour affirmer haut et fort que Saguenay n’est pas corrompue? Il devrait se garder une petite gêne comme on dit.

Dans Le Quotidien du 9 octobre, il fait encore la manchette et le front page avec son affirmation «urbi et orbi»… «Corruption, pas dans ma ville…je passe tellement de temps dans l’administration de la ville qu’il ne sera pas facile de m’en passer une.» Et dans l’entrevue qu’il accorde à son journaliste préféré du lundi matin, il se permet même de remettre en cause la nécessité des parties politiques municipaux. «Je ne comprends pas que l’on puisse verser un pourcentage à un parti politique. Que voulez-vous que je fasse avec un million de dollars dans le compte d’un parti politique?».

Évidemment, il en profite pour dénigrer toute forme d’opposition à l’hôtel de ville en laissant même entendre que la ville de Montréal est corrompue à cause de l’existence de partis politiques. Ce n’est pas son premier sophisme politique. Pour sa part, il n’a sans doute pas besoin de contributions financières pour se faire réélire et rester en place encore et encore. Mais on ignore toujours qui finance ses campagnes électorales et les sondages bidons qu’il refile aux hebdodamaires locaux avant chaque élection. Sans doute ceux qui partagent sa vision du développement de la ville, fondée sur l’improvisation du moment.

On n’a pas encore démontré qu’il y avait des cas flagrants de corruption dans l’octroi des contrats à Saguenay, mais on peut dire que certains dépassent de beaucoup les coûts prévus (Ex. Le quai d’escale à La Baie, le fameux village portuaire toujours en construction, la clinique médicale privée rue Racine, etc). On peut dire aussi que le favoritisme politique du maire a déjà coûté à la ville quelques M$ en frais juridiques. Mais ça, on n’en parle plus. La mémoire du maire et du citoyen d’abord est poreuse.

À mon avis, le plus flagrant exemple de laissez-aller dans la gestion municipale, c’est l’utilisation politique qu’on fait d’un organisme comme Promotion Saguenay, le guichet automatique du maire, servant à «récompenser» tous ceux qui pensent comme lui et à effacer les faillites des organismes qu’il appuie malgré leur déficit. L’exemple du FIRM actuellement, saute aux yeux. Rappelons-nous, tout de même, que l’ex-directeur de ce festival mettait jadis en scène la présentation officielle des campagnes électorales du maire. Promotion Saguenay, c’est ni plus ni moins que la caisse électorale du parti politique de Jean Tremblay. Il la dirige lui-même d’ailleurs depuis sa création. Elle a un avantage sur les autres caisses, elle est alimentée à même la source presqu’inépuisable, de taxes municipales et d’emprunts de la Ville à long terme.

Par exemple, le budget de pub illimité de la Ville via Promotion Saguenay pour nous vendre de force la visite des bateaux de croisière à La Baie, semaine après semaine avec la complicité de tous les médias évidemment. C’est l’idée fixe du maire de faire venir ici tous les retraités en moyen de la planète pour nous convertir en vendeurs de bébelles et en porteurs d’eau. Pour nous montrer, nous non-croisiéristes démunis, sous notre vrai jour. C’est son programme électoral qu’il consolide avec ces pubs qui finissent par coûter une petite fortune depuis sept ans. Nous détournant en même temps des vrais défis de la Ville; le logement abordable, le transport en commun et la lutte au déficit démographique entre autres.

Saguenay est-elle une ville corrompue? Je l’ignore encore, mais pour l’amour du bon Dieu ne posez plus la question au maire. C’est la dernière personne qui pourrait fournir une réponse crédible. Même son confesseur vous le dirait.

Pierre Demers, poète rouge d’Arvida

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One thought on “Saguenay est-elle une ville corrompue?

  1. Peut-être une enqu^te publique serait-elle pertinente.

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