AE : exit les régions

Dernièrement, deux types de nouvelles se sont entrechoquées. Elles font leur chemin sur des voies parallèles et pourtant, on gagnerait à les croiser pour mieux comprendre les impacts d’une décision politique désastreuse.

L’assurance-emploi inaccessible

D’abord, la nouvelle loi sur l’assurance-emploi est entrée en vigueur. Ce que ça veut dire concrètement :

– après une période définie, le chômeur doit accepter un emploi avec un salaire plus bas que son salaire précédent (jusqu’à 70%)

– le chômeur doit accepter un emploi pouvant être situé à 100 kilomètres de sa résidence, mais ne pourra se faire rembourser le coût du trajet

Faisons un exemple. Je m’appuie sur ma région natale, Charlevoix, où les chômeurs sont fréquents en hiver, mais c’est la même chose au Saguenay, en Gaspésie, en Estrie. Et c’est encore pire aux Iles-de-la-Madeleine.

 

Madeleine travaille à Clermont, comme femme de chambre de mai à octobre. Elle gagne en moyenne 14$/heure et travaille à temps plein. En hiver, l’auberge est fermée, car les touristes sont moins nombreux.

Avec les nouvelles conditions de l’assurance-emploi, elle n’est plus admissible au programme. Elle se cherche donc un emploi. Elle est chanceuse : on lui offre d’être femme de chambre dans un hôtel du Mont Sainte-Anne, situé à 97 kilomètres de sa résidence. On lui propose environ le salaire minimum, soit 10,00$/heure (70% de son salaire). Pour le fédéral, cela entre dans les conditions prescrites.

 

Le problème? Madeleine n’a pas de voiture. Tant pis pour elle, réplique le fédéral. Qu’elle demande l’aide sociale! Je n’exagère même pas. C’est à peu près ce qui vient d’arriver à cette dame.

Très franchement, je conseille à Madeleine de déménager à Québec. Le taux de chômage est bas, elle pourra avoir un emploi toute l’année. Évidemment, je sais bien qu’en vendant sa maison à Clermont, elle n’aura pas assez d’argent pour en acheter une à Québec. Mais il faut bien faire des sacrifices quand on arrive dans la grande ville.

Alors, le dépeuplement des régions? Une conséquence bien « involontaire ». Mais sûrement très réelle. Voilà ce qui vient de donner un coup de pied au programme Place aux jeunes en région qui tentait d’encourager les jeunes à retourner en région…

Pourtant, l’assurance-emploi n’est pas déficitaire, bien au contraire. En 2008, on parlait d’un surplus de 57 milliards. Des milliards qui ne font pas partie de nos impôts, mais bien d’une ligne précise où il est écrit « Assurance-emploi ». Comme celle où il est inscrit « Assurance-parentale » ou « Régie des rentes du Québec ». Quand on fait des lignes comme ça, c’est parce qu’on veut réserver cet argent strictement à cet usage. Ainsi, quand on fait des surplus en assurance-parentale par exemple, on le garde-là, au cas où il y aurait plein de bébés la même année. C’est grâce à ce surplus que l’assurance-emploi a pu tenir le coût entre 2008 et 2010, au plus fort de la crise financière. Mais ces surplus ne restent pas nécessairement là où ils devraient. Souvent les gouvernements aiment aller y piger, comme si cela était des impôts ordinaires.

Avec les modifications à l’assurance-emploi présentement en vigueur, on prévoit qu’au moins 8000 chômeurs vont perdre leur assurance-emploi, ce qui ajoutera 12,5 millions dans les coffres de l’État cette année, et 33 millions les années suivantes. Ce sont donc des milliers de personnes qui se retrouvent en détresse face à une nouvelle situation budgétaire, un déménagement forcé ou une pauvreté en devenir.

 

Les conséquences de la pauvreté

Les nouvelles s’entrechoquent, je le disais en introduction. Le but officiel du gouvernement Harper est que l’assurance-emploi ne soit plus utilisé comme « un revenu supplémentaire » empêchant les gens de travailler, surtout alors que le pays est en déficit.

Or la situation est plus complexe que cela. Si j’ai déjà vu des gens se pogner le derrière, j’en ai vu beaucoup plus se creuser la tête pour réussir à payer leur hypothèque, même s’ils travaillaient. Ceux qui reçoivent du chômage pendant l’hiver ne sont pas des « profiteurs », mais des gens qui arrivent tout juste et qui paient leurs impôts. En hiver, on ne peut pas être pêcheur, on ne peut pas travailler sur le terrain de golf, ni faire pousser les légumes, ni les vendre…

A-t-on vraiment réfléchi avant de faire cette réforme? Je crains que non. Cette situation, si elle ne vide pas les régions, amènera les gens vers plus de pauvreté. Et la pauvreté, ça coûte cher, comme vient de le montrer un rapport du Conseil national du bien-être social, un organisme…du gouvernement fédéral. Un petit coup de fil au grand patron, s.v.p.?

Une autre nouvelle s’ajoute à cela : en situation de crise, il serait désavantageux de couper les mesures sociales. L’austérité, on vient tout juste de s’en rendre compte, n’est pas payante et aurait tendance à aggraver la situation. C’est grâce à la Grèce et l’Espagne, deux pays où le FMI testait la situation, qu’on vient de découvrir ce fait étonnant. Un gros Oups!

Finalement, ce seront les provinces qui paieront la grosse part du problème. Parce qu’elles auront quelques demandeurs de plus à l’aide sociale. Quand les gens auront sorti leur REER, vendu leur maison et leur automobile bien sûr, ils pourront recevoir leur 604 dollars par mois. On comprend pourquoi le gouvernement provincial est en furie.

Commentaires

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2 thoughts on “AE : exit les régions

  1. infoman

    Il faut se débrouiller! Trop de personnes ne travaillent pas parce c’est trop facile d’avoir le bien-être social et l’assurance chômage. Debout, que diable!

    1. Éric

      Dans quel monde vivez vous? Vous vous confortez dans vos préjugés!

      Trop facile d’avoir l’aide sociale et l’assurance-emploi? La propagande néolibérale vous a bien nettoyé de tout esprit critique! La réalité est cependant tout autre, prenez la peine de confronter vos illusions!

      Vous êtes, comme bien d’autres, une autre victime du syndrôme du larbin… http://www.youtube.com/watch?v=HH5fVD-1_I4

      Mais guérissez vous, que diable!

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