Les Mutants / De pare-chocs à pare-chocs

Collectif fondé à Montréal en 2001 par dix comédiens souhaitant, entre autres, explorer les limites de la théâtralité, le Théâtre de la Banquette arrière prend la route pour la toute première fois vers Jonquière, invité par le Théâtre La Rubrique à présenter leur septième production, Les Mutants. Une production très attendue, saluée à maintes reprises par la critique et le public montréalais.

J’ai, très très très très hâte.

Les Mutants est une création originale de Sylvain Bélanger et de Sophie Cadieux issue d’une carte blanche proposée au Théâtre du Grand Jour et au Théâtre de la Banquette arrière, par le Théâtre de La Licorne. D’abord présentée à guichet fermé à l’Espace Go en janvier 2011, la création est reprise à l’automne 2012 à la Licorne. Avec supplémentaires. Ben kin.

Sur le plateau, dix acteurs traversés par ce désir de dire, regagnant la petite école et leurs pupitres de bois pour nous partager, le temps d’une soirée-pyjama de trentenaire, une prise de parole où l’intime et le collectif se rencontrent dans un happening théâtral questionnant nos décisions sociétales, politiques et individuelles dans un Québec post-Révolution tranquille, toujours divisé par l’avoir, l’être et le devenir. Un Québec actuellement tributaire des choix d’une autre génération, s’éloignant peu à peu, et considérablement, des idéaux passés.

 Hier, j’ai discuté avec la pétillante Sophie Cadieux. Curieuse d’en savoir davantage sur le processus de création, je lui demande s’ils ont travaillé par improvisation à partir des canevas qu’elle et le co-idéateur et metteur en scène, Sylvain Bélanger, ont établi :

 « Non, pas pour cette fois-là parce qu’en amont à la rencontre avec les comédiens, Sylvain et moi on a fait un gros travail d’archivage. On est  arrivé avec des textes, avec des bouts de films, avec des chansons. Ce spectacle-là a été monté un peu de façon extrêmement rapide parce que l’on sentait le besoin de vivre ça, à ce moment. Habituellement, la création d’un spectacle, c’est entre 120 et 150 heures de répétitions, nous on l’a monté en 70 heures. Il y avait une espèce d’urgence. De vivre. De faire. Tout le monde avait le «mode d’emploi» entre les mains. Il y a eu de l’improvisation, oui, mais ce n’est pas le genre d’improvisation où les gens montent sur scène pour nous raconter une histoire.  On a envoyé par internet un questionnaire à tous les comédiens avant le début des répétitions. On demandait… Racontez-nous le moment où vous avez vieilli rapidement, où vous avez eu une sécession entre l’enfant et l’adulte en devenir. Pour certains tableaux, tout le monde y est allé de son anecdote et de ses souvenirs. Nous avons décidé de garder l’histoire de Renaud qui l’avait déjà mis en mots pour nous la raconter. Au moment où le numéro a été monté, du passage du travail de table au travail de plateau, le texte était déjà écrit, c’est donc plus une interprétation qu’une exploration par improvisation.»

Crédit photo : Bruno Guérin
Crédit photo : Bruno Guérin

 À chaque représentation, un conférencier est invité à intervenir en cours de représentation. Ce soir, c’est Monsieur Jean-Pierre Vidal qui viendra nous entretenir de l’évolution de l’éducation au Québec. Dans Les Mutants, le rapport performatif au théâtre relève désormais de cet apport. « Oui, pour les comédiens, les premières présentations étaient performatives, mais inévitablement, au fils du temps, on s’est éloigné de plus en plus de ce rapport à la performance. On ne fait plus, on refait. De la performativité à la théâtralité.»

Il est beaucoup question de la mémoire dans ce spectacle. Mémoire collective. Mémoire personnelle. Je lui demande ce que l’être humain a tendance à oublier trop facilement… « Humm… Moi j’pense que c’est la pureté de ses aspirations. Je pense que la vie est une suite, une chute de compromis qui nous font grandir et ça nous amène sur des chemins qu’on aurait pas nécessaire souhaité mais qui endossent des expériences autres. Quand tu réfléchis au temps qui est passé, moi je trouve ça tout le temps un peu difficile d’admettre que j’ai perdu une certaine pureté, une certaine entièreté de mes rêves.»

–       Qu’est-ce qui fait vieillir Sophie ?

–       C’est la déception qu’offre les autres personnes. Être déçu par quelqu’un qu’on aime,  par quelqu’un auquel tu croyais, moi ça me déçoit beaucoup… Et ça me fait vieillir… Et dire des phrases comme : Ben oui, y’a personne qui est parfait, tu sais… Dire des choses un peu convenus… Ah! Mon dieu… Être déçu quand les gens nous quittent…  Même dans la mort y’a une sorte  de déception… Parce qu’ils ont perdu la bataille. Cette déception de ne plus jamais les revoir…»

Un petit silence s’installe. On pense à tous les morts aimés.

–       Si Les Mutants avaient la chance d’inviter une personne qu’elle soit décédée ou vivante sur leur banquette arrière… Vous invitez qui ?

–       C’est drôle, j’oscille entre deux trucs… Tu sais qu’à chaque soir on reçoit un invité durant le spectacle… On a eu autant Dany Laferrière que Vincent Maréchal ou Nima Machouf… Des professeurs, des infirmières, des médecins, des sociologues…. J’inviterai donc… Deux minutes trente, René Lévesque et deux minutes trente, Pierre-Elliot Trudeau !

Après le spectacle, la Banquette arrière propose toujours un temps de discussion avec le public. « On est toujours surpris de la multiplicité des points de vue.  Y’a des gens qui sont comme juste touchés par les chansons, le rapport à la vieillesse, par l’évocation de l’évanescence des moments de la vie ou par cette nostalgie certaine du temps qui passe… Tandis que d’autres spectateurs sont dans un rapport extrêmement politique, ils voient que tous les personnages que nous sommes sont une métaphore politique de ce Québec qui a décroché…Certains voient le spectacle dans un spectre très politique et d’autres non. »

 –       Vous clignotez à gauche ou à droite ?

–       Décidément à gauche… Mais on se rend compte dans la vie que les gens veulent souvent la même chose. C’est dans la façon de l’exprimer que tout change…

LE spectacle en tournée à voir et à vivre, cet hiver dans notre coin, est présenté ce soir à la salle Pierre-Gaudreault du Mont-Jacob à 20h00. Il reste des billets.

Profitez de la vie. Allez au théâtre.

Les Mutants

Idée originale ‐ Sylvain Bélanger & Sophie Cadieux

Mise en scène ‐ Sylvain Bélanger 

Assistance à la mise en scène et régie ‐ Olivier Gaudet-Savard 

Mouvement ‐ Frédérick Gravel 

Conception des costumes ‐ Marc Senécal 

Conception de la scénographie ‐ Evelyne Paquette  

Conception d’éclairage ‐ André Rioux 

Conception sonore ‐ Anne-Marie Levasseur, Caroline Turcot et Laurier Rajotte 

Intégration vidéo ‐ Yves Labelle 

Direction technique ‐ Annie Bélanger 

Distribution ‐  Sylvain Bélanger / Amélie Bonenfant  / Sophie Cadieux / 

Rose-Maïté Erkoreka / Mathieu Gosselin  / Renaud Lacelle Bourdon /

 Anne-Marie Levasseur  / Éric Paulhus / Simon Rousseau /

www.banquettearriere.com

Théâtre La Rubrique

www.theatrelarubrique.com

418-542-5521

 

Commentaires

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2 thoughts on “Les Mutants / De pare-chocs à pare-chocs

  1. Anick Martel

    Il manque l’introduction ! Je l’ajoute !

  2. marie-ève Montminy

    lire ce blogue tout juste après avoir pris la décision d’aller voir la pièce ce soir, ne fait que me motiver davantage à m’y rendre !!! Très inspirant !

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