Les secrets bien gardés du maire Tremblay (Jean)

Quand un politicien se touche le visage, il dit la vérité ; quand il se gratte l’oreille, il dit la vérité ; quand il lève le pouce, il dit la vérité ; c’est quand il remue les lèvres qu’il ment.

Batiste W. Foisy

 

Or donc, le maire de Saguenay a des secrets bien gardés qu’il se permet de dévoiler quand la soupe chaude lui brûle les lèvres et sans doute un peu les oreilles. Je parie deux poupées vaudou de lui-même qu’il a dévoilé les détails de l’entente avec la Banque Nationale, nouvelle propriétaire publicitaire de l’Auditorium Dufour pour une raison fort simple : la grogne s’installait à demeure, surtout dans le milieu culturel saguenéen qu’il connaît fort mal malgré tous ses pions qui y travaillent. Et par voie de conséquence, dans la population en général. La chronique incisive de Daniel Côté (modulée le surlendemain par l’éditorialiste en chef), «Adieu Monseigneur» parue dans Le Quotidien du 12 novembre a brassé un peu plus la cage municipale qui se veut «transparente» à la veille des élections et à l’ombre de la commission Charbonneau. Comme si le maire ne nous cachait jamais rien. Comme s’il était un livre électronique ouvert lui.

Autre raison pour laquelle le maire a avoué rapidement et facilement que la BN verserait 60 000$ annuellement à la Ville. C’est tout simplement lui qui ne voulait pas la rendre publique cette entente parce qu’elle n’est pas si avantageuse qu’il le dit, qu’il veut bien nous le laisser croire. Mal pris, le chat est sorti du sac parce que ce n’est pas la BN qui tenait le sac.

J’ai contacté des publicitaires, des spécialistes en marketing qui m’ont tous avoué que le montant versé par la Banque Nationale pour inscrire son nom sur la «nouvelle salle», sur le matériel publicitaire, sur les billets avec rabais de 20 % consentie par la banque et autres visibilité, c’était une vente à rabais de l’auditorium. Le maire ne voulait pas dévoiler le montant. Mais comme il est du style «poule mouillée», quand ça brasse trop il donne du lest. C’est ce qu’il a fait avec le front page du Quotidien le 15 novembre (600 000$…sur 10 ans). Il a téléphoné à son journaliste de fin de semaine préféré pour lui donner les chiffres de l’entente «en exclusivité». En lisant l’article on voit bien que c’est le maire qui a pris les devants pour tout révéler malgré la prétention de l’éditorialiste en chef du Quotidien pour nous faire croire que son journal a eu le scoop… (Il signe ce matin-là un second éditorial sur le même sujet pour nous convaincre encore que l’entente du maire avec BN est une bonne affaire.) On sait très bien comment ça marche ces «nouvelles exclusives-là» du maire le plus médiatisé au monde. C’est lui qui continuellement manipule ses sorties médiatiques à droite et à gauche. Surtout à droite. Quand ce n’est pas au profit de ses amis de Quebecor (Il déteste Radio-Canada, trop «intellectuel», trop à gauche pour lui sans doute) et du Journal de Québec qu’il alimente régulièrement (ex. sa sortie contre un éventuel projet de loi pour réduire les mandats des élus). Et pour le reste, son canal privé Ville en action fournit régulièrement de ses nouvelles de plus en plus reprises par l’ensemble des médias régionaux. C’est d’ailleurs son premier rôle, occuper du temps d’antenne partout. Devancer tout le monde avec son omniprésence. Ne pas se faire oublier.

Le maire a des secrets bien gardés. Les journalistes d’ici devraient s’y attarder davantage au lieu de boire ses paroles et retaper comme toujours sur les mêmes vieux clous consacrés. En conférence de presse lors du dévoilement du nouveau nom de l’Auditorium Dufour, l’avocat personnel du maire, Pierre Mazurette, président de Diffusion Saguenay et conseiller juridique de la Ville à ses heures, a signalé que de nombreux organismes avaient été approchés pour profiter d’une une entente de partenariat avec la nouvelle salle. J’ai contacté certaines institutions bancaires autres que la Banque Nationale dans la région et aucune n’a admise avoir été sollicitée. Comme si la Banque Nationale avait déjà une longueur d’avance sur toutes les autres. Pourquoi ? Cette institution fait-elle déjà affaire en exclusivité avec la Ville ? On peut se poser la question.

Autre question générale qu’on pourrait formuler : la Ville a-t-elle besoin de signer des commandites avec des entreprises pour boucler le financement des arénas, des complexes sportifs, des bureaux touristiques, des pavillons de croisières ? Comme si les investissements dans les équipements culturels étaient toujours pour elle des boulets financiers à traîner, des pertes sèches. De l’argent jeté par les fenêtres. Les fonds publics peuvent aussi servir à financer le culturel, je crois, quoiqu’en pense le maire et ses conseillers muets. Il ne faut pas se surprendre si le maire dénigre la contribution de Monseigneur Wilbrod Dufour à l’histoire culturelle régionale et mette en doute son rayonnement national, lui préférant la réputation des vedettes sportives comme le commun des citoyens d’abord amateurs de sports. Depuis qu’il est en poste, ce maire fait tout pour réduire à néant les signes, les marques du passé régional. Son règne se fait sous le signe de la démolition des vieux quartiers, des vieilles maisons encore solides, des édifices historiques pour y ériger des bureaux touristiques et des pavillons de croisière qui ne sont accessibles qu’aux touristes et aux employés de Garda.

Actuellement l’autre secret bien gardé du maire, c’est la bibliothèque de Jonquière. Drôle de bibliothèque, réduite à sa plus simple expression. Le maire nous invitait cette semaine à aller voir le trou qu’on est en train de creuser pour l’ériger. Personne n’a été consulté pour déterminer les services qu’offrira ce nouveau monument tape-à-l’œil encore une fois voué à la gloire du maire architecte. Les bibliothécaires et autres employés qui vont y travailler ont été placés devant un modèle accompli. À peine si on leur a montré rapidement les plans de l’édifice construit sur deux étages pour sauver l’espace nécessaire aux seize (16) places de stationnement prévues. Les usagers se méfient du projet sur la glace depuis dix ans. Ce ne sera pas une bibliothèque spacieuse comme celle de Chicoutimi avec salle de projection et d’exposition. On ignore encore si on fera appel au programme du 1% ou à l’acquisition d’œuvres existantes pour compléter le tout. Le maire a fait plusieurs voyages à l’étranger pour se faire une idée de cette nouvelle bibliothèque…

Il veut plus de bois, beaucoup de bois, un escalier monumental et un coin de machines distributrices pour se payer un café et un beigne. Il dit que ça va être la plus belle bibliothèque de la région encore une fois. Peut-être la plus belle…parmi toutes celles qu’il a déjà vues. Sa modestie l’étouffe.

C’est pathétique quand ce maire parle de culture, encore davantage quand il parle de bibliothèques et de livres. Je gage deux autres poupées vaudou qu’il n’a jamais mis les pieds dans une bibliothèque. Il aurait pu se rendre à la Grande Bibliothèque de Montréal, à la bibliothèque Gaston Miron (non, ce n’est pas le nom d’un banquier, monsieur le maire), à la bibliothèque Gabrielle Roy (non…) de Québec, à la bibliothèque de Memphrémagog qu’on vient de construire dans une ancienne église pour voir à quoi ça ressemble une vraie bibliothèque conviviale, aérée et dévouée aux lecteurs de tous les âges. J’ai peur de voir surgir à Jonquière, au coin de Saint-Dominique et de Du Vieux Pont un autre monument architectural non fonctionnel à la gloire du maire de Saguenay. Une bibliothèque réduite à sa plus simple expression, flasheuse comme tous ces bureaux touristiques montés sur un coup de tête pour saluer le beau travail de Promotion Saguenay. Des monuments de propagande au service d’un régime politique municipale qui massacre le patrimoine, efface continuellement le passé, qui laisse aux mains d’entrepreneurs privés profiteurs le sort des églises considérées ailleurs comme des chefs-d’œuvre d’architecture moderne. Le maire ne veut pas sauver l’église Fatima parce qu’elle est bourrée d’amiante. Pourtant, on a dépensé un million et demi $ pour décontaminer les murs d’amiante de l’Auditorium Dufour. On parle toujours de la même chose, l’indifférence d’une administration municipale à protéger le patrimoine saguenéen. On sait pourquoi le maire se méfie des intellectuels : ce sont les gardiens de la mémoire. Il préfère les trous de mémoire et ses secrets bien gardés. Il avoue malgré lui quand on le surprend, les culottes à terre, à mentir à la face du monde. Décidément, ce maire-là a dépassé sa date de péremption depuis longtemps.

N.B. voici une citation tirée du texte du chroniqueur David Desjardins, Le marketing du pire, paru dans Le Devoir du 15 novembre. Il y commente la sortie du maire Tremblay contre Gérard Bouchard. Une sorte d’éloge de l’ignorance qui fait encore passer son bon peuple pour une talle de crétins.

les politiciens ont pris l’habitude de ne pas s’adresser à l’intelligence du peuple, mais à ce que nous avons de plus obtus, de plus frileux. Une sorte de marketing du pire qui est le contraire de celui de l’espoir. Chez Tremblay, ce populisme vise ce que nous avons de plus minable : le dégoût de ce que nous ne comprenons pas, de l’Autre, la peur de disparaître «J’aime mieux être près du monde», dit le maire. En se plaçant en faux devant l’intellectuel Bouchard. …

N.B. non, le nom de SAGUENAY en lettres géantes (Comme à Hollywood) sur la rive qui fait face au quai des croisières à la Baie, ce n’est pas une bonne idée de marketing, monsieur le maire. Je vous suggère plutôt JEAN TREMBLAY ou encore DJEMILA BENHABIB. Là les gens d’ailleurs vont tout de suite comprendre qu’ils pénètrent dans le royaume du maire mégalomane et xénophobe. Y a-t-il quelqu’un dans la salle qui va l’arrêter de réfléchir à de nouveaux projets débilisateurs ? Je commence une neuvaine pour le faire taire. Un aller simple sur un bateau de croisière vers une île perdue. Ce maire-là a besoin de vacances prolongées.

Pierre Demers, poète rouge d’Arvida

Commentaires

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2 thoughts on “Les secrets bien gardés du maire Tremblay (Jean)

  1. Louise Gendreau

    Merci de ces pertinents commentaires…

    Quand aux fameuses lettres blanches à la « HOLLYWOOD » de notre petit maire et de ses idées géniales, je n’en reviens tout simplement pas.

    Mais que faudra-t-il entendre de plus sur cette réflexion terriblement
    idiote de notre pantin élu?

    Que penser d’un homme qui ne sait pas que notre fjord n’est pas à lui
    et encore moins à vendre pour quelques clichés touristiques?

    Je suis en colère et je suis prête à signer une pétition pour que ces réflexions soient abolies et irrecevables. A-t-il perdu la raison et devrons-nous payer encore longtemps ce maire qui manque de jugement, de culture et de savoir-faire?

    J’aimerais bien que tous les amoureux de notre région se fassent entendre d’une seule voix contre ce projet ridicule et laid, vide de sens.

    Les élections seront dans un an… espérons que nous aurons un nouvel élu avec des idées plus intelligentes et que  » Monsieur Amaricain  »
    pourra s’envoler vers Hollywood avec ses lettres dans son baluchon ou plutôt pourquoi ne prendrait-il pas des vacances éternelles sur ces hôtels flottants laids et remplis de touristes qui n’ont d’autres rêves que de photographier des lettres blanches?

    Quand notre population s’opposera-t-elle à ces décisions ou réflexions
    insipides et dénaturées?

    Le temps presse et notre vie trop courte pour devoir à tous les matins
    en allant travailler « admirer » ces lettres blanches sorties de nulle part pour imiter une culture qui bat de l’aile et qui doit elle-même se refaire une image et plus encore…

    A-t-il aussi déjà à l’avance prévu de commanditer ces lettres blanches à une banque qui pourra elle aussi se faire photographier?

    Vite vite il faut agir car ce petit monsieur est vite en affaire et se trouve
    plus vif que tous ses concitoyens… lui il pense et rêve d’être connu et reconnu à travers le mooonde… à ce jour il fait rire de lui et je pleure
    de voir un clown diriger l’une des plus belle région du Québec.

  2. Pauline Lavoie

    Je m’étonne que voy parliez des « journalistes » du Quotidien, ce sont tout au plus des publirapporteurs. Donnez leur un communiqué de Presse qu’ils aient au moins l’idée de départ. C’est navrant cette feuille de choux, par contre pour allumer le foyer, parfait!

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