Le Journal de (du) Québec au SLSJ – Du maire et des jeux

La liberté de la presse est entière ; il suffit d’avoir les milliards nécessaires

Alfred Sauvy, démographe français qui inventa l’expression «tiers-monde» et critique du capitalisme bien avant que les banques se mettent sur le BS

Pourquoi acheter un journal quand on peut acheter un journaliste ?

Bernard Tapie, homme d’affaires sportives français

Vous avez lu depuis une semaine le «nouveau» quotidien régional (7 pages + la Une chaque jour), dont les articles sur nous sont semés un peu partout dans le Journal de Québec qu’on appelle ici le Journal DU Québec ? Le lecteur d’ici (et trop de journalistes), pour s’informer sur l’actualité, se limite souvent à cette feuille de chou épanouie par les ministres verts et péquistes à écraser, les potins de vedette, les faits divers qui saignent, les sports, les danseuses du Grand Nord, Céline Dion, Star Académie, Le Banquier, Occupation double et les donneurs d’opinions exaltés de droite comme Richard Martineau et ses camarades de Radio X. Plus à droite encore depuis le lock-out des deux quotidiens de Québec et de Montréal et la grève étudiante rouge. Un journal qui considère que le lecteur doit lire vite des manchettes et les trois lignes en dessous pour tout saisir de notre fibre, entre deux plogues Quebecor. La droite de Québec la Ville (tous médias confondus), s’infiltre un peu plus ici par ce «nouveau quotidien» à rabais. Elle veut nous convaincre avec ses complices de l’intérieur et la diaspora bleue qu’elle est sur la bonne voie, nous invitant à la suivre vers la Nordique et Quebecor Nation. Examinons ça de plus près.

J’ai analysé le contenu des «nouvelles» de ces 7 pages quotidiennes depuis une semaine (du mardi 27 novembre au dimanche 2 décembre). Je ne le ferai plus. Si c’est ça la nouveauté journalistique et l’audace de rédaction, je ne passe plus par Québec. J’ai peur de ces casse-cous de la plume. Rappelons que le rédacteur en chef du Journal de Québec, Sébastien Ménard, veut avec cette section SLSJ, …«nous surprendre à tous les jours» et … «contribuer à l’essor extraordinaire de notre région avec des nouvelles exclusives…». Il est ambitieux le monsieur, et nous prend sans doute pour des illettrés. Comme si on ignorait nos travers et les autres journaux. La surprise est totale en effet. Que du réchauffé, du cliché et des exclusivités de sous-sol. Ce qui est trop souvent la marque de commerce de ce quotidien nombriliste.

Vue de la Ville du maire Labeaume et de ce quotidien, les Saguenéens et les Jeannois seraient des…disciples du maire Jean Tremblay, gros amateurs de hockey junior/sénior, motoneigistes endurcis, mangeurs de fromage en crottes Boivin, pas bilingues à La Baie, stressés à Chicoutimi, chaleureux à Alma, gigons autant au Lac qu’au Saguenay, plus honnêtes qu’à Québec parce qu’ils remettent les portefeuilles trouvés avec un 20$ dedans, etc… La tasse de bleuets concentrés est pleine.

Le maire

Ce « Journal de Québec-pour-nous » ne fait qu’exploiter les sources déjà taries de nouvelles régionales. La première, le maire lui-même, qui semble avoir orchestré tout ça tant il tombe pile pour lui. Les élections dans un an tout de même. Il joue toujours les mêmes cartes avec cette fois, un détour par Québec. Le lendemain de son passage devant la Cour d’appel (à Québec) le 26 novembre, le nouveau journal sort. Bandeau publicitaire de la Ville Saguenay pour mousser les futures réalisations du maire sur la page couverture. Même Martineau, qui trouve désormais juste son combat pour sauver notre patrimoine et notre culture contre les extrémistes laïques. Depuis une semaine, Jean Tremblay a droit à deux ou trois nouvelles par jour. Sur six jours, on lui en consacre 12 et plus. Pourquoi ne pas lui offrir une chronique ? Il va s’essouffler, peut-être en inventer certaines ? Dès la première édition, l’éditorialiste J. J. Samson –réactionnaire populiste peu subtil – lui refile sa colonne pour qu’il plante le gouvernement péquiste, de peur de ne pas pouvoir profiter du Plan Nord. Les péquistes sont trop verts à son goût et il avoue même…« que les croisières c’est bien beau, mais ça ne suffit pas ». Un sondage Léger/Marketing, jeudi, souligne sa grande popularité… « 7.2 sur 10 de ses citoyens l’appuient, mais…pas plus de 50% revoteraient pour lui ». C’est pas grave, le journal le plogue pareil et parie sur ses chances aux prochaines élections.

Il y revient à ce sondage, dans l’édition du samedi avec la pub de la Ville toujours, en avouant qu’il veut un meilleur score de popularité. Va-t-il nous punir et nous interdire de voter pour lui désormais ? Va-t-il commanditer un autre sondage qu’il va faire publier dans Le Réveil par ses amis anonymes de Promotion Saguenay? On dirait vraiment que ce nouveau quotidien est à lui. Il a déjà investi pas mal de $$ de la Ville dans Quebecor pour occuper la moitié du temps d’antenne à la chaîne Vox/MaTV de Chicoutimi (Ici c’est plus SaTV que MaTV). Il y fait sa propagande municipale et électorale, passe en boucle ses conférences de presse, se fait interviewer par sa journaliste de Ville en action et nous explique tout ce qu’il faut savoir sur son régime. Il est aussi bien servi par le TVA local et ses sondages/éclairs, favorables sur ce qu’on pense de ses projets disneyens.

Il est parti en grande le maire avec son nouveau journal. Il pourra encore davantage négocier serré ses scoops qu’il jouera à la fois entre les médias locaux et le petit nouveau. Comme s’il pouvait enfin se venger des médias régionaux qui osent le critiquer parfois. Au party de lancement du journal au Montagnais, il saluait le petit dernier en précisant que «les gens d’ici et lui-même aiment les affaires «simpes» et ce journal qui fait dans la «simplicité».

Des jeux

À part le journal du maire, c’est celui des jeux. Rien de surprenant là-dedans. Au Journal de Montréal et de Québec, il doit y avoir 10 journalistes sportifs pour un qui suit l’actualité ou le culturel. Désormais, on le sait, ce sont les donneurs d’opinions et autres blogueurs qui grimpent en flèche et occupent plus de place que l’espace accordé au reste dans les journaux, à part la pub.

Pour la première semaine sportive, ce quotidien a consacré quatre pages à Richard Martel, l’ex entraineur de l’équipe de hockey les Saguenéens, «exilé» en Suède. Arrosant la glace autant que faire se peut. Sa vengeance, ses succès là-bas, le calibre surprenant du jeu de hockey suédois, sa vie simple, son épanouissement sur l’île de Gotland… On a presque envie d’aller magasiner chez IKEA, demain matin. Il aurait pu y aller en Suède, avant que les amateurs de hockey d’ici veuillent l’expédier sur la lune. La grève de la LNH coupe de beaucoup l’inspiration du JdeM et de ses journalistes sportifs devenus, par nécessité, des chroniqueurs aux voyages en Europe pour épier les vedettes millionnaires syndiqués. Je trouve qu’ils ne piquètent pas beaucoup devant les arénas malgré le lock-out. Et aussi, dans la section sportive évidemment, le beau Réjean Tremblay qui noircit deux pages pour nous avouer qu’il adore les Saguenéens (Les juniors) parce que le bleu de leur chandail est le plus beau au monde… tout en malaxant ses souvenirs régionales pour la xième fois. Même si l’équipe de Chicoutimi n’appartient pas encore à PKP, il prend pour elle quand même… Audacieux journaliste qui ose défier l’empire PKP. Mais comme il est le confident des grands de ce monde, on lui permet ce crime de lèse-majesté péladien. Le Journal les aime les hockeyeurs de Chicoutimi, assez pour confier à leur DG Marc Fortier une chronique hebdomadaire. Est-ce qu’il sait écrire lui ? Le quotidien espère sans doute toucher un petit contrat de pub d’autant plus que la Ville (et le maire) est propriétaire de l’équipe. D’ailleurs le maire s’affiche dans les pages sportives avec un joueur proprio… en lock-out dont j’oublie le nom, ancien junior saguenéen bien sûr.

Des donneurs d’opinions «vedettes»

Dans ce nouveau quotidien, on va avoir droit à un chroniqueur de motoneiges – va-t-il couvrir les sentiers l’été ? Parler de mode vestimentaire ? De forme physique ? Denis Gravel, «originaire» de Chicoutimi (c’est qui lui ?), animateur de Radio X à Québec, fondateur de la Nordique Nation (méchant cv !) et Jacques Brassard l’ex-ministre péquiste, climato scepticien (c’est pas une maladie vénérienne), ex-chroniqueur au Quotidien remercié de ses services parce qu’il se défoulait trop sur les écolos. Ces temps-ci, l’ex-RIN presque Felquiste au début des années 60 à Alma, tire sur les Palestiniens, Québec Solidaire, les carrés rouges, les Verts encore et tous ceux qui ne veulent pas réduire la taille des services publics et la dette de l’État. On va finir par se tromper dans nos couleurs…

On a le choix donc ici, entre Jacques Brassard et Denis Gravel au JdeQ et Myriam Segal et Bertrand Tremblay au Quotidien. Méchant choix. La droite est bien installée pour faire du dommage dans les cerveaux de nos motoneigistes et autres citoyens d’abord. Deux couches de plus. La diversité des opinions repassera. Plus évidemment, on peut se taper tous les autres donneurs et donneuses d’opinions du Journal qui parlent de sujets d’ici. Le plus souvent, c’est du maire ou de nos vedettes exilées.

Des nouvelles régionales par association

Par un curieux détour journalistique (on peut appeler ça une fausse représentation), les Bleuets de la diaspora qui vivent à Montréal et Québec deviennent automatiquement des sujets régionaux quand il leur arrive quelque chose. Ils ont droit de faire partie de notre section. C’est arrivé à deux reprises au moins cette semaine. Michel Barrette va au secours de son fils en train de texter, victime d’un accident sur la rue Sherbrooke à Montréal. Il part une croisade contre les textos et devient manchette saguenéenne. Si Hi-Han T. s’étouffe en mangeant un « roteux » sur la rue Saint-Jean à Québec, est-il encore des nôtres ? On ne mentionne pas qu’il a donné un show d’humour, sans doute payant pour lui, au lancement du journal au Montagnais à Chicoutimi, le mardi soir… Mario Pelchat fait une séance de signature pour son livre Le semeur, à Dolbeau-Mistassini. Il devient lui aussi nouvelle culturelle régionale. Il évoque dans son autobiographie sa rencontre avec Dieu, son remariage, peut-être sa chanson du 175e des Fêtes la région qu’on n’a pas encore entendue… En fait, le plus souvent, les Bleuets de la diaspora servent de bouchons pour remplir ce quotidien «régional». Il y a toujours un Bleuet disponible quelque part pour faire la manchette et montrer le bout de son nez.

On nous a bien signalé que de jeunes journalistes et un vieux du nom de Jean Tremblay (Il serait mieux de changer son prénom, lui) de l’agence QMI (Québec minimum illettré) vont couvrir l’actualité quotidienne d’ici. Sans doute jeunes recrues non-syndiquées au salaire minimum, depuis que PKP a lockouté pour de bon tous les journalistes syndiqués du Réveil et de ses deux quotidiens. On veut aussi faire appel aux autres journalistes de Quebecor qui travaillent sur les autres plateformes de l’Empire pour étirer les nouvelles du quotidien, leur donner du relief. On verra. Ce journal, qui sert en priorité le maire et les jeux, ne me semble pas ouvrir nos horizons et une autre façon de faire du journalisme pour les lecteurs qui veulent autre chose. Il nous enfonce un peu plus dans le statu quo. Comment Le Quotidien réagit-il ? Ce journal connaît sans doute mieux l’actualité régionale de l’intérieur. Au moins ses journalistes ont plus de marge de manœuvre. Mais il a joué et joue encore les cartes traditionnelles et les sujets faciles, comme le maire et les Saguenéens, l’équipe de hockey junior couverte aller-retour. Souvent beaucoup d’articles du Soleil et de La Presse remplissent le journal. La version électronique du journal peut faire la différence et c’est ce que Quebecor investit depuis quelques temps. Le mur électronique désormais payant (les VIP…) varie plusieurs fois par jour. On sort la nouvelle quand elle arrive comme toutes les autres chaînes d’infos continues. On a besoin ici de journaux avec des journalistes qui ont du flair, de l’expérience, dans tous les domaines, des donneurs d’opinions diversifiées, pas seulement de réactionnaires de droite. Pas que des éditorialistes qui sont orientés par les décideurs de chambres de commerce, des multinationales, des gens d’affaires. Des plumes plus allumées, drôles, qui ont du front tout le tour de la tête. Des indépendants en somme. Les médias doivent refléter toutes les tendances et les idéologies de la population. Ce n’est pas le cas actuellement. Les journaux d’ici se comportent tous comme des supports de pub, les uns plus que d’autres. Le Réveil est le pire avec des nouvelles sorties toutes d’ailleurs et les plogues de Quebecor. Un prétexte pour vendre des maisons, des chars et des chroniques nécrologiques. Des publi-reportages d’une première à la dernière page. Ce sont les vendeurs de pub qui font la maquette du journal à la place des rares journalistes.

Le problème de la région – pas le seul, mais il est gros et honteux – c’est en grande partie celui de ce maire de Saguenay qui dure depuis 12 ans, manipulant tout le monde avec ses sbires, y compris les médias qui en ont peur. Qui le soignent trop, le prennent au sérieux. Pourtant, de plus en plus quand il ouvre la bouche, on voudrait être sourd. Si ailleurs il le trouve coloré, nous de l’intérieur on ne le trouve plus drôle du tout. Il nous coupe le plaisir d’être saguenéen. C’est peut-être pour cette raison qu’il doit se tourner vers Québec pour se trouver d’autres appuis médiatiques actuellement ? J’ai hâte qu’il se tourne vers les médias de Mars.

On a besoin de journalistes qui ont les moyens de faire de l’enquête de façon indépendante, critiquer, sans se faire menacer par les élus et les patrons qui ne veulent pas de problèmes. Les journalistes d’ici devraient couvrir le hors région, de temps en temps. S’exprimer de temps en temps. C’est pas normal que seuls les journalistes sportifs peuvent avoir les moyens pour traverser le Parc et aller ailleurs pour refléter notre présence au monde. C’est pas si loin Québec, l’Assemblée nationale (comme la SRC de Chicoutimi a fait lors du dernier budget) et partout. Le Parc peut se faire dans les deux sens. Il y a d’autres parcs à traverser aussi. Voyez ce qui se passe avec ce quotidien de Québec qui veut nous développer et nous surprendre … On pourrait sans doute avoir quelques correspondants pour les réduire eux aussi à leur juste image. Pourquoi pas un correspondant à …Québec, tiens, à Laval, à Rimouski ?

J’aime bien quand Foglia, par exemple, évoque dans sa chronique la bêtise de notre maire Ubu dans La Presse, reprise dans le Quotidien. Le maire nourrit trop de journalistes d’ailleurs avec ses propos. Mais j’aimerais mieux que ça vienne d’ici. Je ne suis pas chauvin, je conspue la diaspora profiteuse et Réjean Tremblay qui sont dix fois plus couvert ici comme «romancier» que nos propres vrais écrivains. Nos médias sont toujours à quatre pattes devant ceux-là. Il y a des limites à faire les camelots, les porteurs de vedettes bleues.

Pierre Demers, poète rouge d’Arvida

Commentaires

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2 thoughts on “Le Journal de (du) Québec au SLSJ – Du maire et des jeux

  1. Fred

    Ohhhhhh qu’il sera beau notre 175ième anniversaire régional en pleine année d’élection municipale. On va remplacer la statue du Semeur par Jean Làlà et on va danser en ligne sur la Place du Citoyen Québécor.

  2. Indigné, tu dis...

    Le super journaliste à deux balles du JDQ version régionale sévit aussi dans le Réveil et dans le Point du Lac, deux éléments essentiels de mon bac bleu. Cette semaine, il signe une infopub pour les identitaires et autres xénophobes et racistes ordinaires qui ont, du reste, trop la chienne pour se montrer la face…

    Dégueulasse!

    http://virtuel.lepoint.canoe.ca/doc/hebdo_le-point/journal_le_point_du_lac_2012_12_04/2012120301/?referrer=http%3A//www.hebdosregionaux.ca/saguenay-lac-st-jean/e-edition#0

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