Une histoire populaire du mouvement étudiant au Saguenay-Lac Saint-Jean

Appel au partage de votre mémoire historique

 

Pour pallier au manque de sources rapportant cette histoire, je fais appel à votre collaboration pour collecter davantage d’informations, et plus que tout, des témoignages d’ex-étudiants et ex-étudiantes qui ont participé ou vécu ces périodes (de toutes les décennies jusqu’à aujourd’hui) au Saguenay-Lac Saint-Jean. Tous les commentaires sont aussi les bienvenus. Un intérêt particulier est porté aux grèves, aux conflits locaux, à la condition étudiante locale, aux actions et manifestations, aux prises de position, aux affiliations/désaffiliations, etc. Vous pouvez m’écrire à l’adresse [email protected] pour prendre contact. Merci!

 

1ère Partie : Des touts débuts de l’éducation au Mouvement de 1968 (1873-1969)

La série de texte amorcée avec celui-ci n’a aucune prétention de présenter la totalité de l’histoire des luttes étudiantes au Saguenay-Lac Saint-Jean. Avec toutes les luttes locales, les conditions particulières et les expériences vécues, un travail beaucoup plus profond, notamment d’entrevues et de recherches archivistiques, serait nécessaire – et encore, l’extinction de la mémoire de plusieurs pans plus anciens ne fait pas de doute. De nouveaux apports pourraient sans doute modifier le sens et la compréhension du fil des événements. Beaucoup plus modeste, ce texte se base donc surtout sur des bouquins et des articles de journaux de différentes époques. Quoiqu’il en soit, cet exercice de mémoire collective, un pavé pour la construction de l’histoire sociale régionale, demeurera très ouvert aux commentaires et suggestions de sources et d’ajouts.

C’est un travail de mémoire qui m’apparaît important puisque pour comprendre les conditions étudiantes actuelles, ses luttes, son niveau d’organisation et nos institutions scolaires, nous devons en partie remonter aux luttes sociales qui les ont façonné. C’est dire qu’il y a une interconnexion entre nos expériences, même si l’histoire est faite de bien des ruptures. Au-delà des idées reçues sur le passé, nous avons beaucoup à apprendre des expériences de ceux et celles qui nous ont précédé, des problèmes auxquels ils et elles ont eu à faire face et de leurs capacités d’organisation. Quand les possibilités de victoires semblent si loin, que les gains n’apparaissent pas tangibles, que la fatigue et la surcharge pèsent lourd sur nos épaules, et font parfois abandonner la lutte à nos camarades, il y a décidément beaucoup à être appris.

Cette histoire que je souhaite partager est une contre-histoire. Toute une organisation sociale faite de systèmes et de rapports de domination travaille à faire sombrer les mémoires de ces luttes dans l’oubli, à faire taire ses participantes, participants et témoins.

Et puis, une contre-histoire, c’est aussi une seconde lutte contre la marchandisation. Parce que l’histoire dite officielle, dans l’analyse sociale et historique, concentre son attention sur la marchandise (au sens large) et l’argent plutôt que sur les interactions sociales qui produisent et créent la valeur sociale. Alors que la première participe au processus de marchandisation de nos existences, allant jusqu’à nous constituer en marchandise sur le « marché du travail », la contre-histoire participe au développement de nouveaux rapports collectifs et transforme le monde [1].

 

Les débuts particulièrement élitistes de l’éducation supérieure

Il faut remonter à 1618 pour voir ouvrir l’une des premières écoles de la Nouvelle-France, à Tadoussac, par le Père Le Caron qui évangélise les enfants autochtones durant la traite d’hiver [2]. L’enculturation religieuse, cette éducation, sera un moyen de domination dans l’établissement de la traite et dans une certaine fidélisation des autochtones au commerce des fourrures. Les écrits des missionnaires quant à l’attitude des autochtones dans ces classes étant fortement imprégnés d’ethnocentrisme et de racisme, il est difficile d’en établir une idée non-mystificatrice de la contestation à l’époque. La colonisation étend progressivement la mainmise des nouveaux arrivants européens sur le territoire, mais le Saguenay-Lac Saint-Jean ne sera ouvert à la colonisation que vers les années 1840.

Jusqu’à la séparation de l’Église et de l’État, dans les années 1960, les écoles ont profondément été immergées, à tout instant, dans la religion catholique. Une de leur fonction première était de permettre une transmission, étroitement surveillée et fréquemment contrôlée par les curés, de la culture religieuse, qui passait ensuite de l’école à la maison. Les curés étaient maîtres dans les écoles, avec un très grand pouvoir décisionnel et un contrôle sur la sélection des nouvelles institutrices embauchées [3]. Les premières écoles de rang de la région ont ouvert dans les années 1840. Par souci d’économie, le personnel enseignant était surtout féminin puisque les institutrices étaient payées 2 à 3 fois moins cher que les hommes, soit un salaire avoisinant celui du personnel domestique. Pour combler les postes vacants en milieu rural, des jeunes filles de 14 ans sans brevet d’enseignement étaient parfois embauchées. Les familles se méfiaient de celles-ci, retirant parfois leurs garçons de l’école pour les éloigner de ces filles surnommées « institutrices du sexe » [4].

Le premier établissement d’éducation supérieure à ouvrir dans la région fut le Séminaire de Chicoutimi, fondé en 1873 par l’abbé Dominique Racine, futur premier évêque de Chicoutimi. Jusqu’aux années 1960, l’éducation classique qui y était donnée était essentiellement « un moyen d’accéder aux postes de direction idéologique et politique de la société québécoise, que sont le Haut-clergé et les professions libérales [5] ». L’accès aux études était un privilège. Il s’agissait d’un milieu exclusivement masculin et une proportion majoritaire des finissants du Séminaire se dédiaient à la prêtrise, un des objectifs principaux à sa création [6]. L’article deux de la constitution du Séminaire stipulait à ce sujet : « attendu que le Petit Séminaire de Chicoutimi, fondé et doté dans un but religieux, doit être considéré comme un bien de l’Église, dont la haute surveillance et l’administration appartient à l’Évêque. […] Cependant, une obligation spéciale est faite au Supérieur de veiller à ce que la présence de ceux qui ne se destinent pas au sacerdoce ne nuise en rien à la formation morale des futurs prêtres [7] ». Pierre Maheu décrivait ainsi l’atmosphère retirée du monde ambiant du milieu d’étude : « une vie réduite à une sorte d’abstraction, horaires, routine, silence, discipline et toujours le troupeau : dormir, se lever, manger avec des centaines d’autres, au rythme des cloches, toute aventure soigneusement exclue, toute différence aussi [8] ».

Fait anecdotique, même si la prudence est de rigueur quant à leur contenu, il semblerait qu’en 1881, des feuilles manuscrites, Le Brûlot et Le Moucheron, aient passé de main à main au Séminaire de Chicoutimi, un peu comme il se faisait dans divers collèges de la province depuis les années 1840. Léon Débien en fait ainsi mention :

« Reproduites en quelques exemplaires par des copistes, ces productions écolières de Chicoutimi auront ‘un penchant remarquable pour l’espèce humaine’ [dans les mots du prospectus du Brûlot] comme les insectes typiques dont ils portent le nom. Le premier se veut un ‘journal politique, littéraire, scientifique, humoristique [qui] en vertu de la liberté de la presse […] paraîtra quand il sera prêt, pas avant’. Hebdomadaire aux tombées irrégulières, Le Brûlot paraîtra de janvier 1881 à juin 1882 et d’avril à juin 1893. Le Moucheron, mensuel à la vie éphémère (février à mai 1881) se qualifiera de ‘feuille volante et piquante [et de] Journal Historique, Littéraire, Artistique, Badin…’ [9] ».

À Roberval, en 1882, les Ursulines, avec la « grâce » de l’évêque de Chicoutimi, ouvrent la première « école ménagère » dans le but de former les femmes à être des bonnes épouses de fermier [10]. Face à la misère sans nom de la colonisation du Lac St-Jean et ses espoirs trahis, ces écoles avaient pour fonction de maintenir la morale catholique traditionnelle dans les familles, voir perpétuer l’idéologie pour préserver cet ordre établi dont bénéficiait le clergé. Ce serait la première apparition de la dénomination en Amérique du Nord, mais plus objectivement, dès 1686, fut ouvert à Québec, une école qui avait une orientation relativement similaire [11]. Et puis, nous pouvons dire que toute l’éducation des jeunes filles, par son accent sur la reproduction des rôles de genre, les consacrait tout de même à cette vocation sans en porter le nom.

Lorsque la Rébellion du Nord-Ouest éclata en 1885, soulevant avec elle un large courant de sympathie au sein des couches populaires canadiennes françaises, deux étudiants du Séminaire de Chicoutimi, Edmond Savard et Ludger Daniel, participèrent aux troupes qui partirent mater la rébellion, au sein du 9e bataillon de Québec. Fils d’une famille de l’élite locale, Edmond Savard fut plus tard maire de Chicoutimi et député fédéral, tout comme son frère. Les idées de cette élite détonnaient avec le reste de la population saguenéenne, qui tout comme dans le reste du Québec, réagit vivement à la pendaison de Louis Riel. Alors que les habitants et habitantes réclamaient une messe pour que repose en paix Riel, l’évêque Dominique Racine s’y opposait.

Alors que des interdits touchaient les journaux dans de nombreux diocèses de la province, un journal collégial, « L’Oiseau-mouche » fut publié au Séminaire de Chicoutimi entre les années 1893 et 1902, période des débuts de l’industrialisation de la région. Produit et financé par l’institution et dirigé par un professeur prêtre qui en écrivait la majorité des chroniques, ce journal avait surtout pour but de défendre l’éducation catholique (tout en dénonçant la promotion de l’éducation laïque comme une « œuvre de la franc-maçonnerie [12] ») et de mettre en valeur la région [13]. Mais, ouverte aux collaborations de collégiens, une telle publication n’en était pas moins dérangeante pour certaines couches de l’élite de l’époque. L’Oiseau-mouche fut d’ailleurs interdit par l’évêché durant un certain temps. La censure de l’Église se posait alors comme une chape de plomb sur la presse. Gérard Bouchard considère qu’à l’époque la critique de l’état de dépendance généré par le développement monopolistique de la famille Price était largement disséminée au Séminaire, une critique que portera à son tour une partie des nouvelles élites canadiennes françaises qui y a étudié [14]. Une bourgeoisie francophone se développait, principalement à Chicoutimi, « ville des Cadillacs ». Ses membres étaient appelé-e-s les « Américains » de Chicoutimi, déployant leur mondanité avec leurs produits fins importés de Montréal et d’ailleurs [15]. Pris dans des querelles journalistiques, les rédacteurs de l’Oiseau-mouche furent vertement attaqués dans les colonnes de journaux de la Province, notamment dans le journal La Patrie [16].

Le développement des villes de compagnie vers les années 1920 offre un cas particulier dans le milieu éducatif. Ces villes au développement planifié, au nombre de neuf dans la région, avaient pour spécificité que la compagnie y détenait un droit de regard sur absolument tout; l’ensemble des bâtiments, maisons, services, lieux de loisir et écoles étaient en sa possession. De plus, les conseils municipaux de ces villes étaient formés d’employés cadres, qui ont accordé de généreux privilèges à leur entreprise. Des affiches de l’Alcan placardées dans les rues faisaient la promotion du dévouement au travail, du sens du civisme et de la famille. Plutôt que philanthropie désintéressée, la grande entreprise orientait l’éducation dans ses écoles (financées et assurées par elle) en fonction de sa productivité; elle accroissait son contrôle sur sa masse de travailleurs et de travailleuses. L’historien Dany Côté raconte :

« La construction et le maintien des écoles par les compagnies n’est pas seulement un acte désintéressé et altruiste de leur part. L’école est mise en place d’abord pour former les meilleurs travailleurs possible, par le biais d’une éducation appropriée, assurant ainsi une bonne productivité à l’usine. Le niveau élémentaire est considéré comme suffisant pour le développement des habiletés des futurs travailleurs. Le système scolaire assure ainsi la reproduction de la force de travail [17] ».

L’histoire de l’éducation des jeunes filles, c’est également l’histoire des femmes. La première institution d’éducation supérieure pour filles, le Collège du Bon-Pasteur de Chicoutimi, n’ouvre les portes qu’en 1937, sans grand bruit d’ailleurs. Comme dans le reste de la province, c’est longtemps après l’apparition des institutions pour garçons. Demeuré nettement plus discret que le Séminaire (pour garçons), ses activités furent largement ignorées par la presse régionale. Selon Lise Théberge, auteure d’un mémoire de maîtrise sur le collège, les filles intériorisaient cette éducation comme un cadeau dispendieux, considérée par la société comme un luxe [18]. Ce sentiment était accru par les coûts à débourser par les parents, qui rendaient ces écoles encore moins accessibles que les collèges pour garçons. En octobre 1940, dans un discours, Mgr Mélançon définit sa conception du rôle de la femme dans la société. Pour lui, le mot « femme » est synonyme « d’immolation », mais « immolation dans l’amour [19] ».  Les femmes ont un rôle de soutien ou d’inspiration et non de création selon ces prêtres qui font la pluie et le beau temps au collège. C’est dire que ces collèges ne les dédient pas à des carrières libérales mais, de prime abord, à l’obéissance dans le travail de reproduction domestique.

Si le haut-clergé avait alors le bras très long en matière d’éducation, l’éducation des filles était encore davantage soumise au diktat académique et politique de ses membres. C’est pourtant des religieuses qui s’occupaient du fonctionnement quotidien de l’établissement ; en dirigeaient et dispensaient l’éducation. Mais celles-ci eurent à obtenir l’approbation de l’évêque de Chicoutimi avant de faire une demande d’affiliation à l’Université Laval [20].

Au niveau de l’enseignement au Collège du Bon-Pasteur, celle-ci se refuse la confrontation des privilèges et injustices et se pose plutôt dans une attitude contemplative, défendant l’hiérarchie religieuse et sa position de domination dans la société dans des contextes parfois troublés comme celui de la grave crise économique au moment de l’ouverture [21]. L’abbé Sylvio Kérouac affirme par exemple le 22 juin 1942 : « c’est aux femmes de sauver en notre pays la Foi […]. Car la grâce divine aime habiter leur âme restée plus innocente : car la prière est plus aisée sur leurs lèvres plus pures [22] ». Et Mgr Alphonse-Marie Parent, vice-recteur de l’Université Laval, de rajouter le 15 octobre 1950 : « elles ont compris l’impérieux devoir de servir […]. Elles comprennent que parce qu’elles ont reçu davantage, il leur faudra donner davantage [23] ».

Toute menace potentielle contre cet ordre social est prise au sérieux : des sorties entre ami-e-s, de la boisson et de la danse… jusqu’au communisme ! Dans les extraits des annales de la Maison provinciale du Bon-Pasteur de Chicoutimi publiés par Lise Théberge, on retrouve des notes attestant au moins six conférences anti-communistes défendant le catholicisme intégral données au collège par René Bergeron, de l’École sociale populaire, entre 1937 et 1948 [24]. Durant cette période, la peur du communisme se faisait très pesante dans la région et alimentait même un courant de sympathies pour les fascistes pendant la guerre civile espagnole. Maurice Duplessis mettait en application la Loi protégeant la province contre la propagande communiste (« loi du Cadenas ») après des moyens de pression de catholiques et du Cardinal Villeneuve, qui avait menacé le gouvernement d’un ultimatum [25]. René Bergeron, né au Saguenay en 1904, est un conspirationniste de l’extrême-droite catholique qui regroupait sous le chapeau de la menace communiste des phénomènes aussi disparates que la franc-maçonnerie, le nazisme, l’art moderne et le néo-paganisme. Le communisme n’est rien de moins que l’avènement de l’antéchrist pour lui. C’est d’ailleurs la base de son argumentation plutôt inquisitoire : bons pour Dieu contre mauvais envers Dieu. En plus de tournées de conférences qui le mèneront du nord de l’Ontario au Nouveau-Brunswick, il a fait plusieurs tours des écoles de la région pour parler du communisme, parfois même sous l’invitation de l’inspecteur d’écoles régional [26].

Au niveau du financement, une grande inégalité entre les sexes prévalait dans les octrois et subventions du gouvernement aux collèges. En 1954, en trait au Collège du Bon-Pasteur, le rapport de la commission Tremblay reconnaissait que : « les pouvoirs publics n’ont accordé aucune subvention, ce qui a entravé le développement matériel des institutions, et a obligé celles-ci à imposer des frais de scolarité qui ne sont pas à la portée de toutes les bourses [27] ». Contrairement aux collèges de garçons, les collèges de filles avaient à prendre entièrement à leur charge les bibliothèques, les laboratoires et la formation du personnel enseignant.

Au début des années 1940, le vent de colère entourant la conscription obligatoire pour la deuxième guerre mondiale eut également ses échos dans les murs des écoles de la région. Il faut dire qu’au plébiscite du 27 avril 1942 portant sur la conscription, 91% des électeurs du comté de Chicoutimi et 95,67% des électeurs du comté du Lac-Saint-Jean avaient voté pour le non ; soit parmi les plus importantes proportions au Québec ! Donc, lorsque fut annoncé le résultat positif du plébiscite, annonçant la conscription obligatoire, des étudiants du Séminaire de Chicoutimi se rendirent au bureau de poste, l’escaladèrent, décrochèrent l’Union Jack (drapeau britannique) puis, le déchirèrent [28]. Comme ailleurs dans la province, de nombreux jeunes de la région désertèrent pour ne pas faire la guerre.

Dans les communautés autochtones, les politiques en matière d’éducation étaient à cette époque basées sur l’assimilation forcée, le rapport paternaliste et raciste du gouvernement envers les autochtones et l’idée de supériorité de la culture européenne. Après la scolarisation obligatoire, de nombreux pensionnats autochtones (les « écoles résidentielles » au Canada anglais) se sont développées vers les années 1950. Le but explicite : accélérer leur « civilisation ». Le but implicite : contrôler les terres autochtones [29].

Dans la région, le Pensionnat indien de Pointe-Bleue (1956-1965) accueillait les enfants de plusieurs communautés Atikamekws. En plus de diminuer drastiquement les contacts avec leur famille élargie et de les éloigner, durant 10 mois, des territoires traditionnels où se faisait la reproduction de leur mode de vie, des politiques très strictes interdisaient aux enfants l’usage de leur langue maternelle. L’éducation ethnocentriste amenait les élèves, dès le très jeune âge, à intérioriser la honte et l’infériorité de leur patrimoine culturel, de leurs traditions spirituelles et de leurs coutumes. Même au pensionnat de Pointe-Bleue (Mashteuiatsh), les proportions épidémiques d’agressions physiques et sexuelles et de maltraitances sadiques ont fait un grand nombre de victimes grâce à la complicité du silence du personnel. Selon Kevin Annett, ex-ministre de Port Alberni (C.-B.), de 50 à 100 000 enfants seraient décédé-e-s dans les pensionnats autochtones à travers le Canada, ce qui fait un taux de mortalité de près d’un pensionnaire sur deux [30].

Dans la deuxième moitié des années 1950 et le début des années 1960, le Petit Séminaire de Chicoutimi demeurait un monde à part, exclusivement masculin, autant au niveau institutionnel qu’aux niveaux culturel et éducatif. Dans ce milieu, la femme était objet d’inquiétude morale pour les prêtres-enseignants. Pour détourner les élèves des pensées « impures », un véritable culte était accordé à la Vierge Marie. On peut par exemple citer ces mots du président de la Jeunesse Étudiante Catholique au Petit Séminaire de Chicoutimi en 1954 : « En cette année mariale [….] nous devons chercher refuge au pied de notre MAMAN du ciel; nous devons exposer à notre mère nos problèmes et en particulier celui de notre ÉDUCATION SENTIMENTALE. […] Car aucune femme après Marie ne peut être belle de la vraie beauté, si elle ne lui ressemble au moins un peu. Et ce type de femme vraiment parfaite, c’est la VIERGE MARIE [31] ».

L’enseignement de cette époque était toujours marqué par une crainte obsessionnelle des impulsions libidinales. Les étudiants ne recevaient aucune information ou explication sur la sexualité, mais les prêtres leur commandaient de garder des pensées « pures ». De nombreux interdits étaient également en vigueur. Gérard Talbot, étudiant de 1954 à 1962, note par exemple : « le courrier était censuré, la correspondance avec les jeunes filles était dangereuse pour les vocations sacerdotales, la censure des livres était très stricte, les journaux étaient interdits à l’exception de quotidiens tout à fait orthodoxes comme Le Devoir et L’Action catholique, l’alcool était prohibé, etc. [32] ». Bien sûr, ces silences et interdits, comme les « vérités indiscutables » et l’autorité religieuse, ont provoqué une dissonance avec le monde ambiant qui a progressivement remis en cause le cheminement des études classiques. Les déceptions ont amené plusieurs élèves à développer une attitude d’indifférence face à la pratique religieuse, et certains même, à devenir athées [33]. La forme de consensus qui assoyait l’autorité de l’institution devenait beaucoup moins facile à intérioriser chez les élèves comme dans le reste du Québec. Le Petit séminaire toucha sa fin en 1967 ; il fut intégré au Cégep de Chicoutimi qui était fondé.

La Révolution tranquille, principalement avec le rapport Parent (1966), amena un important changement de cap dans le monde de l’éducation, nécessité par les cohortes massives de jeunes baby-boomers. Les salles de cours sont devenues mixtes et les religieuses ont lentement disparu des écoles, l’éducation étant dorénavant sous la responsabilité directe de l’État. La gratuité scolaire jusqu’à la fin du Cégep fut accordée, en plus d’un système de prêts et bourses. Beaucoup de chemin restait toutefois à être parcouru (et reste encore) pour une éducation non-sexiste. Le collectif La Chambarde notait à propos de cette problématique :

« Bien sûr, le rapport Parent affirme que de plus en plus de jeunes filles accéderont à des études supérieures, mais en même temps il valorise toujours le rôle traditionnel des femmes : éduquer une jeune fille, c’est lui apprendre le rôle de maîtresse de maison, d’épouse et de mère et un métier qui lui permettra de gagner sa vie avant ou durant sa vie en ménage ou quand ses enfants seront élevés. […] l’arrivée massive des femmes sur le marché du travail coïncide avec une remise en question fondamentale du système d’éducation actuel. Ce dernier repose sur la rentabilité et tente de s’harmoniser avec les besoins du marché du travail, lui-même régi par le pouvoir masculin et le profit, ce qui maintient la discrimination à l’égard des femmes [34] ».

 

Les premiers pas du mouvement étudiant

Pour le mouvement étudiant, l’après-guerre est marqué d’un nouveau tournant avec la Charte de Grenoble (1946), qui consacre les étudiants et étudiantes comme des travailleurs et travailleuses intellectuel-le-s ayant droit à des conditions d’apprentissage dignes. Les années 1960 annoncent le début d’une réelle conscience collective étudiante des problèmes sociopolitiques du Québec. Les clubs d’activités récréatives et sportives qu’étaient auparavant les associations étudiantes sont largement critiqués. Sur la base de la Charte de Grenoble, l’Union Générale des Étudiants du Québec (UGEQ) naîtra en 1964 afin de pouvoir négocier de gré à gré avec le Ministère de l’Éducation créé cette année. Le premier président de l’organisation, Jacques Desjardins, sera accueilli par des salles combles lors de sa tournée de présentation du projet. Au Saguenay, c’est un gymnase complet qui l’accueillera [35]. Louis Falardeau, membre de l’exécutif de l’UGEQ en 1968, décrit ainsi les revendications de l’UGEQ : « en même temps qu’ils revendiquent la gratuité scolaire, un recteur laïque, un meilleur système d’éducation, les étudiants-es manifestaient avec les travailleurs en grève, contre les déclarations racistes de Gordon et réclamaient l’accessibilité à l’éducation [36] ».

Déjà, de 1962 à 1964, un mouvement de création d’Associations Générales Étudiantes (AGE) avait touché les institutions pré-universitaires du Saguenay-Lac Saint-Jean, de Montréal et sa banlieue et, dans une plus petite mesure, du nord-ouest du Québec [37]. Ce mouvement était initié par la Presse Étudiante Nationale (PEN), nouvel organisme qui avait pris son indépendance de la Jeunesse Étudiante Catholique (JEC) et qui joua, selon Pierre Bélanger, le rôle « d’éveilleuse de conscience » avec ses publications membres [38]. Les structures plus souples des AGE permirent une participation étudiante plus importante et, même si l’on n’en était pas au « pouvoir étudiant » qui s’affirmera durant les occupations de 1968, le syndicalisme étudiant faisait là ses premiers pas.

Durant cette période, la société québécoise est en ébullition et foisonne une foule de revues indépendantistes et socialisantes dont les idées atteignent particulièrement les jeunes. À l’Externat classique d’Alma (futur Collège d’Alma), au milieu des années 1960, le professeur d’histoire Joseph Costisella attire l’attention des autorités et de citoyens et citoyennes réactionnaires. Un certain tumulte agite alors l’externat classique. Sur un tout autre chemin que celui du Frère Untel, qui avait précédemment marqué la région avec sa critique de l’univers culturel et éducatif du Québec, Costisella, originaire de France, manie une plume fervemment révolutionnaire pour de nombreux journaux socialistes et indépendantistes. Ce dernier avait certainement une influence idéologique auprès des indépendantistes, des étudiantes et étudiants et des jeunes syndicalistes avec sa verve reconnue et ses connaissances abondantes sur l’histoire québécoise dont il avait épousé la cause indépendantiste.

Selon Louis Fournier, Costisella aurait été l’un des dirigeants régionaux du Front Républicain pour l’Indépendance (F.R.I.), organisation qui ne cachait pas ses sympathies pour le F.L.Q. (comme plusieurs à l’époque d’ailleurs) [39]. À noter que, plusieurs felquistes, et au moins une cellule, provenaient d’Alma et, même si les actions de l’organisation ont principalement touché la métropole, la région en a également connu son lot.

À l’occasion d’une série d’articles provocateurs et sensationnalistes intitulée « L’extrême-gauche dans la région », dans Le Quotidien en 1978, le journaliste Mario Roy a accusé Costisella d’avoir été un maître à pensée auprès d’eux et d’un groupe de jeunes gens partageant ces idées socialistes et indépendantistes à l’externat classique d’Alma entre 1964 et 1968, le reliant même à des réseaux felquistes [40]. Cette extrapolation du journaliste est assez douteuse comme une bonne partie de son dossier d’ailleurs, fortement teinté du discours répressif de la « peur du rouge ». Un ex-enseignant de l’externat nous témoigne au sujet de Costisella :

« Il fréquentait le RIN. On avait un local à Alma, dans la côte St-Joseph. La police nous surveillait, le chef Lavoie avait peur de nous et les autorités scolaires, civiles en place étaient inquiètes de notre mouvement et certaines l’associaient au F.L.Q.. Certains ont penché vers le F.L.Q. mais c’était peu de monde. […] Je ne crois pas que Costisella a eu un lien avec le F.L.Q. et l’affaire de La Macaza. Son implication demeure mystérieuse un peu, mais ce sont les autorités du temps qui étaient un peu réactionnaires, et qui stigmatisaient tout étranger qui s’impliquait dans des histoires politiques d’avant-garde et qui faisaient peur. […] Mais il a été suspect à plusieurs reprises quant à ses intentions. On a dit qu’il était peut-être un espion de la GRC mais, aucune preuve de cela [41] ».

En 1965, Costisella a publié aux Éditions Chénier, « Peuple de la nuit », un ouvrage décrit comme « l’histoire de la résistance armée du peuple du Québec contre l’occupant colonialiste ». Pour donner une idée du ton employé, je me permets de citer ces passages rapportés par Louis Fournier :

« Costisella écrit qu’avec l’entrée en scène du F.L.Q., ‘le peuple de la nuit a repris les armes’, 125 ans après l’insurrection des Patriotes. L’auteur se permet des révélations téméraires qui lui vaudront le harcèlement constant de la police : ‘Selon des sources bien informées, dit-il, le calme actuel qui règne au Québec n’est que la phase préparatoire d’une nouvelle vague de résistance armée, telle que le Québec n’en a jamais connue depuis 1837. Appliquant les techniques de la guérilla codifiées par Che Guevara dans son ouvrage La Guerre de guérilla, utilisant l’expérience précédente du F.L.Q. et bénéficiant de complicités même dans les rangs de la police, une Armée de libération du Québec se prépare à l’assaut, qu’elle veut définitif, du colonialisme’».

 

Et Costisella de conclure : ‘L’activité du F.L.Q., pose à tous les Canadiens français qui désirent éviter la violence un problème d’envergure. La violence qui naît d’un idéal peut être évitée par la réforme des institutions mais elle ne peut être qu’attisée par la contre-violence. Les adversaires de l’indépendance sont devant un tragique dilemme : l’indépendance ou la violence, la violence ou l’indépendance !’ [42] ».

Dans ces années, les étudiants et étudiantes du niveau collégial à Alma avaient un journal, la Brigue. La publication obtenait une partie de son financement des élèves des écoles secondaires de la ville, après entente avec les représentants de leurs conseils étudiants. Dans la même lignée que le regroupement de la Presse Étudiante Nationale et dans une certaine rupture avec la presse traditionnelle, ce journalisme portait vers la reconnaissance des étudiantes et étudiants comme groupe de pression dans la société. Selon Louis Pilote, journaliste au journal de 1965 à 1967, bien que les problèmes sociaux plus généraux ne fussent pas tellement traités, les changements rapides de l’emballement, mais aussi l’essoufflement (avec la prise du pouvoir par l’Union Nationale en 1966), de la Révolution tranquille suscitaient alors de profonds débats dans les comités de rédaction. Moderniser oui mais, pour servir quels intérêts ? L’ex-journaliste étudiant remarque :

« on construisait des écoles, on accordait de plus en plus de gros budgets, mais ça n’a rien changé au contenu ; les écoles n’ont pas changé comme tel, sauf que la formation est plus adaptée à la société qui, elle, sert la grande entreprise. Au Saguenay-Lac-Saint-Jean, ce sont les grandes entreprises qui mènent tout. Et la main-d’œuvre est formée par les écoles, surtout la main-d’œuvre professionnelle, pour ce marché. Si tu sors de la région, c’est la même chose [43] ».

Enfin, la Brigue portait également attention au problème du développement inégal dans l’éducation. Il y était constaté que les services offerts au Saguenay en la matière étaient nettement meilleurs à ceux offerts au Lac-Saint-Jean. Dans la même période, le journal des étudiants du Collège classique de Jonquière, le Cran, se donnait davantage comme mission de faire de la contre-information, informant autant sur les problématiques étudiantes que sur celles plus vastes de l’organisation sociale, du logement et des assistés sociaux.

Pendant ce temps, en 1966, une mobilisation étudiante assez frappante pour un milieu de contemplation géré par des religieuses survient au Collège du Bon-Pasteur de Chicoutimi. À partir d’un entretien avec une ex-étudiante, Lise Théberge relate que :

« les étudiantes ont manifesté fermement leur désapprobation du comportement d’un professeur. Ce dernier s’est permis des pratiques de harcèlement sexuel, avec plusieurs élèves, durant les laboratoires. Les filles s’en sont parlé et, soutenues par leurs parents, elles ont occupé un local durant quelques jours, pour réclamer la démission de ce professeur qui n’a pas fait une année complète, au Bon-Pasteur. Les filles ont ainsi réussi à démontrer leur force, dans le regroupement, en vue d’un objectif précis [44] ».

Ces pratiques d’harcèlement sexuel seraient probablement restées sous silence 30 ans plus tôt. Les ficelles de la mainmise traditionnelle de l’Église s’effilent de plus en plus, même au sein de ses institutions – le temps est au changement et les rapports de domination basés sur le sexe sont de plus en plus contestés par les femmes.

 

Le mouvement de grève et d’occupation de 1968

Aux premiers mois de la première année du Cégep de Jonquière, à l’automne 1967, Le Cran, journal principal de l’AGE qui avait été créé en 1956 avec pour premier directeur Lucien Bouchard, publia un texte particulièrement subversif annonçant les couleurs du premier exécutif de l’AGE du Cégep. Dans la première édition de l’année, parut le manifeste « Pour une action étudiante révolutionnaire », comptant près de 1000 mots. À ce propos, Léon Débien note :

« Le texte blâme la faiblesse du syndicat étudiant et sa docilité face aux autorités. Il faut donc quitter ‘le chemin de la révolution tranquille pour préparer, animer la véritable révolution’ et ‘tout mettre en œuvre pour donner une véritable conscience révolutionnaire aux étudiants’. Cet appel est mal reçu par les collégiens; l’exécutif de l’AGE doit démissionner. Le 4 octobre, l’agence PEN-Presse (APENP) reprend ce manifeste dans son bulletin en précisant que ‘c’est la première fois qu’une AGE locale prend position si violemment contre les structures sociales établies, surtout en éducation’ [45] ».

Dans la même année, soit la session précédente ou cette même session d’automne, l’évêque, Monseigneur Paré, « menace de retirer ses commandes de l’imprimerie du Progrès du Saguenay si celle-ci persiste à imprimer le journal des étudiants du Collège de Jonquière, Le Cran ‘dont l’idéologie est socialiste, indépendantiste et laïque’ [46] ». À la suite de ces menaces, Le Cran dut se trouver un nouvel imprimeur alors que les feuillets paroissiaux continuèrent à être produits par l’imprimerie.

Pour cette année de fondation des 12 premiers Cégeps, dont ceux de Chicoutimi et Jonquière, l’UGEQ pris la décision de faire « L’Année Vietnam » et de réaliser une journée d’actions de solidarité avec la lutte du peuple vietnamien le 17 novembre 1967. 23 manifestations étudiantes ont eu lieu dans 12 villes du Québec, dont une à Jonquière [47].

Il faut attendre l’automne 1968 pour que l’UGEQ déclenche sa première grève générale. Le début de cette année fut notamment marqué par le manifeste « Université ou fabrique des ronds de cuir », écrit par un collectif étudiant de l’Université de Montréal, par les événements internationaux dont le Mai 68 français, par un contexte de récession amenant de nombreuses fermetures d’usines et par l’Émeute de la Saint-Jean-Baptiste. Un vent de critique radicale souffle autant dans les collèges que dans les universités. Dans le manifeste « Université ou fabrique des ronds de cuir », deux secrétaires du Saguenay témoignent de leur impression sur l’éducation universitaire à ce moment :

« Aucun universitaire dans ma famille. […] Cet éveil à l’autre semble s’éteindre pendant ce séjour à l’université. Peut-être le contact de cours trop magistraux, traditionnels, techniques où ils ne peuvent faire servir leur propre expérience si minime soit-elle. L’université s’applique à « fabriquer » des technocrates, des professionnels bourgeois qui en entrant en contact avec des livres, oublient que, fondamentalement, ils sont des hommes et travailleront avec et pour des hommes. Je sais très bien qu’ils se préoccupent d’abord de leur formation en un domaine plus particulier mais est-il vraiment nécessaire de se laisser prendre par la « machine à cours », de se replier sur soi-même pour réussir une formation adéquate ? […] Bien sûr, le bagage intellectuel sera complet ou presque, mais il pourra s’en servir dans la mesure où l’université permet à l’universitaire de devenir et demeurer ce qu’il est fondamentalement, c’est-à-dire : homme et non rêveur, incompréhensif, bourreau professionnel, hautain, exploiteur [48] ».

À Jonquière, l’association étudiante s’était brièvement dotée d’une nouvelle publication dès le début de l’année afin de mettre de l’avant ses revendications syndicales et ses stratégies de mobilisation. C’était L’Espion. Il parut du 11 janvier au 11 mars 1968 en prenant pour objectif de susciter le passage à l’action [49]. Du côté de l’association, le poste de président ou présidente a été laissé vacant un peu plus tard durant le printemps. Un comité provisoire fut alors créé pour revoir la structure de fonctionnement de l’association et prit l’été pour formuler des propositions aux étudiants et étudiantes. Toutefois, en septembre, l’assemblée générale étudiante rejeta les nouvelles structures et Jean-Paul Binet fut élu président de l’association [50].

Le mouvement de grève générale et d’occupation de 1968 se déroula en deux temps : au mois d’octobre, puis en novembre contre la répression. Comme dans la plupart des pays, les étudiants et étudiantes du Québec n’ont jamais détenu-e-s de « droit de grève » comme l’on en retrouve dans les législations du travail. Ils et elles ont toutefois fait de ce droit quelque chose de beaucoup plus tangible et efficace que ce que l’on retrouve dans les briques de papier des ministères par la vigueur rebelle de leur action collective. Ce n’est pas d’hier que des pans entiers de la jeunesse auxquels le futur semble bouché se posent en indésirables au sein d’un ordre établi recouvrant d’un baume superficiel les violentes contradictions traversant le « meilleur des mondes ». Le brasier s’est déclaré le 8 octobre au Cégep Lionel-Groulx, à Ste-Thérèse, par un vote pour la grève illimitée et l’occupation, au même moment où l’UGEQ annonçait au Ministre de l’Éducation, devant les médias, que les étudiantes et étudiants ne demanderont désormais plus rien, mais prendront ce qui leur revient.

Le Cégep de Chicoutimi, dont le président de l’AGE était Daniel Gaudreault, fut l’un des premiers à participer au mouvement. Déjà, le 9 octobre, une assemblée plénière des étudiants et étudiantes y était organisée. Celle-ci prit la décision de ne pas suivre immédiatement l’occupation du Cégep Lionel-Groulx, mais de tenir des sessions d’étude pour mieux faire connaître les revendications. Peu de temps après, une assemblée rassemblant les exécutantes et exécutants de 19 cégeps, dont celui de Chicoutimi, fut organisée et suivie, en soirée, par une assemblée du Conseil central général de l’UGEQ, qui rassemblait alors 65 000 étudiants et étudiantes. Cette dernière lança des sessions d’étude dans les collèges portant sur l’attitude qu’il était nécessaire d’avoir face au gouvernement pour gagner ce combat [51]. Au Cégep de Jonquière, l’occupation fut d’abord rejetée par les étudiants et étudiantes, qui prirent position en faveur d’une semaine d’étude avec les administrateurs et les professeur-e-s. Ces journées d’étude, optées pour démontrer la « bonne foi » étudiante dans la résolution des problématiques pédagogiques et internes, se sont terminées sans vraiment d’avancées pour les étudiantes et étudiants. Le dicton populaire « dialoguer, c’est se faire fourrer » prenait alors beaucoup de sens pour les jeunes conscientisé-e-s [52]. À la suite de la semaine d’étude, les étudiants et étudiantes publièrent un rapport contenant leurs conclusions. Celles-ci s’étendaient sur un grand nombre de problématiques, de l’information sur l’orientation scolaire à la gratuité scolaire à tous les niveaux, en passant par l’organisation du réseau des Universités du Québec.

Après les journées d’étude, les étudiantes et étudiants du Cégep de Chicoutimi entreprirent l’occupation du Cégep et l’administration s’installa temporairement à l’hôpital voisin. Le pic de la grève générale sera atteint le 15 octobre, avec 15 cégeps sur 23 en grève [53]. Dans l’après-midi de cette journée, à Alma, quelques centaines d’étudiantes et étudiants de l’école St-Sacrement ont prit part à une manifestation particulièrement turbulente aux dires des autorités. Sous prétexte qu’elle contrevenait au règlement municipal stipulant que toute manifestation ou parade devait préalablement être approuvée par la police, les réactionnaires s’en donnèrent à cœur joie pour jouer les démagogues. Le Progrès-Dimanche titra son article : « Des adolescents manifestent violemment ». Le directeur d’école y appelait les parents à contrôler et calmer leurs jeunes. Le chef Lavoie de la police y allait de l’affirmation gratuite : « le désordre qui trop souvent dégénère en violence ne règle rien, il complique au contraire la situation ». Enfin, la feuille de choux justifiait la présence des jeunes par un simple manque d’intérêt envers l’étude en classe [54] !

Le 16 octobre, l’occupation de plusieurs cégeps se terminait. Le 18, ne restaient en grève que les cégeps de Chicoutimi, Édouard-Montpetit, Lionel-Groulx, Maisonneuve et Vieux-Montréal [55].

À l’image de la crise étudiante internationale, ce mouvement s’inscrit comme une contestation globale du système économique et des structures sociales. À l’échelle locale, on remarque toutefois la variation de certaines revendications. À Chicoutimi, la déficience du système de transport et la cogestion en faisaient partie alors qu’à Ste-Thérèse, les rapports élèves/profs/administration étaient notamment ciblés [56]. À Jonquière, des règlements, comme celui des absences et ceux de la résidence des garçons, la résolution des litiges pédagogiques et la pédagogie elle-même, les prix exagérés de la cafétéria et le « caractère capitaliste » des loisirs payants faisaient partie de la longue liste de choses à revoir [57].

Afin de ne pas provoquer davantage la colère de la jeunesse, voir exacerber le conflit, le gouvernement optera en 1968 pour une répression plus administrative. Le ministre menaça les cégepiens et cégepiennes non retourné-e-s en classe d’ici le 21 octobre d’annuler leur session, une menace qui sera utilisée à répétition dans les prochaines grèves sans jamais vraiment être concrétisée en raison des coûts astronomiques qu’elle engendrerait pour le système. L’UGEQ ne resta pas les bras croisés face à celle-ci et organisa 3 manifestations le 21 octobre : à Montréal, Québec et Chicoutimi. Si celles de Québec et Chicoutimi obtiendront une participation jugée faible, à Montréal, 10 000 étudiantes et étudiants manifestèrent, ce qui représentait un succès à l’époque. De cette façon, la lutte continuait. C’est à ce moment que Bernard Landry, l’un des fondateurs de l’UGEQ, devint conseiller au Ministère de l’Éducation (de l’Union Nationale) pour gérer l’emploi du bâton et de la carotte à l’encontre du mouvement étudiant [58]. Le 28 octobre, il ne restait plus que le Cégep Lionel-Groulx, qui est resté en grève jusqu’au 4 novembre.

Tandis que les étudiants et étudiantes retournaient en classe, plusieurs professeurs de la région prenaient le relais et faisaient du piquetage devant leurs institutions pour exiger la libération de 13 membres du Syndicat des Professeurs (SPEQ), ainsi que celle du professeur Jean-Paul Lessard d’Alma. Ces derniers avaient été condamnés à 20 jours de prison pour avoir désobéis à une injonction lors de la grève des professeurs d’avril 1966. Sur la même longueur d’onde, la Corporation des Enseignants du Québec (C.E.Q.) y allait de son appui à la contestation étudiante et ses revendications, laissant entendre que l’action inhabituelle pouvait faire bouger les choses en profondeur dans la société [59].

Au mois de novembre, certains militants et militantes tenteront de raviver la contestation. C’est le cas à Chicoutimi, à la mi-novembre, où la direction procéda à l’expulsion de 7 [60] ou 11 [61] militantes et militants de l’occupation d’octobre, sous le motif d’avoir trop manqué de cours. C’est l’étincelle qui ranima la mobilisation et l’administration mis le Cégep de Chicoutimi en lock-out. Pour riposter, les étudiantes et étudiants du Cégep de Jonquière votèrent alors pour la grève et l’occupation de leur cégep. À l’image de l’organisation des occupations à travers la province, un Comité d’occupation prenait le rôle central dans la structure du mouvement au Cégep de Jonquière. Michel Laprise, qui y était alors étudiant, en témoigne : « c’était quasiment une structure d’autogestion. Le comité était composé de groupes représentant les différents services à l’intérieur du collège. Ensemble on essayait d’instaurer un nouveau système de fonctionnement, revoir les cours, donner une vue des régimes pédagogiques et de notre participation au conseil d’administration [62] ».

Le 15 novembre, dans l’une des premières interventions policières du genre au Québec, la police réussit à pénétrer dans le Cégep de Jonquière et en chassa tous les occupants et toutes les occupantes pour permettre à l’administration d’imposer elle-aussi son lock-out [63]. Le journal étudiant du Cégep de Jonquière connait de plus une cessation de publication [64]. Après l’éviction, les militants et militantes du Cégep de Jonquière ont recommencé à s’organiser à partir d’un local de la CSN pour sauver les meubles du pouvoir étudiant à travers le difficile retour en classe [65]. La répression frappe également dans d’autres collèges du Québec, par exemple à Maisonneuve où les assemblées étudiantes ont été interdites. Mais un seul autre cégep, celui de Lionel-Groulx, se verra imposer un lock-out. Pour protester contre ces 3 lock-outs, ainsi que la règle du renvoi après l’absence à 10% des cours, l’UGEQ organisa un sit-in aux bureaux de Montréal du Ministère de l’éducation [66]. Dans l’humiliation de l’autoritarisme du ministère et des directions, ces 3 cégeps rentreront en classe au tournant des mois de novembre et décembre [67].

À Jonquière, en plus de l’intervention de la police pour déloger les occupants et occupantes, l’ensemble des étudiants et étudiantes durent se réinscrire ; une sournoise tactique d’expulsion. Certains et certaines reçurent des lettres du collège leur indiquant qu’elles et ils n’étaient plus admises et admis. La répression du mouvement s’abattit aussi particulièrement sur les départements de sciences sociales des cégeps et universités, accusés de faire passer certaines idéologies. C’est notamment le cas au Cégep de Jonquière, où deux professeurs furent renvoyés [68]. Alors que les cours reprenaient, ceux et celles expulsé-e-s ont fait pression sur l’administration pour revenir en classe. En position de force grâce à cette répression individuelle, l’administration accepta le retour des étudiants, étudiantes et professeur-e-s mais, sous de très strictes conditions. C’est par la suite que l’association étudiante du Cégep de Jonquière fut dissoute après un vote de l’assemblée générale. Le système de sécurité du cégep fut aussi fortement resserré après la grève. Les entrées du collège étaient dorénavant contrôlées et un chef de police fut engagé comme responsable de la sécurité [69].

La dissolution de l’association étudiante ne signifiait pas la fin de la lutte au Cégep de Jonquière. Les militants et militantes s’organisaient simplement autrement. En entrevue, Michel Laprise, ex-étudiant, a souligné qu’en l’absence d’organisation étudiante, un groupe de gens inconnus travaillant pour le CRD est apparu dans le cégep. Ce dernier donnait de la formation à une classe d’étudiants et d’étudiantes à propos de la « bonne » façon de lancer un mouvement ; de « comment toute structure de participation devrait s’amorcer avec un groupe d’administrateurs [70] ». La présence de l’organisme, qui pouvait être supposée à la demande du gouvernement, avait alimenté un article avec photos dans Le Cran. Déjà, à ce moment, on voit que la droite s’appliquait à l’institutionnalisation du mouvement étudiant. Par sa spontanéité et son dépassement des exécutifs par la base militante, le mouvement étudiant de 1968 a démontré une combativité difficilement contrôlable par le gouvernement et qui empêchait de tourner en rond. Cette autonomie sera sans cesse attaquée dans l’histoire du mouvement étudiant et certaines fédérations se formeront éventuellement afin de mettre en valeur la négociation de « nénanes » du gouvernement (une école de formation pour nombre de politiciens).

En 68 comme en 2012, la grève ne se fait pas sans heurts ! Des témoins de l’époque rapporte par exemple qu’au Cégep de Jonquière, ce premier conflit « provoquera un profond déchirement parmi les étudiant-e-s entre ceux et celles qui veulent poursuivre la grève et ceux et celles qui veulent poursuivre leurs cours [71] ». Les masques de robots intellectuels passifs tombent pour laisser place à des intérêts objectifs divergents et surtout, des volontés subjectives de changer la vie. À Jonquière, au sein du mouvement de grève, Le Cran prit un rôle de journal de combat. Dans le feu de l’action, il se mit au service du mouvement pour mieux le présenter et diffuser ses objectifs et les idées qui y circulaient. Il était aussi un outil précieux pour contrer la désinformation des communiqués du collège [72]. De tous les instants, les associations étudiantes en lutte n’ont certes jamais reçu d’appui unanime de la masse étudiante, fort apathique et pantouflarde. Les assemblées générales, instances collectives de démocratie directe redonnant le pouvoir aux étudiantes et étudiants sur toutes choses les touchant, n’en restent pas moins un grand acquis de cette grève et ont marqué le début d’une tradition. Même si l’époque était marquée de très durs conflits ouvriers, les dirigeants syndicaux étaient eux aussi tourmentés par cette nouvelle vague de jeunes dans les mouvements sociaux québécois. Louis Falardeau, alors secrétaire général de l’UGEQ, affirmera au cours d’une table ronde le 4 novembre 1968 que la FTQ et la CSN avaient peur « du mouvement [de contestation] parce qu’il allait à l’encontre, d’une part, des structures traditionnelles des syndicats, et d’autre part, de leurs moyens traditionnels de pression [73] ».

À l’heure des bilans, de nombreux militants et de nombreuses militantes de la base garderont une profonde amertume en direction de l’intransigeance gouvernementale, alimentant chez eux et elles une volonté de rupture et une radicalisation encore plus forte. Le slogan soixante-huitard français « Soyons réaliste, demandons l’impossible ! » représentait les espoirs de plusieurs de ces militantes et militants du pouvoir étudiant. Il n’est pas fortuit que très peu de temps après, le gouvernement de l’Union Nationale procédera à un gel des frais de scolarité, maintenu jusqu’en 1990, à une réforme de l’aide financière et à la création de nouvelles universités francophones, dont l’UQAM (quoiqu’apparemment déjà prévue) et par la suite l’UQAC [74]. Comme le dit le dicton : Seule la lutte paie !

Acculée à la faillite et traversée par une crise de représentativité avec le choc des différentes tendances dans l’union, l’UGEQ s’éteindra au printemps 1969, avant même que ses instances le statue.

 

Samuel Lamarre

 

 

 

 

 

Notes de bas de page :

[1] KINSMAN, Gary dans Scott Neigh. « Gender & Sexuality : Canadian history through the stories of activists », Fernwood Publishing, 2012, p.4.

[2] DESROSIERS, Adélard. « Les écoles normales primaires de la Province de Québec et leurs œuvres complémentaires », Arbour & Dupont, 1909, [En ligne], consulté le 25 novembre 2012, http://www.archive.org/stream/lescolesnormal00desruoft/lescolesnormal00desruoft_djvu.txt

[3] DUPONT, Pascale. « Conformité et déviance : La pratique religieuse au Saguenay, 1886-1951 », UQAC, Mémoire de maîtrise en études régionales, août 1995, p.56-59.

[4] COLLECTIF LA CHAMBARDE. « Histoire du mouvement des femmes au Saguenay-Lac-St-Jean », Productions La Chambarde, 1988, p.27-29.

[5] THÉBERGE, Lise. « L’Éducation des filles au Collège du Bon-Pasteur de Chicoutimi (1937-1967) », UQAC, Maîtrise en études régionales, avril 1983, p.1 de l’introduction.

[6] SIMARD, Jean-Paul et Bérard Riverin. « Origine géographique et sociale des étudiants du petit séminaire de Chicoutimi et leur orientation socio-professionnelle : 1873-1930 », Sessions d’étude – Société canadienne d’histoire de l’Église catholique, vol. 40, 1973, [En ligne], consulté le 8 décembre 2012, http://id.erudit.org/iderudit/1007247ar, p.43.

[7] Cité dans TALBOT, Gérard. « Le cours classique au Petit séminaire de Chicoutimi. Cinquante ans après, quels regards ? », 29 février 2012, [En ligne], consulté le 9 décembre 2012, http://www.webconcept.qc.ca/Le%20cours%20classique%20au%20Petit%20S%C3%A9minaire%20de%20Chicoutimi%20(3).docx, p.27.

[8] MAHEU, Pierre. « Un parti-pris révolutionnaire », Éditions Partis Pris, 1983, p.288.

[9] DÉBIEN, Léon. « Les journaux de collège au XIXe siècle », Mens, vol. 5, no. 2, printemps 2005, [En ligne], consulté le 5 décembre 2012, http://www.revuemens.ca/documents/Debien_ar_MENS_5-2.pdf, p.356.

[10] COLLECTIF LA CHAMBARDE. 1988, op.cit., p.30.

[11] THÉBERGE, Lise. 1983, op. cit., p.8.

[12] DÉBIEN, Léon. 2005, op. cit., p.387.

[13] DÉBIEN, Léon. « Le Thérésien. Les années tumultueuses (1958-1965) : Première partie », Bulletin d’Histoire Politique, vol. 16, no. 3, printemps 2008, [En ligne], consulté le 12 novembre 2012, http://www.bulletinhistoirepolitique.org/le-bulletin/numeros-precedents/volume-16-numero-3/le-theresien-les-annees-tumultueuses-1958-1965-premiere-partie/

[14] BOUCHARD, Gérard. « Élites, entrepreneurship et conflits de pouvoir au Saguenay (1890-1920) », Histoire Sociale / Social History, vol. 30, no. 60, novembre 1997, p.282.

[15] BOUCHARD, Gérard. 1997, op. cit., p.279.

[16] DÉBIEN, Léon. 2005, op. cit., p.387.

[17] CÔTÉ, Dany. « Price et Riverbend : Splendeur et déclin d’une ville de compagnie », Université du Québec à Chicoutimi, octobre 1993, p.39.

[18] THÉBERGE, Lise. 1983, op. cit., p.131.

[19] THÉBERGE, Lise. 1983, op. cit., p.143.

[20] THÉBERGE, Lise. 1983, op. cit., p.20.

[21] THÉBERGE, Lise. 1983, op. cit., p.84.

[22] THÉBERGE, Lise. 1983, op. cit., p.86.

[23] THÉBERGE, Lise. 1983, op. cit., p.88.

[24] THÉBERGE, Lise. 1983, op. cit., p.143-145.

[25] JONES, Richard. « L’idéologie de l’Action catholique (1917-1939) », Les Presses de l’Université Laval, 1974, [En ligne], consulté le 19 décembre 2012, http://classiques.uqac.ca/contemporains/jones_richard/ideologie_action_catholique/ideologie_action_catholique.html, p.248-249.

[26] ROBILLARD, Denise. « La traversée du Saguenay : Cent ans d’éducation – Les sœurs de Notre-Dame du Bon-Conseil de Chicoutimi (1894-1994) », Bellarmin, 1994, p.343.

[27] SECRÉTARIAT GÉNÉRAL DES COLLÈGES CLASSIQUES DE JEUNES FILLES. « La signification et les besoins de 1’enseignement classique pour jeunes filles », Mémoire des Collèges classiques de jeunes filles du Québec à la Commission royale d’enquête sur les problèmes constitutionnels, 1954, p.54. Cité dans THÉBERGE, Lise. 1983, op. cit., p.25.

[28] POMERLEAU, Daniel. « Une guerre mondiale au Saguenay », [En ligne], consulté le 5 novembre 2012, http://www.legionmagazine.com/fr/index.php/2006/03/une-guerre-mondiale-au-saguenay/

[29] CLARKE, Allan. « Les autochtones et l’éducation », Liberté, vol.33, no.4-5, août-octobre 1991, p.8-10.

[30] LEPAGE, Cécile. « Entrevue avec Kevin Annett », L’Express du Pacifique, vol.8, no.5, 3 juin 2005, [En ligne], consulté le 13 janvier 2013, http://journaux.apf.ca/expresspacifique/index.cfm?Id=26603&Sequence_No=26601&Repertoire_No=1101797170&Voir=journal_article&niveau=3

[31] « Un beau type de femme: La Vierge Marie », Alma Mater, 1954. Cité dans TALBOT, Gérard. « Le cours classique au Petit séminaire de Chicoutimi. Cinquante ans après, quels regards ? », 29 février 2012, [En ligne], consulté le 9 décembre 2012, http://www.webconcept.qc.ca/Le%20cours%20classique%20au%20Petit%20S%C3%A9minaire%20de%20Chicoutimi%20(3).docx, p.20.

[32] TALBOT, Gérard. « Le cours classique au Petit séminaire de Chicoutimi. Cinquante ans après, quels regards ? », 29 février 2012, [En ligne], consulté le 9 décembre 2012, http://www.webconcept.qc.ca/Le%20cours%20classique%20au%20Petit%20S%C3%A9minaire%20de%20Chicoutimi%20(3).docx, p.19.

[33] TALBOT, Gérard. 2012, op.cit., p.21.

[34] COLLECTIF LA CHAMBARDE. 1988, op.cit., p.207 et 209.

[35]  LEDUC, Alexandre. « UGEC : Centrale syndicale étudiante », Mémoire pour la maîtrise en histoire, Université du Québec à Montréal, mars 2010, p.116.

[36] FALARDEAU, Louis. « Le pouvoir étudiant en France et au Québec », Socialisme 68, no.15, octobre-novembre-décembre 1968, p.84. ‘Précisions que le Gordon dont il est question dans cette citation était alors le président du Canadien national, une compagnie sous le contrôle du gouvernement fédéral. Il avait affirmé en 1962 que les canadiens-français étaient incapables d’assumer des postes de direction dans les entreprises’. Cité dans Le Québec Étudiant, vol.7, no.2, octobre 1983, p.11.

[37] GAGNON, Lysiane. « Bref historique du mouvement étudiant au Québec 1958-1971 », Bulletin d’Histoire Politique, vol.16, no.2, hiver 2008, [En ligne], consulté le 13 novembre 2012, http://www.bulletinhistoirepolitique.org/le-bulletin/numeros-precedents/volume-16-numero-2/bref-historique-du-mouvement-etudiant-au-quebec-1958-1971/

[38] BÉLANGER, Pierre. « Le mouvement étudiant québécois : Son passé, ses revendications et ses luttes (1960-1983) », ANEQ, 1984, chap.1, [En ligne], consulté le 2 décembre 2012, http://web.archive.org/web/20101108064750/http://www.er.uqam.ca/merlin/dk491478/mvt-etu/chap1.htm

[39] FOURNIER, Louis. « F.L.Q. Histoire d’un mouvement clandestin », Éditions Québec/Amérique, 1982, [En ligne], Classiques des sciences sociales, consulté le 16 novembre 2012, http://classiques.uqac.ca/contemporains/fournier_louis/FLQ_1982/FLQ.html, p.79.

[40] Mario Roy dans Le Quotidien, 27 mai 1978, p.A2.

[41] Entretien courriel réalisé avec Jean-Marie Desbiens, résident d’Alma et membre du RIN à cette époque, novembre-décembre 2012.

[42] FOURNIER, Louis. 1982, op. cit., p.105.

[43] SAVARD, Andrée. « Entrevue avec Louis Pilote », Focus, no.23, juin 1979, p.21-22.

[44] THÉBERGE, Lise. 1983, op. cit., p.127.

[45] DÉBIEN, Léon. « Le Thérésien. Un journal de combat 1967-1969 (3e partie) », Bulletin d’Histoire Politique, vol.18, no.2, hiver 2010, [En ligne], consulté le 2 décembre 2012, http://www.bulletinhistoirepolitique.org/le-bulletin/numeros-precedents/volume-18-numero-2/le-theresien-un-journal-de-combat-1967-1969-3e-partie/

[46] SAVARD, Andrée. « La presse étudiante d’aujourd’hui », Focus, no.23, juin 1979, p.23-24.

[47] LAMARRE, Jean. « Au service des étudiants et de la nation. L’internationalisation de l’Union générale des étudiants du Québec (1964-1969) », Bulletin d’Histoire Politique, vol.16, no.2, hiver 2008, [En ligne], consulté le 8 novembre 2012, http://www.bulletinhistoirepolitique.org/le-bulletin/numeros-precedents/volume-16-numero-2/%C2%ABau-service-des-etudiants-et-de-la-nation%C2%BB1-l%E2%80%99internationalisation-de-l%E2%80%99union-generale-des-etudiants-du-quebec-1964-1969/

[48] COLLECTIF. « Université ou fabrique de ‘ ronds de cuir’ », février 1968, [En ligne], consulté le 24 novembre 2012, http://fr.scribd.com/doc/55806598/Transcription-Des-Ronds-de-Cuir#,  p.25.

[49] DÉBIEN, Léon. « Le Thérésien. Les années glorieuses (1965-1968) : Deuxième partie », Bulletin d’Histoire Politique, vol.17, no.1, automne 2008, [En ligne], consulté le 12 novembre 2012, http://www.bulletinhistoirepolitique.org/le-bulletin/numeros-precedents/volume-17-numero-1/le-theresien-les-annees-glorieuses-1965-1968-deuxieme-partie/

[50] « Entrevue avec Michel Laprise », Focus, vol.1, no.16, octobre 1978, p.19-20.

[51] Progrès-Dimanche, 13 octobre 1968, p.3.

[52] « Entrevue avec Michel Laprise », Focus, vol.1, no.16, octobre 1978, p.20.

[53] RENAUD, Benoît. « Six grèves générales », 1996, [En ligne], consulté le 21 novembre 2012, http://www.asse-solidarite.qc.ca/documents/fr/recherches_analyses/Six%20gr%E8ves%20g%E9n%E9rales.pdf, p.3.

[54] « Des adolescents manifestent violemment », Progrès-Dimanche, 20 octobre 1968, p.45.

[55] GAGNON, Lysiane. 2008, op. cit.

[56] GAGNON, Lysiane. 2008, op. cit.

[57] BOLDUC, Robin. « Prise de conscience générale sur les problèmes étudiants », Progrès-Dimanche, 20 octobre 1968, p.12.

[58] TANGUAY, Sébastien. « L’UGEQ est morte, vive l’ANEQ ! », 28 février 2012, [En ligne], consulté le 20 novembre 2012, http://chemisemagazine.org/lugeq-est-morte-vive-laneq/

[59] « Appui des enseignants à la contestation étudiante », Progrès-Dimanche, 27 octobre 1968, p.79.

[60] RENAUD, Benoît. 1996, op. cit., p.3.

[61] GAGNON, Lysiane. 2008, op. cit.

[62] « Entrevue avec Michel Laprise », Focus, vol.1, no.16, octobre 1978, p.20.

[63] RENAUD, Benoît. 1996, op. cit., p.4.

[64] DÉBIEN, Léon. 2010, op. cit.

[65] « Entrevue avec Michel Laprise », Focus, vol.1, no.16, octobre 1978, p.20.

[66] GAGNON, Lysiane. 2008, op. cit.

[67] TANGUAY, Sébastien. 2012, op. cit.

[68] « Agression contre les sciences sociales », Noir et rouge, vol.1, no.1, été 1969, p.6.

[69] « Entrevue avec Michel Laprise », Focus, vol.1, no.16, octobre 1978, p.20.

[70] « Entrevue avec Michel Laprise », Focus, vol.1, no.16, octobre 1978, p.20.

[71] LANDRY, Louise. « Un peu d’histoire sur les bases de plein air de la région : Saint-Gédéon et C.E.P.A.L. », Focus, no.36-37, juillet-août 1980, p.19.

[72] « Entrevue avec Michel Laprise », Focus, vol.1, no.16, octobre 1978, p.20.

[73] « Qu’est-ce que la contestation a contesté? », Socialisme 69, no.16, hiver 1969, p.85-108. ‘Table ronde organisée par Paul Bernard avec la participation de Claude Charron et Louis Falardeau de l’UGEQ et de trois représentants d’Édouard-Montpetit, Louis Favreau et Micheline Chartrand, étudiant et étudiante, et Jean-Serge Baribeau, professeur de sociologie’. Cité dans DÉBIEN, Léon. 2010, op. cit.

[74] RENAUD, Benoît. 1996, op. cit., p.4.

Commentaires

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2 thoughts on “Une histoire populaire du mouvement étudiant au Saguenay-Lac Saint-Jean

  1. Olivier Amiot

    On peut trouver un pdf?

    1. Francis Therrien

      Non, mais le mode copier-coller n’est pas désactivé. Vous n’avez qu’à citer la source en cas de besoin.

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