Les Fêtes du 175e, d’abord pour la diaspora bleue


Régions : substantif pluriel. Tout ce qui se trouver à l’extérieur de l’île de Montréal, y compris le 450 (si l’on en croit les mauvaises langues). Éviter de les visiter en hiver.

Benoît Melançon, Dictionnaire québécois instantané, Fidès, 2004

Les Fêtes du 175e anniversaire de la région s’en viennent à grands pas. Si vous êtes comme moi, elles pourraient passer tout droit devant ma porte sans que je m’en offusque. Je pourrais rester couché sans problème. Cette région ne me donne nullement l’esprit à la fête. Trop de différences entre le Lac et le Saguenay. Deux entités qui s’ignorent et s’affrontent depuis dix ans. Une région qui ne se tient pas assez à mon goût, déchirée entre élus et affairistes ambitieux, sans vision commune. Des valeurs de droite chez ces citoyens consommateurs jamais repus. Que les créateurs et leur modernité qui font la différence, au moins autant au Lac qu’au Saguenay.

Pour tout vous dire, je m’en contrebalance comme de l’an quarante de devoir fêter cet anniversaire. Vous aussi peut-être, à moins d ‘être nommés sur le CA par la DG, madame Line Gagnon, ex – organisatrice politique du maire anti raves, qui là encore voulait avoir la mainmise sur notre façon de célébrer la région en y injectant le premier des fonds de Promotion Saguenay. À moins que votre «nouveau projet» hors de l’ordinaire soit subventionné par ces Fêtes. À moins qu’on ne vous torde un bras dans le milieu où vous respirez pour y faire acte de présence. À moins que votre conseiller municipal fasse du zèle en essayant de vous convaincre que 2013, c’est une année charnière et qu’il faut se préparer pour réélire tout ce beau monde qui me déprime, en consolidant notre fierté régionale.

Mais passons sur cette indifférence à propos d’un événement qui frôle encore le folklore et les traditions populaires auxquelles nous sommes tellement attachés ici. L’ombre de la Fabuleuse bilingue (Comme le maire sur Twitter) ne plane jamais loin de tout ça. J’ai tout de même fait un effort. Je me suis mis à étudier d’un œil plus ou moins discret l’allure générale de l’événement et sa vitesse de croisière, sans jeu de mots. J’ai fait les efforts nécessaires pour décortiquer ce qu’on nous avait tricoté jusqu’ici comme Fêtes. Ce qu’on nous proposait pour meubler l’espace vide entre le début et le 10 M $ de budget qu’on veut engranger pour nous fêter le 175e.

Et voilà ce que ça donne. Avec un budget de 10 M$ (Au départ on visait 12 M$), les organismes et les créateurs du milieu espéraient voir financer leur projet, tous plus originaux les uns que les autres. Mais il semble que ça ne se soit pas passé ainsi. On tarde à confirmer les projets acceptés. Certains l’ont été puis, par la suite, refusés sans plus d’explications. On a écarté certains créateurs de la région qui avaient la réputation de brasser la cage et de ne pas partager la vision du CA et surtout de Promotion Saguenay, qui supervise en quelque sorte la Fête. Le maire et ses sbires veillent au grain là encore. On ne veut que du «positif» à la Fête. Pas de fausses notes. En fait, il y a des fortes chances que le gros du budget soit encore investi dans les activités «glamour», comme les évènements d’envergure qui siphonnent le bénévole pendant que les artistes invités de l’extérieur, les équipes techniques et les metteurs en scène s’en tirent avec les salaires conformes. Et les organisateurs, toute la gloire dans leur cv…

Exemple inquiétant d’un événement qui échappe au commun des citoyens d’abord, et des Bleuets du Lac comme du Saguenay ; la Croisette des Bleuets qui se tient demain, le 23 octobre à Montréal. Gros party sans doute aux frais des Fêtes qui rassemblera tous les Bleuets «célèbres» de Montréal et des environs. Vous savez ces «artistes » et autres « vedettes » nés dans la région, mais éloignés depuis longtemps et qui se font un plaisir de revenir ici pour squatter nos émissions de radio, de télé, nos films, nos salons du livre, nos campagnes de financement, nos conférences diverses. Cette diaspora bleue qui passe sa vie à s’ennuyer de nous ; tous les Réjean Tremblay, Michel Barrette, Mario Tremblay, Mario Pelchat, Michel Côté, Denis Lévesque, Louise Portal, Rémi Girard, Marie Tifo, Gaston Lepage, Guy Corneau et sa sœur newyorkaise Corno, Dany Turcotte, Samuel Archibald, Émile Gaudreault, de ce monde. Et les autres exilés volontaires que j’oublie. Curieuses Fêtes du 175e, dont la première activité d’envergure consiste à payer un party de reconnaissance aux Bleuets d’ailleurs qui viennent ici la plupart du temps pour des raisons professionnelles à gros cachets. Pour célébrer, par exemple, les dix ans de Ville Saguenay ou animer nos festivals estivaux.

On peut lire un communiqué du 30 mai des Fêtes, les motifs de ce party montréalais qui accueillera ces Bleuets célèbres et environ 200 invités de la région, triés sur le volet par le CA en plus des journalistes d’ici qu’on tente d’intéresser à la chose. «…pour une gestion d’agendas plus efficiente, la grande métropole semblait être le lieu de prédilection pour cette soirée «coup de cœur, reconnaissance», qui est un rendez-vous incontournable pour tous les ambassadeurs et ambassadrices provenant de notre belle région qui nous représentent si bien partout où ils passent. »

On y retrouvera « artistes, personnalités d’affaires, gens des médias ou du monde sportif…», souligne encore le communiqué et pourquoi pas, les pitounes et les gros bras pas de tête de la région qui s’exposent à Occupation double. Si les Fêtes du 175e servent à nous fêter de l’extérieur et bien je considère que c’est une insulte aux gens d’ici qui ne sont pas sur la liste des invités spéciaux de cette Croisette (ou crossette) des Bleuets. J’imagine aussi qu’une bonne partie du budget de ces Fêtes va servir à financer le site internet des Fêtes et les pme régionales du web. Comme si le fait de naviguer sur le net pouvait davantage rassembler les gens d’ici. On le souligne même dans le communiqué du 16 juillet, « …le site est directement en lien avec la mission des Fêtes du 175e qui est de renforcer la solidarité régionale, accentuer la fierté, mettre en valeur la créativité et susciter l’appartenance de tous les citoyens à la communauté régionale. » Je doute fort que naviguer sur le net produise tout ça, alors que la fréquentation démesurée de la toile et des médias sociaux comme des jeux vidéo ne fait qu’isoler ses usagers. Mais là encore, les organisateurs de ces Fêtes obligées ont crû indispensable d’investir dans la création de jeux vidéos, de séduire les internautes via Facebook, Twitter, Youtube et le QR code pour rejoindre des touristes éventuels (l’idée fixe du maire), et les 250 000 Bleuets qui vivent à l’extérieur de la région, comme aime le souligner la DG du 175e, la chère.

Mais jusqu’ici que proposent comme activités hors de l’ordinaire les Fêtes du 175e à part le fait de copier l’agenda des évènements touristiques et sportives déjà bien établis, comme le volet scolaire du Grand Défi Pierre Lavoie, monsieur marketing régional ? Pas grand’ chose. On dévoile la programmation au compte-gouttes. On recherche toujours du fric, des bénévoles, des bonnes idées, je crois. On nous promet un spectacle d’ouverture grandiose le 31 décembre au Centre Mario Tremblay à Alma. Des «comités terrain 175» (on dirait un label d’autoroute) veillent à ce que les Fêtes se passent dans l’harmonie et la bonne humeur dans toutes les municipalités de la région. Mais le problème c’est qu’on n’est plus en 1938 ou en 1988 pour vendre l’anniversaire avec des projets communautaires ou conviviaux de la sorte. Les gens sont devenus essentiellement individualistes et peu rassembleurs. Ils ne se mobilisent que pour des autoroutes à quatre voies ou des amphithéâtres. Il aurait fallu, par exemple, profiter de ces Fêtes du 175e pour aménager des sites publics, monter une pièce de théâtre actuel, faire écrire un ouvrage littéraire collectif, un opéra ambulant, une symphonie, une rencontre sportive d’envergure. Ou encore, ériger des lieux populaires, faire des plantations d’arbres, commander des sculptures, à la limite laisser des marques tangibles de notre passage dans les villes de la région. Mais les organisateurs ne sont pas rendus là. Ils tirent dans toutes les directions et comme d’habitude, c’est la piste touristique qu’ils empruntent encore, avec prudence. Faire venir le monde d’ailleurs au lieu de s’occuper en priorité de nous.

Le CA est composé en grande partie d’élus municipaux et de représentants du milieu touristique et économique, comme par hasard. Aucun artiste, aucun créateur là. Que des vendeurs d’images régionales préfabriquées, collées au régime en place avec une petite dose historique pour sauver le prétexte. L’audace et l’imagination ne risquent par d’être au rendez-vous. Moi, pour ma part, j’attends en salivant la sortie du livre de recettes régionales auquel participeront nos grandes vedettes locales ; Mario Pelchat, Nadja, Michel Côté, Gaston Lepage, André Bouchard de Béton Préfabriqué du Lac et surtout Jacynthe Côté de Rio Tinto Alcan. Cette dernière devrait nous proposer un pâté chinois et un pouding chômeur pas piqués des vers. Allez-vous fêter les 175e de la région en 2013 ? Moi, je reste couché cette année-là, c’est meilleur pour mon cœur.

Pierre Demers, poète rouge d’Arvida

Commentaires

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7 thoughts on “Les Fêtes du 175e, d’abord pour la diaspora bleue

  1. Ghislaine

    Vous avez tellement raison… Et j’ajouterais que le carnage se poursuit également au niveau de nos ressources naturelles. Exemple actuel: Val Jalbert. Au lieu de garder le site intact pour le bien-être général des citoyens de la région, on veut y ériger une centrale et laisser la chute couler seulement en période touristique. Ça me dégoûte au point où je n’ai même plus envie de mettre les pieds en région.

  2. Lucien Frenette

    Sans processus clair de sélection des projets, on confie le choix à l’arbitraire ce qui conduit toujours à des décisions subjectives teintées de favoritisme, de népotisme, d’élitisme et de politique de bas échelle. Et dire que sur leur site où sont inscrites les activités, on n’y retrouve pour l’instant que les Jeux du Québec qui dispose de son propre budget d’opération et qui je l’espère n’ira pas grugé une partie de celui du 175 !

  3. Marie Christine Bernard

    En plus, des créateurs, dans tous les domaines, il en reste encore ici. Et ce n’est pas la lie, comme on veut le faire croire, je veux dire ceux qui restent ici ne le font pas parce qu’ils sont trop minables pour réussir à Montréal. Ça se peut qu’on soit talentueux, quel que soit le domaine, et qu’on demeure en région par choix, et qu’on soit AUSSI de bons ambassadeurs quand vient le temps d’aller faire valoir ce qu’on est à l’extérieur.

  4. Vous savez que pour cette fameuse croisette qui se tiendra rue Sherbrooke à Montréal, les organismes et les entreprises régionales sont invités, mais doivent défrayer le coût du party. Il peut en coûter jusqu’à 300$ (croisette la plus chère) par personne pour participer à cet évènement majeur pour notre région. Nous devrions déménager nos pénates culturelles à Montréal juste pour voir.

  5. Carole

    Qu’est-ce que tu veux, c’est à croire que le chauvinisme a été inventé icitte. Je fais partie d’un comité local; une perte de temps, mais quand les gens du Saguenay décident de venir voir le Haut du Lac, on les laisse faire – si ça peut les conforter dans leur égo. Ben oui, on est pas capable de fêter entre nous, ça nous prend des témoins. Les touristes ne viendront pas pour les fêtes, ils vont venir pour le zoo, pour voir leur parenté, pas pour fêter les 175 ans de la région.

  6. alagau

    juste le commanditaire principale me laisse froid

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