Le bon peuple et sa drogue

Comme les oreilles de tout le monde, mon tonneau a résonné jusqu’à saturation, ces derniers temps, de la saga médiatique invraisemblable qu’auront été les pitoyables négociations de la L.N.H. La rage, littéralement, qu’ont mis nos divers médias à nous entretenir en long, en extra large et en travers, de ces empoignades entre deux dizaines de milliardaires et leurs deux centaines de malheureux millionnaires qu’ils exploitent de façon éhontée, nous a valu un quotidien qui n’a plus battu qu’au rythme de ces pourparlers imbéciles. Jusqu’à ressortir, à la télé, des vieilles joutes des temps glorieux !

Sur les revendications des graffigneux de patinoire — car, bien souvent, on a l’impression, à les voir aller, qu’ils ne font plus que ça — je n’ai rien à dire. Tout au plus, peut-être aurais-je le goût, sachant que l’essentiel du combat portait sur la caisse de retraite (!) des joueurs, de leur demander : et avec ça ? Un système de garderies privées, peut-être ? Une exemption fiscale ? La nationalité russe ? Ou bien encore, tiens, pourquoi pas, un droit de cuissage à la DSK, dans tous les hôtels fréquentés pour le boulot ?

Il n’y a rien à dire sur cette absurdité parce que la chose est banale : dans nos sociétés de tous les extrêmes et à tous les niveaux, plus on en a, plus on en veut. Cela commence au vieux milliardaire de quatre-vingt ans qui n’est pourtant plus capable physiquement de jouir de rien, mais qui va se décarcasser pour aller chercher un petit milliard de plus, quitte à faire fermer cinquante usines et à mettre l’économie de pays entiers à terre par des spéculations judicieuses et sans morale (c’est quoi, c’t’affaire-là ?). Et cela s’étend jusqu’au fonctionnaire ou apparenté, qui jouit d’un certain nombre de jours de congés de maladie et qui, en pleine forme, va les prendre groupés à la fin de l’année, justement parce qu’il est en pleine forme et qu’il tient à faire payer « le système » pour ça.

Ce qui me désole le plus, dans la lamentable affaire du conflit de travail entre ploutocrates, c’est que sans cesse relancé par les médias aux mains d’autres ploutocrates — toutes chaînes confondues, radio comme télé, 113 jours d’affilée à nous bassiner quotidiennement avec cette fadaise, et à la une ou en ouverture lorsque quelque pet se lâchait de travers ! Et. maintenant que c’est réglé, ça continue au même rythme!— le « sportif ordinaire », celui dont personne ne trouve ridicule qu’il puisse proclamer sur toutes les tribunes « le hockey, c’est ma vie », lui qui, souvent, dépasse de fort peu le salaire minimum, voit sa vie illuminée par ce règlement aussi stupide qu’insignifiant.

Le camarade Karl Marx qualifiait la religion d’« opium du peuple ». Pour le sport d’élite dans une société qui, pourtant, a l’élitisme en horreur, sport-spectacle dans une société où même la participation et l’interactivité sont des formes de voyeurisme de sofa, le pauvre aurait dû se fendre d’une autre drogue pour sa métaphore, une drogue infiniment plus puissante et, décidément, moins élitiste.

La télé, peut-être ? Ou le cellulaire et ses réseaux dits « sociaux » ?

Diogène l’Ancien

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One thought on “Le bon peuple et sa drogue

  1. andre fradette

    Un chaussons aux pommes avec ca…

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