Comprendre Martineau (2)

Comprendre Martineau (2)

La Sainte Famille est un réseau de chroniqueurs ayant pour métier de saturer l’espace médiatique québécois avec une idéologie de droite. L’idéologie n’est pas d’abord dans leur pensée de droite, elle est dans leur pensée elle-même. Elle est dans leur manière.

À travers le financement de la caisse de dépôt et des subventions massives, La Sainte Famille utilise des fonds publics afin de prôner le rétrécissement de l’État. Cette contradiction est insupportable.

La Sainte Famille s’est retirée d’un conseil de presse de toute manière impuissant. Par conséquent, elle n’est soumise à aucune autre régulation publique de son activité que celle qui régit la parole de n’importe quel citoyen. Cela a ouvert la porte à une dégénérescence inquiétante de la qualité de l’information et de l’opinion journalistiques.

Cette page est l’initiative d’un groupe de citoyens excédés par la décadence des médias québécois. Il se dédie à une tâche simple : rétorquer. Rétablir les faits.

C’est l’impunité qui a rendu La Sainte Famille si arrogante.

Il faut y mettre un terme.

 

Nous disions dans notre dernière chronique que Martineau « n’argumente pas ».[1] Et pourtant, il en noircit du papier. Alors que fait-il?

Des sophismes en abondance.

Nous n’allons pas nous contenter d’affirmer ici que Martineau est un sophiste, cela a été assez fait: nous allons le démontrer, ce qui a moins été fait. Ce texte n’est pas une réflexion sur la sophistique de Martineau. Il est conçu dans un autre esprit: comme une sorte de pièce à conviction, à verser au dossier contre Martineau devant le Tribunal de la Raison. Nous voulons simplement montrer, preuves à l’appui, que Martineau commet régulièrement des sophismes (de catégorie AAA). Le but est de préparer et justifier la réflexion qui viendra dans notre prochaine chronique.

Quelques précisions sur notre « méthodologie »:

1) Le matériel utilisé est constitué des chroniques qu’il a publiées dans le Journal de Montréal depuis le mois de mai 2012. La raison de cette limite est que nous avons commencé à porter attention à Martineau et à archiver ses productions à ce moment. Nous n’avons pas l’héroïsme de nous taper les milliers de chroniques écrites avant cette date. Nous avons par ailleurs choisi les sophismes qui nous semblaient les plus typiques et en avons laissé de côté un assez grand nombre. Nous avons par exemple trouvé une bonne dizaine de sophismes de la double-faute dans nos archives, mais nous ne présentons ici que celui qui nous semble le plus flagrant. Nous avons une contrainte de temps et d’espace qui ne nous permet pas d’être exhaustifs; toutefois, nous ne croyons pas que l’exhaustivité soit nécessaire pour prouver notre point.

 2) Nous ne ferons pas référence à ce que Martineau a pu dire à la télévision ou à la radio, parce que nous  fréquentons peu ces médias.

3) Nous avons exclu une bonne partie du matériel concernant la crise étudiante, que nous traiterons plus tard.

4) Nous avons écarté certains passages clairement indigestes sur le plan intellectuel, mais difficiles à catégoriser. Il y a en effet une différence entre une connerie et un sophisme : si tout sophisme est une connerie, toute connerie n’est pas un sophisme. Un sophisme a l’apparence d’un raisonnement, c’est une caricature de raisonnement. Tout comme les formes valides de raisonnement ont été catégorisées depuis longtemps par les logiciens, on peut trouver dans n’importe quel manuel de philosophie la liste des principaux sophismes. Étonnamment, la capacité d’errer de l’esprit humain est limitée. Sur le plan de la structure logique, les sophistes reprennent toujours les mêmes recettes. Mais pareil travail de classification ne semble pas encore avoir été fait pour les conneries (avis aux intéressé[E]s).

5) Nous avons essayé, autant que possible, de limiter nos commentaires à ce qui était nécessaire pour justifier l’identification du passage choisi à un sophisme répertorié. Si nous semblons par moments contre-argumenter, ce n’est pas pour prouver un point de vue différent de celui de Martineau, mais pour prouver que son raisonnement est sophistique. Cette nuance est importante. Nos véritables arguments contre Martineau sont d’une autre nature et seront proposés au lecteur la prochaine fois.

Malgré ces limites, nous avons engrangé une jolie moisson. Au lecteur de juger si notre échantillonnage est représentatif de l’oeuvre de Martineau en général. Il peut facilement aller vérifier par lui-même sur le site du Journal de Montréal si nous n’aurions pas indûment sorti ces passages de leurs contextes et n’aurions pas effectué ce que les anglais appellent du cherrypicking, soit une forme de sélection de passages orientée et malhonnête.

 

1) Le sophisme de la caricature. C’est le plus simple et il est partout chez Martineau. Il s’agit de fournir une version caricaturale de la position de l’adversaire et de l’attaquer. On se bat contre un «homme de paille». Voici deux exemples typiques:

a) Le sophisme : « Partout, en Occident, on entend le chant désespéré des cigales qui se retrouvent le cul sur la paille après avoir mené la vie de pacha.» (Le chant des cigales, 29 juin 2012).

Commentaire : Martineau affirme dans cette chronique que les social-démocraties vivaient au-dessus de leurs moyens et que maintenant la fin de cette période est arrivée. Très bien. Mais pourquoi qualifier l’existence sous une social-démocratie de « vie de pacha » ? Pour la plupart des gens, cela aura signifié une vie exempte de misère et ouverte à la mobilité sociale, mais d’aucune manière une vie luxueuse ou princière.

Dans la même veine, les rengaines sur « le party est fini » et la « fin de la récréation » (La France se réveille, 4 juillet 2012).

b) Le sophisme : « Pour les gens de droite, les individus sont responsables des gestes qu’ils commettent. Pour les gens de gauche, la responsabilité est collective. C’est toujours la faute des autres: la société, les maladies mentales, les médias, l’économie et — surtout — le système néo-libéral, cause première de tous les maux, y compris le zona, les hémorroïdes, les ongles incarnés et la goutte. » (La mauvaise cible, 1er septembre 2012).

Commentaire : Si l’idéologie de droite implique la notion du libre-arbitre des individus, celle de gauche n’implique pas de manière symétrique l’absence totale de liberté individuelle et par conséquent, l’absence d’imputabilité morale. Les « gens de gauche » dont parle Martineau, à supposer qu’ils existent, sont simplistes. En les érigeant au rang de représentants de la gauche, il se la joue vraiment trop facile. C’est comme si on faisait de lui le porte-parole de la droite québécoise…

2) La pente glissante. La structure de ce sophisme est simple: on affirme que si A, alors ça ira nécessairement jusqu’à Z. Le cas typique est l’argument selon lequel il ne faut pas fumer de cannabis parce que ça nous mènera à l’héroïne.

a) Le sophisme : « Les manifestants disent que nous assistons au début d’un temps nouveau. Je suis plutôt de ceux qui croient que nous assistons à la fin du monde ancien. Comme si on s’était tous mis d’accord pour rêver une dernière fois avant que la réalité ne nous frappe de plein fouet. Car ne nous leurrons pas: c’est ce qui va arriver. « Les chiffres ne mentent pas », comme dit l’autre. Qu’importe le gouvernement qui sera au pouvoir – rouge, bleu ou orange; de gauche, de droite ou de centre –, les faits sont là: la dette a dépassé le cap du quart de billion (250 milliards $), la pyramide des âges est sens dessus dessous et le ratio travailleurs-retraités fond comme neige au soleil. On a beau rêver à une société où tout est gratuit et où personne ne paie, vous avez beau taper sur vos casseroles 24 heures sur 24 et brandir vos drapeaux du Che, rien n’y changera. La vague se gonfle, la vague arrive et on va tous boire la tasse. » (Une question de feeling, 30 juin 2012).

Commentaire : Considérant l’endettement et l’inversion de la pyramide des âges, Martineau affirme que le Québec s’en va immanquablement, inéluctablement à la catastrophe, à la « fin du monde ancien ». Bon. Il est fort possible que nous allons « boire la tasse ». Mais pas en vertu d’une nécessité historique inévitable, comme il le suggère ici. Rien n’empêche de penser que des gouvernements compétents et responsables pourraient nous aider à faire face à la situation.

3) La double faute. Proche parente de l’attaque à la personne. Il s’agit de justifier un comportement condamnable en rappelant que celui qui attaque a déjà eu le même comportement. « Ne me dis pas de ne pas conduire saoul, tu l’as fait vendredi dernier ». Ça ne change rien au fait qu’il ne faut pas conduire saoul.

a) Le sophisme : « Les péquistes (qui ne cessent de tirer les tétines de la crise actuelle afin d’en tirer le maximum de lait) ne cessent de déchirer leur chemise à propos de la loi 78. « C’est épouvantable de régler une crise avec une loi spéciale restreignant les libertés », etc. Or, en juillet 1999, Lucien Bouchard et sa ministre de la Santé Pauline Marois ont adopté une loi spéciale afin de forcer le retour au travail des infirmières. « Le projet de loi prévoit certaines sanctions applicables en cas de poursuite de la grève en cours », disait la loi. « La fédération des infirmières et infirmiers du Québec (FIIQ) doit, au plus tard à 14 heures le 3 juillet 1999, recommander aux associations de salariés de mettre fin à la grève en cours. À défaut de quoi, la FIIQ commet une infraction et est passible des peines prévues par le paragraphe 3° de l’article 10 de la Loi assurant le maintien des services essentiels dans le secteur de la santé et des services sociaux, soit une amende de 24 300$ à 121 400$ ». » (Les deux côtés de la bouche, 27 mai 2012).

Commentaire : L’hypocrisie (supposée) du PQ ne dit absolument rien sur la loi 78. Ce n’est en soi un argument ni pour, ni contre la légitimité démocratique de cette loi. Dans le cadre d’un débat sur une mesure aussi controversée, sortir les fantômes du placard d’un parti d’opposition n’est pas pertinent.

4) La généralisation hâtive. Ce sophisme consiste à inférer une thèse générale d’un nombre de cas insuffisant ou non représentatif.

a) Le sophisme : « On comprend la volonté de madame Marois de vouloir passer à autre chose. Le fiasco de la Gaspésia est l’un des plus gros scandales de l’histoire moderne du Québec. Trois cent millions de dollars de fonds publics ont été engloutis dans le projet sans qu’un seul emploi permanent n’ait été créé. Certains disent que Bernard Landry, qui était alors Premier ministre, est le grand responsable de ce fiasco spectaculaire. D’autres affirment que son successeur, Jean Charest, devrait également être pointé du doigt. Que ce fiasco soit bleu, rouge ou mauve (une combinaison des deux), une chose est sûre : il est le résultat de la politique interventionniste préconisé par Pauline Marois et François Legault. »  (Tourner la page? 15 août 2012)

b) Commentaire : Selon Martineau, l’interventionnisme économique mène à des catastrophes. La preuve? Gaspésia. Un cas. Un seul. Nous avons ici la définition même de la généralisation hâtive.

5) La fausse causalité. Identifier la cause d’un phénomène est l’essence du travail scientifique. Cela prend du temps, de la méthode et des connaissances. La fausse causalité consiste à proclamer que deux phénomènes reliés entretiennent une relation de causalité, que l’un est l’effet de l’autre. Mais il se pourrait qu’ils soient simplement corrélés: par exemple l’obésité et le temps passé devant la télévision. Il serait étrange de conclure de la corrélation entre ces deux faits que la télévision rend gros.

a) Le sophisme : « Les syndicalistes se sont servis du mouvement étudiant pour régler leurs comptes avec le gouvernement. Mais la bombe qu’ils ont fabriquée est sur le point de leur sauter dans la face et de leur apporter quatre ans de malheur. » (Frankenstein s’est échappé, 9 août 2012).

Commentaire A : Ce petit bijou a besoin d’interprétation et justifie un assez long commentaire. Qu’est-ce qui est une « bombe fabriquée par les syndicalistes »?  Qui sont les « syndicalistes »? Les centrales syndicales? Les syndicats auraient « fabriqué une bombe » avec le mouvement étudiant, c’est bien cela? Ok. Mais quelle bombe?

Prenons l’exemple des actions de la CLASSE, à quoi il semblerait que Martineau fasse référence.  La CLASSE est un électron libre que les syndicats n’ont pas créé et  qu’ils ne contrôlent pas. Il y a plutôt une synergie entre eux. Une communauté d’intérêts. Martineau confond le fait que le mouvement étudiant est syndicaliste dans son esprit et ses principes et qu’il a été soutenu par les syndicats, avec le fait que ce serait une fabrication des syndicats.

Dans une autre chronique, Les banques (7 juin 2012), Martineau amène comme argument l’argent que les syndicats auraient versé aux associations étudiantes. Il écrit que les syndicats « n’ont pas digéré le fait que le gouvernement veuille abolir le placement syndical dans le milieu de la construction, et ils ont décidé d’envoyer les jeunes au front pour mener leur bataille et déstabiliser l’adversaire. »

Les syndicats auraient donc « fabriqué » la « bombe du mouvement étudiant » et l’auraient ensuite utilisée pour attaquer le gouvernement par le moyen de la rue. Les manifestations, la « violence », les émeutes, tout cela aurait été en fin de compte causé par les syndicats. Comment? En finançant le mouvement étudiant.

Mais au printemps 2012, le financement par les syndicats n’avait pas l’importance que Martineau lui attribue. Et nous prenons cette information chez Martineau lui-même: selon ses propres chiffres, ce financement n’aurait même pas atteint 100 000$ (cf. Les banques). C’est là à peine le salaire annuel de quatre permanents d’associations étudiantes. On ne « fabrique » pas de phénomène social aussi étendu avec cette somme dérisoire. Et même si les associations étudiantes avaient reçu beaucoup plus d’argent de la part des syndicats que Martineau ne le suggère (ce qui est probablement le cas par ailleurs), il est très douteux que l’argent en tant que tel puisse fabriquer une révolte sociale de grande ampleur. Il y faut d’abord et avant tout une masse de gens en colère, du temps, de l’énergie et dans ce cas-ci, internet.

Commentaire B : Les affirmations de Martineau relèvent, au surplus, du procès d’intention. Ailleurs encore, il accuse les syndicats de financer les associations étudiantes « pour faire chier le gouvernement » (La crosse, 19 juin 2012). Par ailleurs, l’intention postulée est caricaturale et nous nageons en pleine théorie du complot. Nous avons donc affaire à des multisophismes.

6) Le faux dilemme. Ce sophisme consiste à placer l’interlocuteur face à une alternative alors que la question ne se laisse pas, en fait, réduire à cette alternative. D’autres possibilités sont gommées. L’exemple désormais classique est le « vous êtes avec nous, ou vous êtes contre nous » de George W. Bush.

a) Le sophisme : « Hier, dans La Presse, Nathalie Petrowski écrivait: « Le mérite de cette crise qui galvanise et divise la société québécoise depuis plus de 100 jours, c’est qu’elle force tout le monde à choisir son camp. » Ah oui, c’est un mérite, ça ? Obliger les gens à choisir leur camp, leur couleur, leur p’tit carré ? Séparer la province en deux bandes bien distinctes qui s’insultent et se regardent en chiens de faïence ? Diviser le Québec entre « la gang des bons » et « celle des méchants » ? (…) Les héros étant bien sûr du côté des artistes (des êtres courageux qui, on le sait, ont toujours le cœur sur la main) et les salauds se situant du côté du peuple (les p’tits travailleurs minables qui ne pensent – ô scandale – qu’à leur portefeuille, à leur job et à leur confort). Or, les choses ne sont jamais aussi claires. » (Chacun son camp, 30 mai 2012)

Commentaire : Ce passage est particulièrement riche, parce que nous avons affaire ici à un métasophisme, une sorte de méta faux dilemme. Martineau fait un faux dilemme en reprochant à Nathalie Petrowski de faire un faux dilemme. C’est vertigineux. Selon Martineau, ceux qui croient que la crise aura eu comme mérite de forcer les gens à « choisir leur camp » séparent les gens en héros et en salauds. Alors soit on fait comme Martineau, et on reconnait que « les choses ne sont jamais aussi claires », soit on fait comme Petrowski et on sépare le monde en bons et en méchants. Faux dilemme! On peut séparer les gens en différents camps sans le faire de manière bêtement manichéenne, en reconnaissant que les motifs des gens peuvent être compliqués. Il se pourrait que ceux qui pensent que la crise a le mérite de forcer les gens à se positionner les séparent en social-démocrates, en néolibéraux et en centristes. En solidaires, en individualistes et en indifférents. Ou  autre chose de plus intéressant.

7) L’appel à l’autorité. Il n’est pas illégitime d’appuyer une thèse sur le recours à des autorités en la matière. Si j’appuie une argumentation en faveur de la théorie de l’évolution en évoquant le fait que l’ensemble de la communauté des biologistes y adhère, je ne commets pas de sophisme. La communauté des biologistes est une autorité sur la question de la théorie de l’évolution. Je commets un sophisme si l’autorité invoquée n’en est pas une.

a) Le sophisme : « Vous imaginez comment va se dérouler le retour en classe à la mi-août, vous ? Ça va être pénible… J’ai d’ailleurs reçu un courriel d’une jeune lectrice à ce sujet.  » Je suis étudiante au Collège de Maisonneuve. Parce que j’ai voté contre la grève, je suis devenue la honte de ma famille, “une jeune qui veut juste de l’argent pour s’acheter un nouvel IPod”, une “mangeuse de marde du câlisse” et j’en passe. Je me suis inscrite pour reprendre mes cours, mais je n’ai pas hâte. Je n’ai pas envie de faire un travail en équipe avec quelqu’un qui m’a ignorée pendant des mois. Je n’ai pas envie de revoir l’enseignante qui m’a traitée de bébé gâté. Je n’ai pas envie de croiser dans le corridor les 10 gars qui se sont placés en cercle autour de moi pour s’assurer que j’allais voter de leur côté. Je n’ai pas envie de croiser le gars qui m’a expliqué pendant une demi-heure que j’étais stupide et naïve parce que je ne considérais pas la police comme la seule et unique source de violence dans le monde. Je n’ai pas envie d’étudier. J’ai envie de pleurer.  Je vais finir par retourner au cégep, par assister à une assemblée générale pour entendre la foule huer les étudiants en techniques policières qui s’approchent du micro et pour écouter l’exécutif prononcer des phrases telles que “Le gouvernement n’est pas légitime de prendre des décisions” ou “La proposition n’est pas claire, mais je vous invite à l’adopter”…  Comme c’était le cas avant les vacances, les étudiants qui oseront demander des recomptages lors des votes vont se faire huer par ceux qui prétendent vouloir une “démocratie transparente”, mais qui rechignent à garder la main levée pendant 10 minutes, le temps qu’on puisse compter correctement les Pour et les Contre. Non, vraiment, je n’ai plus envie d’étudier.  » Assez déprimant, non ? » (Un retour pénible, 27 juin 2012)

Commentaire : Nous sommes ici en présence d’une spécialité de Martineau dont nous avons parlé ailleurs, « l’appel aux courriels de mes lecteurs ». Martineau utilise le courriel d’une jeune étudiante visiblement ébranlée pour prouver que la rentrée sera pénible. Il ne remet jamais en question la validité du témoignage de l’étudiante. Il est impossible qu’elle exagère, qu’elle mente, qu’elle interprète mal les événements ou autre chose. Il est impossible que les autres étudiants vivent une expérience différente. Son témoignage est vérité révélée. Or, il s’adonne que la rentrée au Collège de Maisonneuve s’est bien déroulée considérant les circonstances. Cela peut être vérifié en questionnant un échantillonnage représentatif du personnel et de la communauté étudiante. Voilà ce qui arrive quand on adhère à un témoignage parce qu’il nous convient, mais qu’on ne se questionne pas sur sa crédibilité.

8) L’attaque à la personne. L’attaque à la personne fait partie des armes principales de Martineau. Ce sophisme est simple, on attaque la personne qui tient un discours plutôt que le discours lui-même, en suggérant que cela réfuterait de facto ce discours. Nous avons décidé de renvoyer simplement à une chronique qui n’est en réalité qu’une immense attaque à la personne:

a) Le sophisme : The Gabriel Nadeau-Dubois World Tour (13 juillet 2012).

Commentaire : Gabriel Nadeau-Dubois soutient un discours de gauche assez radical, de manière intelligente et éloquente. Ce dernier est assez articulé pour mériter qu’on l’examine en lui-même et qu’on prenne le temps de le réfuter si on est en désaccord. Il se qualifie pour la table de discussion. Martineau, à notre connaissance, n’a jamais reconnu cela. Il s’est contenté d’attaquer la personne de Gabriel Nadeau-Dubois. Un court extrait de la chronique en question: « Déjà, plusieurs pays ont manifesté leur désir de recevoir la tournée de Gabriel Nadeau-Dubois sur leur sol: l’Iran,la Corée du Nord, le Yémen, Cuba et le Venezuela, entre autres. Hugo Chavez prévoit même sortir de sa convalescence pour décerner une médaille au leader dela CLASSE. À quand un chapiteau permanent sur le Plateau? » Ce n’est pas là ce qu’on appelle de l’argumentation, ni du débat. C’est une tentative de faire diversion.

9) La fausse analogie. Le raisonnement par analogie est toujours une chose délicate. Même très juste, une analogie ne sert jamais qu’à éclairer un problème, on ne peut pas en tirer des conclusions solides. On tombe dans le sophisme quand l’analogie est en plus incorrecte, c’est-à-dire quand on met en rapport deux choses qui en réalité, n’entretiennent pas de rapports suffisants.

a) Le sophisme : «De plus en plus de Canadiennes se font avorter dès qu’elles apprennent qu’elles portent une fille dans leur ventre, au lieu d’un garçon. Il y a un terme pour ça : féminicide. Un crime qui vise les femmes. Et qui est aussi grave qu’un gars qui entre dans une classe, sépare la salle en deux (les filles d’un bord, les gars de l’autre), et massacre les élèves qui ont la malchance d’être du mauvais genre. » (Le crime de Rona Ambrose, 1er octobre 2012)

Commentaire : Comment peut-on mettre sur le même plan l’avortement sélectif et les tueries? Dans un cas, des êtres qui possèdent encore très peu de connexions neuronales, et donc guère de conscience d’eux-mêmes, sont détruits. Dans l’autre, des jeunes femmes en pleine possession de leurs moyens, qui ont des projets, une représentation d’elles-mêmes et une capacité de souffrir extrêmement élevée sont mitraillées à mort. Ce n’est pas comparable, ce n’est pas aussi grave, même si on pense que le foetus est une « personne » ou qu’il a une « âme ».

b) Le sophisme : « Imaginez… Des citoyens révoltés contre la taxe santé qu’ils jugent discriminatoires contre les pauvres décident de bloquer l’entrée des hôpitaux et des CLSC aux gens qui veulent se faire soigner, afin de « faire bouger le gouvernement »… La population dirait: « Vous êtes bien dégueulasses! Si vous voulez protester contre le gouvernement, manifestez devant l’Assemblée nationale, n’empêchez pas les gens d’avoir accès à des soins! » On ne passerait pas notre temps à tergiverser, on enverrait les policiers en moins de deux… Pourquoi on n’agit pas avec la même célérité quand il est question d’éducation? Selon moi, empêcher un jeune d’entrer dans une école, c’est comme empêcher un citoyen d’entrer dans un CLSC ou dans un hôpital… C’est aussi dégueulasse, aussi révoltant… L’accès à l’éducation est aussi important et aussi fondamental que l’accès à des soins de santé. » (La mauvaise cible, 1er septembre 2012)

Commentaire : Comment dire? Effectivement, l’accès aux soins de santé et l’accès à l’éducation sont des droits fondamentaux. Mais on ne peut pas dire qu’il est aussi révoltant d’empêcher quelqu’un d’entrer à l’hôpital que d’entrer en classe. C’est tout simplement faux. Il serait clairement beaucoup plus révoltant d’empêcher un malade de se rendre à l’hôpital qu’un étudiant à son cours. Pourquoi n’y aurait-il aucune hiérarchie de priorités entre les droits des individus? On ne peut pas mettre le droit à l’éducation et le droit à des soins de santé sur le même plan, sans nuances et sans précisions importantes, comme Martineau le fait ici.

À suivre…

 


[1] http://www.mauvaiseherbe.ca/2012/10/02/comprendre-martineau-1/

Commentaires

commentaires

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9 thoughts on “Comprendre Martineau (2)

  1. infotrad

    Mais c’est hoorible, ce que vous avez écrit. Si je prends l’exemple 9,la fausse analogie, je trouve votre commentaire est tout à fait impertinent car avorter en raison du sexe s’apparente beaucoup à cibler le groupe de femme. Quand même un peu d’imagnation, mon vieux. Je me demande vraiment si vous êtes de mauvaise foi ou si vous êtes limité intellectuellement.

    1. Jean Guy

      J’ai beau relire14 fois le commentaire d’INFOTRAD et je n’arrive pas à comprendre de quoi il parle. Réagit-il à un autre texte ?

    2. David Joly

      De ce que j’ai compris de l’auteur, il ne niait pas que les deux gestes comparés visaient le féminin, il disait que les gestes eux-mêmes (avortement vs massacre d’adultes) n’étaient pas comparables.

      Vous pouvez être d’accord ou non avec l’auteur. Cependant, votre dernier phrase est un sophisme ad hominem (attaque contre la personne) et est en plus un faux dilemme (autre sophisme). Ces deux types d’arguments fallacieux sont de bons exemples de techniques argumentatives non-valides dénoncées par l’auteur dans son texte. C’est exactement ce genre de faux argument qu’il faut éviter lors d’une argumentation constructive et qui détourne les partis impliqués des véritables arguments logiques.

    3. Christopher

      En effet, les deux actes visent un sexe et l’auteur le dit explicitement. Mais il est difficile de contester que l’avortement et le meutre violent et haineux sont des actes similaires, même pour l’Église catholique (oui, il y a une gradation des meurtres). Je remettrais en question ma propre bonne foi ou limite intellectuelle si j’étais vous.

  2. Paraclet

    Ce texte a été modifié depuis sa publication. La conclusion a été retirée.

  3. […] de décrire l’argumentation de l’omnicommentateur Richard Martineau, le site mauvaiseherbe.ca crée le «multisophisme» et le «métasophisme». À quand, dès lors, «La métapoutine […]

  4. cassandria

    Les meilleurs pour la fin.. ! Sinon, si j’ai bien compris, les syndicats ont poussé le gouvernement à augmenter les frais de scolarité pour pouvoir verser des fonds et créer un mouvement étudiant.
    Les deux actes visent le sexe : avant même le sophisme, c’est le fait cité à la base que vous devriez remettre en question. Certaines femmes sont capables de connaître le sexe de leur fœtus ? c’est impossible dans les quelques semaines où l’avortement est autorisé. Et ce sont sans doute toutes ces anti-féministes (très nombreuses chez les femmes surtout) donc elles assassinent leurs filles, comme en Chine (pardon c’était trop tentant, j’avais envie de faire un beau sophisme tout rond aussi). Merci pour le titre de l’article sinon je n’aurais pas su à quoi il réagissait.
    En fait ma question sur Martineau est : amène-t-il de lui-même des sujets intéressants ? ou est-ce qu’il est juste en mode réaction : il faut l’alimenter pour qu’il produise quelque chose ou il est capable de générer une réflexion par lu-même ?

  5. Karen Millen Skirts UK

    The background of basketball is filled with talented players who stood out in the rest: Bill Russell, Larry Bird, Shaquille O’Neal, even Dennis Rodman. Every of those players brought either immense talent, or, while in the case of Dennis Rodman, flash…

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