Virginie Brunelle, femme-violon

Crédit photo : Théâtre La Chapelle
Le très attendu spectacle de danse le Complexe des genres est présenté ce soir, 20hre, à la salle Pierrette-Gaudreault du Mont-Jacob. Invitée par le Théâtre La Rubrique, la Compagnie Virginie Brunelle propose une création qui nous fera vivre une expérience kinesthésique unique. Une belle occasion de découvrir une chorégraphe montante de la scène québécoise et des danseurs talentueux qui ne reviendront peut-être pas de sitôt dans la région…

 

 Entretien avec une créatrice d’images en mouvement.

L’appel

J’appelle Virginie Brunelle. Je suis un peu nerveuse, lui souhaite un bon matin, lui demande comme elle va et lui raccroche par inadvertance la ligne au nez… Bravo. Je la rappelle. Elle rit. La glace est brisée. Sa voix est joyeuse et pétillante. Elle parle avec passion de son travail et de sa grande plongée dans l’univers de la danse. Je sais que j’ai déjà trop de questions à lui poser… On a trente minutes pour parler danse et création. De toutes ses créations…

 Elle vient de la musique. Dix ans de violon avant de découvrir la danse, à l’âge de vingt ans. « C’est tard vingt ans, en danse. Mes danseurs et mes danseuses ont commencé pendant l’enfance. Moi, je jouais du violon. » À ses débuts, Virginie Brunelle prétend qu’elle ne connaissait rien à la danse. « Je me suis souvent senti imposteur un peu parce que j’ai commencé tard…» Elle construit ses danses en peaufinant des lignes dramaturgiques à partir de thèmes qu’elle transpose en tableaux. « Et puis quand j’ai tous les tableaux, je me retrouve avec un casse-tête que je dois refaire. C’est dans l’assemblage, dans le montage des tableaux que je crée la montée dramatique, en tissant peu à peu les couches de sens de la création. »

 – Comment devient-on chorégraphe Virginie ?

 Elle hésite.

 – Je cherchais beaucoup ce que je voulais faire après le secondaire. J’ai commencé plusieurs programmes au cégep que je ne terminais pas… J’ai rencontré quelqu’un qui étudiait en danse et je me suis dit, pourquoi pas… Je me suis lancée. Peut-être que si j’avais rencontré quelqu’un en théâtre, j’aurais fait du théâtre. Mais non… Je m’intéresse principalement à la création, au corps.

 Je lui demande si elle danse, parfois.

 – Pour le moment je trouve que diriger une compagnie exige beaucoup. Je ne suis pas prête à être à la fois dans le dedans et le dehors, d’occuper le double rôle de danseuse et de chorégraphe… Et il ne faut pas oublier  qu’il y a aussi la charge administrative de la jeune compagnie. On verra…

 – Tu dessines ?

 – Je dessine peu. Je fais des croquis, oui, parfois. Des plans. Des images de départ, des corps-totem. Des corps-sculptures. Oui, je dessine.

 –  Et les mots ?

 Elle me dit que lorsqu’elle réfléchit à une idée de création, ce sont les mots qui sortent d’abord. La première approche est textuelle et théâtrale puis elle traduit ses mots en mouvements sur le plateau.   « Quand j’arrive en studio avec les danseurs, cette idée théâtrale se transpose en intentions et en mouvements dans leur corps.»

Les cordes sensibles

Ses thématiques sont très actuelles et ses propositions cherchent à comprendre et démystifier l’Humain dans ses relations par le medium de la danse. Foutrement explore, entre autres, les pulsions sexuelles, l’infidélité et les désillusions amoureuses. « Avec dérision, Les cuisses à l’écart du cœur tend à illustrer la sexualité comme une célébration entre des êtres qui s’aiment et s’érotisent.[1]», tandis que le Complexe des genres explore la quête identitaire à travers les relations.

Foutrement

« On pense trop souvent, et à tort, que l’univers de la danse est un milieu hermétique et abstrait. » Pour Virginie Brunelle, c’est toujours un plaisir d’initier les gens à la danse contemporaine. Elle travaille avec des images fortes et symboliques afin qu’il y ait reconnaissance pour et par le spectateur. «La danse passe par le ressenti.» Je lui parle de l’hybridation de la danse, de la performance et du théâtre… De créations protéiformes.  Virginie Brunelle, elle, fait de la danse. Elle insiste. «Danse, danse. »  Elle poursuit : « Mais y’a la musique aussi. Dix ans de violon… C’est cette couleur-là au niveau de la rythmique du violon qui revient, qui refait surface dans mes créations.» Le rythme. Essentiel, comme au théâtre… C’est aussi sa passion pour la musique que l’on sent manifestement dans ses créations.

 –  Est-ce que la musique vient avant, pendant ou après ?

–   Pour moi la musique vient contraster, accompagner ou surligner la danse, le mouvement. Quand je suis en création, je garde bien en tête qu’au-delà de la totale compréhension, il y a aussi cette envie de vivre quelque chose.

 –  Et la narration, le récit, l’histoire ?

–  À regarder les chorégraphes autour de moi, je me rends compte qu’il y a de plus en plus ce désir qui ressurgit de raconter quelque chose dans la danse. Moi aussi quand je vais voir un spectacle, j’ai le goût de comprendre, de vivre quelque chose. Mais parfois, au-delà de la compréhension, si on a vécu quelque chose, ça ne nous dérange pas de tout comprendre… Je travaille dans cette ligne-là. Travailler avec des images qui sont fortes, qui sont symboliques et qui réfèrent à notre existence, à la vie. Partir de tout ça, pour créer sa propre histoire.

–   Je trouve que tes titres racontent déjà des historiettes.

–  Oui. Il y a quelque chose de déjà là dans le titre. Un indice. Et dans les photos que je choisis de publier aussi. J’évoque.

 J’ai écouté tous les extraits disponibles de la Compagnie Virginie Brunelle sur le net… Il y a exploration vocale dans son travail… Ça m’aspire. Je pense aux parallèles possibles entre le violon et le travail sonore de la voix des danseurs-performeurs. Violon qui braille, pleure, voix qui crie, violon qui rit et qui nous ramène aussi à notre condition humaine, à notre animalité. « Je sais pas si c’est juste notre génération, je sais pas, mais j’ai comme l’impression qu’on a besoin de se mettre dans des situations périlleuses pour se sentir vivant. »

Du langage

 Dans le Complexe des genres, peu de décor. Deux chaises à tout hasard et des corps qui se rencontrent, se frottent, se heurtent. « Le corps c’est le costume. C’est de la danse, et j’aime ça et je trouve ça important de voir les corps bougés, les muscles tremblés, la peau rougir. » Le corps-langage. On parle de nudité. Elle me raconte qu’une montée graduelle de la nudité a opéré en cours de laboratoires pour Le cœur à l’écart des cuisses et que cela a permis d’aller enfin au bout de leurs thèmes. « Oui, il y a de la nudité dans le tableau d’ouverture du Complexe des genres. » Mais pour la chorégraphe la nudité doit se justifier, «… et toujours par choix esthétiques…»

Le coeur à l’écart des cuisses

 Sa voix est posée et rieuse. Je sens que son travail artistique est porté par le désir de partager un peu d’humanité. On parle de courant artistique, je lui demande où elle se situe. « J’aime la danse classique et je m’en inspire beaucoup, mais ça demeure quand même un peu trop hermétique pour moi. Alors j’ai voulu salir cette technique-là et casser les lignes pour les mixer avec quelque chose de contemporain et d’émotif, tout en conservant beaucoup du sens des mouvements et sans tomber que dans l’abstrait.»

 – Comment on dirige des danseurs ? Le langage utilisé, c’est près du théâtre ?

 Elle me parle d’amplitude, de nuance, de crescendo, de rythme, de rupture, de mouvement, de diagonale, de lignes, d’intentions, d’émotions… « J’abuse du mot nuance. » Je comprends. Le vocabulaire est commun aux arts vivants. De la mise en corps, de la mise en scène ou de la mise en espace… On investie un lieu, l’action, le temps.

 – Qu’est-ce qui s’annonce pour la Compagnie Virginie Brunelle ?

 Elle s’emballe. « On fait l’ouverture de l’événement CINAR au Monument-National avec le Complexe des genres, le 13 novembre, c’est gros… Et Foutrement est présenté dans les Maisons de la Culture à Montréal prochainement et puis on part en tournée en Europe pour une dizaine de spectacles. Les Pays-Bas et la Belgique.» On raccroche. Ça passé vite. Je me rends compte que j’ai totalement oublié de lui parler de lumière, de son, de technique… Hein. Danse la vie danse.

Je crois qu’il reste encore des billets… Profitez.

Complexe des genres

Compagnie Virginie Brunelle

www.virginiebrunelle.com

Théâtre La Rubrique

418-542-5521

www.theatrelarubrique.com

 


[1] [ Source] : http://www.virginiebrunelle.com/, consulté le 21 octobre 2012.

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