Enfin, une escouade anti-émeute à Saguenay

Un ami m’a dit…«Penser, penser… j’en ai perdu l’habitude. Il y a vingt-cinq ans que je suis dans la police».

Francis Blanche

 

Le Quotidien, édition électronique dominicale (25 novembre) nous en apprend une bonne. Saguenay va se doter d’une escouade anti-émeute comme les autres «grandes villes» du Québec. Yes monsieur, par là les manifestants ! Ils n’ont qu’à bien se tenir ceux-là qui voudront nous empêcher de produire de la richesse de ce côté-ci du Parc. On n’est pas plus niaiseux que les autres, on n’est pas si pire que ça. Nos policiers vont apprendre à se servir de la matraque et autres poivres de Cayenne comme du monde, comme n’importe lequel matricule montréalais de service autour de la place Émilie-Gamelin. Donnons-leur la chance de s’exprimer à nos polices.

Luc Boivin, le président de la Commission de la sécurité publique lui-même, a été plus précis dans ce grand projet de modernisation de notre force constabulaire. À la question de savoir quand cette nouvelle escouade anti-émeute pourrait intervenir, il a répondu tout de go … «Si nous avions eu des manifestations étudiantes violentes au printemps dernier, nos policiers auraient été en mesure de mieux intervenir.» Voilà la raison d’être de ces nouveaux policiers qui seront vêtus et armés contre tout de la tête aux pieds, munis de boucliers anti-missiles, chaussés de bottes à vous écrabouiller une paire de lunettes en moins de deux, et surtout formés à toute épreuve pour intervenir contre tous ces étudiants terroristes qui se dissimulent dans les foules saguenéennes de manifestants. Ils devront donc en priorité mettre un peu de plomb dans la tête de notre jeunesse trop échevelée vers la gauche.

Mais le président de la Commission de la sécurité publique aurait pu mentionner d’autres occasions où désormais on pourra faire appel à ces policiers (Et policières peut-être ?) d’élite formés pour le pire. Il n’y a pas que les étudiants qui nous dérangent ici, il y a les Autres, pompés à bloc contre tout et contre rien. Les révolutionnaires en puissance qui perturbent le cours normal de nos choses. Par exemple, une bousculade grandeur imposante se déclenche à la porte de la boutique de fromage en crottes Boivin à La Baie, le dimanche après-midi ; des clients et des croisiéristes impatients d’attendre en ligne se mettent à se lancer des petits sacs de fromage au grand désespoir des caissières. Que faire ?

En moins de deux, l’anti-émeute locale s’amène pour nettoyer la file d’attente et prioriser d’abord le service des croisiéristes. Les clients locaux qui rouspètent et continuent de lancer du fromage à tout le monde sont vite arrosés de sel de Cayenne (On met pas de poivre sur du fromage cheddar tout de même) et tabassés de la bonne manière. Ensuite, on les roule vers un panier à salade aménagé justement pour eux à l’entrée du local commercial. Ils seront gardés sous clé un temps indéterminé, au pain et à l’eau, dans un camp de terroristes que la Ville devrait bientôt construire dans un de nos terrains vagues qui ne servent plus depuis qu’on a tout démolit autour.

Et encore d’autres bonnes façons d’utiliser notre nouvelle escouade anti-émeute ? Lors des assemblées plus ou moins publiques des conseils municipaux du lundi soir, l’escouade en question pourrait intervenir promptement pour tabasser sans autre forme de procès les citoyens qui se permettent encore d’intervenir au micro, pendant la brève période de questions de la fin, pour… poser des questions inutiles aux élus. L’anti-émeute n’aurait qu’à matraquer brièvement le citoyen en question pour le faire réfléchir un peu avant. De cette façon, l’assemblée comprendrait vite que les élus n’ont pas de temps à perdre et que la nouvelle escouade dorénavant fera tout le nécessaire pour que les choses fonctionnement rondement, sans perte de temps et d’inutiles contestations de l’ordre établi. Enfin, cette escouade anti-émeute devrait être d’un très grand secours à l’approche des prochaines élections municipales. Elle pourra intervenir rapidement pour dégonfler toutes les poches de résistance qui pourront apparaître lors de réunions publiques des élus en poste actuellement, qui désirent y rester encore longtemps pour toutes sortes de raisons mais surtout, parce qu’ils sont bien assis sur leurs lauriers.

J’imagine même une utilisation ludique de l’anti-émeute. On pourrait s’en servir, sur les « places du citoyen » de chaque arrondissement, pour encadrer les danseurs et les danseuses en ligne du dimanche après-midi afin d’éviter que des citoyens/danseurs qui ne suivent pas le pas se glissent dans la ligne. Quelques policiers casqués et masqués avec matraque pourraient même se mêler à la danse pour tenter de mieux se faire accepter par la population. L’anti-émeute deviendrait en quelque sorte une police de proximité avant la lettre. C’est d’ailleurs ce qui nous manque tant ici, une police qu’on admire, qu’on craint, une police qui fasse autre chose que de distribuer des contraventions le lundi matin à huit heures devant l’Alcan ou répondre en retard aux sempiternelles querelles de ménage du premier du mois. L’escouade anti-émeute va bientôt changer nos vies. Les terroristes et autres étudiants politisés l’attendaient depuis longtemps. Finies les petites manifestations. Maintenant on passe aux choses sérieuses. Pour justifier une telle escouade qui nous coûtera encore la peau des fesses (100 000$ et plus), il nous faudra manifester plus souvent et plus violemment. On n’arrête pas le progrès à Saguenay. Voilà une autre belle façon de se mettre sur la mappe. Dans l’article du Quotidien, on souligne que «les agents choisis – par ordre d’ancienneté – ont hâte de commencer l’entraînement. » C’est tout dire. Mettez-vous à leur place…

Pierre Demers, poète et manifestant rouge d’Arvida

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4 thoughts on “Enfin, une escouade anti-émeute à Saguenay

  1. infotrad

    Mi-figue, mi-raison. donc rien de très substantiel dans votre article.

    1. OP

      Ça c’est de l’inférence valide !

  2. Hervé Leclerc

    C’est bien moi je trouve. Maintenant, on va pouvoir faire des émeutes. Avant, fallait manifester avec civilité.

  3. Ghislain

    Je crie au géie! Ces étudiants qui ont bloqués trois fois le Pont Dubuc, dont une fois avec des professeurs blasés, revendicateurs et paresseux, vous en faites quoi? C’est beau de jouer les Michel Chartrand et les révolutionnaires de la Place Rouge mais le civisme est un échange de bons procédés entre citoyens contribuables et étudiants? Les manifestations hostiles a l’UQAC, pour brimer l’ordre établi, vous en faites quoi, libre-penseur? Cette formation DOIT être dispensée en vertu d’un décret du Ministère de la Sécurité Publique, le saviez-vous? Plutôt que de faire des bulles dans votre bain en fumant des clopes, examinez les deux côtés de la médaille…

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